‹ Les artistes français à l'étrangerChapitre 38 sur 202 · ÉLECTORAT DE COLOGNE · texte numérisé non relu

ÉLECTORAT DE COLOGNE

Cathédrale de Cologne (voir pages 9 et in).

BRUAND (Jacques), arcbitecte, mort avant 1675. — Jacques Bruand fit le

înodèle d'une maison que Jabach (Evrard) voulait faire bâtir à Cologne; elle a été gravée par Marot et insérée dans son ouvrage ayant pour titre : Bâtiments, etc., in-4°. Cette maison du célèbre amateur est évidemment le Jabacbischebaus dont il est question dans l'article suivant.

1 Notice par Desains, dans le Journal de la Société libre des beawa-arts.

LEBRUN (Charlu), peintre d'initoirs. ai à >trU la U Mvrier Ht*, Bart e Piri» le 11 février 1SB0. filtre de Vouet.— > Je me rendis dans la maison appelée Jabachischehaus, pour y voir le grand portrait defatnllle de catle malson, peint par Lebrun; ce tableau occupe tout lefoid d'une chambre assez grande; c'est un vrai chef-d'œuvre. Le vieux Jabach, qui fat, à ce qu'il parait, un amateur des arts, y est représenté assis dans un fauteuil et montrant de la main le buste de Minerve, ainsi que plusieurs autres attributs des Arts épars ça et là. Sa femme, vêtue de ses plus beaux habillements, est assise a sa gaucbe ; elle tient dans ses bras un enfant à la mamelle qui repose sur un coussin de velours rouge ; la vie respire dans tous les traits de cet enfant. La mère a prés d'elle sa Aile, âgée de dix ans, dont la contenance et la pâleur annoncent qu'elle n'est pas en bonne santé ; à sa droite est une autre Mlle un peu plus jeune, sur le visage de laquelle brillent la joie et la. contentement. Un petit garçon de quatre ans, placé sur le plan inférieur, s'agite sur un cheval de bois et semble regarder d'un air curieux ce qui se passe dans la chambre. Le peintre Lebrun est assis dans l'enfoncement devant son chevalet ; il a la tête tournée de côté et est occupé à peindre. L'ensemble de ce tableau est du meilleur effet; la beauté du coloris, l'expression des figures, leur distribulion, la vérité des draperies, tout y est frappent, tout y Intéresse '. *

Ce beau tableau est aujourd'hui au musée de Berlin.

BOURDON (Sbfi*tibm), peintre dTiUloiw ' ' 1er en

tïts, mon «Péris le s mai i67i. — > Bourdon binet

pour M. Jabach, chacun de S pieds de le ; l'un

représente l'entrée de J.-C. en Hierusa ment

de croix. On y voit la fécondité de son trai-

tés si fréquemment, et. on y trouve un ntde

paysages, où il n'excellait pas moins que dans les autres parties de la peinture. Ensuite par l'entremise de M. Jabach, il fit pour la ville de Cologne un tableau de 1 3 pieds de hauteur sur 8 de largeur, et y représenta, comme dans le temps de la Passion, les bourreaux qui viennent d'attacher le Sauveur à la croix, la lèvent pour la planter. . Il fit encore pour la ville de Cologne un tableau de 10 pieds de. haut sur î pieds de large, représentant un miracle rapporté dans la Vie de Saint-Martin qui ressuscite un jeune homme en présence de beaucoup de spectateurs dont la surprise est exprimée en différentes manières ', »

ROBERT SE COTTE, erchiteete (voit page 147) . — Bobert de Cotte a été employé pendant plusieurs années aux bâtiments de l'électeur de

ît.Dèe 1704, l'Électeur était en correspondance

église qu'il faisait construire à Bonn; il lui

ir lequel Robert de Cotte lit ses observations.

it, allié de Louis XIV, fut chassé de ses Etats

t la guerre de la succession d'Espagne, il vint à

ur les arts et les bâtiments se développa à la

vue des beaux palais de France. Il s'entendit avec le célèbre architecte

auquel il avait donné toute sa confiance ; il lui Ht faire des plans ; il

discuta des projets et se prépara à faire construire de nombreux bâti- '

ments lorsqu'il serait de retour dans son électoral.

