‹ Les arristes; comédie en quatre actesChapitre 8 sur 57 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

CHRISTIANE, MARCELLE, JEANNINE, SYBIL, M-"* D'ALLÈVES.

CHRisTiANE, apvès avoiv constaté que tout le monde

est sorti, fait signe au domestique de baisser

les tentures; le second salon et le

hall sont ainsi fermés.

Ah ! c'est bon d'être un peu chez soi et de ne plus entendre les sucreries de ces messieurs !

MARCELLE

Vous les traitez?

CHRISTIANE, prenant M^*^ d'Allèves par la taille. Demandez-donc à mon adorable amie, une toute fraîche divorcée, si j'ai tort de prendre les hommes pour ce qu'ils valent?

M"ie d'allèves.

Ah ! Dieu nonl... Et pourtant, je n'ai eu que trois mois d'expérience.

MARCELLE

C'est peut-être pour ça ! On m'a toujours dit qu'il fallait le temps de s'habituer... Votre mari?.. .

M^^ d'allèves.

Oh ! mon mari n'a pas pensé à m'aimer.

margelle:

Et vous?...

Mme d'alLÈVES.

Moi, je n'ai pas pu !. ..

MARCELLE

Alors, pourquoi?

M^e d'aLLÈVES.

Pourquoi nous être mariés, n'est-ce pas?... Pour faire ce que nous faisons toutes et ce que vous ferez aussi : pour l'alliage de deux convoitises, de deux vanités, ou simplement de deux égoïsmes.

MARCELLE

Ce serait si simple d'unir tout bonnement deux êtres qui s'aiment bien !

(Petits rires des jeunes filles.)

CHRISTIANE

Ma pauvre Marcelle, vous avez des mots et des idées de l'ancien régime. Ne savez-vous pas qu'il est une puissance — l'argent — à laquelle nul ne peut se soustraire. Elle constitue une nécessité de l'époque, et tout le monde, même ceux qu'on appelle les riches, doivent s'y soumettre, sous peine d'en être écrasés.

MARCELLE

Avec du courage pourtant? Moi. je suis pauvre, je n'ai pour soutien et pour conseil qu'une très vieille tante, qui n'entend plus grand'chose au train de ce monde, et j'ai la ferme résolution de prendre le seul homme, s'il en est, qui parlera à mon cœur.

JEANNINE

Difficile à trouver.

CHRISïIANE.

Et plus difïïcile encore à prendre quand on l'a trouvé, parce que ces gens là ne sont jamais millionnaires. Faible, comme je vous connais, une fois prise dans l'engrenage de la médiocrité vous seriez vite broyée... ou déraillée !...

JEANNINE

Bah! Il vaut encore mieux tacher de se caser le plus confortablement possible. On parle toujours de se vendre, c'est un mot. Et puis, mieux vaut avant qu'après !

CHRISTIANK.

Moi qui suis d'un pays et d'une famille où les situations se sont faites par la lutte sans merci, je ne reconnais que deux classes de gens: les forts et les faibles!... A chacun de s'arranger pour être dans les premiers !

JEANNINE

Ce qui vous aide un peu, c'est d'avoir trente raillions de dot.

CHRISTIANE

Cela ne me vaut pour l'instant qu'une meute de soupirants dont les belles petites âmes ne sont pas très intéressantes à voir de près,

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