GRÈGE
ARCHITECTURE GOTHIQUE
En 1 804, les Croisés français firent la conquête de l'empire grec et s*y établirent. Beaudouin de Flandre et ses successeurs gouvernèrent Constantinople pendant un demi-siècle ; la maison de Yillehardouin posséda la principauté d'Achaïe ; plusieurs autres familles françaises
régnèrent sur les diverses parties de la Grèce (à Athènes, en Eubée, etc.) qu'elles avaient obtenues en fiefs, lorsque les Croisés se partagèrent l'empire grec vaincu. Un assez grand nombre de monuments en style gothique ou en style byzantin modifié par le gothique, témoignent encore de la conquête française et de l'importation en Grèce de notre architecture.
L'église de Sainte-Paraskèvi, à Chalcis, est de tous les édifices de cette époque, celui qui a paru à M. Didron avoir le plus le caractère français. C'est une église longue, à trois nefs, à chevet carré, dont le chœur et le sanctuaire sont voûtés. Les voûtes sont à arêtes, et les arêtes sont doublées de nervures formées d'un gros boudin, comme dans le roman et le gothique primitif de France. L'ornementation, celle des consoles particulièrement, n'est composée qu'avec la flore française. L'église a un clocher, une rosace à l'occident ; bref, tous les caractères de ce monument sont absolument ceux du gothique français du xma siècle, avec quelques détails vénitiens ajoutés çà et là (le lion de Saint-Marc par exemple), soit au xiii° siècle même, soit plus tard.
L'église de Sainte-Paraskèvi de Chalcis n'est pas le seul monument qui atteste d'une façon positive l'introduction du style gothique en Grèce. L'église Chrysopéri à Mistra (aujourd'hui abandonnée), a été construite aussi ou par des Français ou bien sous l'influence de l'architecture française. Elle a une nef longue et un clocher, tandis que les églises grecques ont une nef carrée ou ronde et n'ont jamais de clocher ; ses voûtes sont en ogive et sa sculpture a tous les caractères de la sculpture française de cette époque; entre autres détails, on trouve, à l'abside, une fleur de lis en style gothique du xiii0 siècle *.
Buchon parle, dans son histoire, de la principauté française de Morée *, d'un assez grand nombre de monuments gothiques dus à des Français ou construits sous leur influence. Il cite :
La Tour carrée des ducs français, à l'acropole d'Athènes ; M. Didron croit que cette tour est plutôt vénitienne que française. — Le Catholicon d'Athènes, bâti au temps de Geoffroy II de Villehardouin avec des fragments anciens ; M. Didron regarde cet édifice comme positivement byzantin et d'une époque antérieure à celle de Geoffroy II. — Le couvent des Bénédictins de Daphni près d'Athènes, où était la sépulture des ducs d'Athènes de la maison de la Roche ; ce couvent a une façade gothique construite par les Français. — Le château des marquis francs de Bodonitza, près des Thermopyles. — Le château des barons francs d'Argos, de la maison d'Enghien (monument plutôt
1 Je dois tous ces détails si intéressants à l'amitié de M. Didron, qui a visité ces monuments.
1 Atlas des nouvelles recherches historiques sur la principauté française de M orée, par Buchon: petites planches lithographiées.
vénitien). — Le château des barons francs de Caritena, en Morée, de la maison de Brières. — Le château de Calamata en Morée. — Le couvent de Notre-Dame-dlsova en Morée, près de l'Alphée ; les ruines de ce couvent sont en pur gothique. — L'abside de l'église de Sainte- Sophie, à Andravida en Morée; elle est d'un style gothique fort élégant. — Le château de Khlemoutzi ou Gastel-Tornèse, en Morée, bâti par Geoffroy H de Villehardouin. — Les ruines d'un château en Eubée, près d'Achmet-Aga et de Sideroporta. — Les ruines de Beza-Pyrgos en Eubée, près d'Achmet-Aga. -7 Le château des barons de Carystos en Eubée. — Le château d'Hagia-Marina dans File de Zéa.
Tous ces monuments sont en ruines et fort dégradés ; cependant on retrouve encore dans tous quelques traces de l'art gothique, l'ogive, les nervures, etc.
DAVID (d'Angbrb\ sculpteur (voir page 217).— David a fait, en 1827, pour le monument élevé par les Grecs à Marco Botzaris, au cimetière de Missolonghi, la statue en marbre d'une jeune fille grecque, qui est gracieusement couchée sur la pierre funéraire où elle apprend à lire, en épelant le nom du libérateur de la Grèce1.
En 4852, David a exécuté à Athènes le buste de Canaris *.
LES FRÈRES MARREL, orfèvres. — Ce sont eux qui ont fait, en vermeil, le sceptre du roi Othon.
A l'époque contemporaine nous trouvons à Athènes :
Bonirotte (Pierre), peintre, né à Lyon, élève de Claude Bonnefond, qui a été, avant 1856, professeur directeur de l'école d'Athènes.
Boulanger, architecte, grand prix de Rome, qui est architecte de la ville d'Athènes. Il a élevé le monument funéraire de Ch. Lenormant à Colonne.
