ÉTATS-UNIS
Les relations les plus étroites et les plus sympathiques s'établirent entre la France et les États-Unis pendant et après la guerre de l'indépendance . Ce fut à la France que les Américains demandèrent les artistes chargés de perpétuer le souvenir des événements et des hommes qui avaient fondé la république des États-Unis.
LE PAON (Louis) ', peintre de batailles, né vers 1738, mort à Paris en 1700,
d'après Nagler. Elève de Casanova. — Le Paon, dessinateur et peintre de batailles, jouissait d'une certaine réputation au siècle passé ; il fut le rival de Casanova : et, si ce dernier a dans ses tableaux plus de feu et plus de vie, Le Paon est plus correct et plus naturel. Il peignit aussi des portraits, et les dessins qu'on a de lui sont exécutés à la plume ou à l'aquarelle. Il a fait le portrait de Washington, gravé par Le Mire. Dans ses dernières années, Le Paon dessina, pour la collection d'estampes que dirigeaient Ponce et Godefroy, quelques-uns des faits de la guerre d'Amérique ■.
G A ri K AUX (Nicolas-Marie), graveur en médailles, né à Paris en 1751, mort le 24 juin 1832. Elève de Delorme et Gros, graveurs sur bijoux. — Gatteaux
a fait, pour l'Amérique, les portraits de Horace Gates, en 1777, et ceux d'Antoine Weyne et de Jean Stewart, en 1779 *.
DUPRÉ, graveur en médailles. Elève de Pajou. — Ce grand et habile artiste
1 C'est ainsi qu'il a signé ses tableaux qui sont au musée de Versailles. On rappelle aussi Jean-Baptiste ; François ; Charles.
* Nagler. — Archives de Vart français, t. I, p. 181. On y trouve ce curieux détail, que Le Paon s'était engagé en 1756 dans les dragons, et s'était môme fait blesser à une bataille, afin de bien en étudier les effets.
* Notice par Miel sur cet artiste.
fit plusieurs belles médailles pour les États-Unis : celle de Paul Jones, en 1779; — celle de Franklin, en 1785 ; — celle du général Green, en 1786.
DUTTVIER (PiSHRB-SncoN-BrajAirift), graveur en médailles (voir page 237). —
Durivier fit, en 1781 , la médaille ordonnée par les États-Unis en l'honneur du chevalier de Flèury, qui s'était distingué à la prise de Stonypoint, en 1779* En 1789, il grava aussi une médaille représentant Washington, et au revers : Evacuation de Boston, 1776.
MOUCHY (Louis-Philippe), sculpteur, né à Paris en 1734, mort en 1801 '. — Mouchy exposa, en 1785, un projet de monument en mémoire de la liberté des États-Unis. Nous ne savons pas si ce projet a été mis à exécution.
HOUDON, sculpteur (voir page tl6). — Houdon venait de terminer sa statue de Voltaire *, lorsque le parlement de Virginie le chargea de faire la statue de Washington. Le parlement ayant pris, en 1784, la résolution d'élever au fondateur de la république un monument de la reconnaissance nationale, le gouverneur de la Virginie, Benjamin Harrison, écrivit à JefTerson, ministre des États-Unis en France, et à Franklin, qui se trouvait encore à Paris, pour les charger du soin de désigner l'artiste qui ferait la statue. Le succès qui avait accueilli à Paris le buste que Houdon avait fait de Franklin, le désignait naturellement au choix de celui-ci, et la statue lui fut immédiatement proposée. Houdon accepta, mais ne voulant pas consentir & faire sa statue d'après un portrait, il demanda à aller aux Etats-Unis pour voir Washington, ce qui fut décidé ; on convint que la statue et le piédestal seraient payés 25,000 livres et que Ton fournirait aux dépenses du voyage et à celles des deux praticiens que Houdon emmenait avec lui. Houdon s'embarqua au Havre avec Franklin le 22 juillet 1785 ; ils arrivèrent à Pbiladephie le 14 septembre, et le 3 octobre il était à Mountr-Vernon,, auprès de Washington ; il passa quinze jours avec le général, fit ses études et revint aussitôt en France ; nous savons qu'il était déjà de retour le 4 janvier 1786 *. Il avait rapporté avec lui un moule de la figure de son modèle ; aussi fit-il d'abord un buste excellent, où Washington est représenté avec sa coiffure ordinaire, c'est-à-dire avec la queue \ Le buste de Wa-
* Nagler.
* Nous extrayons tout ce qui est relatif à Houdon de la notice sur cet artiste, rédi-
gée par MM. A. de Montaiglon et G. Duplessis, et imprimée dans le 1" volume de i Émue universelle de$ arts.
3 Par une lettre de Jefferson. Bâcha umont n'a enregistré le retour do Houdon qu'à la date du 25 janvier 1 1. XXXI, p. 63.