A ce moment, commence une longue correspondance (conservée au Cabinet des estampes) entre l'Électeur et Robert de Cotte, qui dirige de Paris les immenses constructions de l'Électeur. Robert de Cotte lui envoie les dessins, plans, profils et élévations des bâtiments; des mémoires ; des réponses à ses objections; il résout les « terribles querelles» qui s'élèvent entre le prince et ses courtisans sur des questions de décoration ou d'architecture '. Une colonie d'artistes est envoyée de Paris à Cologne pour exécuter ces grands travaux, et tous reçoivent l'impulsion de Robert de Cotte.

Voici un fragment de celte correspondance si curieuse ; il constate la haute réputation de l'artiste et la politesse extrême du prince envers lui :

2S décembre 1714. « On ne peut trop admirer, Monsieur, votre heureux génie et la facilité que vous avez à trouver sans hési 1er les plus belles choses du monde. Je suis charmé des magnifiques dessins que vous nt de diligence, et je vous assure que

l'onn le que je le suis aux grandes honnêtetés

que\ ute rencontre.... o

Le nnonce à de Cotte que tous les ouvriers

quitr ontordredese servir du pied de France,

et qu rte de son palais une verge de fer, lon-

gue d'une toise, pour qu'ils se règlent là-dessus. Dorénavant toutes les dimensions qu'on enverra à de Cotte seront en mesures françaises, et on pourra mieux s'entendre.

Robert de Cotte a fait les plans et dirigé les travaux du palais de Bonn, du palais de Brùhl *, du Buen-Retiro de Bonn, du château de Popelsdorf et de sa chapelle, du château de Gudesberg et de l'église du séminaire archiépiscopal de Cologne, à Bonn.

Les travaux de Bonn comprennent les bâtiments du palais et de la chapelle, son maître-autel, les bâtiments du Buen-Retiro, les jardins, les fontaines, le potager, une ménagerie pour les volatiles, des étangs

' C'est le résident de l'Électeur à Paris, M. do Waldor. ■jui était chargé de s'entendre avec de Cotte pour toutes les affaires de son maîlrc.

■ Le château de lirùhl a été restauré en 1845 par le roi de Prusse.

pour le poisson, les écuries, un grand bassin pour placer à l'abri des vents et des glaces les frégates et les chaloupes destinées à la navigation du Rhin. Le Cabinet des estampes possède un grand nombre de dessins de Robert de Cotte faits pour les travaux de Bonn *. Ces dessins consistent en plans, élévations, façades, coupes, dessins de cheminées, de panneaux et d'intérieurs ; ces derniers sont du goût le plus pur et le plus charmant *.

Nous avons déjà dit que plusieurs Français se rendirent à Cologne pour exécuter les plans de Robert de Cotte; ces artistes sont Benoit de Fortier etHauberat, architectes. Les peintres Vernansal, La Roque et Vivien, le sculpteur Rousseau travaillèrent aussi pour l'Électeur. Ce prince fit faire à Paris, également sous la direction de Robert de Cotte, une grande partie des ornements de ses palais. Nous trouvons dans la volumineuse correspondance de l'Électeur, que Vassé et Desjardins firent des bronzes pour les cheminées ; que Raon fit les modèles de la cheminée d'une salle d'audience ; que André Boulle * fit deux commodes ; le marbrier Tarlé \ six cheminées et douze tables. Plus tard, l'Électeur demande deux cheminées de marbre pour sa bibliothèque et pour le cabinet des glaces, avec leurs ornements en bronze doré. En 1717, Robert de Cotte fait faire les modèles en cire des ornements d'argent pour la cheminée de la salle d'audience (du palais de Bonn (?) ; on devait exécuter ces ornements en Allemagne à meilleur marché que chez Ballin, par qui de Cotte voulait les faire faire. L'Électeur songeait dès lors à l'économie ; il était ruiné par ses énormes dépenses ; il l'écrivait à de Cotte, le 4 décembre 1717, et le priait de tâcher de le tirer d'affaire. « Mes finances, disait le prince à son architecte, étant effroyablement dérangées par l'opiniâtreté et les mauvaises intentions de mes États, en haine de mon alliance avec le feu roi très-chrétien, de très-glorieuse mémoire, qui leur tient toujours si fort à cœur, que je n'en puis tirer aucun secours. Si sans me commettre vous trouviez l'occasion de le faire connaître à M. le duc d'An tin....»

