ARTISTKS FRANÇAIS EN PORTUGAL SOUS JEAN V
« Après la mort du roi Sébastien, les arts tombèrent en décadence.
1 Raczynski, Dictionnaire, p. 207.
1 Raczynski, Lettres, p. 331. — Dictionnaire, p. 252-3.
3 Raczynski, Dictionnaire, p. 2Î)3.
4 Mémoires sur les membres de V Académie royale de peinture et de sculpture, t. I, p, 312.
5 Mémoires sur les membres de V Académie royale de peinture et de sculpture, t. 11, p. 160» 163.
6 L'abbé Fontenai.
7 Raczynski, Dictionnaire, p. 39. — D'Argens. p. 396.
536 LES ARTISTES FRANÇAIS A i/ÉTRANGER
Ce fut seulement après la paix dTJtrecht, en 1715, que le rqi Don Jean V put songer à les ranimer et à protéger les sciences. En 17î0, il créa l'Académie royale d'histoire; en 1725, il fonda à Sétubal celle de géométrie. Ces institutions ayant besoin de gravetfrs, quelques étrangers furent appelés en Portugal par l'intermédiaire de Don Jean da Silva, comte de Tarouca, ambassadeur à La Haye '. »
Les artistes français qui vinrent alors sont : Debrie, de Grandpré, Ch. de Rochefort, Quillard, Rousseau, Michel le Bouteux et Louis Simoneau, tous graveurs. Ils firent de nombreux élèves à Lisbonne, et en 1769, on ouvrit dans cette ville une école de gravure, attachée à l'Imprimerie royale et placée sous la direction de Joachim Garneiro da Silva, artiste de grande valeur, né à Porto en 17Î7, qui était venu se perfectionner dans l'art de la gravure à Paris *. Il est sorti de cette école un grand nombre d'artistes distingués.
DEBRIE * (Gabriel-FrançOzb-Loi'is), dessinateur et graveur. Elève de B. Pi-
^rt. — « h laissa, dit Nagler, peu de gravures, mais se fit connaître surtout comme dessinateur. Ses dessins, qui consistent en sujets historiques, se trouvent dans les cabinets d'amateurs. »
Raczynski nous apprend au contraire qu'il a fait beaucoup de planches pour l'Histoire généalogique, et qu'il a gravé deux portraits d'après Ranc, ceux du roi Jean V et de la reine Marie-Anne- Victoire 4.
DE GRANDPRÉ, graveur. — De Grandpré est un des Français qui ont travaillé en Portugal sous le règne de Jean V. Dans la Géographie historique, il y a des gravures de cet artiste, faites à Lisbonne en 1729 et 1734 5.
ROCHEFORT (Charles db), dessinateur et graveur, né en France en 1673, mort
à Lisbonne. — Après avoir gravé en France un assez grand nombre de pièces d'après Ghereau, Gillot, Watteau, Girard et De la Monce*, il se rendit à Lisbonne. Il y a gravé le baptême de Don Jean V 7.
QUILLARD (Pierre- Antoine), peintre et graveur, né à Paris, mort à Lisbonne en 1733, à la fleur de son fige. Il fut élève de Watteau, dont il suivit la
manière. — « Dès l'âge de onze ans, il dessinoit si parfaitement, que le cardinal de Fleury ayant présenté quelques-uns de ses ouvrages au roi Louis XV, ce prince lui donna une pension de 200 livres. Dans la
1 Raczyn^lvi, Dictionnaire, p. 30.
* Raczynski, Dictionnaire, p. 41.
J Son nom est Debrie et non pas Dcbrié ; voir uu portrait de Clément Marol. 1727. gra\é par lui. (Cabinet des crampes).
