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VERRIERS FRANÇAIS EN ESPAGNE

Après les architectes, les verriers. Pendant le gouvernement du cardinal Ximénès, un grand nombre de verrières furent peintes à Tolède, à Séville, Léon, Burgos et Barcelone, par des artistes français, alors sans rivaux dans ce genre de peinture. Ces peintres sont : Pedro Frangés, Yasco de Troya, Junzb de Borgogna ; leurs verrières sont, dit-on, de la plus grande beauté '.

Bermudez * mentionne aussi un verrier appelé Georges de Bourgogne, établi à Burgos et mort en 1544, dont les œuvres principales sont les verrières de la cathédrale de Palencia.

JEAN DE BOURGOGNE, peintre, mort vers 1533. — Jean de Bourgogne, grand artiste et fort en réputation à Tolède, peignit en 1495 l'histoire de la Visitation dans le cloître de l'église de ce nom. Il travailla aussi vers 1500 au Teatro de l'université d'Alcala de Hénarès, et aux peintures du grand retable de la cathédrale de Tolède. En 1514, il peignit à fresque à la chapelle mozarabe, la conquête d'Oran ; de 1516 à 1519, il fit les fresques de la bibliothèque de cette église. Ù a peint aussi des portraits à fresque, tels que ceux de divers archevêques de Tolède et de plusieurs cardinaux 4.

PHILIPPE DE BOURGOGNE, sculpteur et architecte, mort à Tolède en «42, le io novembre. — Philippe de Bourgogne appelé aussi Philippe de Vigarny, sculpteur et architecte, est l'un des plus grands artistes du seizième siècle. Vers 1 500, il résidait à Burgos où il était déjà en grande réputation. Le cardinal Cisneros le fit venir à Tolède pour travailler au grand retable de la cathédrale ; en 1502, il exécuta pour ce retable quatre bas-reliefs et dirigea l'exécution des autres ; il fit aussi les portraits 8 du cardinal Cisneros et d'Antoine de Nebrija. Philippe de Bourgogne alla ensuite à Grenade faire le grand retable de la chapelle royale avec sa sculpture ; il y règne partout une profusion d'ornements sculptés et de statues dont on vante unanimement la beauté. De 1524 à 1527, il fit à la cathédrale de Tolède les sculptures en albâtre du retable de la descente de N.-D. ; il composa ensuite le des-

1 Passavant, loo. cit.

* Revue Britannique de novembre 1846, d'après la Quarterlv Revim.

1 D. Juan Agustm Cean Bermudez, Dieeionario kiitorieo 3e lot mas ilustru prof*tore» de las bellasartes en Bspana, Madrid, 6 vol. petit in-8°.

♦ Bermudez.

5 Bustes ou médaillons.

sin du grand retable de la chapelle des Reyes nuevos, dont l'exécution fut confiée au peintre Francisco de Comontes. Ce fut alors qu'on le chargea de sculpter les stalles du chœur de la cathédrale dé Tolède. Avant de commencer ce grand ouvrage, il alla à Burgos, où le chapitre de la cathédrale rappelait, parce que le dôme du transept s'était écroulé le 3 mars 1539. Philippe de Bourgogne reconstruisit le centre du transept de cette cathédrale, et bâtit quatre gros piliers soutenant une coupole surmontée d'une tour; toutes ces constructions furent élevées sur ses projets, et les statues qui décorent cette portion de l'édifice ont été pareillement sculptées d'après ses dessins. Le centre de la croisée de la cathédrale de Burgos est une des œuvres les plus admirables de la Renaissance. Deux Bourguignons furent aussi employés à ce travail en qualité de maîtres, Juan de Gastaneda et Juan de Vallejo. Philippe de Bourgogne a encore, à la cathédrale de Burgos, sculpté la clôture du chœur, achevé en 1536.

