‹ Les artisans et les domestiques d'autrefoisChapitre 13 sur 21 · LE DRAPIER-DRAPANT · texte numérisé non relu

LE DRAPIER-DRAPANT

Jacques Gillot, marchand drapier-drapant, occupe, avec sa femme et ses cinq enfants, une maison située dans un des quartiers les plus animés et les plus commerçants de la ville, la rue Notre-Dame, il en paie le loyer 80 fr. Sa boutique est garnie de pièces de drap et de quelques coupons de rubans. Le drap qu'il vend est assez commun; c'est du drap blanc ou gris à 45 sous l'aune. Il a aussi de la tiretaine blanche, du droguet gris sale et de la serge de laine de diverses couleurs, à 3 1. 5 sous l'aune. 11 fabrique lui-même une partie de ces étoffes. Il a dans son arrière-boutique un « mestier servant à Testât de drapier avec touttes les ustancilles dépendantes dudit estât, » estimé 60 1. Dans son grenier 860Hvres pesant de laine en poil, sans compter 82 de laine filée et 52 de laine cardée, valant en tout 629 1.

Il faut certaines avances pour se livrer à cette industrie. Gillot a 200 1. en argent monnoyé. Son argenterie est de peu d'importance : une écuelle, deux tasses, deux couverts d'argent. Peut-être une marraine généreuse a-t-elle donné à un de ses enfants le « hochet d'argent garni de ses chaînes et sonnettes », que l'on conserve avec l'argenterie, dans une chambre basse près de la boutique. Cette chambre est garnie de pans de tapisserie commune; elle contient deux lits, un miroir à cadre noir, un coffre et une armoire. Au mur sont suspendues les armes du marchand : un fusil, un mousquet, trois pistolets de poche, une hallebarde et un baudrier.

L'industrie du drapier assure à sa familleune certaine aisance, mais non le superflu; la liquidation de sa succession ne laisse à la veuve que 1,033 1. et aux cinq enfants que 1,009 1. à partager entre eux. Sa femme avait pourtant eu une certaine recherche dans le costume ; ses vêtements sont en ferrandine bleue, de serge rouge ou blanche, de rase de Châlons; elle portait une petite bague d'or garnie de diamants et une verge d'or; à sa ceinture était attachée une clercelière d'argent, qui servait à suspendre ses clés.

Un autre drapier, qui habite en 1 679 la même rue que Gillot, paie un loyer de 65 1. Il a plus d'argenterie et moins de marchandises. L'armoire de sa boutique renferme surtout du droguet de couleur minime et des paquets de cordons de laine. Son commerce est sans importance. 11 doit 20 1. à son foulonnier, 3 1. à des fileuses, 15 1. « pour porter la laine au pois du roy que pour le pois » . Veuf avec un enfant ', il ne paraît pas avoir laissé un commerce très prospère.

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