ÉLECTION D'UN PREVOT DES MARCHANDS ET DE DEUX ÉCHEVINS
Christophe de Thou, secrétaire du Roi, avocat au Parlement, et plus tard premier président, fut élu Prévôt des Marchands le 20 août iBBa.
Les Registres de la Ville fournissent d'intéressants détails au sujet de cette élection.
20 AOÛT l559.
H 1781, fol. 299.
Eslection et serment
tf Lesquelles lettres tant du Roy que de monseigneur le Connestable furent apportez par lesd, déléguez le xx° jour dud. moys d'aoust, et incontinant icelles receues mesd. seigneurs les Prévost des Marchans et Escheuins enuoyerent quérir messeigneurs les quatre scrutateurs et aucuns officiers de lad. Ville pour eulx trouuer led. jour a deux heures de releuce en la Clianibre du Conseil au Palais lez la Chambre des Comptes, pour porter led. scrutinc et assister et veoir receuoir au serment monseigneur maistre Christofle de Thou, notaire et secrétaire du Roy, seigneur de
C'est ici l'un des rares procès-verbaux d'élection qui figurent dans les Registres du Bureau, lesquels sont, à proprement parler, des registres de délibérations.
Le prévôt nouvellement élu avait déjà exercé les fonctions municipales (voy. p. 287). Clu'istophe de Thou était f aîné des vingt et un enfants d'Augustin de Thou et de Claude de Marie. Il fut seigneur de Bonneuil, de Cély ; aux oûices énuniérés dans notre texte, il joignit encore ceux de chancelier des ducs d'Anjou et d'Alençon, et de président du Parlement
de Paris. La famille de Thou avait pour armes : d'argent au chevron de sable, accompagné de 3 abeilles du même.
Les échevins entrant en charge étaient : Jean de Bréda , d'azur à la fasce d'or, chargé en chef d'un poulet d'argent et en pointe d un croissant montant du même. — Thomas le Lorrain , d azur au chevron d'or accompagné de 3 poulets d'argent. — Les échevins anciens étaient Guy Lormier et Robert Desprez (voy. p. 979, n.li).
Gretfier : Begnault-Bachelier.
Cely et aduocal en la roui t de Parlement, et a sires Thomas le Lorrain et Jehan de Breda, marchans et bourfjcois de lad. Ville.
tfCcd. jour de samedi, deux heures de releue'e, mesd. seigneurs les Preuost des Marchans, Escheuins et Greffier, vesiuz de leurs robbes my parties, acompaignez de leurs sergens, aussi vcstuz de leurs robbes et nauire, suyuis par aucuns desd. scrutateurs et Quarteniers d'icelle Ville, sont allez en lad. Cliand)re dud. Conseil, puis ont enuoyé lesd. sergens au deuant de monseigneur le premier Président, qui est venu en lad. Chandjre, acompaigné de plusieurs Conseilleis de lad. Court, qui se sont assiz d'ung eoslé et messeigneurs des Comptes do l'autre et mesd. seigneurs d(! la Ville au bout du bureau en leur place acoustumée. El a[)r('s lecture faicle dud. scrutinc par le Creffior de lad. Ville, a esté mandé moud, seigneur maisire Christofle de Thon, lequel a faict le serment de Preuost des Marchans en la manière acoustumée; pareillement ont esté mandez sires Thomas le Lorrain et Jehan de Breda, marchans et bourgeois de lad. Ville, lesquelz ont aussi faict le serment de Escheuins d'icelle comme celuy dud. Preuosl. Puis sont retournez en l'OsIel de lad. Ville, ou ilz ont esté mys en possession. n
Nous avons voulu donner ici un des exemples de la cérémonie qui accompagnait la remise du scrutin pour l'élection du Prévôt et de deux Echevins. Ordinairement, on allait porter le résultat des votes au Pioi, à sa résidence de Paris. Quelquefois on le portait hors de la ville. Pour l'élection qui nous occupe, le Bureau, le Greffier, en robes mi-parties, les Sergents, les Quarteniers et les quatre scrutateurs se rendirent dans la salle du Conseil, à la Cliambre des Comptes, où le Prévôt élu (Christophe de Thon) et les deux Echevins prêtèrent le serment voulu.
VISITE FAITE PAR LE CORPS MUNICIPAL À L'AMBASSADEUR D'UN SOUVERAIN ORIENTAL.
Un extrait des Registres de la Ville, que nous reproduisons ci-dessous, démontre que la France, au milieu du xvi" siècle, continuait d'entretenir des relations avec le Levant. En effet, ce document nous apprend que le Bureau de la Ville alla rendre visite à l'ambassadeur d'un «roi d'Argis,» qui, selon toute apparence, devait être le chef du |)etit élat d'Argos, en Morée.
