INFLUENCE DE LA FIANCE A GENÈVE
Le calvinisme détruisit à Genève Tétude et le goût des beaux-arU, qui disparurent promptement devant des lois somptuaires trèsrigoureuses^ destinées à maintenir la simplicité des mœurs républicaines, et devant un culte austère qui avait rompu avec toutes les traditions du catholicisme, si favorable aux arts du dessin.
Cependant on trouve à Genève, pendant cette période de procription des beaux-arts, deux artistes français qui y sont établis : au XVI* siècle, un architecte, Patac (Jean), originaire de Montélimart, qui fut admis à la bourgeoisie en récompense de ses travaux : au xvii« siècle, c'est un peintre, Premier, que le conseil chasse de Genève, le 2 mai 1625. Plusieurs expulsions de œ genre eurent lieu au xvu« siècle.
Jusqu'au xvni* siècle , les mœurs et la législation de la République contrarièrent également le développement des beaux -arts.
i< Dès h» commencement du xvin* siècle , quelques Genevois comprirent que l'étude du dessin , dans une ville industrieuse connne Genève, était indispensable pour le développement et la prospérité de ses diverses fabriques. » De 1704, année pendant laquelle on proposa l'établissement d'une école de dessin linéaire, jusqu'en 1750 que cette école fut établie, les conseils s'opposèrent à toute création de ce genre.
Le premier maître de l'école publique de dessin , chargé d'apprendre aux élèves à manier la règle et le compas, fut Socbetran
SUISSE. Ulii
(Pierre). Vers 1772, sous rinspiration de De Saussuœ^ une société pour l'avancement de$ arts se fondait à Genève ; plusieurs artistes apparaissaient. Us descendent en partie des protestants français établis à Genève pour fuir les dragonnades; presque tous vinrent étudier en France; et^ à Genève plus qu'ailleurs^ la France donna l'impulsion aux arts à partir du milieu du xvin« siècle.
Parmi les artistes éminents que Genève a produits , Jean-Étiemie LioTARD^ est un des plus illustres; né à Genève en ilO% Lâotard descendait d'une famille de Montélimart^ qui avait émigré après la , révocation de l'Ëdit de Nantes. Liotard était venu se perfectionner à Paris et avait travaillé de 1725 à 17:28 dans l'atelier de Massé, habile peintre en miniature. Pendant son séjour à Paris , Liotard i-eçut les conseils de Lemoine avec lequel il s'était lié. Son frère jumeau, Jean Michel Liotard^ graveur distingué^ vint aussi se former à Paris.
Pierre Soubeyran, graveur, né en 1709, était fils d'un serrurier de Sauve en Languedoc , qui s'enfuit à Genève pour éviter les persécutions. PieiTc Soubeyran vint étudier à Paris la gravure, y séjourna de 1730 à 1750, et revint cette année prendre la direction de l'école de dessin que l'on venait d'établir à Genève. 11 y mourut en 1775, avec la réputation d'un ti^ès-habile graveur.
Bnrthélemi du Pan, né à Genève en 1712, peintre de portraits, vint aussi étudier à Paris.
Jean Dassier , célèbre gi*aveur de monnaies , descendait d'une famille lyonnaise établie à Genève au xvi* siècle. 11 naquit en 1676; son père, Domaine Dassier était graveur de la monnaie de Genève; il renvoya en 1694 se perfectionner à Paris, chez Roettiers auprès duquel il passa deux ans. Jean Dassier succéda à son père et mourut en 1763.
Jacob -Antoine Dassier, fils du précédent, né à Genève en 1715^ fut envoyé par son père à Paris, en 1732, auprès du célèbre orfèvre Thomas Germain; il suivit aussi à Paris les leçons de rAcadémie et s'y distingua. J.-A. Dassier devint un graveur de médailles et de monnaies de grand mérite; il travailla beaucoup en Italie, à Rome et à Turin, à Londres et en Russie. Il mourut en 1759.
Pendant la première moitié du xviii' siècle, le goût de l'architecture se développa également à Genève; les constroctions prirent un caractère plus monumental. C'est encore la France que Ton
prend pour modèle^ et c'est à la France que Ton demande des plans.
Vennbs, architecte français^ construisit de 1707 à 1712, Thôpital général; Tensemble de ce monument présenté assez de noblesse; la façade principale est dans le style de Mansart. Antérieurement il avait élevé l^ôtel de ville et fait les plans du temple de la Fusterie ou temple neuf qui fut inauguré en 1745. Ce b&timent n'a rien de monumental.