Barsaud, jardinier, qui a créé le jardin de la Reine, à Athènes, dans le genre anglais*.
Ajoutons que M. Garnier, l'architecte de l'Opéra, a construit à Athènes le tombeau de M. Guignault.
manufacture de sèvres.
L'Empereur a donné, en 1868, au roi de Grèce, deux vases-balustre,
» La jeune fille du tombeau de Marco Botzaris a été mutilée à coups de fusil par les Palicares d'une bande commandée par un capitaine ennemi de Marco Botzaris ; ils ont tiré sur la statue et lui ont brisé le nez. — Le modèle de cette admirable statue est au musée d'Angers.
* Illustration du 17 juillet 1852.
s About, U (jrèce contemporaine.
fond bleu clair, décorés de fleurs de volubilis, peintes en 1861 par Barbie.
§ 3. — CONSTÀNTINOPLE
VOUET (Sficon), peintre (Toir pag» tttt). ~ Vouet résida à Constantinople pendant un an, de 4611 à novembre 1612. « Le baron Harlay de Sancy, ambassadeur à Gonstantinople, le mena avec luy avec intention de luy faire peindre le grand seigneur (Acbmet Ier) ; comme la chose n'estoit pas aisée à exécuter à cause delà difficulté qu'on a de le voir, Vouet, qui n'avoit pas alors plus de vingt et un ans, eut besoin de toute la force de son imagination et du secours de sa mémoire pour se bien acquitter de sa commission, car il ne le put voir qu'une seule fois, lorsqu'il donna audience à l'ambassadeur. Cependant il l'observa si bien pendant ce peu de temps, qu'estant de retour, il en fit un portrait si ressemblant, que M. de Sancy et tous ceux qui avoient vu le Grand Seigneur en furent très-satisfaits. Il fit encore plusieurs autres portraits pendant un an qu'il demeura à Gonstantinople1. »
CABRE Y (Jacques), peintre, né à Troyes le 12 janvier 1650 ; mort à Troyes le
18 février 1726. Elève de Lebrun, — Lorsque le marquis de Nointel partit en 4673, pour son ambassade de Gonstantinople, il demanda à Lebrun de lui indiquer un artiste qui sût peindre l'architecture, la sculpture, le paysage et les animaux.Lebrun désigna Jacques Garrey, son élève, âgé de vingt-quatre ans.
Garrey a exécuté à Gonstantinople quatre grands tableaux qui sont revenus en France et ont été vendus en 1860, lors de la démolition du château de Bercy, qui appartenait autrefois à M, de Nointel, En 1674, Garrey était à Athènes avec M. de Nointel; il y fit les dessins de plus de 200 figures du temple de Minerve; ce sont les premiers dessins du Parthénon qui aient été exécutés avant l'exploration de 1687. Ils ont été reproduits, en 1848, par M, de Laborde1.
ROBERT DE COTTE, architecte (voir page 147). — TïGITY, arcnitecte, — En 1722, De Cotte fut employé à la construction du nouveau palais de l'ambassadeur de France à Péra. Vigny avait fait les plans et les
» Félibien.
* Voir dans les Mémoires de la Société de V Aube > la notice sur Garrey, par M, Corrard de Bréban.
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élévations; Robert de Cotte approuva son projet et renvoya à Constantlnople pour exécuter le bâtiment. Le devis s'élevait à la somme de tt6, 100 livres".
GERMAIN (Thomas), orfèvre (voir page 183). — Il exécuta, en 1742,
plusieurs grandes pièces d'argenterie (vases, cuvettes, table d'argent) données par Louis XV au sultan Mahmoud 1". Le cadeau comprenait aussi deux grands brasiers de similor faits par Duplessis, fondeur du Roi et très-habile artiste, et plusieurs grandes glaces, dont les cadres avaient été sculptés par Philippe Caffieri, sur les dessins de l'architecte Gabriel.
MÉIflEliE, orfèvre-joaillier. — Les mémoires de Bachaumont nous apprennent à la date du \% juillet 1784, qu'on allait voir, chez le sieur Ménière, les présents que Louis XVI envoyait au sultan Abdoul- Abmid par son nouvel ambassadeur, M. le comte de Choiseul-Gouffïer. Ces présents consistaient en : un service de vermeil composé de 24 petits plats de forme ronde avec leur couvercle; — un sabre, deux pistolets et un fusil, garnis en or et d'un travail précieux; — en une grosse montre de parade* enrichie de brillants; — deux aiguières de vermeil et une en argent; — plusieurs cassolettes et un aspersoir qu'on remplit d'eau de senteur. La plupart de ces pièces étaient enrichies de diamants et toutes étaient d'un goût exquis.
HUYOT (Jean-Nicolas), architecte, né à Paria an 1710, mort an lllt. Blevede
David et de Peyre la jeune, «-* Huyot a fait en 1817, un projet pour le palais du consulat de France, à Smyrne; — • un projet pour la restauration de l'hôpital des marins français à Smyrne; — et pour Constat
tinople, un projet d'hôpital qui a été mis à exécution*.
