AUSTIS 1)E BOUDEUSE, .rchitcclc
Plusieurs journaux ont publié les détails suivants sur un monument indou, le Tadj-.Mahel -, dont M. Stoekler, dans son ouvrage sur l’Inde, a donné la description, et qui a eu pour architecte un Français :
a Le plus beau monument de l'Indoustan, écrit M. H. Stoekler, est sans contredit le Tadj-Mahel, superbe mausolée élevé près d’Agra, et construit par les ordres de l’empereur du Mogol (Djihangire ), à la mémoire de sa reine de beauté, Noor-Jehan, qu’on appelait la Lumière du monde. Le dessin fut tracé par Austin de Bordeuse, Français de talent, au mérite duquel l’empereur accordait la plus entière confiance. 11 coûta 3,171,80.'» livres sterling et occupa 20,000 ouvriers et architectes pendant un espace de vingt-deux ans. L’édifice occupe le côté nord d’un vaste quadrangle et domine la Jumna,dans les eaux de laquelle il se mire. Un mur de grès rouge, très-élevé, ferme les trois autres côtés. On pénètre dans cette enceinte par une porte magnifique, placée au sud, juste en face de la tombe. A l’est et à l’ouest, on voit d’admirables mosquées identiquement semblables, dont la façade est tournée vers le centre du quadrangle. Celle de gauche est la seule dont on puisse faire usage comme temple, parce qu’il faut que les personnes qui composent l’assemblée aient, pendant leurs prières, de môme que tous les mahométans, les regards dirigés vers la tombe de leur prophète, c’est-à-dire vers l’ouest. La mosquée qu’on remarque à l’est n’a donc été érigée que pour la symétrie et pour correspondre à l’autre.
1 Renseignements communiqués par M. Riocrcui.
* Gravé dans l 'Univers pittoresque de MM. Didot, planche 51 du volume Inde.
INDES
o L’arène entière est divisée en parterres carrés, au milieu desquels s’élèvent quelques arbrisseaux qu’entourent des fleurs, tandis que des cyprès forment des avenues de presque tous les sentiers. Ces allées sont pavées en dalles de pierre de taille et sont divisées par un canal, au centre duquel jaillissent des rangées de jets d'eau qui les parcourent d’un bout à l’autre. Le quadranglc a 9(54 pieds de l’est à l’ouest, et 329 du nord au sud. Quant au mausolée, il est, ainsi que le piédestal sur lequel il est placé, la terrasse et les minarets, du marbre blanc le plus pur incrusté de pierres précieuses. Les murs, de grès rouge, sont surmontés de coupoles et ornés de pilastres également en marbre blanc. L’intérieur des mosquées et des appartements, le côté des murs qui regarde le monument, sont couverts de marbre blanc ou d’une composition pierreuse qui imite le marbre; à l’extérieur, le grès rouge ressemble à de la brique. Le marbre éblouissant du mausolée fut pris sur le territoire de Jeypore et apporté d’une distance de 300 milles au moyen de voitures à roues. Ce qu’on a dit au figuré d’Auguste peut, en toute vérité, se dire de Shah-Jehan : il trouva des villes de briques et les laissa de marbre. L’empereur et sa reine reposent à côté l’un de l’autre dans un caveau creusé sous le monument et auquel un escalier conduit. Leurs restes sont couverts par deux plaques de marbre; exactement au-dessus, on voit au plafond, dans l’espace laissé libre et sous le dôme, deux autres plaques ou cénotaphes du même marbre, décorées de mosaïques précieuses. Sur celui de la reine, des lettres noires reproduisant des passages du Koran s'entrelacent à des guirlandes de fleurs.
« Il n’y a rien sur celui de l’empereur que des tleurs et la date de sa mort. Cela provient sans doute de ce que Shah-Jehan commanda lui-même le cénotaphe de sa femme, et ne vit aucun mal à y faire inscrire la parole de Dieu, tandis que le sien fut disposé par les soins de son fils Aurungzèbe, et que celui-ci, plus pieux que son père, ne crut pas devoir faire graver des mole sacres sur une pierre que le pied de l’homme pouvait toucher un jour.
«Noor-Jehan, la Lumière du monde, ou, ainsi que le dit l’inscription qu’on lit sur sa tombe, Itanoo Regum, l’ornement du palais, mourut en 1(531, et son mari en 1 Elle mourut en donnant le jour à une fille, et à son lit de mort elle adressa deux suppliques il l’empereur : la première fut qu’il ne se remariât pas, afin que d’au-
PEItSE.
très enfants no pussent disputer aux siens sa tendresse et ses États; la seconde, qu’il lui fit élever la tombe par laquelle il lui avait promis de perpétuer son nom. Ses deux derniers souhaits furent exaucés. Son mausolée fut commencé aussitôt; nulle femme ne tenta de prendre sa place au palais, et Shah-Jehan n’eut pas d’autres enfants que ceux qu’elle lui avait laissés1. »