96 NOVEJIBRE 1 559.
H 1782, fol. 58.
Réceplion de l' Ambassadeur du Roi d'Argis.
tf Le lendemain malin xxiiij" dud. moys, monseigneur le Preuost des Marchans, acompaigné de mess" les Escheuins et d'ung certain nombre d'archiers de lad. Ville vesiuz de leurs becquetons de liurée, allèrent au logis dud. ambassadeur, qui esloit logé a l'hostellerye de l'Ange, rue de la Hucbette. Et led. seigneur Preuost le trouua en sa chambre, veslu d'une robbe de toille d'or liguerée a la Turquesse, acompaigné de sept ou huit de ses gens.
Le Bureau e'tait composé des nièuies membres qu'au mois d'août précédent (vov. [). ^88. m. 1).
rrEt ced. jour au soir, anviron les cinq heures, luy fusl cnuoyé uiijj présent de par iadicle Ville, qui esloil de six quartes ypocras blanc et clairet avec six boictes de dragée dorée et sortie, lequel luy feut présenté par maistre Reguault Bachelier, greffier de la dicte Ville, acompaigné de deux sergens d'icelle, vestuz de leurs robes de liurée; lequel présent il receut volontiers ot remercia très fort Mess". Il parloit for[t] bien la langue italienne et entendoit quelque peu le françois. Et estiment aucuns qu'il l'eust clireslien regnié(r) Albanoys ou Esclauouycn; car le royauhne d'Argis est scitué en la terre d'Achaye dicte la Morée, laquelle joinct d'ung costé a la petite Albanye et a la Grèce et de l'autre a la mer des Scicles qui est la voye de Constanlinoble. Et est le roy d'Argis de la nation des Mores blancs, qui est subject et tributaire du Graiit Turc a cause qu'il est prochain de ses terres et limitrope.
ff A l'heure mcsme fut faict présent au seigneur de Longchamp''), de par la Ville, de quatre quartes ypocras et quatre boicte dragée dorée et sortie.
Dans leur visite à l'ambassadeur, les membres du Bureau étaient accompagnés des archers en livrée; mais eux-mêmes ne paraissent pas avoir revêtu leui's robes : probablement ils ne portaient alors, comme en plusieurs circonstances analogues, que leurs habits de ville.
CONFIRMATlOiN DU DUC D'ANJOU.
Au commencement de l'année i566, la Reine Mère invita le Corps de Ville à servir de parrain au duc d'Anjou lors de la cérémonie de la Confirmation. Ce jeune prince, quatrième fds de Henri II, s'appelait alors Hercule d'Anjou, et devait, après la réception du sacrement, changer ce nom contre celui de François, porté par son aïeul. En conséquence, le Prévôt des Marchands et les Echevins se rendirent au château de Saint-Germain, où la cérémonie eut lieu, en grand apparat, ainsi que le constatent les Registres de la Ville.
2t JANVIER i50G (n. s.).
H 178/1, fol. 359 v°.
«Veue la lettre cy dessus escripte, a esté délibéré, actendu l'honneur qu'il plaist a sa Maiesté l'aire a ceste Ville l'inviter a acte tant honorable , pour porter le liltre de parrain a ung des Enfans de France, frère du Roy, il estoit bien conuenable d'aller a Sainct Germain le jour assigné, an meilleur et plus sumptueux ordre que faire ce pourra , et que , pour ce faire , Messieurs les Preuost et Escbeuins'^' partiront dimenche prochain; et cependant feront faire par aduancc
Ce seigneur de Longchamp, auquel la Ville offre un cadeau consistant en hypocras et en dragées, était, selon (oule vraisemblance, l'interprète (le l'ambassadeur.
Prévôt : Guillaume Guyot, d'or à trois canettes de sinople, colletées de gueules.
