BOURDELOT
Si l’on en croit Marianne d’Ehrenstrôm , Christian Molbeeh et quelques autres écrivains qui se sont tous répétés, Bourdalot ou Bourdelot serait un peintre de portraits, favori de Christine; il est évident pour nous qu’ils se sont trompés. Bourdelot, car c’est son vrai nom, était un médecin français, en faveur auprès de Christine, dont il était le premier médecin. Bourdelot était amateur des arts ‘.
* Wtintvich.
* Gravé par Nantcuil, I65J; et aurai par P. Tanjé, Michel Lasne, A!«. Tardieu.
* Mém. sur les membres de l'Arad. roy. de peint, et de sculp., 1. 1, p. 92.
v Voir : Rafael Trichet Dufrrsiu, Trattato delta pittura di Lionardo da Vinci, Paria 1651, in -fol. (Dédicace). — Voir dans le Journal do Dangcau, l'addition de S. Simon a la date du 6 juillet 1665.
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97t. LA VALLÉE (Jetn de), architecte, né en 1620, mort en 1696, 61s de Simon de La Vallée.
Il fut au service des rois Charles X et Charles XI et remplacé comme architecte royal par Nicodèmc Tessin. La Vallée a donné les plans du vieux château royal de Stockholm, qui fut brûlé en 1697, et a fait le dessin du tombeau des Charles dans l’église de Riddarholm, en 1665 1 ; il a construit l’hôtel des francs-maçons de Stockholm *.
972. CHAUVEAU3 (René), sculpteur, né à Paris le 2 avril 16G3, mort à Paris le 5 juillet 1722. Élève de Girardon et de Ph. Caffieri.
Le I" août 169.7, René Chauveau partit pour la Suède’. «René Chauveau, arrivé dans ce pays-là avec plusieurs sculpteurs, fut d’abord saluer M. le baron de Tessin, surintendant des bâtiments du roy de Suède. Ce seigneur, étant jeune, s’étoit attaché à la maison du comte d’Oxenstiern ; ce comte, qui estimait plus la vertu et le mérite que tous les biens de ce inonde, lui donna sa fille et fit sa fortune. M. de Tessin étoit bon gentilhomme allemand, pauvre, mais plein d’honneur, de mérite et de science ; il fut un des plus grands architectes qu’il y ait eu en Europe, et devint par ce moyen surintendant des bâtiments. 11 reçut parfaitement bien notre sculpteur avec ses compagnons; il le connoissoit par tous les dessins qu’il avoit de lui, que M. Cronstrom lui avoit fait tenir. Charmé de son arrivée, il lui communiqua tous ses projets pour la décoration du château royal de Stockholm, et lui ordonna de lui dire franchement ce qu’il y avoit à rectifier. Ensuite il lui donna le choix des ouvrages qu’il vouloit faire exécuter, afin de distribuer le reste aux autres sous sa direction. Reçu si agréablement, et, quelques mois après, aimé et chéri du Roy Charles XI, René Chauveau fit venir sa femme, ses enfants, son frère Evrard , peintre, et toute sa famille, avec un de ses beaux-frères nommé Coi siset s, l’un des plus habiles orfèvres
1 Christian Molbech , Lettres de Suède en 1812. Copenhague 1814-17, 3 vol in-1 2 en danois.
* Weinwich. — Eckmarck, p. 44, 314.
3 C’est le Chavau ou Chaveau de Molbech et de Weinwich.
4 Vie de François Chauveau et de ses deux Bis Evrard et René, par Papillon, réimprimée par les soins de MM. Th. Arnauldct, P. Chéron et A. de Montaiglon, broch. in-8°. Paris, Jeannet, 1854.
1 Ce Cousine! est sans doute le fils de René Cousinet, ami de Chauveau et qui, en 1664, 1665, 1666, travailla avec d’autres orfèvres aux grands ouvrages d’argenterie de Versailles.
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de son siècle. U svoil parlé de l’un et de l’antre ail surintendant, lequel étoit bien aise de posséder toute cette famille, croyant par là le fixer dans le pays.