Après l'exécution de ces grands travaux à Burgos, il revint à Tolède, et fit, avec le célèbre Berruguete, les stalles hautes ' du chœur de la cathédrale; chacun en fit trente-cinq*; Philippe sculpta celles qui sont du côté de l'Evangile. Il orna leurs dossiers de statues d'apôtres et de saints, de bas-reliefs représentant des histoires des deux Testamerjts et d'une élégante décoration en bois précieux; au-dessus des stalles, il mit des statuettes d'albâtre qui figurent les patriarches et les prophètes. Tous les auteurs espagnols vantent le bon goût et la grandeur de style de ces belles sculptures.

Avant que Berruguete revint d'Italie, Philippe de Bourgogne était le maître le plus renommé de l'Espagne. Il fut le chef d'une école nombreuse dont le stylq se retrouve dans le célèbre tombeau de Ferdinand et d'Isabelle *, placé dans la chapelle royale de Grenade 4.

FÉVIN (Antoine), compositeur de musique, né à Orléans vers 1481. Elève d'Oc-

keghem. — Orléans, l'une des villes où Charlemagne avait fondé des écoles de chant, était encore, au xve siècle, célèbre par son école de musique d'où sortaient, ainsi que de celle de Sens, presque tous les chanteurs de la chapelle du pape. Févin, grand compositeur, loué par l'allemand Glarian, qui vint en France au commencement du xvi° siècle, et goûté par les Italiens qui imprimaient ses œuvres en 1514, Févin alla se fixer en Espagne et y composa beaucoup de musique religieuse. La musique religieuse espagnole des xv° et xvi° siècles

1 Les stalles basses représentent la conquête de Grenade : elles sont de 1495 et de maître Rodrigue.

' Berruguete fit 35 stalles et celle de l'archevêque.

3 Un moulage de ce tombeau est au musée de Versailles.

4 Bermudez. — Ant. Ponce, Viagede Espana. — Conca, Descrizione délia Spagna, t. IV. p. 428; t. I, p. 255.

est très-belle et trop peu connue en France. L'un des principaux compositeurs de cette admirable musique est notre Févin f.

LMOSIN, serrurier. — Bermudez cite Limosin pour avoir fait, en 1531, la grande grille delà chapelle de los Albornoces, à la cathédrale de Guenca.

JOLY (Gabriel), sculpteur, mort en 1538, à Teruel. — Après avoir étudié

longtemps en Italie, à l'école florentine, Joly vint s'établir en Aragon. En 1536, il fit le grand retable de l'église de Teruel, qui se compose de douze bas-reliefs représentant des histoires de Jésus-Christ, l'assomption de la Vierge et un crucifix, et de trente statues dans leurs niches; tout ce travail est excellent, plein de noblesse et de grâce. Joly fit aussi le grand retable de la paroisse de Saint-Pierre à Teruel et celui de l'église de Gella, dans la province de Teruel ; ces deux retables se composent d'un grand nombre de bas-reliefs et de statues1.

LOUIS DE BOURGOGNE, sculpteur. — Il travailla avec d'autres artistes de mérite au frontispice de la chapelle de la Tour, à la cathédrale de Tolède, commencé en 1537*.

YIGÀBIfY (Grégoire), sculpteur, frère et élève de Philippe de Bourgogne,

mort à Tolède peu après 1548. — Grégoire Vigarny aida son frère dans les travaux de Burgos, de Tolède, de Grenade et de Valladolid, et son habileté était telle que ses œuvres passaient pour être de son frère. Il a fait en 1537, à la chapelle de la Tour de la cathédrale de Tolède, les colonnes et leurs chapiteaux, ainsi que les six statues de pierre de Regachuelo; — en 1539, au transept des Lions, un grand médaillon représentant le couronnement de la Vierge; — en 1542, un médaillon où Ton voit sainte Léocadie sortant du tombeau ; — en 1548, il acheva le médaillon en marbre, qui est au dossier de la stalle de l'archevêque dans le chœur et où est sculpté la sainte Vierge mettant la chasuble à saint Udefonse \

BACHELIER (Nicolas), sculpteur et architecte. — Ce grand et fier sculpteur, comme l'appelle Hilaire Pader, fut invité par Charles-Quint ou par Philippe II à venir en Espagne et vraisemblablement il y mourut8.

