BIRMANIE & AN-NAM
LE P. BELLEVILLE. — Dans les premières années du xvme siècle (1701-3), nous trouvons, faisant des portraits et des miniatures en Chine, un jésuite ' français, le P. Belleville, sur lequel nous n'avons malheureusement aucun détail '.
LE P. ATITOET (Jean-Denis), peintre, né à Dôlele 31 juillet 1 702, mort à Pékin le
8 décembre 1768. — Attiret apprit la peinture à l'école de son père, artiste assez obscur. Les grandes dispositions de cet enfant engagèrent le marquis de Brossia à se déclarer son protecteur. Attiret alla à Rome et se forma en étudiant les chefs-d'œuvre des maîtres du xvie siècle et l'antiquité. De retour en France, il séjourna quelque temps à Lyon, y peignit quelques portraits qui le firent connaître*, et à trente ans il entra dans Tordre des jésuites. Pendant son noviciat, il fit quatre tableaux à la cathédrale d'Avignon et quelques autres toiles. En 1737, la mission de Pékin ayant demandé un peintre, Attiret s'embarqua pour la Chine, où il prit le titre de peintre de l'Empereur du céleste empire. On trouve de curieux détails dans une lettre qu'il écrivit, en novembre 1743, à M. d'Assaut. « J'ai été reçu, dit-il, de l'empereur de la Chine aussi bien qu'un étranger puisse l'être d'un
1 Voyez Feuillet de Couches, Les peintres européens en Chine, dans la Bévue contemporaine, t. XXV, 98« livraison, 1856.
* Ces portraits sont ceux du cardinal d'Auvergne, archevêque de Vienne, de l'archevêque de Lyon et du prévôt des marchands, M. Perrichon.
grince qui se Croit le seul souverain du monde ; qui est élevé à n'être sensible à tien ; qui croit un homme, surtout un étranger, trop heureux de pouvoir être à son service et travailler pour lui.» Attiret devait eet accueil à un tableau de l'adoration des Mages, que l'empereur Kien-Long trouva admirable, et qu'il fit placer dans l'intérieur de son palais. Les jésuites eu se servant de l'art, entre autres moyens, pour amener la Chine à la religion et à la civilisation de l'Europe, savaient aussi, dans ce cas, se plier aux usages et aux exigences des Chinois. Voici encore un passage de la lettre d'Alttret. » Quant à la peinture, hors le portrait du frère de l'Empereur, de se femme, des princes et princesses du sang, et de quelques autres favoris et seigneurs, je n'ai rien peint dans le goftt européen. 11 m'a fallu oublier, pour ainsi dire, tout ce que j'avais appris,, et me faire une nouvelle manière pour me conformer au goût de la nation: de sorte que je n'ai été occupé les trois quarts du temps qu'a peindre, ou en huile sur des glaces, ou à l'eau sur la soie, des arbres, des fruits, des oiseaux, des poissons, des animaux de toute espèce; rarementdéla figure. Tout ce que nous peignons (avec Castiglione, jésuite italien et peintre) est ordonné par l'Empereur. Nous faisons d'abord les dessins-, il les voit, les fait changer, réformer comme bon lui semble'. Que la correctio lasser par
là sans oset rien dire. » î cinture à
l'huile, à cause du reflet du ' à la dé-
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ses nombreux ouvrages, et ê . s de tous
les seigneurs, Officiers, eunuques et autre ais : con-
seils bizarres quelquefois, mais souventd'u Aussi, de
4753 à 1760, Attiret fut-it tout-puissant ai g, qui, en
Vrai François 1", visitait chaque jour son Vec lui et
prenait plaisir fi le voir peindre. Attiret in (1754);
mais, par humilité ou par toute autre :ette émi-
nente dignité.
1 Un grand tableau qu'il fit pour l'Empereur, représentant un paysage el quelques daines chinoises, âopl ut au Fils du Ciel; il fallut la changer et le repeindre; les figures avaient trop de vie, trop de couleur ; les doigts n'étaient pas rouges, ni les ongles ■sseï longs. Attiret prit conseil d'un peintre chinois, et par sa docilité obtint l'approbation complète de la cour.
