CHAPITRE XI
Les relations entre la France et la Pologne sont fort anciennes. Les légistes français appelés par Casimir le Grand, et l'élection de Henri III, sont les témoignages les plus connus de ces premières relations. À l'époque où Sobieski monta sur le trône, la France et la Pologne étaient surtout liées depuis quarante ans. Une Française, Mario-Louise de Gonzague, fut mariée en 164S à Wladislas IV, et en *649 à Jean- Casimir, frère et successeur de Wladislas IV. Marie-Louise avait francisé la cour de Pologne. On sait qu'après son abdication, Jean-Casimir se retira en France.
La fille d'un gentilhomme français, Marie-Casimir de la Grange d'Arquien, épousa Sobieski. Ce grand homme avait passé plusieurs années de sa jeunesse en France; il y avait appris le métier des armes sous le grand Condé ; les affections et les idées de Sobieski étaient toutes françaises !.
Nous trouvons ici ce que nous avons observé partout ailleurs dans les mêmes circonstances : à la suite de l'influence politique, l'influence des lettres et des arts.
LA HUtE (Etibnne db), peintre, né en France, mort en 16». — Etienne de la Hire, père de Laurent de la Hire, a beaucoup travaillé en Pologne, où ses tableaux obtinrent un grand succès *.
GALLOT (Claudk), peintre, né à Nancy en 1620; mort à Breslau en 1684, le 21
août. — Claude Callot était fils de Jean Callot et neveu du célèbre graveur. Son tombeau existe à Breslau ; on y lit : Claudius Callot, nobilis
1 Salvandy, Histoire de Pologne avant et son* le roi Sobkski. * Nagler. — Huber et Rost,t. VII, p. 127.
Lotharingus, Trium Foîoniœ Regum Primarius plctor. Régi eux omnia vivant. Vixit annos LXIV. OHit Vralislatia anno 1684, die 21 august. ».
DE8PORTE8 (François), peintre de portraits, puis d'animaux (voir page 274\
— ; Vers 1692, Louis XIV permit à Desportes d'aller en Pologne, où il fit avec grand succès les portraits du roi Jean Sobieski*, de la reine, du cardinal d'Arquien, père de cette reine, et des principaux personnages de la cour. 11 avait été engagé à ce voyage par des seigneurs polonais qu'il avait connus à Paris, et par l'abbé de Polignac, alors ambassadeur de France, depuis cardinal, qui le présenta au roi et à la reine de Pologne. Après deux ans de séjour en ce pays, le Roi le rappela en France *.
YANLOO (Jbaw-Baptistb) (voir page 27»). — Il a fait le portrait de la reine de Pologne, Catherine Opalinska, gravé par N. de Larmessin, in-folio.
DUBUT (Fr^déric-Goillaumb), sculpteur et gravsur en médailles, fils de Ch.- Claude Dubut (voir page 168), né à Munich, mort à Danzig, à 67 ans \ — a II fut
instruit à Munich dans les premiers éléments de son art. Il travailla en marbre et en métal, et fut longtemps au service d'Auguste III, roi de Pologne, qui le nomma sculpteur et médailleur de sa cour. Pendant la guerre, il accompagna le roi de Dresde à Varsovie, puis alla à Saint-Pétersbourg, où il resta jusqu'à la mort de l'impératrice Elisabeth 5. Il choisit alors Danzig pbur résidence ; mais bientôt l'impératrice qui succéda à Elisabeth, l'appela à sa cour en qualité de tailleur de coins. Cependant il travailla aussi en cire, et fit dans ce genre de grandes figures et des reliefs, qui dans ce temps-là jouissaient d'une grande estime.
» Dubut exécuta un buste de Stanislas de Pologne en cire colorée, et une foule de médaillons pour la cour de Russie ; celui de Pierre le Grand, de Catherine, de sa fille Elisabeth, de Pierre Schuwalof, etc. Puis il fit aussi de remarquables médaillons en cire des principaux personnages des cours de Dresde et de Munich.