4 Raczynski, Dictionnaire, p. '.V.K 3 Raczynski, Dictionnaire, p. 125.
6 Voir Naffler. qui l'appelle P. de Rocheford.
7 Raczynski, Dictionnaire, p. 39, 247.
suite il fit connoissance avec un médecin suisse, nommé Merveilleux, qui avott entrepris d'écrfire l'histoire naturelle du Portugal et qui l'engagea à passer avec lui dans ce royaume pour en dessiner les plantes, les arbres, etc. Arrivé à Lisbonne, il présenta un tableau de sa main au roi, qui en fut si charmé, qu'il le fit peintre de la cour et dessinateur de l'Académie établie dans cette ville, avec une pension de 80 piastres par mois '. Les principaux ouvrages que ce peintre a faits à Lisbonne sont les plafonds de l'appartement de la reine, et plusieurs tableaux dans le palais du duc de Cadaval *. Il a gravé, d'après ses dessins, la pompe funèbre du duc Nuno Olivarès Pereira, et toutes les planches qu'on voit dans le livre qui en donne la description, lequel a paru à Lisbonne en 1730, in-folio *. »
ROUSSEAU, graveur. — Rousseau vint en Portugal vers 1734 et y exerça son art sous Jean V \
LE DOUTEUX (Miguel), architecte et graveur. — Il fut l'un des artistes
français qui vinrent en Portugal, au temps de Jean Vf et y ranimèrent les arts ; en 1 736, il fit une carte de l'Ile de Malte, pour les mémoires de Malte, et la signa : Michael le Bouteux, architectus régis, sculpsit, 1736. Il a gravé aussi la façade de Mafra, en 1752 ".
SIMOÏTEAU (Louis), graveur. — Il a travaillé en Portugal sous Jean V. On voit des gravures signées de lui dans la Géographie historique, 1784; dans les Antiquités de Braga, 1738; dans la Vie du P. Vierra, par André de Barros, 1746 •.
LE BAS (Jacques-Philippe), graveur, né à Paris en 1708, mort en 1782. Elève de N. Tardieu. — En 1757, Le Bas a gravé à Paris, d'après les dessins faits sur les lieux par Paris et Pedegache, le recueil des plus belles fuines de Lisbonne . causées par le tremblement de terre du 1er novembre 1755 et par le feu; l'ouvrage se compose de 6 planches : la tour de Saint-Roch, l'église de Saint-Paul, la basilique de Sainte-Marie, le théâtre de l'Opéra, l'église de Saint-Nicolas, la place du Patriarchat.
PILLEMENT (Jean) (voir page 154). — Il a fait plusieurs séjours en Portugal, et y a laissé beaucoup d'ouvrages à l'huile et au pastel,
1 II avait 60,000 réis par mois, soit 4,500 (r. par an. (Kaczynski.) 1 II a peint aussi des portraits, des /estas galantes, dans le genre de Watteau ; il peignit aussi plusieurs carrosses de la cour. — On lui doit encore la gravure d'un vaisseau lance à la mer en 1727 ; Jean V, entouré de beaucoup de monde, y est re-
Srésenté sur le pont. Cette estampe, dédiée à Jean V, est exécutée dans la manière e Leclerc. Il a gravé un saint Luc pour les patentes de la confrérie de saint Luc. Raczynski, Dictionnaire, p. 39, 238 ; Lettres, p. 326.
3 L'abbé Fontenai, Dictionnaire des artiste*.
4 Raczynski, Dictionnaire, p. 253.
* Raczynski, Dictionnaire, p. 30 et 39.
• Raczynski, Dictionnaire, p. 276.
ainsi que des paysages à l'huile et à la gouache, qui se trouvent aujourd'hui dans des collections particulières. Pillement est verni à Lisbonne pour la dernière fois en 1780; il y a formé de nombreux élèves, entre autres Joachim da Costa et Joachim Mellisent '.
Mademoiselle LOUVE TE. — Mademoiselle Louve te, nièce de Pillement, a fait en Portugal beaucoup de portraits en miniature ; elle gravait aussi à Teau-forte *.
