ROBERT DE COTTE (voir le no 2)^ et CARLIER (Françou
Orry •, qui avec Madame la princesse des Ursins gouvernait r*!spagnesous le nom de Philippe V^ était depuis longtemps en relations avec Robert de Cotte ; il le recommanda à la princesse qui fit accepter ses services à Philippe V et à la reine.
C'est en 1712 que Robert de Cotte nous parait avoir commencé d'être chargé de faire des dessins pour la cour d'Espagne^. Les bfttiments que faisait construire alors Philippe Y étaient le palais royal de Madrid et le Buen Retiro.
En 1712^ Robert de Cotte envoya en Espagne un architecte nonuné
* Dêlabordê^ Itinéraire, t. IIl; Voyage pittoresque en Espagne^ 1. 1.
* Lettrft à un amateur de la peinture, 1 vol. in -12, Dreràe, 1755, p. 325. Voy. aussi Dglaborde, Itinéraire, t. Ul, p. 327, et t. V, p. 315.
* <v G'étof t une manière de sourdaud de beaucoup d'esprit, de la lie du peuple, et qui a¥oit fait toutes sortes de métiers pour vivre, puis pour gagner; d'abord rat de cave, pub homme d'affaires de la duchesse de Portsmouth qui le trouva en friponnerie et le ebassa. Retourné à son premier métier, il s'y fit COTinottre dés gros financiers qui lui donnèrent diverses commissions dont il s'acquitta à leur gré, et qui le firent percer jusqu'à Chamillart, etc. » Saint-Simon, éd. Delloye, t. VI, p. 242.
* Voy. sa lettre h Orry, datée de Marly, le 13 janvier 1713, et la lettre de la princesse def Ursins à Robert de Cotte, du 27 juin 1712, citée dant notre introduction.
Wi ESPAGNE.
Carubr ( François ) , homme de peu de goût et de mérite ^ mais d'une grande vanité; il fut chargé de l'exécution^ assez difficile^ des jardins du Buen Retiro^et de travailler au palais de Madrid^ où il fit , d'après les dessins de Robert de Cotte , le grand cabinet des Fàries. Carlier s'acquitta mal de sa tâche et fatigua par son orgueil M. Orry, qui se plaignit de lui à Robert de Cotte*; celui-ci lui adressa d'assez vertes semonces^ et en 1715 Carlier ne travaillait plus pour Philippe V \
Dès 1714^ Robert de Cotte fut occupé à réparer ce que Carlier avait fait de mal et à continuer les travaux; il dessina plusieurs plans et projets pour le palais et les jardins du Buen Retiro^ pour le palais de Madrid et les intérieurs des appartements '• Le fils de Robert de Cotte * alla à Madrid remettre à Philippe Y et à la reine les dessins de son père. Dès ce moment tout ce qui se fit dans les palais de Madrid et du Buen Retiro fut. exécuté sous la direction de Robert de Cotte; il était en continuelles relations avec M. Orry^ qui lui donnait, dans de remarquables lettres '^ les idées générales des travaux à faire et lui faisait connaître le goût du roi ainsi que les usages de l'Espagne. C'était la princesse des Ursins qui commandait à de Cotte tout ce qui intéressait la décoration des appartements; et de Cotte fit exécuter à Paris , sous sa direction, les glaces*, les chambranles
1 11 y a dani les papiers de Robert de Cotte une longue çorrespondanee de d'Aubigfiy, d'Orry et de la princesse des Ursins à l'endroit de Carlier.
* On retrouve Carlier travaillant à Madrid sous Ferdinand VI (1746-59); il constraint alors le couvent des religieuses de Tordre de saint François de Sales^ fondé par Ia nmt Maria Barbara, comme une retraite pour elle-même et une maison d'éducation pour les filles nobles. C'est un grand bâtiment dont le dessin est mauvais et qui n'est remarquable que par la richesse des marbres qui décorent l'intérieur de l'église. W. StirUngj p. 1166, d'après Bermudei, los Arquitectos, t. IV, p. 234.
s On a conservé 38 dessins de R. de Cotte pour la cour d'Epagne, savoir : 3 plans pour le chAteau de Madrid (906-990) ; des dessins de cheminées pour l'appartemeni du roi (991); 4 dessins des façades de ce même appartement (992-995); 23 plans, prt>jets et études pour le palais du Buen Retiro (996-1018), tous accompagnés de mémoiies explicatifs. Ces dessins sont dans le volume Vb 147 Espagpe-Madrid , au Cabinet des estampes.
