SCENE V
CHRISTIANE, DE FlUDETTES
GHRISTIANE.
Il ne m'aime pas beaucoup, votre ami Sartray?
DE FRADETTES.
Parce que... ?
CHRISTIANE
Parce que je viens, une fois de plus, de m'en apercevoir... Je suis sûre qu'il a cherché à vous dire quelque mal de moi?
DE FRADETTES, Id regardant.
Du tout. Il m'a simplement demandé si vous ne m'aviez jamais reparlé de... certain amour d'autrefois ?...
CHRISTIANE, uii iustant démontée.
Qui? Moi?... Si j'avais?... A quel propos cette question?... Ah! par exemple !... Est-ce qu'il a peur qu'on vous aime ou qu'on vous trouble ? (S'animant.) Décidément, les explorateurs ne gardent pas l'esprit parisien. Une passion qui attendrait pendant quatre ans sans se manifester par le plus léger oubli, serait vraiment patiente et de bonne qualité !
(Voulant trop prouver.) Mais si j'avais gardé pour vous autre chose que de l'amitié, est ce que la vie presque intime que nous menons, serait possible ? Vous ôtes-vous aperçu par hasard, de la moindre chose en contradiction avec cette amitié? Enfin, c'est un peu fou pour un monsieur absent depuis quatre ans, de venir affirmer?... M. Sartray s'y connaît certainement en colonisation, mais pas en psychologie!... et je pense bien que c'est tout ça que vous lui avez répondu?
DE FRADETTES, très surpTis de son émotion. Je lui ai répondu, en effet, tout ce que vous venez de me dire, mais avec moins d'animation.
CHRlhTIANE.
Une pareille question est bien un peu blessante, lorsque rien ne la justifie 1 Je ne parle pas de vous, qui l'avez seulement répétée, mais de celui qui a mis quelque perfidie à vous la faire.
DE FRADETTES. trèS froid.
Je vous demande pardon. J'ai eu tort, même pour une minute, d'oublier la place que j'occupe ici.
CHRISTIANE
Voyons, mon cher ami, vous n'allez pas vous fâcher?... j'ai été un peu agacée...
DE FRADETTES.
Je ne me fâche pas du tout... je conviens que la phrase n'était pas respectueuse... je m'en excuse. . .
CHRISTIANE
Il ne s'agit pas de cela...
DE FRADETTES.
Si... Si... je ne tiens pas à sortir de mon rôle. (Remontant.) J'ai beaucoup de travail, madame, je vous demande la permission. . .
CHRISTIANE
Je vais croire que nous ne sommes plus amis. . . Donnez-moi au moins la main?
DE FRADETTES, revenant.
Très volontiers !
CHRISTIANE, garde une seconde sa main dans la sienne, puis ayant un geste pour l'encourager à y poser les lèvres.
Le baiser de paix?... (Malgré elle, elle a un battement de paupières lorsque la bouche de Fradettes effleure ses doigts.) Vous voyez bien que je n'ai aucune émotion ?
88 Li:S AUHIVISTES
DE FRADETTE.*^, la rcf/arçhmt jusqu'au fond des yeux, tandis qiiil sent sa main trembler dans la sienne.
C'est vrai !. . . aucune !. . .
(// s'écarte.)
CHRISTIANK.
Voulez- VOUS m'envoyer La Valade, j'ai uu petit service à lui demander.
{De Fradettes sort.)