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GÊNES

VOUET (Simon) (voir page 2fi2;. — Vouet vint de Rome à Gènes en 4 620 ! , à la prière du duc de Bracciano, don Paolo Orsini, pour faire le portrait de la princesse de Piombino, dona Isabelle Appiana, fiancée à ce seigneur. Pendant son séjour à Gènes, Vouet fit plusieurs tableaux pour divers nobles génois. Revenu à Rome, il peignit pour le seigneur Giacomo Reggio, qui le plaça à la chapelle du crucifix à Saint- Ambroise, un tableau représentant le Christ agonisant; la Vierge, saint Jean-Baptiste et la Madeleine sont aux pieds de la croix *. On voyait au palais du seigneur Gaetano Gambiaso, une sainte Catherine et un David de Vouet*. Vouet fit aussi le portrait de J.-Ch. Doria, fils du Doge, gravé par M. Lasne.

JEAN DE BOLOGNE et FltANGHEYILLE (voir page 411).

PUGET (Pibrre), peintre, sculpteur et architecte, né à Marseille en 1622, mort à

Marseille le 2 décembre 1004. —En 1659, Puget étant venu à Paris, alla travailler pour M. Girardin à sa terre de Vaudreuil en Normandie ; Tannée suivante, Lepautre, l'architecte, ayant vu ses ouvrages, engagea le surintendant Fouquet à employer un si habile homme pour les ornements de son château de Vaux. « Comme le marbre étoit alors extrêmement rare à Paris, ce fameux ministre envoya Puget à Gênes pour choisir autant de blocs de marbre qu'il jugeoit à propos ; et c'est lui qui le premier a rendu le marbre si commun dans le royaume et nous a montré l'art de le travailler et de le tailler avec succès. Dans le temps qu'il travailloit(àGônes) à faire charger de blocs de marbre trois bâtiments, il fit pour M. Des Noyers, l'Hercule gaulois. La curiosité attira chez lui tout ce qu'il y avoit d'habiles gens dans Gènes. Cet ouvrage lui acquit une si grande réputation, que, la nouvelle de la disgrâce de M. Fouquet étant parvenue dans cette ville, les plus nobles n'oublièrent rien pour l'arrêter et y réussirent. Il n'eut pas plutôt consenti à leurs désirs, qu'il fut chargé de plusieurs ouvrages d'importance qui font encore aujourd'hui le plus bel ornement de cette ville. De ce nombre sont les deux belles statues qu'on voit à Saint- Pierre de Garignan: elles ornent deux niches du dôme. L'une repré-

1 Voir une lettre de Vouet dans le t. I de Bot tan.

1 Soprani, Vite de' pittori, scidtori ed architetti genoveti; 2m édition par Ratti, in-4°. Gênes, 1768, t. I. p. 443. Le second volume est entièrement de Ratti ; Gênes 1769.

3 Voyage de Robert de Cotte (mss. do la Biblioth. nation. ). — Ratti, Instruzionc di quanto puo' vedersi di più bello in Gcnova, in pit titra, scultura ed arch%tetturat ecc. ; Gênes, t vol. in-8°, 1780.

sente saint Sébastien1 et l'autre saint Ambroise, sous la figure du bienheureux Alexandre Sauli1, dont les ancêtres ont fait bâtir cette église. Elles sont de marbre blanc de 9 à 10 pieds. Il a attaché saint Sébastien contre un arbre avec des cordes et exprimé la grande faiblesse où le martyre Ta réduit, de sorte qu'il semble que les jambes de ce Saint succombent sous le poids de son corps, tout percé de flèches. Il a décoré ce Saint de toutes les armures qu'il portoit, ce qui fait un tout si noble, si beau, si grand, qu'on ne sçauroit ne pas admirer ce chef-d'œuvre de l'art. Saint Ambroise est représenté avec ses habits pontificaux, groupé noblement d'un enfant qui tient sa crosse pastorale et relève sa chape, laquelle est travaillée et ornée trèsartistement, aussi bien que l'aube et la ceinture. Il n'est pas dans toute l'Italie de pjus belles pièces entre les modernes*».