VANLOO (Loum-Mighbl) (voir page 282). — Louis-Michel Vanloo fil en 1767 le portrait du marquis de Pombal, premier ministre de Portugal ; le fond du tableau est de Joseph Vernet. Le marquis de Pombal est représenté assis dans un fauteuil au bord de la mer que traversent plusieurs vaisseaux. Ce tableau a été gravé par Beauvarlet, et l'estampe exposée en 1 773 ; elle porte les inscriptions suivantes : L. Vanloo et J. Vernet, piaxer., 1767; A.-J. Padraoet J.-S. Carpinettus delin.; J. Beauvarlet sculps., 1772. Cette estampe est grand in-folio et très-rare 8.
GERMAIN (Thomas), orfèvre (voir page 183). — En 1732, il fit une toilette pour la princesse du Brésil. — En 1744, le roi de Portugal lui fit faire une chapelle « consistant en une croix de 9 pieds 6 pouces de hauteur, et sept chandeliers d'argent doré, proportionnés à la grandeur de la croix, qui a plu à tous les connoisseurs, le tout pesant 2000 marcs ou environ, d'une forme toute nouvelle et dans le goût romain, comme M. Germain en avoit fait à Rome *. » Enfin, on lit dans les Mémoires du duc de Luynes 5 : « Le mercredi 17 mai, Germain, fameux orfèvre de Paris, fit voir au Roi et à la Reine un coquemar et une cuvette d'argent qu'il a faits pour Tapothicairerie du roi de Portugal. Il y a à ces deux pièces *50 marcs d'argent, et elles sont de la plus grande beauté ; la façon seule, sans compter les frais de l'étui et du transport, coûtera plus de 20,000 livres ; elles doivent être embarquées incessamment sur un vaisseau portugais, qui les attend à Marseille. C'est la vingt-quatrième ou vingt-cinquième pièce faite à Paris, tant par le père de Germain que par lui, pour ce prince. Les ornements du coquemar sont la figure d'Esculape, dont le couvercle fait le bonnet ; ceux de la cuvette, qui a un faux fond percé à jour, sont à un bout une cigogne, et à l'autre bout un coq, et les armes du roi de Portugal en relief devant et derrière. »
1 Raczynski, Dictionnaire, p. 232. Lettres, p. 286, 385.
* Raczynski.
8 Stimmel.
4 Mercure de France, 1744, juin, p. 1451.
* Au 22 mai 1752, t. XII, p. 17.
AUGUSTE, père et fils, orfèvres1. — On lit dans la Gazette de France, à la date du 13 février 1785 : a Les sieurs Auguste, père et fils, orfèvres ordinaires du Roi, ont eu le 2 de ce mois rhonneur de présenter au Roi, à la Reine et à la famille royale, une superbe toilette en vermeil * qu'ils ont été chargés d'exécuter pour la cour de Portugal. Leurs Majestés * ont daigné témoigner à ces deux artistes leur satisfaction de cet ouvrage qui est encore plus particulièrement précieux par la richesse de sa composition, la pureté des formes, le goût et le fini qui régnent dans son exécution et qui justifient les connoissances du comte de Souza, ambassadeur de la cour de Portugal en cette cour, par le choix qu'il a fait des sieurs Auguste. »
DE LA RIVA (Nicolas-Louis- Albert), peintre, ce à Lille en 1755 ; mort à Lisbonne en 1818. Elève de Heinsius et de Casanova. — De la Riva, peintre de
portraits, de batailles, de bambochades, de paysages et d'aaimaux, vint en 1792 à Lisbonne ; cinq ans après il alla en Espagne, mais en 1800, il revint à Lisbonne où il a peint un grand nombre de portraits 4.
DUFOURCQ, peintre de paysages. — Cet artiste de mérite a fait beaucoup de tableaux et d'aquarelles 5.
RAMBQIS, architecte, dessinateur et peintre, né vers 1816. — a M. Rambois
est attaché au théâtre de Saint-Charles, comme peintre de décorations, et comme tel, il déploie un talent très-distingué. Il fait ces ouvrages en commun avec M. Cinati, architecte italien, dessinateur et peintre, âgé de près de trente-cinq ans. Ces messieurs dirigent aussi les travaux architectoniques et décoratifs de l'hôtel du duc de Pa}mella du largo do Calhariz. Depuis 1844, ils dirigent aussi conjointement avec M. Silva, architecte de la cour, les travaux d'embellissements qui s'exécutent au palais de Necessidades 6. »
MANUFACTURE DE SEVRES.