^ Jules Robert de Cotte, mort le 8 septembre 1767, intendant-général des bâUmenta du roi et membre de l'Académie d'ijiehitecture depuis 1711.
^ Lettre de M. Orry à Robert de Cotte, du 7 janvier 1715.
< Pour la chambre i coucher du roi :
4 glaces de 55 pouces sur 36, 2 — de 36 — sur 24,
et les trumeaux sculptés, les cheminées, les bronzes dorés, les sculptures en bois et en marbre qui devaient décorer les appartements de Leurs Majestés; on fit faire à Paris jusqu'aux frises des parquets*.
\k8si fut chargé d'une partie des sculptures en bronze a doré d'or moulu p. BouLLB fit un bureau et une commode. Dugoulon, Lb Goupil, Taupin' et Belan, sculpteurs en bois, exécutèrent, en 4743 et il H, sur les dessins de Robert de Cotte, pour la chambre de la Reine, pour la chambre du lit du Roi, pour la salle de l'Hyménée ou de la comédie et pour la chambre du prinee des Asturies, des chambranles pour enfermer les glaces', des panneaux avec leurs cadres, des trumeaux, des pilastres et leurs chapiteaux. Tous ces a ouvrages n étaient ornés de guirlandes, de rinceaux , de feuillages et d'enroulements; les principaux motifs de ces sculptures étaient des feuilles d'acanthe, des trophées, des culs-de-lampe et des cornes d'abondance d'où sortaient des fleurs. Le compte de ces sculptures s'éleva à la somme de 23,951 livres 40 sols, que Robert de Cotte a modéra n, le A décembre 1714, à 9,325 livres 7 sols 8 deniers \
Ponr U elnmbre i coucher 6e U reine :
2 glaees de 60 poueei sur 40, 1 de 60 — fur 32.
Pour la nlle de U comédie ou de PHpiénée : pour lei 4 trumetux :
16 gleces de 52 pouces nir 37, 8 — 1/2 cintrées de 37 pouces sur 37.
A U cheminée de cette salle :
6 glaces de 55 pouces sur 36.
1 Un compte de ces diverses commandes s'élève à la somme de 78,328 livres 19 lols, dont:
Glaces 38,729 livres.
Menuiserie • 17,484
Sculpture en bois 9,575
— en brome 4,461
Cheminées de marbre 4,483 I. 10 s.
BouUe 3,586 9.
* Ces trois sculpteurs ont travaillé aux délicieuses boiseries sculptées et dorées des appartements de Louis XV à Versailles.
* A 4 livres 12 sols le pied.
« Pour les papiers et dessins de Robert de Cotte voir la note 2 de la p. S
459. FAVANNE (Henri de), peintre^ né k Londre» le 3 octobro 1068; mort à Ptris le 27 avril 1758.
H. de Favanne se lia, en 1095, pendant son séjour à Rome , avec M. d'Aubigny, secrétaire de la princesse des Ursins, et ces relations eurent pour conséquence de le faire appeler en Espagne en \ 705 par Philippe y y kii^que la princesse des Ursins se trouva transformée en une espèce de premier ministrer II demeura en Espagne jusqu'à la chute de sa protectrice (4714) et revint alors en-*France aveç^ M. d'Aubigny. De Favanne a fait beaucoup d'ouvrages dont l'état détaillé^ qui était entré les mains de Lépicié, n'est pas parvenu jusqu'à nous*.
460. H0UA3SE (Miehel-An^e) peintre d'hirtoira, né en 16S0; mort en 17^. Ëlève de son père.
Michel-Ange Houasse, appelé par les Espagnols Hovas, remplaça son père au service de Philippe V^ et eut le titre de premier pemtre du roi d*Espagne. 11 demeura assez longtemps en Espagne , peignit des sujets d'histoire, des bambochades et des portraits; son exécution fiicile, la grâce et la fraîcheur du coloris donnèrent une grande r^utation à ses peintures. On cite de lui à Madrid y chez les Pères del Salvador, une série de tableaux représentant la vie de saint François Régis. — Au palais de Saint-Ildefonse, diverses bambochades, divers sujets champêtres. — Un crucifix, à l'oratoire de ce palais.