Dans le temps que Puget travaillait à ces belles statues vers 1 664, les Pères Théatins voulurent faire peindre leur dôme. Plusieurs peintres se mirent sur les rangs ; J.-B. Garlone l'emporta, mais il avait prié Puget, qui était son ami, de lui faire son dessin. On sut qu'il était le véritable auteur de ce chef-d'œuvre, et Puget fit une partie des peintures.

On le chargea ensuite de la conduite de l'Albergho de' Poveri, ou hôpital général de Gênes, édifice aussi élégant que magnifique. Puget plaça au maître autel de l'église de cet hôpital, une statue en marbre qui représente l'Assomption delà Vierge avec un beau groupe d'anges. C'est l'un de ses plus beaux ouvrages.

Il fit aussi une belle statue de la Vierge pour le palais Balbi. La chapelle de saint Louis, roi de France, dans l'église de l'Annonciade, est encore une de ses œuvres ; il en donna le dessin qui est très-remarquable, et de plus, il en fit construire la moitié à ses dépens.

Il entreprit ensuite un bas-relief de l'Assomption pour le duc de Mantoue (1665). Pendant qu'il était occupé à cette statue, il lui arriva une affaire qui le dégoûta de Gènes et lui fit prendre la résolution de quitter cette ville. Il fut arrêté sans raison * par des sbires, comme il allait à minuit porter des lettres à la poste, et jeté en prison. Délivré le lendemain par l'intervention de plusieurs nobles de ses amis, et malgré la punition des sbires, Puget, décidé à sortir de Gênes, se retira dans son atelier et brisa à coups de marteau quelques

1 Cette statue a été souvent gravée. Voir la Gazette des Beaux- Arts, 1865, t. XVIII, p. 324.

* Aussi presque tous les auteurs appellent-ils cette seconde statue saint Alexandre Sauli au Heu de saint Ambroise.

1 « Ainsi, quoique nous ayons appris des Italiens l'art de la sculpture, ils se servent depuis longtemps des ouvriers françois. L'exemple de Puget en est une preuve. • — Note du P. Bouger cl.

* Le Ratti nous apprend que Puget était sorti avec son épée, ce qui était défendu après le coucher du soleil.

ouvrages et quelques modèles ; ses amis parvinrent à le calmer et obtinrent qu'il ne partirait qu'après avoir achevé les statues comr mencées. Il termina le bas-relief de l'Assomption et renvoya au duc de Mantoue, qui lui fit proposer, par une espèce d'ambassade solennelle, de venir dans ses États ; il allait s'y rendre lorsque ce souverain mourut.

Cependant le cavalier Bernin, qui avait vu les œuvres de Puget, en parla avec tant d'éloges à Colbert, que ce ministre lui donna l'ordre de revenir en France et le nomma directeur des ouvrages qui regardaient les ornements des vaisseaux, avec 1300 écus de pension.

<i Il se disposa donc à partir, quoiqu'il trouvât de plus grands avantages à Gênes. Car la famille Sauli lui donnoit tous les mois 300 livres et lui payoit encore ses ouvrages ; celle de Lomellini de Tabarque lui donnoit les mêmes appointements aux mêmes conditions. De plus les Doria projetoient de faire une église paroissiale... et vouloient lui en donner la conduite. Le sénat avoit délibéré aussi de faire peindre la grande salle du conseil, et ordonné que Puget en feroit les dessins. Les sénateurs Sbrignola et Grillo, qui en étoient chargés par le sénat, furent le prier d'y travailler ; mais il s'en excusa, leur protestant que tous les avantages du monde ne le dispenseroient jamais d'obéir à son prince. Les Génois furent très-sensibles à son départ ; ils l'accablèrent de présents, lui firent plus d'honneur que jamais, et eurent dans la suite des relations particulières avec lui, preuves certaines du cas qu'ils en faisoient1. »

Puget quitta Gênes après y avoir travaillé huit ou neuf ans ; il arriva à Toulon en 1669.