L'Empereur a donné au roi de Portugal : en 1856, deux vases-œuf, fond rouge, avec figures représentant les célébrités des xvi° et xvii0 siècles, et peintes par Julienne ; — en 1867, deux vases-œuf, fond
1 Auguste père, mort en ventôse an XIII (1805), avait pour dessinateur, Jean-Guillaume Moi t te, sculpteur, élève de Pigalle et de Lemoyne. Auguste se l'attacha en 1773, après son retour de Rome. Moitte fit pour Auguste les plus beaux dessina, et exerça une grande action sur l'orfèvrerie de ce temps (Revue universelle des arts, vlil, 421) .
* La toilette était faite pour la reine de Portugal.
3 Auguste père était l'orfèvre préféré de Marie- Antoinette.
* Raczynski, Dictionnaire, p. 245.
* Raczynski, Dictionnaire, p. 74, 75. — Lettres, p. 96. 6 Raczynski, Dictionnaire, p. 239, 275.
bleu, sur lesquels étaient peints l'enlèvement de Déjanire et l'éducation d'Achille, par M11* Durand;— en 1868, deux vases-balustre, fond sous-couverte, décorés d'oiseaux et de fleurs en pâte d'application, par Gélt; — en 1874, le Gouvernement français a donné au roi de Portugal un vase étrusque à rouleau, décoré de fleurs peintes par Cabbau.
CAXMELS (Anatolb-Gélestin) sculpteur, né à Paris le 25 mars 1822; élève de Bosio, Pradier et Blondel; grand prix de 1830. — Le Portugal lui doit deux
monuments : 1° la statue équestre de Don Pedro IV, père de Dona Maria, érigée à Porto, en 1866; — 2° toute la décoration sculpturale de Tare de triomphe élevé sur la place du Commerce à Lisbonne et terminé en 1872. Cet arc de triomphe est couronné par un groupe colossal représentant la Gloire qui récompense la Valeur et le Génie. La Gloire debout sur un trône a les bras étendus et tient dans chaque main une couronne qu'elle va donner à la Valeur et au Génie assis à ses pieds sur les degrés du trône1.
CAXLTAT (Armand), orfèvre (voir page 158). — En 1865, il a fait des
burettes en argent fort riche pour le patriarche de Lisbonne.
ROBERT (Louis- Valentin-Elias), sculpteur (voir page 253), et DAYIOCD (Gabriel-François- Antoine) , architecte, né à Paris le 20 octobre 1814. —
MM. Robert et Davioud ont obtenu, en 1865, le premier prix dans le concours international ouvert par le gouvernement portugais pour l'érection sur une des places de Lisbonne, d'un monument à élever à Don Pedro IV. Il n'y avait pas moins de 85 projets présentés, dont 38 par des artistes français ". » La statue de Don Pedro, en bronze, fondue chez Barbedienne, a été terminée en 1868*.
LEQUESTTO (Eugène-Louis), sculpteur, né à Paris le 15 février 1815. Elève de
Pradier. — Il a exposé au salon de 1868, le buste du vicomte de Païva, ambassadeur de Portugal.
LAYRAUD et TONY DE RERGUE, peintres. — MM. Layraud et Tony de Bergue résidaient à Lisbonne en 1874 et y peignaient des portraits. Le premier, grand prix de Rome, avait fait les portraits du roi et de la famille royale.
Après l'exposition de 1867, le Portugal se décida à réorganiser l'étude des Beaux-Arts ; une société se forma pour établir une ex-
1 Journal des Débats du 19 novembre 1872.
3 Chronique d$s Beaux-Arts et de la Curiosité, 1865, p. 158.
» Idem, 1808,
position annuelle, et l'Académie de Lisbonne dut envoyer ses meilleurs élèves à Paris, à l'Ecole des Beaux-Arts, pour compléter leur instruction. C'est ce qui se fait actuellement.