Le goût de l'Empereur pour la peinture fit bientôt naître celui des courtisans et se communiqua à toute la ville. Il se forma deux écoles qui eurent pour maîtres les PP. Attiret et Gastiglione.
Attire! travailla pour les chrétiens, pour les églises, et fit plus de deux cents portraits de grands personnages de l'empire; aussi, surchargé de travail, il ne faisait que les esquisses et les chairs ; des peintres chinois faisaient le reste sous sa survei que pour les coiffures, les vêtements, les pays) costumes du pays, les Chinois travaillaient pi vite qu'il n'aurait pu le faire lui même.
C'est de 1753 à 1760, que Kien-Long fit ses < Tartares et recula de beaucoup les frontière principaux événements, batailles et fêtes, a campagnes, furent peints par Attiret et par lei la plus grande précision. Souvent on faisait venir de huit cents lieues les officiers qui s'étaient distingués, polir faire leur portrait, et en 1754, l'Empereur fit venir Attiret lui-même en Tartarie.
L'empereur Kien-Long ordonna aussi aux jésuites de faire des dessins de ces batailles, que l'on enverrait en Europe pour les graver à ses frais.
< En 1765, l'empereur de la Chine envoya en France, par la Compagnie des Indes, des dessins magnifiques de conquêtes pour être gravés par nos meilleurs artistes '. > M. de Marigny confia a Cochin la direction de la gravure des seize dessins représentant les couquêtes de Kien-Long. Les auteurs des dessins étaient les PP. Attiret, J.-J. Damascenus, Jos.Castiglione * et Ignatius Sichelbarth. Huit graveurs travaillèrent à cette collection, terminée en 1 774 ; L.-J. Masoukuer,J. Aliamet,J.-P.LbBas,Saint-Aubik,F. de Née, B.-L. Prévost, P.-P. Chofpart, H. Delaunay*.
Le P. Attiret composa encore plusieurs remarquables tableaux placés dans le palais de l'Empereur, ou il n'était permis à personne de les aller voir, à moins que quelque commission particulière ne vous portât de ce coté, u J'ai eu occasion, dit le P. Amiot, d'en voir quelques-uns. Le premier est un plafond représentant le Temple de la Gloire civile, celle qui consiste à rendre les hommes heureux. Sur le second, on voit une dame qui vient d'achever sa toilette. Quatre autres tableaux représentent les saisons. Le printemps s'annonce par un paysage d'arbres à fleurs. Quelques femmes jouissent du beau spectacle de ces arbres déjà tout fleuris; d'autres en coupent quelques
1 Bach bu m oui, M/noires setrels, t. II, p. 304.
■ Ou Castilhoni.
" La preajue totalité des épreuves da la collection des Bataillts de la dîne ayant £té envoyée a Pékin, ces estampes sont d'une extrême rareté. On en a une réduction par Helmann.
rameaux. — L'été fait voir un étang couvert en partie de nénuphars... au milieu de l'étang est une petite nacelle dans laquelle il y a une dame et deux suivantes; Tune présente à sa maîtresse une fleur de nénuphar, l'autre pousse la nacelle au moyen d'un aviron. — L'automne représente une mère de famille assise à côté d'une treille et ayant autour d'elle plusieurs petits enfants ; l'un mange du raisin ; l'autre reçoit une grappe des mains de sa mère qui en montre une au troisième. — L'hiver offre un appartement meublé à la chinoise; au milieu est une grande bassine dans laquelle il y a des charbons qu'un enfant remue avec un bâton ; sa mère, assise sur un fauteuil, prend une tasse de thé et le regarde jouer, ainsi qu'une servante debout devant elle ; un autre enfant, en habit fourré, vient prendre quelques bonbons. »
Attiret fit aussi pour la chapelle des néophytes, dans l'église de la Mission française de Pékin, un beau tableau représentant l'Ange gardien. Enfin, épuisé de fatigue et de travail, il mourut en 1768, à soixante-six ans. L'Empereur envoya son neveu savoir le jour de son enterrement, paya de son argent les frais de ses obsèques, et commanda à son principal eunuque, d'aller pleurer sur le cercueil de son peintre f.