FAUCONNIER (Jacquhs-Hsnri), orfèvre, né à Longwy eu 1770; mort «a 1839.
Eltve de Claude Odiot, — Il fut chargé par Charles X de faire un grand vase d'argent, pour le sultan Mahmoud II. Ce vase, dont les ornements furent modelés par le sculpteur J.-B. Plantar et ciselés par Tamisixr4, avait un mètre de hauteur et était de style romain.
OPIOT fila, orfèvre, — Il a exécuté vers 1831, un magnifique service de table, genre anglais, pour Mahmoud II5.
MOREL, orfèvre (voir page 300).
FROMENT-MEUKICE (Désiré-François), orfèvre (voirpage 156).— Froment-
1 Papiers de Robert de Cotte, n« 1387 et 1409, dans le carton n» 153.
* On la porte sur un coussin à côté du 6ultan dans les cérémonies publiques.
3 Voir la notice biographique d'Huyot par Raoul RoeheHe.
4 Mort à Londres.
5 Rapport du duc de Luynes.
Meurice a fait pour le prince Midès, à Constantinople, six zarfs en or repercé et gravé, ornés chacun de trois médaillons d'émail sur lesquels sont peints des bouquets de fleurs. Les médaillons sont reliés entre eux par des guirlandes de fleurs également émaillées1.
LAURECI8QUE, architecte. — M. Laurecisque a construit vers 1840, le nouveau palais de l'ambassade française à Péra.
ATISSEAU (Ch.-J.), sculpteur-émailleur (voir page 218). — M. Avisseau a fait en 1849, pour le prince Kallimaki, ambassadeur de Turquie en France, un brûle-parfums.
SÉCHAN, peintre décorateur. — (voir page 164). — En 1853, Sécban fut chargé par le sultan Abdoul-Medjid de la décoration et de l'ameublement du nouveau palais de Dolma-Baktchi, près de Constantinople, de son appartement dans le harem, du harem, des appartements de son frère et d'un kiosque aux Eaux-Douces d'Asie*. En 1856, plusieurs navires emportèrent de France un riche mobilier (pendules, bronzes, meubles, tentures, cadres de glaces, etc.) exécuté à Paris* et dont le prix s'élevait à 1,800,000 fr. \
On remarque surtout au palais de Dolma-Baktchi, la salle à manger5, et la salle de spectacle6. La salle à manger est splendide; sa décoration est en style Louis XIII et dans le goût Fontainebleau le plus pur. Séchan eut pour collaborateurs dans cet admirable travail
MM. DlETERLE et HAUMONT.
Les soubassements, les portes et les fenêtres de la salle à manger sont en noyer sculpté et doré en partie; les panneaux de cette boiserie sont incrustés de marbres précieux. La tenture est en cuir gaufré blanc, or et brun jaune. Le tapis a été exécuté dans la fabrique de MM. Bragquenié. La décoration est complétée par de grandes étagères en ébène, à filets de cuivre, surmontées de glaces dontles cadres sont en bronze doré, — par huit grands vases chinois formant lampadaires, — et par douze grands lustres.
ROUILLARD (Pœrrb-Louis), sculpteur, né à Paris le 16 janvier 1820. Elève de Cortot. — BONHEUR (Isidore- Julbs), sculpteur, né à Bordeaux le 15 mai 1827. Elève de son père. — PERCHERON, dessinateur de jardins, établi a Constantinople. — Le sultan Ahdoul-Aziz s'est fait construire, en 1865, le nouveau palais de Belerbey. M. Percheron a été chargé de dessiner le
1 Renseignements particuliers.
1 Renseignements tournis par M. Séchan.
3 Une partie de ces belles choses a été détruite dans l'incendie du palais du sérail. {Gazette des Beaux-Arts, 1868, t. XXIV, p. 29.) ♦ Revue universelle des Arts, U IV, p. 482. 5 L'Illustration, t. XXXV, p. 29, avec gravure d'après Séchan. « L'Illustration, t. XXXIII, p. 445.
jardin dans le goût anglais, et M. Rouillard de le décorer d'animaux en bronze, qui ont été exécutés par MM. Rouillard, Isidore Bonheur, Huzler, Delabrière, Daumas et Lebœuf.En 1865, M. Bonheur a exposé les modèles de deux très-beaux taureaux1, et M. Rouillard le modèle d'une frise du palais de Belerbey, représentant le combat d'un lion et d'un tigre, et le combat de deux taureaux bulgares.
Bilezikdji (Pascal-Artin), architecte. — L'architecte Bilezikdji, de Constantinople, est élève de Duban (1856).
MANUFACTURE DB SÈVRES
L'Empereur a donné, en 1855, à Vély-Pacha, un service de dessert fond turquoise, décoré dans le genre persan ; — à l'ambassadeur de Turquie, en 1868, un service de dessert, fond bleu, décoré de fleurs peintes par Eugène Richard; — au sultan, en 1867, deux grands vases-balustre, fond sous-couverte, et dont les fleurs étaient dues au pinceau de Gabeau ; — au grand-vizir Ali-Pacha, deux vases Rimini, dont le décor était en or et couleur.