« La jalousie s’empara bientôt de l'esprit des autres sculpteurs. Us ne voyoient que le sieur Chauveau de caressé; ils étoient au désesj)oir de ce que M. de Tessin lui couununiquoit toutes ses idées, et de ce qu’il suivoit ordinairement ses avis. Ün lit alors ilo grands préparatifs d’un bal que le Roy vouloil donner; il devoit être magnifique. M. Chauveau fut chargé de toute l’entreprise; il composa des pagodes, charges, grotesques et mascarades, destinées particulièrement pour le Roy, dans lesquelles ce prince pouvoit se mettre commodément; comme elles n’étoienl composées que de carton richement habillé, ildansoit avec sans être gêné aucunement. Ce fut à l’occasion de ce bal que M. Chauveau lit connoltre au surintendant l’envie que lui portoient les autres sculpteurs; c'est pourquoi il le pria instamment que chacun d’eux eût à faire et à se charger d'une partie de l’entreprise, se doutant bien de ce qui arriveroit, et voulant les mettre dans leur tort; que, pour lui, il prendroit ce qu’ils ne voudraient pas exécuter. Chacun choisit donc sa partie, et M. de Tessin fit marché avec eux de chaque morceau. Quatre jours avant le bal, ce seigneur envoya chercher M. Chauveau , pour savoir dans quel état étoit toute l’entreprise. Ce sculpteur lui dit que son affaire étoit faite ; qu’à l’égard de celle des autres, il n’en pouvoit rien dire, n’ayant pas été possible de pénétrer ce qu’ils avoient fait , parce qu’ils avoient toujours tenu leurs ateliers clos et fermés. M. do Tessin y fut sur-le-champ, et, trèssurpris devoir qu’ils n’avoient pas encore commencé, et qu’ils ne savoient même par où s'v prendre , il entra contre eux dans une grande colère ; se tournant du côté de M. Chauveau : « Je vois « bien ». lui dit -il , « que par là le bal va manquer; il n'y a que « vous» ajouta-t-il, « qui puissiez me tirer de cet embarras. » — « Je le ferai de tout mon cœur», répondit M. Chauveau; «faites-moi « seulement donner une trentaine de filles avec les clefs du inaga- « sin aux étoffés, je vous réponds de la célérité de l’exécution; vous « pouvez vous fier à ma parole. » I.e surintendant, encore pins en colère, lui répartit brusquement s’il vouloit se moquer de lui, qu'est-ce qu'il |>rétciidoit faire de ces filles, de ces ciels et de ces étoffes; que l’on n’avoit plus que trois jours pour travailler, qu'en-
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lin il le prioit de lui dire comment il prétendoit agir. — « Mona sieur», lui dit René Chauveau, «j’ai plus besoin à présent de lilles, a pour l’exécution de notre entreprise, que de sculpteurs; le temps a nous presse ; sans s’amuser à vous compter mon dessein , laissezo moi faire, vous serez content. » — « Faites donc comme vous « l’entendrez», répliqua d'un ton radouci le surintendant; «je vais « vous envoyer les filles et les clefs. » Alors notre ingénieux scul|>teur, qui avoit des creux tout préparés de figures d’iionunes et de femmes, grandes comme le naturel, les fit mouler par parties, et, avec du gros fil de fer, il laisoit ses assemblages; au lieu de draperie de carton , il les habilloit avec les étotfcs du magasin, qu’il gommoit, et le fil de fer lui servoit aussi à former les plis de ces draperies, lesquels étoient aussi cousus par endroits avec ce fil de fer en sorte que le tout subsistoit et pouvoit avoir du mouvement. Quand tout fut prêt, précisément la veille du jour marqué, il fut chez M. de Tessin, et, l’abordant en riant : « Monsieur», lui dit-il, a il faut que « votre curiosité ait été bien paisible, puisqu’elle ne vous a pas porté « à venir voir nos mascarades; tout est en état; de plus, je suis cer- « tain que vous aurez lieu d'étre satisfait; vous les trouverez même « saus doute plus belles que mes