MANUFACTURE DE SÈVRES
Le ministre d'État, Bertin, envoya en décembre 1764, en décembre 1772 et en septembre 1779, à l'empereur de la Chine un grand nombre de pièces de porcelaine de Sèvres. Ces pièces consistaient en vases, pot à l'eau, groupes d'après Boucher, Oudry et divers artistes, gobelets, tasses, statues de saint Louis, de sainte Clotilde, de saint Antoine, de sainte Claire et de sainte Thérèse V
BOUMÈRES (Bkrnard-Gustàvb), architecte. Elevé de Picot. — M. Bourières a exposé au salon de 1867 cinq dessins représentant l'église que l'on construit à Pékin, sous la direction de Mgr Mouly, évoque français à Pékin.
FROMENT-MEURICE (Emilb), orfèvre (voir page 157). — En 1866, il a
exécuté un bouclier en bronze argenté et doré, offert en prix de courses à Hong-Kong par la colonie américaine. — Ce bouclier, qui est la reproduction de celui exécuté pour la Russie, en 1844, par Désiré-François Fromentr-Meurice. est décoré de cinq bas-reliefs (voir leur description au chapitre de la Russie).
1 Éloge du P. Attiret par le P. Amiot, dans le Journal des savants, juin 1771. — Lettres d'Attîret, dans les Lettres édifiantes, t. XXVII. — Mémoires concernant les Chinois, U II, p. 434 : t. V11I, p. 286.
3 Renseignements communiqués par M. Riocreux.
§ 2, r- JAPON
En 1875, le Mikado demanda des ouvriers à la manufacture de Sèvres pour perfectionner les procédés de la fabrication de la porcelaine japonaise; et pendant que nous rédigeons cette note, le gouvernement français négocie avec le gouvernement japonais renvoi d'ouvriers français au Japon et en échange renvoi d'ouvriers japonais à Sèvres l.
§ 3. *r- INDES
AUGUSTIN DE BOUDEUSE, architecte du temps de Louis XIII, appelé par les Indiens Oustan Içal Nadir ul Asr, Augustin le Chrétien, merveille de l'époque. —
L'empereur Mogol, Shah-Jahân, le chargea de construire le Tadj-Mahal, splendide monument ■ qui renferme le tombeau de la sultane Désirée, femme de Shah-Jahân, morte en 1631, et celui de Shah-Jahân, mort en 1666.
Le Tadj-Mahal se trouve près d'Agrah sur les bords de la Djemna ; c'est le plus beau monument de l'Hindoustan, et grâce aux sommes que la Compagnie des Indes a consacrées à son entretien, il est encore parfaitement conservé et fait l'admiration de tous les voyageurs. Seul, notre compatriote, Victor Jacquemont, n'a trouvé que des critiques à adresser à ce « colifichet ». Le. Tadj-Mahal est élevé sur une vaste terrasse défendue contre les eaux de la I\jemna par un solide rempart, sur lequel s'élèvent trois bâtiments : à l'extrémité d'amont, un oratoire; à l'extrémité d'aval, un caravansérail; au centre, un pavillon surmonté d'un dôme, qui est l'entrée du monument. Après avoir traversé la porte magnifique de ce pavillon et gravi un large escalier, on arrive dans un jardin dont l'axe central est occupé par un long canal bordé de fontaines et de jets d'eau; le jardin est sillonné d'allées de gigantesques cyprès, ou couvert de bosquets et de fleurs. A l'extrémité du canal, s'élève le Tadj-Mahal sur un tertre carré, de 105 mètres de côté, élevé de 6 mètres au-dessus du terre-plein des
1 Les ambassadeurs chinois ou japonais qui viennent visiter Sèvres, déclarent tous que les produits de Sèvres sont aussi célèbres et recherchés dans leur pays que le vieux Chine et le vieux Japon sont estimés chez nous.
' Gravé dans l'Univers pittoresque de MM. Didot, planche 51 du volume Inde.