» Parmi ses médailles nous citerons celle du comte Esterhazy recevant l'ordre de Saint-André. Quant à la grande médaille de la paix
1 Renseignement communiqué par M. Meaume.
1 Ce portrait fut exposé au salon de 1704.
. 3 DArgenville. — Mariette, t. II, p. 98. — Mémoires sur les membres de l'Académie royale de peinture et de sculpture, t. II, p. 101. — L'aJbbé Lambert, Histoire littéraire.
* Il y vivait encore en 1769. J.-A. de Lehninger, Description de la ville de Dresde, 1782, in-88, p. 134.
5 II avait.eté appelé par Elisabeth et resta cinq ans à Saint-Pétersbourg. Il y fit un second voyage du temps de Catherine II et retourna à Danzig. comblé de richesses. (Lehninger).
(TOliva, il n'en a fait que le revers ; la face est de Loos. Plusieurs projets de médailles ne furent exécutés qu'en cire. Il fit aussi beaucoup de portraits, entre autres, le sien propre, celui de sa femme, et celui de la fille de Pesne. Tonelli a peint le portrait de Dubut.
« De son temps Dubut jouissait d'une grande renommée, et Bernouilli ( Voyages, t. I, p. 277) rappelle le plus grand sculpteur de son époque. Ce voyageur donne aussi des détails sur les travaux de cet artiste ". »
CHALLE, peintre et architecte (voir page 215). — Il a peint pour le palatin de Litbuanie un grand plafond (de 30 pieds de diamètre), représentant Jupiter au milieu de l'Olympe, et deux tableaux : Vulcain dans les forges de Lemnos, et les GrAces enchaînant l'Amour *.
LOUIS, architecte, né à Paris en 1735 ; mort à l'hôpital, le 7 mars 1807 *. —
Louis, architecte du roi de Pologne, Stanislas Poniatowski, fut appelé à Varsovie en 1765. «Il verra, écrit le Roi à Mme Geoffrin*, l'espèce de choses et de goût que je demande, et ensuite il pourra m'ôtre très-utile à Paris. » En effet, Louis, qui était resté peu de temps en Pologne 5, revint à Paris et fut chargé d'y faire exécuter les projets dont il avait laissé les croquis à Stanislas. Le Roi, qui aimait beaucoup les arts, voulait orner ses résidences et les décorer à la française ; il commandait à Paris : tableaux, statues, objets d'art, pièces d'orfèvrerie, coins pour les monnaies, cachet, voitures et harnais. En 1765, l'orfèvre Fr.-Th. Germain lui faisait des flambeaux, et Mabgknay gravait son portrait.
Jusqu'au retour de Louis à Paris, Mmo Geoffrin avait été chargée par Stanislas de traiter avec les artistes de Paris. Quand Louis fut revenu de Varsovie, soit qu'il ait exagéré son rôle, soit que la vanité de Mrae Geoffrin ait été piquée de voir le sien diminué, il s'éleva entre les deux représentants du roi de Pologne de sottes querelles, dans lesquelles Mmo Geoffrin atteignit les limites extrêmes de la colère et du ridicule.
La correspondance ne nous renseigne que très-imparfaitement sur les travaux de Louis en Pologne ; en revanche, elle nous apprend que Stanislas, voulant former une galerie, Mmo Geoffrin commandait, en
1 Traduit de Nagler.
* Revue universelle des Beaux-Arts, t. XII, p. 405.
1 D'autres notices donnent encore les dates de 1799 et de 1800. Je tire la date que j'adopte de renseignements particuliers.
* Correspondance inédite au roi Stanislas-Auguste Poniatowski et de madame Geoffrin (1764-77) publiée par M. Ch. du Mouy. Paris, 1875, in-8*. — C'est à ce volume que nous empruntons tout cet article.
1 II avait été accompagné par Amoudru [Biographie universelle, supplément).
1766, des tableaux à Vien ', à Boucher et des statues à Pigalle. Mais « la chère maman » ne permettait pas à son * adorable enfant > de choisir les sujets ; il lui fallait accepter tel quel ce qu'on lui envoyait. Le bon roi se soumettait à ce joug et remerciait de ce qu'on voulait bien faire pour lui. En 1767, Mm,Geoflrin envoya au Roi un petit buste de Voltaire en ivoire et un buste de Henri IV, mais elle s'obstina à ne pas dire le nom du sculpteur, ce qui est cause que nous l'ignorons encore aujourd'hui.