premières. » M. de Tessin fut les voir. Charmé de leur ett'et , il s’écria : « On a bien raison de dire « que la nécessité est la mère et l’inventrice de toutes choses. Je « vous jure. Monsieur, (pie je ne vous c-oncevois pas avec les filles «et les clefs du magasin que vous me demandiez; mais je vois è « présent que vous aviez raison ; qu’il falloit plutôt des couturières « (pie des sculpteurs. » 1-e bal et la fêle se firent. Le Roy, très-content de l’effet de toutes ses mascarades, chcrchoit des yeux son xculpteur; impatient de ne le pas trouver, il le demanda à M. de Tessin , qui l’envoya chercher. Pour lui, ayant passé trois jours et trois nuits à travailler sans relâche, il se reposoit. On le réveilla , et on lui dit que le Roy le demandoit. «Comment» dit-il tout étonné, « quelque chose a-t-il manqué? » — « Non, » lui répondit-on; «au contraire, c’est que le Roy veut que vous soyez « témoin de l’effet de vos grotesques et mascarades. » — o Dites à « Sa Majesté, » répliqua-t-il en se remettant de son trouble et se renfonçant dans le lit, « que je suis si fatigué qu’il m’est impossible « d’ouvrir les yeux; que je ressens, autant que je le dois, la grâce « qu’elle me fait d'avoir tant de boutés pour moi, mais que j’ai plus
« besoin de repos que de divertissements, » Quelque temps après , lorsqu'il s’agit du paiement pour toutes ces mascarades, le surintendant demanda à M. Chauveau ce qu’il lui falloit pour ses extraordinaires, au sujet des mascarades qu’il avoit faites, que les autres sculpteurs n’avoient pu exécuter : « Monsieur», lui répondit- il, « vos prix et marchés étoient faits avec eux ; je ne demande pas « autre chose. — « Comment », s’écria le surintendant, « deux cents « pistoles en trois jours! » — « Et l’invention? » reprit le sieur Chauveau. — « Vous avez raison », interrompit M. de Tessin en l’embrassant ; « je ne saurois trop vous satisfaire et vous être rede- « vable de m’avoir tiré d’un tel embarras. »
« Vers ce temps, la femme de M. Chauveau accoucha d’une fille. Le père fut aussitôt chez M. le comte I (avaux, ambassadeur extraordinaire pour la France dans celte cour, le prier de lui faire la grâce de demander au Roy la permission de faire baptiser cet enfant dans la chapelle de son hôtel. «Que vous importe », lui dit M. l’ambassadeur, «qu’il soit baptisé dans le temple ou dans ma chapelle? « nous reconnoissons pour lion le baptême des Luthériens. » — « Ce « n'est pas par scrupule que je le souhaite », lui répondit M. Chauveau, «c’est que, m'en retournant en France, mon enfant seroit « réputé étranger, et que je n’aurois pas besoin de le faire natura- « liser s’il avoit été baptisé dans votre chapelle. » — «Vous n’y « gagnerez rien », reprit le comte Davaux, «car, dans ce pays-ci, « cela n’a jamais été permis; je n’ai pas envie de m’exposer à un « refus; d’ailleurs, vous savez que mon pouvoir est peu de chose «dans la situation des affaires.» — «Eh bien! Monseigneur», repartit M. Chauveau, «je le demanderai donc moi-même au Roy; « s’il me refuse, mon parti sera bientôt pris, je m’en retournerai « en France. » Le lendemain, du grand matin, il fut à son ouvrage, se doutant bien que le Roy ne inanqucroit pas, à son ordinaire , de venir seul le voir travailler; il espéroit d’autant mieux obtenir sa demande, qu’il avoit déjà reçu plusieurs marques d’affection de ce prince , même de grandes médailles d’or et d’argent et de grands vidercomnies 1 de vermeil. 11 11e fut pas plus tôt à son ouvrage que le Roy arriva : «Sire», lui dit le sieur Chauveau en le saluant respectueusement, «je suis dans l’embarras. Ma femme est accouchée
1 Ce sont de grands gobelets que Ton emplit de vin dans les repas, et que l'on fait boire à chacun des conviés n la ronde. (Papillon.)