Malgré ses occupations pour les sculptures des vaisseaux, Puget fit encore deux ouvrages pour Gênes ; le premier est le modèle de l'église de l'Annonciade, de treize à quatorze pieds de haut, conservé dans rarrière-sacristie de cette église ; mais ce modèle n'a jamais été mis à exécution. Le second est le modèle d'un baldaquin pour le maîtreautel de l'église de Garignan, commencé "à Gênes et achevé à Toulon. Ce magnifique travail, conservé dans la maison du Puget à Marseille, puis placé dans les salles de l'Académie des arts de cette ville, était au temps de Mariette, en assez mauvais état ; « il y a été, dit-il, mal conservé. »

On cite encore plusieurs œuvres du Puget à Gênes, que le P. Bougerel ne mentionne pas. A Notre-Dame-des-Vignes, au maitre-autel, l'ange, le lion, l'aigle et le bœuf, symboles des Évangélistes ; — à l'église de Saint-Cyr, le grand autel avec son tabernacle, sa table ornée d'anges et d'enfants en bronze doré. Cette grande composition, commencée en 16621, fut achevée en 1670 ; Puget fut aidé dans ce travail

1 Cette biographie est tirée tout entière du P. Bougerel.

par son élève Christophb Veiribr ; — à l'église de Saint-Philippe de Neri, à l'oratoire du saint, une statue de marbre de la Sainte-Vierge, sur Tau tel; — au palais Spinola, sur la terrasse, l'enlèvement d'Hélène, groupe en marbre ; Puget ' en parlant de ce groupe, dit qu'il n'en a fait crue le modèle; — une vierge pour le palais Carrega* ; — la fontaine du palais Brignole.

Puget forma, école à Gênes ; entre autres élèves, il eut Daniello Solaro, génois '.

LA MER, sculpteur. — La Mer était à Gènes en même temps que Puget, et fut employé comme lui à Tachât des marbres. Il en est fait mention dans une lettre de M. de la Guette, intendant de Toulon, écrite à Golbert, le 7 novembre 166* \

Monsibub ONORATO, sculpteur. — « A l'époque du Puget, travailla à Gênes un autre sculpteur dont le nom de famille est inconnu ici, mais dont les œuvres, quoique peu nombreuses , attestent le mérite. Il s'appelait Monsieur Onorato (Honoré). On voit de lui à Saint-Roch, la statue en marbre du saint, œuvre d'un bon goût, d'un grand caractère et noblement imitée des Saints Roch de nos plus célèbres sculpteurs, d'où nous concluons, dit Ratti, qu'il avait appris son art en Italie, comme l'indiquent encore une statue de la Vierge avec des anges, qui se voient sur le grand autel de l'église des Pères de la Mère de Dieu, et les anges qui ornent l'autel de la nation française dans l'église de l'Annonciation del Guastato. Ces Pères de l'Oratoire ayant acheté à Rome une statue de saint Philippe porté sur les nuages , et voulant la placer sur le maitre-autel de leur église , y firent ajouter par Onorato, en manière de piédestal, un second groupe d'anges en marbre, pour lui donner plus d'importance et plus d'élévation. Onorato était encore à Gênes en 1700; il retourna ensuite en France, et nous ne savons ce qu'il y est devenu 5. »

Monsieur LACROIX, sculpteur de crucifix, né en Bourgogne, vivait à Gènes à U fin du xnt" siècle. — « Monsieur Lacroix excellait à faire des crucifix, soit en ivoire, soit en bois de jujubier; on ne peut rien voir de plus beau que ses ouvrages, qui se conservent chez nous, dit Ratti, avec le plus grand soin. Les crucifix de Lacroix n'excèdent jamais une palme et demie (un pied environ) ; les plus célèbres peintres génois de ce temps voulurent tous avoir de ces belles sculptures. La-

1 P. 41 de la notice sur Puget par le P. Bougerel.

3 Cette statue se trouve encore dans la chapelle de ce palais. Bile a été gravée dans la Gazette des Beaux-Arts* p. 380.

3 Voir sur Puget l'excellent travail de M. Léon Lagrange dans la Oateite des Beau*- Arts, 1865, t. XVIII et XIX.

* Archives de Vari français, t IV, p. 228. — Documents sur le Puget.