1 Ed. Fournier, article sur Févin. dans le Conteur Orléanais, n« 7, 1845 — Fétis, article dans la Revue et Gazette musicale de Paris du 13 juillet 1851. 1 Bermudez.

3 Bermudez.

4 Bermudez.

5 Em. David, Histoire de la sculpture, p. 180. — Alex, du Mége, Description des antiquités du musée de Toulouse, éd. de 18a5, p. 254.

BEDEL (Pisrrb), architecte. ~ Vers 1560, Bedel a construit lo merveilleux aqueduc de Teruel.

LOUIS DE FOIX, architecte et sculpteur, né à Paris, d'autres disent dans le comté de Foix. — Marca1 et de Thou affirment qu'il fut l'architecte de l'Escurial et qu'il avait été appelé en Espagne par Philippe II pour en diriger les travaux. « Ce célèbre ingénieur, dit l'historien de Thou, fut l'architecte du palais de l'Escurial et du monastère que Philippe II fit bâtir avec une magnificence vraiment royale '.» On ignore la part qui lui revient dans la construction de cet immense édifice, auquel tant d'artistes espagnols et italiens ont aussi travaillé,

BUIHEL (Jacob), peintre d'histoire, né en 1558, à Tours, mort & Parts vers 1614. Elève de son père François Bunel. — * J'ai eu l'honneur, dit Claude Vignon 8, de connoître Jacob Bunel, le plus grand peintre qui fût en Europe, et même je me glorifie d'avoir reçu de sa bonté les premiers enseignements de la peinture. Il étoit natif de Tours enTouraine. Il vivait à Paris aux galeries du Louvre, fort honoré du roi Henri-le- Grand, quatrième du nom. Comme il a voit eu l'estime et emploi du roi d'Espagne Philippe II, il a fait ce beau cloitre à l'Escurial rempli de quarante admirables tableaux, chacun de trois toises en hauteur. Je n'ai rien vu en Europe qui les surpasse en magnifiques inventions, yoireils surpassent tout par leur coloris.» Quelles sont ces peintures et existent-elles encore? On ne sait malheureusement rien de plus sur ce travail que ce que nous apprend la lettre de Vignon.

HORFELOT DE POULTTERS (Pierre L'), peintre, né dans l'abbaye de ce nom, au diocèse de Langres. — L'Horfelin de Poul tiers vint à Saragosse à la fin du xvi° siècle et y acquit tant de réputation qu'on l'appela à Madrid pour y exécuter des peintures au Pardo, auxquelles il travaillait en 1616 *.

STELLA (Jacques) et CLAUDE LORRAIN. — On conçoit que pendant le xvii0 siècle, lorsque l'école espagnole brillait de tout son éclat, les artistes étrangers n'aient pas été appelés en Espagne; cependant Stella et Claude Lorrain furent chargés, sur le bruit de leur réputation, de faire quelques tableaux pour Philippe IV. Stella fut môme invité à venir en Espagne, mais il refusa.

BfIGNARD (Pierre), peintre d'histoire, né à Troyes en novembre 1610, mort le 13 mai 1695, à Paris. Elève de Boucher et de Vouet. — Mignard, en 1 659, fit un portrait de Louis XIV que l'on envoya à Madrid au moment où Ton con-

1 Histoire de Biarn.

* T. V, p. 433 de Ytdition française, in-4» année 1568.

3 Dans une lettre reproduite par Chalxnel dans son Histoire de Tourainf.

4 Bermudez.

venait, dans les conférences pour la paix des Pyrénées, de son mariage avec l'infante *. Vers 1688, Monsieur (le duc d'Orléans) fit faire à Mignard un saint Jean au désert pour renvoyer au roi d'Espagne; ce tableau fut trouvé si beau, qu'on le plaça à l'Escurial parmi ceux des grands maîtres *•

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