‹ Les artistes français a l'étranger (volume 2)Chapitre 221 sur 452 · PHILIPPE V. — SON INFLUENCE ET SES ACTES · texte numérisé non relu

PHILIPPE V. — SON INFLUENCE ET SES ACTES

Philippe V peut être justement appelé le restaurateur des beaux-

1 Mémoire sur les membres de l’Acad. roy. de peint et de sculpt., t. 11 , p. 92.

* Monville, Vie de Mignsrd, p. 148-150.

* Bermudez. — William Stirling , Anuals of the irtists of Spain , 3 vol. in-8». Londres, 1848, t. II, p. 559.

k Ou Jean Courbes.

ESPAGNE

arts en Espagne ; quand il vint la gouverner, les arts n'y existaient plus ; le goût et les idées les plus étranges étaient à la mode ; par exemple on fardait les statues de femmes, on leur mettait du rouge aux joues et aux épaules, comme aux femmes *.

Philippe V fut obligé , pour rétablir la culture des arts dans un pays où elle avait été si florissante un demi-siècle auparavant, de faire venir des artistes d’Italie et surtout de France; le goût français vint s’implanter à Madrid avec la dynastie des Bourbons.

Les principaux français que le nouveau roi appela en Espagne sont : l’architecte François Carlier, agent de Robert de Cotte; les peintres Michel- Ange Houasse , Jean Ranc, Henri de Favanne, Louis-Michel Vanloo; les sculpteurs Jean Thierry, René Frémin, Jacques liousseau, Pierre Pitué, Antoine et Hubert Dumandré.

Philippe V fit construire le palais royal de Madrid et le château de la Granja ou de Saint -lldefonse; il augmenta considérablement le château d’Aranjuez, et fit, à l’imitation de Versailles, les jardins d’Aranjuez et ceux de la Granja.

C’est surtout à la Granja que Philippe V se plut à faire travailler, parce qu’il y faisait une œuvre toute française ; c’était son petit Versailles, comme le disait ce pauvre roi, si triste et si malheureux sur son trône d’Espagne1 2 3 où on lui faisait des serviettes avec les chemises de ses marmitons ’. Aussi regrettait-il toujours les plaisirs de Versailles, les chasses de Marly, la politesse des moeurs françaises ; il disait à son confident , le marquis de Louville, en versant des larmes amères , qu’il ne pouvait vivre en Espagne et qu’il redeviendrait bien volontiers duc d’Anjou. A la Granja et au milieu de ses artistes français, il se pouvait croire hors d’Espagne.

Philippe V fit commencer en 1710 les travaux de la Granja sous la direction de l’architecte espagnol Théodore Ardemans. Un grand rombre de Français furent employés à la décoration du parc où,

1 Comtesse d’Aulnoy, Relation du voyage d’Espagne. La Haye 1705,3 vol. in-12.

* Mémoire» du marquis de Louville, t. 1, p. 102.

3 C’est dans les Mémoires de Louville qu’il faut lire les douloureux détails de U vie de ce jeune roi enfermé à clé dans son palais, ne sortant plus que pour aller aui courses de taureaux et aux auto-da-fé, entouré de gêna tels que le chambellan Benavente qui, dit Louville, nous vint avertir l’autre jour en pleurant de noua méfier d’une berline attelée que la reine douairière avait donnée au roi catholique et qui devait, disait-il par l'effet d'un sortilège, devenir caisse d’oranger pendant que le roi deviendrait oranger en caisse. T. I, p. 117.

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comme à Versailles, l’on plaça des statues, et où l'on fit des cascades et des fontaines ou bassins. Les principaux artistes qui furent employés à ces travaux sont : l’ingénieur Marchand, qui disposa le sol, fit les nivellements , les travaux hydrauliques et les plans des jardins; Étienne Boctilon , qui planta les jardins; les sculpteurs Frémin , Bousseau, Thierry , Pitué et Dumandué Les travaux étaient à peu près achevés en 1716. Le palais de la Granja est assez beau , mais le parc et les eaux sont admirables.

457. ACADÉMIE DE PEINTURE, DE .SCULPTURE IT D’aRCIIITECTURE DE MADRID.

L’Académie de San-Femando fut fondée par Philippe V sur le modèle de celle de Paris. Elle fit sa première ouverture, dit Janneck’, le 23 juin 1752. C’est cette Académie qui a relévé l’architecture en Espagne; ce sont des membres de cette Compagnie qui ont construit le pont sur le Xarama, la douane de Valence, la bourse de Barcelone, l’arc de triomphe d’Alcala à Madrid, la manufacture de tabac à Séville.

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