Pendant ce temps, Stanislas entretenait à Paris un jeune peintre polonais, Kucharski, qui revint à Varsovie vers la fin de 1767, après être resté trois ou quatre ans à Paris et y avoir acquis un véritable talent pour les petits sujets. En môme temps, Stanislas entretenait à Varsovie, un italien, Bacciarblli, peintre de portraits, et faisait venir à sa cour, en mai 1 768, un seulpteur français, Le Brun, dont nous parlerons tout-à-l'heure.
VERNET (Joseph) (voir page 152). —En 1769, Vernet peignit un tableau pour Stanislas Poniatowski".
MARTEAU (Louis) peintre de portraits, mort très-âgé, en 1805, en Pologne. —
Marteau séjourna toute sa vie dans ce pays ; il y fit un très-grand nombre de portraits à l'huile et au pastel. Il excellait dans ce dernier genre.
ROUBLE* DE LA GOUjaDAINE (Jean -Pierre), peintre et graveur, né à Misy-fault-Yosne le lor juillet 1745, mort le 23 février 1830. Elève de Casanova. —
Quelques ouvrages exécutés dans le goût de son maître et du Bourguignon, le firent rechercher du prince Adam Caartoriski qui le détermina à partir pour la Pologne en 1774*. Il fonda à Varsovie une école de peinture d'où sont sortis plusieurs artistes distingués, Michel Plonski, Alexandre Orlowski. Il fut soutenu et protégé par les nobles et par le roi Stanislas-Auguste, qui lui conféra la noblesse, afin qu'il pût entrer dans les assemblées de la diète, dont il reproduisit l'aspect dans des compositions capitales. Norblin fit pour le roi la bataille de Zborow sous Wladislas IV, plusieurs petits tableaux dans le genre de Watteau pour sa maison de plaisance de Lagenki, près de Cracovie, et fut l'ordonnateur des embellissements des résidences royales. Il peignit chez le prince Radziwill,
1 Le tableau de César, le tableau de la statue d'Alexandre, le tableau de la tôte de Pompée.
* Reine universelle des Arts, loc. cit.
3 « Les artistes de Varsovie ne sont pas en grand nombre (1792), et ils seraient réduits à rien si le roi ne les emplovait pas ,• on peut dire que c'est pour lui seul qu'ils s'y sont établis. > (Fortia de Piles, Voyaye de deum Français en Allemagne, Danemark, Suède, Russie et Pologne, 1790-92,' 5 vol. in-8». Par» 1796 ; t; V, p. 08).
un plafond représentant le char de l'Aurore, et revint en France en 1804'.
« M. Norblin, dit Fortia de Piles qui l'a connu à Varsovie, fait des gouaches et des dessins charmants ; il a beaucoup d'imagination et ses ouvrages présentent souvent une multitude de figures, qui toutes ont leur caractère et leur expression ; on y retrouve le feu de son maître ; c'est un homme d'un vrai talent dans son genre. M. Niemskivitch possède de lui un dessin représentant la fameuse séance du 3 mai 1791 ; c'est un morceau achevé •.
Korblin a gravé à Varsovie plusieurs estampes: en 1774, Alexandre et Apelles de Dietricy, et le portrait de Sobieski.
JEUFFROY (RoMAïK-VmGBNT), graveur «a pierre* fine», né à Rouen «n 17A4,
mort en septembre 1820. — Après que Guay eut cessé de travailler, M. d'Angiviller essaya de faire revivre la gravure sur pierre. Il décida par ses promesses Jeuffroy à s'y livrer, mais il ne tint pas ses engagements. Alors Jeuffroy s'en alla à Rome, puis à Naples ; il y passa dix ans pendant lesquels il produisit beaucoup d'ouvrages, soit en creux, soit en relief, dont plusieurs sont actuellement au cabinet de la Bibliothèque nationale; ils viennent de M. de Glermont d'Amboise, ambassadeur de Franee à Naples, qui était son protecteur et pour lequel il travailla beaucoup. De retour à Paris, il grava quelques portraits qui lui firent de la réputation, mais manquant de travaux, il accepta les propositions du dernier roi de Pologne et alla s'établir à Varsovie, en 1790.