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« d’hier; j’ai été aussitôt chez M. notre ambassadeur le prier d’obte- « nir la permission de faire baptiser mon enfant dans sa chapelle. Il « m’a répondu que cela ne se pouvoit pas , parce que les lois y « étoient contraires, et qu’on les observoit très-rigidement. Je l’ai « prié alors de le demander à Votre Majesté: mais il m'a refusé. » — « Quelle raison avez- vous donc », dit le Roy, « pour rechercher « cette permission avec tant d’ardeur que vous le faites; les catho- « liques sont d’accord avec nous sur ce point; tous les jours leurs « enfants sont baptisés dans nos temples. » — « Sire, je le sais », répliqua M. Chauveau , « c’est pour gagner à mon enfant le droit de a naturalité. » — « Puisqu’il est ainsi », reprit le Roy avec beaueoup de bonté, « je vous le permets. Dans une heure, il y aura cona seil ; je vous envoyerai cette permission par écrit. Je ne vous ai « point fait venir ici pour vous chagriner; tranquillisez-vous, et traie vaillez en attendant ; ce sera la première affaire dont on parlera. » Le Roy s’en alla; trois quarts d’heure après, un gentilhomme vint de sa part dire à M. Chauveau qu’il pouvoit faire baptiser son enfant dans la chapelle de M. l’ambassadeur, sur sa parole royale; qu’il étoit fâché de ne pouvoir lui envoyer cette permission par écrit, comme il le lui avoit promis, mais que sur les remontrances de l’archevôque d’L’psal, le conseil en général s’y étoit opposé; qu’il eût cependant à faire faire ce baptême de nuit, sans éclat. Il en arriva néanmoins tout le contraire : car M. le comte Davaux , qui fut le parrain , le lit faire aux flambeaux , après avoir envoyé son 'équipage pour amener l'enfant , celle qui représentoit la marraine , et le père. Tous les François y furent invités, et furent régalés d’un festin magnifique. Depuis ce temps , tous les catholiques qui se sont trouvés en Suède ont fait baptiser leurs enfants aux hôtels des ambassadeurs; cette coutume s’est introduite en d’autres cours.
« Les seigneurs suédois faisoient mille caresses à notre habile sculpteur. Ils venoient à tous moments le consulter sur les petits ouvrages de leurs mains : car toute la noblesse de ce pays sait un art ou un métier. Un jour le comte Stenbock, ce fameux général qui, depuis, a si bien servi sa patrie, lui vint montrer un portrait qu’il avoit peint, de la comtesse d’Hona, qu’il recherchoit , et lui demanda s’il la reconnoissoit : « Oui, Monsieur», répondit le sieur Chauveau, « elle est fort bien; mais, si vous vouliez me permettre
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« de vous dire franeliemi'iit ma pensée, je pourrais peut-être vous « rendre un grand serTiee. » — « Je le veux », dit le comte, « vous « ne sauriez ine faire plus de plaisir. ». — «Je eonnois la comtesse», reprit M. Chauveau, «elle a beaucoup de goût, et encore plus d'es- « prit ; quand cela ne seroit pas, il se pourrait rencontrer quelqu'un « qui lui ferait remarquer le défaut de votre tableau. Elle est Hère « et sape; elle pourrait regarder votre galanterie tout d'une autre « manière que vous. Vous la représentez sous la figure de Vénus, « une pomme d’or à la main , avec l’inscription : « C’est pour la o plus belle. » Croyez-moi, Monsieur, cette représentation ne eon- « vient qu’ii une coquette; la ligure d’une Minerve ou d’une Diane, « c’est là ce qui convient à son caractère. Si vous faites tant soit peu « d’attention à ce que j’ai l’honneur de vous faire remarquer, vous « avouerez sans doute que j’ai raison. » Jamais le comte ne s’étoit trouvé plus surpris qu’il ne le fut entendant ce discours. « Ma foi » , dit-il, en sautant au col de M. Chauveau, «vous avez grandement « raison; par D., je vous ai une obligation infinie; je ne l’oublierai « jamais. » Véritablement, ce seigneur a toujours estimé, chéri et gratifié notre sculpteur.
