CHARDIN et BOUCHER (voir les no« 893 et
a Le comte de tessin a fait faire à Chardin plusieurs tableaux, et actuellement il en fait un pour le prince royal de Suède. » Â ce trop court renseignement que nous donne Mariette, nous pouvons joindre la curieuse lettre de M. Berch , secrétaire d'ambassade sous le comte de Tessin, auquel il écrivait de Paris, le 27 octobre 4745:
« Monseigneur , l'affaire des tableaux rencontre un peu de difficultés du côté de M. Chardin, qui avoue naturellement qu'il ne pourroit pas donner les deux pièces que dans un an d'icy. Sa lenteur et la peine qu'il se donne doivent, dit -il, déjà être connus à V. E. Le prix de 25 louis d'or par tableau est modique pour lui, qui a le malheur de travailler si lentement; mais en considération des bontés que V. E. a eues pour lui, il passera encore ce marché, et laissera à la volonté de cet ami de V. E., s'il veut y ajouter quelque chose quand l'entreprise sera achevée. De cette façon, V. E. a encore du temps pour se déterminer, si elle veut qu'il travaille. Un tableau qu'il a chés lui l'occupera probablement encore un couple de mois. Jamais chez \u\ plus d'un entrepris à la fois ^.
» Ekmarck, p. 240, 243.
* Le Livret du salon de 1747 parle de ces tableaux de Chardin faits pour la Suéde.
« Boucher \a plus vite ; les (jUatrc tableaux sont promis pour la fin (lu mois de mars. Le prix restera un secret entre V. E. et lui , à cause de la coutume qu'il a établie de se faire donner 600 livres pour ces grandeurs^ quand il y a du fini. Il ne veut de l'argent qu'à mesure que chaque pièce sera livrée
(( J'ai conimuniqué à M. Boucher mes idées sur la disposition des sujets; il ne les a pas désapprouvées et a paru en être fort content. Le Matin sera une femme qui a fini avec son friseur, gardant encore son peignoir et s'amusant à regarder des brinborions qu'une marchande de modes étale. Le Midy^ une conversation au Palais royal entre une dame et un bel esprit qui fait la lecture de quelque mauvaise poésie^ capable d'ennuyer la dame^ qui fait voir Theure à sa montre j la méridienne dans l'éloignement. L' Après-Dîner on le Soir nous embarrasse le plus : des billets apportés pour donner un rendez-vous, ou des mantelets, des gants, etc., que la femme de chambre donne à sa maîtresse qui veut aller en visite. La Nuit peut être représentée par des folles qui vont en habit de bal et se moquent de quelqu'un qui est endormi. On tâchera de caractériser les sujets, de manière qu'avec les Quatre Points du Jour, cela fasse aussi les Quatre Saisons. Voilà, monseigneur, les premiers projets que M. Boucher et moy nous avons formés; avant que le Matin soit entièrement passé , on aut*a des moments pour réfléchir comment bien remplir le reste de la journée. J'espère par la Suite du temps d'avoir quelques croquis pour envoyer à V. E. M. Boucher parott vouloir s'y prêter. J'ai l'honneur d'être, •. »