BENOIT DE FORTIER, architecte. — Benoit de Fortier fut désigné par Robert de Cotte, en février 1715, pour aller à Bonn conduire les bâ-

1 Ces dessins sont au nombre de 41 (voir l'inventaire des dessins de R. de Cotte, cité p. 148).

1 On les trouve dans un volume in-folio du Cabinet des estampes, intitulé : Palais de Bonn (H. a. 18 c.). — On trouve aussi trois intérieurs de Brûhl (n°« 125, 172, 174), au Cabinet des estampes, Topographie-Cologne. — Pour les autres bâtiments faits pour l'Électeur, le Cabinet des estampes possède 19 autres dessins de Robert de Cotte (voir l'inventaire).

3 Mort en 1732.

4 Claude-Félix Tarlé, marbrier du Roi et contrôleur général de la marbrerie ; mort à Paris, aux Tuileries, le 5 juin 1735, à 69 ans. Il avait conduit et QZ,écuté plusieurs ouvrages considérables à Versailles et à Marly.

timents de l'Électeur * ; en août, il était auprès de ce' prince qui le faisait travailler * jour et nuit' ». Forlier prenait le titre d'architecte de l'Électeur, et faisait exécuter les travaux du palais de Bonn sur lei dessins de Robert de Cotte, et aussi d'après les caprices de Joseph- Clément. On trouve dans une lettre de Fortier à de Cotte ', de bien singuliers détails sur € la vivacité de l'esprit ■ du Sérénissime prince 'Électeur avait commandé a, Forlier

< Robert de Cotte fussent terminés îs de Fortier, il avait fallu qu'il comvement des plans ; les plans de Ho- ; les fondations n'étant pas d'accord oodiBer les dessins. Fortier disait :

vre exactement les ordres que vous

< pariy de Paris, et à m'acquitter de . S. É. ne s'estoit réservé de vous

ons, sans me les avoir entièrement comités la suite de ces difficultés que Benoit i l'Électeur; en juillet 1716, il fut remte nommé Hauberat.

[auberat arriva à Bonn, en juillet 1716 *; c'était Robert de Cotte qui l'avait envoyé à l'Électeur et qui le dirigeait de Paris. « Je sçay, Monsieur, écrivait l'Électeur à de Cotte », que mon architecte Hauberat vous informe de temps en temps de Testât de mes basliments, et reçoit vos avis sur ce qu'il a l'honneur de vous communiquer. « En 4711, Hauberat fut nommé intendant des bâtiments de S. A. É.et conseiller à la Cour des finances.

YERNANSAL 'Loms-Ginr di), peintre, né & Fontainebleau )• » Juillet INI, mort la ti avril 171V*. Elève de Lebrun. — En 171b, Voraansal fut chargé de faire le dessin de la décoration du plafond de la galerie du palais de Bonn. « Au reste, Monsieur, écrivait l'Électeur à Robert de Cotte, j'ay reçu le dessin de M. de Vernansal pour te plafond de ma galerie; je le trouve magnifique et très-bien pensé, et il ne s'agit maintenant que de l'exécution*. ■> L'Électeur paya le dessin 1,700 livres •, mais nous ne savons s'il a été exécuté.

LA ROQUE, peintre. — La Roque est désigné comme peintre de

' Lettre du 1S février 1716.

' Lettradu 23 août 1713 ; l'Électeur à de Cotte.

' Du Ul octobre 1719.

1 Lettre de l'Électeur du 1S juillet.

■' La H juin 1717,

' Bulletin dm comité de la langue, de fkùtoire et des art, dt la Prmtu*. i. II. 1855, p. 266.

' 25 février 1716.

» Lettre du G mai 1716.