Echevins : Pierre Prévost, échiqueté d'or et
d'azur, au franc quartier d'or chargé d'un grillon de sable. — Jean Sanguin , d'azur à la bande d'argent, accompagnée a sénestre de 3 glands d'or et à dextrc de deux membres de griffon d'or, et de trois roses d'argent mouvant du blanc de fécu. — Philippe Le Lièvre, d'azur au chevron d'or, accompagné en chef de deux roses d'argent, et en
robbos noufu(!s, lesquelles seront payées aux despens de la Ville; c'est assauoir : led. Preuosl, robbe iny parlic; de veloux ciaiiioisy et tanné, et chascun desd. Esclieuins et Greffier, robbes de satin cranioisy et lanné; et quant aux Procureur et Reccucur de la Ville, chascun robbe de salin noir ou tanné, le tout doublé de veloux; ce qui a esté exécuté. Et ce sont trouuez le lundi matin, xxi" de ce moys, aud. lieu de Sainct Germain, oij ilz ontfaict la reuerence a monseigneur d'Anjou, lequel les a très liumainement receuz; et après (jue nions"' l'euesque de Paris a esté préparé en la chapelle du cbastoau, pour l'exécution nécessaire, la compaignée est partie de la chambre de mond. s"^ en l'ordre qui s'ensuit : ffTous les officiers de la Maison, les premiers.
cr Après, les gentilhommes seruans et plusieurs venus pour assister aud. acte.
trSuiuoient après les cheualiers de Tordre du Roy, assauoir mess" de Roisy, grant escuier de France, conte de Roussy, les seigneurs de Sourdys et de La Bourdaiziere , tous cheualiers dud. ordre.
cr Api'ès suiuoit monseigneur le duc d'Anjou, ayant a l'un de ses costez madame la duchesse de Monimorency, suyuye de mesdames de La Bourdaiziere, d'Estrecy, et plusieurs dames et damoisellcs, et de l'autre cosié le Preuosl des Marcbans et les Escheuins, Greffier, Procureur, Receueur, et ung nombre de notables bourgeois, partys de lad. Ville, pour acompaigner la compaignée; et en tel ordre descendirent et passèrent par la grande court, au travers des gardes dud. seigneur, et de plusieurs seigneurs et dames venuz exprès aud. lieu pour veoir ceste ceremonye, n
11 résulte des termes du procès-verbal que le Corps municipal avait voulu figurer, dans la meilleure tenue possible, à la cérémonie où il devait jouer un rôle si important. C'était dans cette intention que le Prévôt des Marchands et les Échevins s'étaient lait faire des robes neuves. Toutefois on n'avait rien changé 'aux couleurs traditionnelles, et, en cette circonstance, comme dans les solennités précédentes, les membres du Bureau, y compris le GrefFiei', portaient des robes mi-parties cramoisi et tanné, tandis que le Procureur et le Receveur étaient vêtus de robes d'une seule couleur.
PROCESSION GÉ^ÉRALE.
La paix conclue en mars i568, entre la cour de France et le prince de Condé, ne l'ut pas de longue durée. Six mois après, les Huguenots reprenaient les armes. Charles IX, à cette occasion , ordonna une procession générale du clergé régulier et séculier de Paris.
pointe d'une aiglelte à deux têtes éployde d'or. — l'ierre Delacourt, d'azur ou chevron d'or, accompagné en chef de deux éloiles d'or, et en pointe d'un croissant montant d'argent.
Procureur : Claude Perrot.
Receveur : François de Vigny.
Conseillers : Jean Prévost, Dugué, de Hrage-
lonne, Jacques Paillart, Thierry de Monttnirai, Jean Croquet, Pierre Croquet, Jean Lesueur, Claude Marcel, Jean Aubery.
Quarteniers : Pierre Pellerin, Nicole Langlois. Nicolas Bourgeois, Jean de Beauquesne, Pierre Parlan, Mathurin deBeausse, Robert Danès,Macé, Bourlon.
Los Rcgislres de la Ville nous font connaître le rôle de la iMunicipalilé dans cette cérémonie.
•39 SEPTEMBRE l5G8.
H 1780 , fol. 12 1 V°.
tt . . . Suiuant les niandemens cy dessus, mesd. seigneurs les Preuost des Marchans et Esclicuins de lad.Villef sont partiz de l'Hostcl d'icelle enuiron sept heures du malin, et sont allez, vesluz de leurs robbes mi parties, acompaignoz d'aucuns dcsd. seigneurs Conseillers, Quarteniers et Bourgeois, estans les archers, arbaiesiriers, harqucbuziers et les dix sergens de la Ville deuant eulx, en l'église Noslre Dame de Paris; et de la dicte église allèrent auecques les processions de ceste ville en l'église S'° Geneuiefue , en laquelle fut prinse la chasse de lad. Dame qui fut portée jusques deuant l'église de la SaincteChappelle, ou estoit le Roi aconipaigné de la Royne sa mere, messeigneurs ses EnfTans, Princes du sang et Cardinaulx; et estans passez oultre par la salle des merciers descendirent par les grans degrez du Pallais, et furent portez lesd. Corps Sainctz par Euesques, la chasse Sainct Loys par cheualliers de l'Ordre, et plusieurs autres relicques de la
Saincte Chappelle par Euesques Tous les Relicques passées, estoit porté ung poille par
messieurs les quatre frères de Montmorency, soubz lequel estoit porté la Saincte Hostie par monseigneur le cardinal de Lauraine; et après suiuoit monsieur de Longueuille portant la main de Justice, mons' d'Alenson , frère du Roy, portant le septre , et puis Monsieur, aussi frère du Roy, portant la couronne royalle, et suiuoit le Roy, la Royne mere du Roy et madame Margueritte sa seur et plusieurs grans seigneurs '"^f, Messieurs de la court de Parlement ayans leurs robbes
(') Pi'évôt : Nicolas Leoendre, seigneur de Villeroi; armes : d'azur au chevron d'or accompagné de 3 croix ancrées d'or; le sommet dudit chevron couvert d'un écusson d'azur à la fasce d'argent, accompagnée de 3 têtes humaines du même.