Le musée de Madrid possède de cet artiste le portrait de l'infant don Philippe, enfant; celui d'une infante; une bacchanale; un sacrifice à Bacchus; une Sainte-Famille. Houasse a formé plusieurs élèves : Antonio Gonzalez Ruis et Pablo Pernicharo. Il vint à Paris, avec la permission du roi, en 1730, et mourut en retournant en Espagne.
461. FRÉMIN (René), sculpteur^ né à Paris le l«r oet. 1672, mort à Paris le 17 février 1744. Ëlève de Girardon et de Coyzevox.
Frémin passa au service de Philippe V en 172i et y resta jusqu^en 4738. Pendant tout ce temps il fut constamment occupé aux sculptures de Saint-Ildefonse. Philippe Y, qui honorait en lui l'homme et
^ Mém. sur les membres de TAcad. royale de peint, et de iculp., t.. Il, p« 241. •— Mémoire pour servir i la vie de H. de Favanne, 1753, in- 12.
* Selon Bermudez.
* BermudêM. — W. Stirlmg. — Mariette et HtUtz.
l'artiste, le nomnia, en 1727, son premier scuplteur et plus tard lui donna des lettres de noblesse. Ses travaux et les bontés du roi lui permirent d'amasser une fortune considérable*, a II ne faut pas croire, dit Mariette, que ce soit lliabileté qui ait fait la fortune de M. Frémin; il avoit du talent, mais il s'en falloit de beaucoup que ce fût un homme de la première volée; un peu de manigance a suppléé à ce qui lui manquoit du côté de Fart et en a fait un sculpteur heureux'».
Bermudez nous donne l'indication des œuvres de Frémin en Espagne : il a fait à Saint-Hdefonse, au palais : une statue d'Apollon ; les bustes en marbre de Philippe V, de Louis \*^ et de leurs femmes.
Dans les jardins, au premier parterre : des groupes d'enfants et de sphinx (en plomb) placés sur des socles, au pied de la fiEM^ade principale du palais. Des vases de marbre ornés de bas-reliefs. Autour de la cascade, quatre statues de marbre, Saturne, Junon^ Neptune et une Nymphe.
Au pourtour de la demi-lune : huit statues de marbre, les quatre éléments et les quatre statues de la poésie lyrique, pastorale, héroïque et satirique.
A la fontaine de Perséc : la statue d'Andromède enchaînée sur son roc; au-dessous Persée qui vient la délivrer. D'un autre côté Miner\'e tuant un dragon (ces trois sujets sont en plomb). .
Au pont de la rivière : deux groupes d'enfants, l'un domptant un cerf, l'autre un sanglier.
A la cascade : les statues de l'Afrique, de la Fidélité, de la Magniflcence, de l'Asie, un berger, une Nymplie, un chien, un cerf, un sanglier, les chevaux marins.
Au berceau au-dessus de la cascade : les quatre Nymphes.
A la fontaine des Vents : la statue d'Éolc.
Au rond- point des huit allers : les statues de Saturne, de Mars'*, de Vesta, de Neptune, de Cérès, d'Hercule, de Minerve, de la Paix ; au milieu de ce rond-point, le groupe d'Apollon et Pandore.
A la fontaine des grenouilles : le groupe de Latone, Apollon.. Diane, et des paysans de Lycie changés en grenouilles ^.
* Mém. tur les membres de l'Acad. roy. de peint, et de sciilpt., t. Il, p. 20G.
* T. II, p. 272 de TAbecedario.
* Ces deux «statues ont élé exécutées par H. Dumandré. ^ Cette foiitaiiie a éié achevée par H. Dumandré.
Au second parterre auprès de la fontaine de la Rc^nonrunée : les deux statues de marbre d'Atalante et de Lucrèce et huit grands vases de plomb.
Frémin a exécuté encore au palais de Rio Frio^ en collaboration avec Thierry ^ les sculptures de l'escalier et de la chapelle *.