« Vers la fin de l’année 1697 ou au commencement de 1098 ', le feu prit si violemment au château royal de Stockholm, qu’il fut brillé en moins de quatre heures de temps. Il n’y eut que la chambre où étoit en dépét le corps du Roy Charles XI (il étoit mort le 15 avril 1697, âgé de quarante- deux ans), avec les chambres attenant celle-là, qui restèrent de l’incendie; du reste il ne fut pas possible de rien sauver. Toutes les raretés que le grand Gustave y avoit fait apporter durant le cours de ses conquêtes dans l’Allemagne, avec les beaux chevaux qui avoient servi au magnifique carrousel du Roy défunt, qu’on avoit achetés et amenés à grands frais, tout fut consumé. M. Chauveau avoit fait quantité d’ouvrages dans ce château, qui n'étoient ni reçus ni arrêtés. Quelques jours après cet accident, il fut saluer le surintendant des bâtiments, lui parlant de ces ouvrages et de ceux qu’il falloit refaire. M.deTessin, l'interrompant, lui dit : « Monsieur, j’entends ce que vous voulez dire; « l'intention du Roy et la mienne est que le malheur qui vient d’ar-
1 Cel événement n’arriva ni en 1698, ni même & la lin de 1697, comme le dit Papillon, mais le 18 mai 1697, romme on le voit dans le Mercure historique et politique ; La Haye, chez Henry van Buldcrcn, in -18, t. XXII, volume de juin, p. 663. (Ed.)
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«river ne retombe point sur vous. Vous ne perdrez rien; j’ai « tout vu; qu’il vous suffise; faites votre mémoire, afin que je « l’arrête et que vous soyez payé. » M. Chauveau fut d'autant plus surpris de l’entendre parler de cette façon , que depuis longtemps ce seigneur étoit à sa maison de eampagne; il n’étoit même revenu qu’à l’occasion du feu, de sorte qu’il y avoit beaucoup d'ouvrages qu’il n’avoit pu voir. Ce que lui ayant représenté: «Monsieur,» reprit le baron de Tessin, «je le répète, il suffit devons avoir dit « que j’ai tout vu , pour vous faire connoître combien je vous « estime homme d’honneur. Le Roy veut que vous soyez payé de « tout. » Effectivement il le fut peu de temps après, et reçut plus de quatre à cinq mille livres qu’il avoit cru perdues...
« M. Chauveau, ayant été sept années en Suède, songea à quitter ce pays, à cause de la guerre, qu’il voyoit très-échauffée ; il demanda son congé pour faire un voyage en Italie. Après avoir été saluer et prendre congé des seigneurs de la cour, il partit le 20 an ht 1700, vieux style. U rencontra dans le pays de Schone • M. Klinkonstrom, favori de Charles XII, qui allnit exécuter quelques ordres de son maître; il l’accompagna dans le passage du Stind, ou détroit de la mer Baltique. A cet endroit, ils approchèrent d’un vaisseau, et dans ce moment M. Klinkonstrom lui dit à l’oreille: «Soyez discret et me suivez.» Ils montèrent à bord de ce vaisseau. Le favori, l’ayant laissé quelque temps sur le tillac, revint le prendre et le conduisit à la chambre de > poupe, où il le présenta au Roy de Suède, lequel y étoit incognito : ayant voulu voir notre sculpteur, il avoit commandé à M. Klinkonstrom de le joindre et de le lui amener à ce vaisseau comme par cas fortuit. Ce prince reçut M. Chauveau très-gracieusement ; il lui ilit que, sans la guerre qui l’occupoit, il ne le laisscroit pas partir; l’embrassa ensuite, lorsqu’il voulut mettre un genou en terre pour le remercier de toutes ses bontés, en lui souhaitant un heureux voyage, et lui recommandant de celer cette entrevue jusqu’à son arrivée en Italie; ensuite il lui fit présent de deux médailles d’or, lui fit donner une bourse de cent pistoles, et le congédia.
« M. Chauveau ne put s’empêcher d’avoir du chagrin d’être contraint de quitter ce généreux monarque;
« Au commencement de son règne, incité à la débauche par de
• La Scanic.