« M. JofFroy, dit Fortia de Piles, Français, attaché au roi, graveur en pierres, a du talent surtout pour Vinlaglio. Le maréchal Potocki possède le portrait du roi Stanislas Poniatowski, sur une cornaline, très-bon ouvrage. Cet artiste a une très-grande opinion de son talent, et il est fort porté à rabaisser tout ce qui n'est pas de lui ; on ne peut que lui souhaiter de parvenir un jour au point oii il se croit déjà ». »
Après son retour à Paris, Jeuffroy fut nommé membre de l'Institut en 1803. — Parmi ses portraits on cite ceux du roi de Pologne, du prince Lubomirski et de la reine de Naples, femme de Joseph4.
LE BRUN (Aîstoré?), sculpteur (voir page 233). — « M. Le Brunf sculpteur français élève de Pigalle •, attaché au roi depuis bien des années.
1 Notice extraite du Catalogue des estampes qui composent l'œuvre de /.-P. Norhlin* 1848, in-8», Paris.
* Rapport sur les Beaux-Arts adressé à Napoléon I*r par la 4- classe de l'Institut.
5 C'est Pigalle qui avait désigné Lo Brun a Madame Geoffrin, pour l'envoyer au roi de Pologne.
Nous avons vu chez cet artiste deux statues pour le prince, presque terminées: le Silence et la Prudence. Il travaillait aussi à quatre cariatides colossales, qui doivent soutenir deux cheminées que S. M. fera construire à Lagenki, sur lesquelles seront l'Apollon du Belvédère et l'Hercule Farnèse. M. Le Brun a fait une Bacchante et le Faune de la tribune pour la façade du château de Lagenki; il a exécuté en plâtre un Quos ego, demi-figure en bas-relief, de proportion colossale, qui nous a paru fort beau et d'un grand genre : il seroit à désirer que ce morceau fût exécuté en marbre ; il le mérite. Cet artiste joint à un talent très-estimable une grande modestie et beaucoup de complaisance; nous en parlons par expérience. Son atelier est au château,... et le roi passe rarement deux jours sans le visiter *. » — On voit au musée de l'Ermitage un buste en marbre de l'impératrice Marie-Féodorovna, sculpté par Le Brun.
TARDIEU (Pibrre-Albxandbb), graveur. — En 1792, Alexandre Tardieu a gravé un fort joli portrait de Stanislas-Auguste, roi de Pologne, sans indiquer d'après quel peintre ; l'estampe contient quatre vers signés François , peintre; c'est peut-être l'auteur du portrait.
PERCIER, architecte (voir page 377). — Percier a fait le dessin et les plans d'une petite église gothique pour un prince de Pologne *.
GÉRARD (voir page 155). — Il a peint le portrait de la comtesse Zamoiska, gravé par Dickinson et P. Adam.
FROMEIfT-MEURICE (Frànçois-Désiré), orfèvre (voir page 156). — Fro-
mentrMeurice est l'auteur d'un ciboire offert par madame la comtesse de Preziecka à une église de Varsovie.
Ce ciboire est en argent, partie bruni, partie doré; il est orné de versets de la Bible et de l'Évangile gravés sur des plaques émaillées ; des pierres fines, des camées sont distribués sur le calice, dont le bouton est formé d'une boule de cristal de roche surmontée d'une croix *.
FRAIfCESCHI (Jules), sculpteur, né à Bar-sur-Aube le 12 novembre 1829.
Elève de Rude. — Il a exposé au salon de 1864 le modèle de la statue de la Foi pour le tombeau de la famille Michel Tysykiewiecz, en Pologne.
1 Fortia de Piles, t. V, p. 68.
1 Raoul Rochette, Notice, p. 51.
3 Renseignements particuliers.