SCENE XI DE FRADETTES, MARCELLE
MARCELLE, incertaine.
Que dit-elle?
DE FRADETTES.
La vérité, j'ai besoia de fixer ma vie, j'ai besoin de vous, Marcelle !
MARCELLE
Pourtant, tout à l'heure, quand je vous ai vu...
DE FRADETTES.
Ne cherchez pas davantage, puisque je vous expliquerai et répondez-moi : est-ce oui ?
MARGELLE
Ce serait oui, avec joie, si je n*écoutais que. . .
DE FRADETTES, vivcment.
... Que votre cœur?
MARCELLE
Mais je n'ai rien à mettre avec !
Et moi, pas beaucoup plus... Alors?
MARCELLE
Alors, je ne dois pas vous entraîner dans une aventure qui ne pourrait aboutir qu'à pas mal de larmes...
DE FRADETTES.
Comment à des larmes ?
MARCELLE
J'entends dire à tous ceux qui m'entourent, qu'un ménage commencé dans la médiocrité ne résiste pas à l'épreuve.
DE FRADETTES.
Et vous l'avez sérieusement pensé?
MARCELLE
Il y a tant de gens de leur avis et si peu du mien.
DE FRADETTES.
Mais, si le mariage ne résiste pas à l'épreuve, c'est précisément 'parce qu'on le base d'abord sur l'intérêt et noQ pas sur l'amour. Au lieu de cela, qu'on y mette beaucoup d'affection, d'estime, et je suis convaincu qu'il deviendra très solide. Ce n'est pas l'institution qui est mauvaise, c'est la manière de s'en servir. Allons, voyons ! ayez donc confiance, puisque je suis tout à vous... et que je ne vous retirerai jamais la main que vous aurez prise?..
MARCELLE, émue, se laissant aller.
C'est bon de vous écouter, de vous entendre !.. Près de vous, je me sens plus forte. Je crois au bien dont on me fait tant douter; je reprends l'espérance d'un avenir qu'on me dépeint si noir!... Seulement, vous qui m'avez connue petite, vous savez aussi combien je suis faible!... Je voudrais avoir le courage de toutes les belles et bonnes choses ; et puis, la lassitude me prend, il me semble qu'elles sont trop loin et trop haut!... Vous devrez être courageux, presque vertueux pour nous deux... et il faudra me protéger beaucoup, n'est ce pas, Jacques?
DE FRADIiTTES, SOUViant.
Défendre toujours... et pardonner quelquefois!... C'est tout mon rôle de mari!.. Vous ai-je convaincue ?
MARCELLE, lui tendant la main.
Ça n'était pas très difTicile.
(de Fradettes ef/leure d'un baiser les cheveux de Marcelle.)
MARCELLE, sc dégageant un peu inquiète.
Mais, dites-moi, pourquoi fallait-il que vous parliez tout de suite devant Christiaue ?
DE FRADETïES, uu pcu embavrassé.
...A cause d'une petite querelle à voire sujet, un enfantillage! Ghristiane est une tète folle, un peu romanesque ; elle adore défendre des théories extraordinaires sur la vie qu'elle connaît si peu. Elle se doutait que nous nous aimions, mais ne pouvait pas croire à un pur mariage d'amour!... (Souriant.) Ne fallait-il pas lui en donner la preuve ?... MARCELLE, méfiante.
Alors, sans celte preuve à donner, sans cet enfantillage, vous ne m'auriez pas encore dit?...
DE FRADETTES.
J'ai donc mal agi en vous exprimant quelques heures plus tôt une résolution prise depuis longtemps?
MARGELLE
Non, mais l'exprimer devant elle...
DE FRADETTES.
Puisque son scepticisme avait besoin d'une leçon. (Attristé.) Vous ne me croyez pas?... Vous n'avez pas confiance?
MARCELLE, Ic regardant dans les yeux.
Sil... Si!... j'ai confiance. .. Pardon !
DE FRADETTES, avcc UU reprocke alfectueux. Déjà.