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jeunes seigneurs de son âge, entre autres par le duc d’Holstein, qui avoit épousé sa sœur aînée, il [Charles XII] eut quelques aventures singulières. Un jour de fête, avec ce duc et un de ses pages (c’étoit son favori dont on a parlé ci-devant), ils furent sur le bord du lac attendre tous ceux qui passoient l’eau en revenant d'une île où le peuple, s’étoit allé divertir, et les jetoient dans l’eau à mesure qu’ils arrivoient. Le Ho y cependant, qui étoit d’une générosité sans pareille, ayant vu un homme en danger de se noyer, se jeta aussitôt dans le lac, et en nageant le poussa à bord; il fut ensuite, tout mouillé qu’il étoit, recommencer son jeu avec les autres. Par hasard, trois sculpteurs et peintres françois étoient à l’autre bord du lac; s’étant aperçu de ce qui se passoit à celui-ci, ils rebroussèrent plus haut pour passer le lac dans un autre endroit; le duc de.Holstein les fit remarquer au Roy, et l’engagea à remonter aussi. Nos François, voyant leurs démarches sans les connoltre, s’en furent encore plus loin pour les éviter ; enfin, lassés d’être toujours suivis, un des trois nommé Fouqcbt, dit aux deux autres: «Parbleu, [lassons ; il ne sont peut-être pas plus braves que nous. » En arrivant, ses deux camarades furent jetés dans l’eau; Fouquet, qui étoit resté le dernier dans le petit yacht qui les passoit, voyant cela, sauta luimême dans l’eau l’épée à la main. Les deux autres se relevèrent, et, ayant pareillement mis l’épée à la main, ils se battirent contre leurs agresseurs pendant plus d’une demi-heure , les firent reculer du bord du lac, et sortirent de l’eau. Le Roy, qui avoit affaire à Fouquet, échauffé et fatigué de l’assaut et de tous les mouvements qu’il s’étoit donnés, releva son chapeau, qu’il avoit sur le nez pour n’être point connu; alors Fouquet, l'ayant envisagé, s’écria tout étonné à ses camarades : « C’est le Roy. » Ils se mirent tous à fuir. Ceci se passoit dans le parc, où ils étoient venus en se battant. Le duc de Holstein vouloit les poursuivre, le Roy l’en empêcha, disant: « En voilà assez, retirons-nous. » Ce combat fut bientôt su ; tous les François s’attendoient à être égorgés. Le lendemain on tint conseil chez le Roy ; comme on y parloit beaucoup de ce combat, et que l’on disoit qu’il falloit faire des perquisitions de cette affaire, ce prince entra et défendit d’en faire aucune information : «Messieurs,» dit-il, «nous avons [dus de tort qu’eux. C'est nous qui les avons « attaqués; ce sont tels et tels que j’estime infiniment, d’autant plus « qu’ils m’ont fait connoltre, après avoir évité le combat autant
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« qu’il a été en eux, qu’ils ne nous connoissoient pas et qu’ils sont a braves. Ainsi je veux qu’on les avertisse de ma part de ne rien « craindre ; qu’on leur dise que je les estime beaucoup, et que « je leur enjoins de ne parler à personne de cette aventure. » Cet ordre, exécuté ponctuellement, les rassura.
« Ce Fouquet, contre lequel le Roy s’étoit battu, demanda par la suite à ce prince l’honneur d’entrer dans ses drabants '. Le Roy lui répondit avec bonté qu’il auroit voulu pouvoir lui accorder sa demande, mais que, depuis la mort du grand Gustave, on avoit fait une loi qui défendoit d’y recevoir des étrangers; qu’à la place il lui otïroit une compagnie dans tel régiment qu’il voudroit, et seroit charmé de l’avoir dans ses troupes. Le sieur Fouquet, en remerciant ce prince, lui répondit : « Sire , je ne demandois à entrer dans les b drabants que pour défendre Votre Majesté au péril de ma vie» et il se retira. Ayant depuis eu du service en- Danemarck, il eut le malheur d’avoir une affaire avec un officier qu’il tua, ce qui l'obligea de repasser en France , où il a servi Louis XIV, dans les dernières guerres, en qualité de capitaine-ingénieur. Ayant été blessé au bras droit en posant une sentinelle dans une guérite où personne ne vouloit aller, il fut contraint de postuler une place aux Invalides, quand on le fit capitaine des portes à Lille
« Revenons au sieur Chauveau. Après avoir remercié le roy de Suède de toutes ses bontés et pris congé de lui, il fut débarquer à Stralsund, et arriva à Berlin avec sa femme et son fils aîné; le surplus de sa famille étoit parti devant lui pour l’attendre en France. »
Après un court séjour à Berlin ( voy. p. oO) il revint en France à la fin de décembre 1700.