462. THIERRY (Joad)^ sculpteur^ né à Lyon^ mort à Lyon le 21 décembre 1739.
Il se rendit à la cour d'Espagne en mai M^i' avec Frémin et resta au service de Philippe V jusqu'en 1728 qu'il revint à Lyon avec une pension de SOOO livres^.
Thierry a fait à Saint- Ildefonse ( au palais) les statues des bains de Diane^ dans une grotte.
Dans les jardins de Saint -Ildefonse, sur le pont: deux groupes d'enfants, l'un domptant une biche, l'autre un sanglier.
Au milieu du bassin de la Yerba : les statues de Pomone et de Vertumne; plusieurs groupes d'enfants : les statues du Douro et de la Pisuerga.
Au parterre et à la cascade devant la façade principale du palais : les statues de Bacchus, Cérès^Zéphire, Amphitrite^ trois Naïades, le Tage, le Guadiana, l'Europe, le Printemps, une Dryade •.
En haut de la cascade, les trois Nymphes; tous les ornements du berceau qui vient après.
Deux grands vases ornés, à la demi -lune.
Au palais de Rio Frio, Thierry travailla avec FaéinN aux sculptures de l'escaUer et de la chapelle. Le retable de marbre, qu'il avait sculpté, à été transporté à la cathédrale de Ségovie ^.
L'abbé Fontenai dit que Ton conser\'ait dans la famille de Thierry un manuscrit qui avait pour titre : Description de sujets de sculpture en figure de marbre, fontaines de plomb et vases de marbre, inventés et sculptés par J. Thierry, sculpteur des rois de France et d'Espagne et pensionnaire de Leurs Majestés, dans les jardins et palais de Saint- irdefonse en Espagne. Il serait bien désirable que l'on retrouvât ce mimuscrit et qu'on le publiât.
1 Bermudê%,
s Toutes les date» données par Bermudez sont fausses; ce qui est dans notre texte est tiré des papiers de l'Académie et des notes de M. Hultz.
> Et la statue de Marron CreUme : Je n'ai pu comprendre ce que Bermudei entendait par ces deux mots.
* B9rm%^9%
463. RANG (iean)^ peintre de portraits^ ne à Montpellier en 1674^ mort à Madrid en 1735. Ëlève de Rigaud.
Haoux avait reçu l'invitation d'aller en Espagne^ mais craignant que Tair de ce pays ne fût contraire à sa santé, il n'accepta pas cet honneur^ et on envoya Ranc à sa place en 1722. Philippe V le nomma peintre de sa chambre. Ranc accompagna le Roi dans un voyage qu'il fit à la frontière de Portugal; il séjourna à Séville avec la cour^ revint avec le Roi à Madrid et y mourut en 1734. Bermudez vante la parfaite ressemblance de ses portraits^ leur belle couleur et leur grâce; mais au dire du spirituel et savant historien des portraitistes du xvui« siècle *, Ranc oublia un peu à Madrid la manière firançaise, et ses portraits témoignent d*une sorte de compromis entre le faire patient de Rigaud et la véhémehce castillane. On cite les portraits de Philippe V et d'Elisabeth Famèse^ que l'on voit au musée de Madrid; celui de la reine Marie-Louise de Savoie; ceux de l'infant don Carlos et de la femme du roi Louis ^.
464. BOUSSEAU (Jacques), sculpteur, né en 1681, à Chavagnac en Poitou, mort le 13 février 1740, à Vahain ou Balzaïm, en Espagne.
Ëiève de N. Coualou.
«C'étoit un artiste laborieux, mais dont le ciseau n'avoit rien que de fort ordinaire.... M. Frémin étant dans la résolution d'abandonner TEspagne et de repasser en France^ le proposa à S. M. Catholique pour prendre sa place ^ et achever les ouvrages de Saint-Udefonse et du Palais-Royal à Madrid'. x> Rousseau fut premier sculpteur de Philippe V, de 1737 à 1740; il a achevé ou exécuté dans les jardins de Saint- Udefonse, les statues des Muses Polymnie^ Calliope^ Uranie^ Melpomène^ ThaUe, Terpsichore^ Euterpe^ Ërato *,