A cette époque on commença aussi à construire quelques beaux hfttels à Genève. La maison Buisson* fut bâtie sur des plans envoyés de Paris; l'architecture en est de bon goût et fort supérieure à ce qui avait été fait jusqu'alors ; « aussi beaucoup d'anciens Genevois répétaient -ils que le luxe était entré à Genève par la porte cochère de la maison Buisson. »
Abbillb^ architecte français^ donna les plans de la belle maison Lullin ^
C'est encore de Paris^ que Ton apporta les plans de la maison de campagne de Malagny pour un M. Marcet.
En 1786^ la Société des arts prit une assez grande importance» et le gouvernement lui donna son approbation; elle parvînt à développer Tenseigilement de l'école de dessin, à former une collection de moulages sur l'antique; enfin elle résolut, en 1788, d'introduire à Genève la gravure en taille-douce, et envoya à Paris un jeune homme pour apprendre cet art. La Société fit une première exposition de peinture et de sculpture en 1789. Plusieurs amateurs réunirent d'importantes collections et augmentèrent par leurs dons celles de la Société. Enfin la réunion de Genève à la France, en 1798, valut à cette ville la création de son musée.
Les arts étaient devenus libres; aussi, dès la fin du xvm* siècle Genève eut une école de peinture considérable par le nombre et le mérite des artistes. Les principaux sont :
Saint-Ours (Jean-Pierre), né à Genève le 4 avril 175^, est le premier peintre d'histoire qu'ait produit Genève; il vint à Paris en 1768 étudier dans l'atelier de Vien, puis à l'Académie; en 1780, il obtint le grand prix pour son tableau de l'enlèvement des Babines ', et sa
1 Actuellement maison Naville Rigaud, rue des Ghanoinei, n* 121 < > Actuellement maison De Saussure, rue de la Cité. * Ce tableau est aujourd'hui au Musée du Louvre.
qualité de protestant et d'étranger le privant d'obtenir la pension, il alla à Rome à ses frais et fut admis à jouir à l'Académie de France de tous les privilèges accordés aux lauréats. Saint- Ours a peint le portrait et l'histoire avec talent ; il est mort à Genève le 6 avril 4809.
AuRioL (CharlesrJoseph) (1779-1834) paysagiste, fut élève de David.
ToPFFBR (Wolfgang-Adam ) (176^1847) graveur, peintre de genre et dessinateur, apprit le dessin et la gravure à TAcadémie de Paris.
Agasse (Jacques-Laurent), né en 1767, peintre d'animaux quia travaillé en Angleterre, était élève de David.
ArlauikJurine (Louis-Ami) (1751-1829), peintre de portraits, fut d'abord élève de Liotard , puis vint à Paris où il travailla six ans sous la direction de Vien *, peintre d'histoire.
BoDviER (Pierre-Louis) (1766-1836) peintre en miniature, étudia à Paris, soos la direction de Vestier.
Vanièrk (Georges) (1740-1835), directeur de l'école de dessin de figure après Soubeyran (de 1772 à 1815), fut envoyé à Paris, où il fut admis à l'Académie et y travailla sept années, sous la direction de Vien^ qui était à la tête de cet établissement. Vanière fut un excellent professeur, plein de talent et de dévouement; il établit complètement nos méthodes et nos principes à l'école de Genève.
Jaquet (Jean), né en 1765, directeur de l'école de dessin d'ornement, de 1799 à 1828, fut élève de Pajou, à Paris.
Chaponnier (Alexandre) (né en 1753), Schbneer (Nicolas) (1760- 1848), étudièrent la gravure à Paris. Schenker, élève de Macret, à Paris, devint en 1817 directeur d'une école de gravure en tailledouce, dans laquelle ont été formés plusieurs artistes distingués.
M"« Rath (Henriette) née en 1773, peintre de portraits en émail et en miniature, a été élève d'isabey; elle vint à Paris en 1793 pour étudier sous ce mattre célèbre.
CoLLART (Joseph), né à Paris en 1754, mort à Genève en 1830, vint se fixera Genève en 1772, pour y exercer l'état de graveur. Il fut longtemps, par son esprit inventif, l'âme d'une des premières fabriques de bijoux de Genève*
1 M. Rigaud se trompe en dÎBUit Vivien. 1 Même obwrvition*
CuAix (Georges), ué eu 1784 à Madrid, de parents français onpr naires de Crest, fut élève de David et se fixa à Genève en i816; S^tDOiK rut à Momex en 1834. 11 a peint l'histoire et le genre. Son priociiial tableau est la délivrance de Bonivard.
Reverdin (François-Gédéon) (1773-1828), directeur de Técole de la figure, de 1816 à 1828, en remplacement de Vaniëre, fut élève de David. Ainsi, depuis Soubeyran, tous les professeurs de Técole de dessin de Genève ont été élèves de Técole de Paris ^