Weinwich nous apprend que Chauveau a modelé les deux lions de bronze qui sont aujourd'hui en dehors du château, au côté nord.
« M. Le Clerc a gravé quelques morceaux de la composition de René Chauveau, que ce sculpteur a fait exécuter; entre autres le catafalque ou mausolée de la reine de Suède, mère de Charles XII, lequel a paru comme étant de la composition de M. de Tessin 3;
* Ce sont ccui qui composent la garde du roy de Suide. (Pap.)
* Voyez le Catalogue de Leclerc, par Jombert, n° 261, t. Il, p. 127-8; gravé en I6‘J7. ( Ed. )
plus 1rs plafonds de la salir cl de la chambre du lit d’un hôtel que ce même seigneur a fait bAtir à Stockholm Tous les ornements de ces plafonds ont été peints par Evrard Chauveau, et les figures par un Italien. Il est facile de reeonnoltre dans ces estampes le goût et la belle composition de notre sculpteur. M. Le Clerc les a gravées sur les dessins mis au net par l’inventeur; ils lui furent envoyés de Suède; mon beau-frère en a plusieurs esquisses. »
973. Cil AL' VE AU (Evrard), peintre, quatrième fil* de Fr. Chauveau, né à Paris le 19 janvier 1ÜU0, mort à Paris le 23 mars 1739. Élève de son père.
«En 1695, son frère cadet [Renél, qui étoit en Suède depuis environ deux ans, occupé & des ouvrages de sculpture, sollicita de M. de Tessin, surintendant des bâtiments du roi de Suède, de mander Evrard Chauveau. Sitôt qu’il fut arrivé, il peignit pour la reine de Suède, mère de Charles XI, les plafonds d’une des grandes galeries et du grand salon de Drotningholm, château de plaisance , proche Stockholm. Il a représenté la naissance de Pandore au plafond du salon. C’est un ouvrage considérable, car ce salon est aussi long et presque, aussi large, que la nef des Grands-Augustin*, à Paris. Dans cette peinture, il a fait régner tout autour une balustrade qui pamit ornée de riches tapis , et qui semble, être soutenue par des colonnes. Autour de cette balustrade, il paroi) des caisses d’orangers et des cassolettes de parfums entremêlées de rares oiseaux.
« En place de ces figures il avoit projeté de faire paraître des hommes de toutes sortes de nations, lesquels auraient paru contempler le plafond; on ne goûta point son idée, qui étoit cependant plus noble et plus grande que celle qu’on l’obligea d’exécuter. Comme on l’avoit gê.né dans son projet , on ne lui a pas permis de rapporter en France les cartons qu’il avoit faits pour cet ouvrage ; néanmoins on pourra graver et donner au public, dans quelque temps , toute l’ordonnance de ce plafond , excepté seulement la balustrade , parce qu’elle n’est point peinte sur le petit modèle que ce [icintre avoit fait, qu’il a trouvé moyen de rapporter de Suède.
« Cette grande entreprise étoit à peine finie, que le prince de
1 Ibidem, n° 268, t. Il, p. 136-137; jjraiés cil 1700 (Ed.)
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Hesse-Cassel, maintenant roy de Suède, arriva de son voyage d’Italie; aussitôt il vint voir les peintures à Drotningholm. Surpris de la magnificence et du coup d’œil de cet ouvrage, il demanda à M. de Tessin si c’étoit du pinceau d’un Italien. Ce seigneur lui fit réponse que c’étoil de celui d’un François, et là-dessus il lui présenta Evrard Chauveau , qui s'étoit avancé pour saluer ce prince et savoir ses sentiments sur son ouvrage, lequel lui dit d'une manière fort obligeante : « Monsieur, je reviens d'Italie, mais je n’y ai rien vu de si beau ' » Ce peintre a aussi beaucoup travaillé à Stockholm, tant au ehàteau royal qu’à des palais de plusieurs seigneurs.