‹ Les arristes; comédie en quatre actesChapitre 10 sur 57 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Les Mkmes, DE FRADETTES, SARÏRAY

ciiuibTiANii:, à de Fradctlcs qui entre. Tiens !... nous parlions de vous.

DK FRADETTES, sahicint Chvistiane.

En beaucoup de mal?

CHRISTIANE

Mais non... En beaucoup de bien.

DE FRADETTES, désignant Sartray.

Permettez-moi de vous présenter mon meilleur et plus fidèle ami, de passage à Paris : M. Sartray.

CHRISTIANE

Le célèbre explorateur?

SARTRAY, s'inclinant.

Oh ! mademoiselle, on abuse vraiment trop de Tépilhète: Aujourd'hui, tout le monde est quelque peu maître ou célèbre. Je ne suis qu'un modeste voyageur ayant passé quelques années de ma vie à étudier les peuples et les contrées qui pourraient devenir utiles à mon pays, voilà tout.

CHRISTIANE, lul tendant la main.

Toute ma sympathie, Monsieur. Je suis moi-même

de ces pays que vous aimez; et nous serons double ment amis, car vous ne pouviez avoir ici de meilleur introducteur que M. de Fradettes. (Présentant.) Mes amies: Madame d'Allèves, Mesdemoiselles Marcelle de Gesvres, Jeannine Chalbris et Sybil de Roville.

(SaiUray sHncline et remonte un peu avec elles, tandis que de Fradettes s'approche de Marcelle,)

DE FRADETTES.

Bonjour, Marcelle !

MARCELLE

Bonjour, Jacques !

DE FRADETTES.

Votre tante est ici?

MARCELLE

Pas encore, mais elle doit venir me chercher.

DE FRADETTES.

Il y a au moins deux jours que nous n'avons bavardé ensemble^ me donnerez-vous quelques minutes?

MARCELLE

Quand vous voudrez me les demander ; je ne sais pas vous refuser, vous le savez bien.

(Ils restent à causer quelques minutes,)

CHRISTIAN E, à Sartray, continuant la conversation. Alors, monsieur, vous passez presque tout votre temps hors de France?

SARTRAY.

Voilà bientôt dix ans que je n'y étais rentré.

JEANNINE

Si loin, avec des sauvages, le temps ne vous semble pas long ?

SARTRAY.

Je vous assure, mademoiselle, que les sauvages, comme vous dites, qui, d'ailleurs le sont très peu, ont une moralité bien supérieure à la plupart des habits noirs, pavoises de décorations, qui s'agitent dans les salons de Paris.

M^^ d'allèves, souriant.

Les voyages rendent un peu sceptique,

SARTRAY.

Au contraire, ils guérissent du scepticisme. Les seules choses qu'on y perde vraiment, c'est l'admi ration de notre prétendue civilisation et le respect de son hypocrisie ! — C'est joliment bon, je vous assure, de vivre au grand air, d'avoir devant soi, le champ libre pour l'action, de travailler directement

à un résultat, sans passer par des bureaux, des paperasses, des influences, des démarches et des courbettes ! C'est l'existence vraie, et c'est l'existence féconde. — Mais je vous demande pardon, je suis tellement plein de mon sujet!... C'est presque un sermon ridicule.

JEANNINE

Pas le moins du monde. Nous nous intéressons maintenant à toutes les questions sérieuses .. (solennelle) aux problêmes de la vie !

SYBIL.

Nous ne causons même chiffons que dans un but utilitaire !

MARGELLE, qul scst vapprockée.

Et on ne rit plus jamais.

SARTRAY.

C'est tant pis !

JEANNINE

Et dire que nos grand'mères se sont tant amusées !

SARTRAY.

C'est que leurs poupées ne jouaient pas à la question sociale.

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