-l'électeur de Cologne dans une lettre du 30 octobre 17(7; il devait faire les peintures du Buen-Retiro. Ce sont les seuls renseignements que l'on trouve sur cet artiste dans les papiers de Robert de Cotte.

ROUSSEAU, sculpteur1. — Rousseau était occupé à Bonn en 1717*;

il exécutait à cette époque, chez lo comte de Saint-Maurice, un fronton et buit consoles sous un grand balcon. Il fut aussi employé par l'Électeur à sculpter les frises de quelques plafonds.

VIVIEN fJoiBPs), pcintr» de portrtiU (i premier peintre du cabinet de l'électt portrait de l'électeur Joseph-Clément, et par J.-A. Zimmerman. L'Électeur 1 tait pour ses peintures. Dans une lettr seph-Clément lui disait : « Mon cher i peintres italiens pour peindre mes g

bout ; mais comme dans la plupart de leurs ordonnances, il y a plus de bizarrerie que de bon goût, vous me ferez plaisir de conférer là-dessus avec M. de Cotte, en luy rendant la letlro cy-jointe, et de voir ensemble si l'on ne pourroit point trouver à Paris quelqu'un qui en voulût faire une idée générale sur les plans et élévations que vous et luy en avez... > Il est plus que probable que Vernansal-fut alors choisi pour faire cette «idée générale» que demandait l'Électeur, et dont nous avons parlé précédemment. En 1719, Vivien alla à Cologne, mais nous ne savons s'il y fit quelques ouvrages. Il mourut en 1735, à Bonn.

GERMAT* (Thomau! , orfèvre, né i Paria en 1673 ; mort à Pari* le il eoOl 1748. — En !7i.'i, il fait pour l'électeur de Cologne, un calice d'or '.

ROETTIERS (Jacqujsb), orfèvre, né en 1707? mort à Péri* 1* 17 mai 17M. — En 1749, il exécuta pour l'électeur de Cologne un grand surtout de table représentant une aventure qui était arrivée à l'Électeur pendant une de ses chasses. * Le Roi, dit le duc de Luynes ', a vu ces joursci un ouvrage du sieur Roetliers, orfèvre fameux, que l'on dit extrêmement digne de curiosité. C'est un très-grand surtout d'argent pour l'électeur de Cologne. L'Électeur a mandé à Roetliers qu'il avait pris un cerf sur la maison d'un paysan, et ne lui a pas marqué d'autre détail; il a dit qu'il désirait que celte chasse fût représentée dans un

1 C'est peut-être Boussesu.

» Lettre de Hauherat a R. do Cotte, du 20 avril 1717.

' Lettre de l'Électeur. 28 lévrier 1719.

< Cette date est indiquée dons le Catalogue de la galerie des antiquités do Heidelberg, cité p. 168.

> Bonn, M mai 1715.

• Mtturt ie F ra-Ki, esplembre Vtlti. — Qatttf AubraujharU. t. XI, p. 119, 128 et 257.

7 Mtmolrti, t, IX, p. 442, au 3 juillet 174».

surtout. Roettiers a composé un dessin admirable. Le milieu du sur-* tout représente la chasse du cerf, autant dans le vrai qu'elle peut être dans un ouvrage d'orfèvrerie ; les deux côtés représentent deux autres chasses *. Le même ouvrier a fait, pour accompagner ce surtout, quatre flambeaux, qui sont quatre chênes parfaitement bien exécutés. Il a dit au Roi que le surtout et les flambeaux étoient du prix de 10,000 écus, seulement pour la matière et le contrôle, et qu'il en demandait 2,000 louis de façon *. »

GERMAIN (Pibrrb-Fiunçois), orfèvre, né en 1722. — « Germain, orfèvre du Roi, dit le duc de Luynes ', fit voir au Roi, à Fontainebleau, le t% ou le 23 octobre, un calice d'or qu'il vient de finir pour l'électeur de Cologne. Il avait été commencé par feu son père. C'est un ouvrage fort cher, qui fait honneur à l'un et à l'autre; il est orné de plusieurs médaillons qui représentent différentes circonstances de la Passion de Notre-Seigneur. Il n'y a d'or que pour 15,W0 livres, mais la façon monte à 35,000 livres. »

Page 1