5 Ratti, Vite de' pittori, etc., t. II, p. 326.

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croix a dû faire le crucifix, plus grand que les autres, pour le maître* autel de l'église de l'Annonciation del Guastato ; mais comme il y a longtemps que je ne l'ai vu, continue Ratti, je ne puis parler de la bonté de cet ouvrage. Après son départ de Gênes, on ne sait ce que Lacroix est devenu1. »

RIGAUD (voir page U7). — En 1695, Rigaud fit les portraits du marquis de Lomellini, envoyé de Gènes, et du marquis Grimaldi, noble génois. En 1704, il peignit le comte Durazzo, envoyé delà république de Gênes, lequel acheta et emporta dans son pays le portrait du duc et de la duchesse de Mantoue, peint par Rigaud.

Ratti* parle d'un François Rigaud, parisien, qui peignit les portraits du seigneur J.-B. Brignole et de la signora Battina Raggi Brignole, tous les deux placés dans le palais de cette famille.

VAICLOO (Jb an-Baptiste) (voir page 279). Mariette nous apprend que de quatorze à seize ans (1699 et 1700), J.-B. Vanloo a fait beaucoup de portraits à Gênes.

DAVID (Claude), sculpteur de Franche-Comté, vivait en 1720. — On voit

de lui à Sainte-Marie et saints Fabien et Sébastien, au-dessus de la porte de la façade, une statue de la Vierge enlevée au ciel par les anges (terminée par Baratta) ; — dans deux niches latérales, les statues de saint Pierre et de saint Paul ; — dans l'église de Saint-Pierre de Carignan, la statue de saint Barthélémy*.

LANGLADE, ingénieur. — En 1718, on érigea d'après ses dessins le beau pont de Carignan.

"WAILLY (Charles db), architecte (voir page 177). — CALLET (Antowe- François), peintre, né en 1741, mort en 1823. — BEAUTAIS (Philippe de), sculpteur, né à Paris en 1739, y mourut le 31 octobre 1781* — C'est sur les

dessins de Ch. De Wailly A que l'architecte Tagliafichi construisit et décora le splendide salon du palais Spinola, à Gênes. L'apothéose d'Ambroise Spinola, au plafond, a été peinte par Callet. Spinola, le preneur des villes de Flandre, est sur un char à deux chevaux ; Minerve le 'conduit à l'immortalité. Les huit cariatides et les bas-reliefs qui sont audessous de l'architrave ont été sculptés par Beauvais.

La décoration du salon Spinola a eu une grande célébrité. Sur un stylobate de marbre blanc s'élèvent des colonnes cannelées , d'ordre

1 Ratti, Vite de pittori, etc., t. H, p. 327. * P. 260.

3 I/abbé Richard, t. I, p. 130.

4 Ces trois dessins ont été exposés en 1773 ; ils ont été donnés par sa veuve au musée du Louvre ; on en trouve la description dans l'ancien Catalogue des dessins, n" 12,750,12.751, 12,751 bit.

corinthien, dont les entrecolonnements varient; dans ceux du milieu, aux deux façades, sont placées deux grandes glaces qui répètent les objets à l'infini. Sur les colonnes est un entablement qui soutient une voûte avec arceaux et lunettes, décorée de bordures, d'arabesques et de huit cariatides, sur lesquelles repose une grande bordure ovale qui encadre l'apothéose de Spinola.

BOURJOT (Ferdinand), architecte, né à Paris en 1768. Elève de David, de Renard et Leroy. — Après avoir remporté plusieurs médailles à l'Académie royale d'architecture, il alla remplir dans la république de Gênes les fonctions d'ingénieur-architecte '.

DUMONT, sculpteur (voir page 248). — M. Dumont en collaboration avec M. Duban, architecte, a fait à Voltri, près de Gênes, le tombeau du marquis de Brignole. M. Dumont a fait le buste du marquis et deux anges adorant la croix.

GARNIER, architecte (voir page 385). — M. Garnier a achevé, en 1875, la construction d'une splendide villa à Bordighera, sur la route de la Corniche ; elle porte le nom de la villa Garnier et se fait remarquer surtout par la beauté des marbres qui la décorent.

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