Echevins : Jacques Sanguin, seigneur de Livry, d'azur à la hande d'argent, flanquée à sénestre de 3 glands d'or, et à dexlre de 3 quintefeuilles du même surmontées de 2 pattes de coq d'or. — Claude Hcrvy, écartelé aux 1 et à d'argent à la croix potencée d'or cantonnée de h croiselles d'argent; aux 2 et 3 d'or à l écusson de gueules chargé d'une feuille d'argent, à la bordure de sinople. — Jérôme de Varade, écartelé aux 1 et /i de gueules à 3 fasces échiquelées d'or et de sinople; aux 2 et 3 d'azur au lion rampant d'or. — Jacques Kerver, d'azur à l'unicorne d'argent.
L'illustre et noble compagnie qui assistait le roi Charles IX dans celle procession générale était composée des personnages suivants :
Les quatre frères de Montmorency, fils du fameux connétable Anne de Montmorency, mort en 1667 des suites des blessures qu'il avait reçues à la bataille de Saint-Denis : 1° François, duc de Montmorency et maréchal de France (i53o-i579); 2° Henri, duc de Montmorency, pair et connétable de France, chevalier des ordres du roi, gouverneur
de Languedoc, etc. (i53/i-i6iù); 3° Charles de Montmorency, duc de Damville. pair et amiral de France, mort en 1612 à 75 ans; 6° Guillaume de Montmorency, seigneur de Thoré, mort vers 1693.
Charles, cardinal de Lorraine, duc de Ghevreuse, ' archevêque et duc de Reims (i52/i-i574), fils de Claude de Lorraine, premier duc de Guise, el d' Antoinette de Bourbon.
Léonor d'Orléans , duc de Longueville et d'Es- (outeville, comte de Dunois, etc. (i54o-i573). Fils de François d'Orléans et de Jacqueline de Rohan, il assista à la bataille de Saint-Quentin où il fut pris (1557), à celle de Monlcontour (i56y ), au siège de la Rochelle (1573), et mourut à Blois, au mois d'août de celle dernière année.
François, frère puîné du Roi, cinquième fds de Henri H el de Calherine de Médicis, né en iSM el mort en i58/i sans avoir élé marié, reçut de Charles IX, en 1066, à titre d'apanage, le duché d'Alençon, qui avait été réuni à la couronne après la mort de la veuve du dernier duc d'Alençon. •
Monsieur, frère du Roi, troisième fils de Henri II et de Calherine de Médicis, roi de Pologne, puis de France, sous le nom de Ibnri III.
Marguerite, sœur de Charles IX, épousa |)kis lard Henri de Navarre, qui régna sous le nom de Henri IV.
rouvres du coslé dcxiro, Messieurs des Comptes du coslé senextre; et après les Presideiis et aucuns Conseillers, Messieurs de la Ville estant entre la Court et les Comptes. Du Pallais fut passé par le pont au Clianjje et par le pont Nostre Dame, lesquelz pontz estoient ornez de tapisseries et couuers de thoilles; et estans en l'e/flise de Nostre Dame de Paris, y fut célébrée une messe du Sainct Sacrement fort solempuellc qui l'ut célébrée par led. seigneur cardinal de Lauraine. ^
Nous n'avons que peu d'observations à faire au sujet de celle procession, (ju'on pourra comparer avec ies cérémonies du même genre décrites aux numéros VIII, XVI, XIX, XXVI et XXXI. Dans celle qui nous occupe, comme dans l(;s précédentes, les membres du Bureau portent leurs robes mi-parties et sont accompagnés de Conseillers, de Quarteniers et de Bourgeois, dont le nombre n'est pas indiqué.