4 16 décembre 1786. M. Houdon commence à montrer aux amateurs le buste du général Washington. (Journal de BackammotU, t. XXXIII» p. 274.) — Il en reparle le 27 Janvier 1787. ' r
shington eut le plus grand succès, mais de iurmoulage en surmoulage, il est arrivé à quelque chose d'informe. Ce buste a été gravé de profil, par A.-B. Durand, en 1833, et l'estampe est placée en tète de la Vi$ de Washington) par Sparks •• Le buste en marbre de Washington, placé à Versailles, n'est pas une répétition de celui dont nous venons de parler ; c'est une oeuvre faite en Tan x, pour la galerie des consuls aux Tuileries ; elle est plus que médiocre et se sent de la vieillesse de son auteur.
Quand vint le moment d'exécuter la statue, la question du costume fit une grosse difficulté ; on était d'avis de vêtir à l'antique le héros moderne ; mais il répugnait à Washington de se voir ainsi travesti, et il fut décidé que le général américain serait représenté avec son costume moderne. Washington, en uniforme de général, est debout, appuyé d'une main sur le faisceau symbolique des treize Etats-Unis ; de l'autre main il s'appuie sur son épée, et derrière lui est une charrue *. Cette belle statue de marbre fut exposée dans l'atelier de Houdon, en 179î, puis envoyée en Amérique, où elle a été placée dans le capitule de Richmond, capitale de la Virginie. Comme œuvre d'art, cette statue est heureuse ; comme ressemblance, le modèle y est aussi parfaitement représenté qu'un homme vivant le peut être au moyen du marbre '.
En 1781, lé parlement de Virginie décida que deux bustes en marbre de Lafayette seraient exécutés, l'un pour le capitole de Richmond, l'autre pour le corps municipal de Paris. Le buste du général Lafayette, destiné à la \irginie, parut au salon de 1787, en même temps que le buste en plâtre de Washington. Cette même année, Houdon, exposa le buste de Jefferson, ambassadeur des Etats-Unis à Paris, et plus tard président de la république.
MANUFACTURE DE B8AUVAIS.
Les tapisseries de Beauvais étaient fort recherchées au xvm* siècle par les étrangers. En 1793, le gouvernement des Etats-Unis avait vendu au comité de Salut public des blés que la France ne pouvait payer ; l'or manquait, et les Américains refusaient nos assignats. La République en acquitta le prix avec des livraisons du Moniteur et des tapisseries de la manufacture de Beauvais 4.
BOISFREMONT (Chàrlbs Le Bouiahgbr db), petite* de portrait!, né a
1 H existe aussi un médaillon de Washington gravé par Alex, Tardieu d'après Houdon.
* Rapport à l'Empereur, par la quatrième classe de l'Institut, p. 129.
3 Opinion de M. Marshall.
4 Renseignements fournis par M. Dubos, employé à la manufacture de Beauvais et auteur d'une Notice sur cet établissement ; Beauvais, 1834 ; brooh. in-8*.
Rouen le ?2 juin 1773, mort à Paris le 5 mars 1838. — Boisfremoilt était page de la grande écurie du Roi, en 1792 ; obligé en 1793 de s'enrôler comme matelot, il arriva à New- York après avoir déserté son bord. Il se fit apprenti chez un peintre de voitures, s'exerça à peindre avec les pinceaux et les couleurs de son patron, triompha de toutes les difficultés qu'il avait à vaincre, se mit à faire des portraits et réussit. Il prit le nom italien de Ricardi et fut chargé, par le musée de New- York, d'achever quatre-vingts portraits des personnages célèbres de la guerre d'Amérique, que la mort du peintre Peel avait laissés ébauchés1.
BINON, sculpteur français établi à Boston. — Greenough, le premier sculpteur des Etats-Unis, écrivait de Florence, le 1er décembre 1833* : « La sculpture, quand je quittai ma patrie, en 1825, n'était à ma connaissance pratiquée nulle part dans les Etats-Unis. J'ai appris les premiers rudiments de l'art de modeler* d'un Français nommé Binon,
qui demeurait à Boston » C'est en Italie que Greenough alla se
former *.
GHAZAL (Antoine), peintre d'animaux et de fleurs, né à Paris en 1703, mort en 1854. Elève de Gérard Van Spaendonck et de Bidauld. — Ghazal a fait, en
1840, pour l'école de médecine de Lexington, quarante études de plantes médicinales à l'aquarelle.
DAVID (d'Angers) (voir page 217). — David d'Angers a exécuté la statue en bronze de Jefferson (à Philadelphie) ; — le buste colossal en marbre de Lafayette, placé dans la salle du Sénat des Etats-Unis ; — le buste colossal en marbre de Lafayette et celui de Washington pour M. Manegant ; — le buste colossal en marbre de Fenimore Cooper, qui était placé chez le célèbre romancier, à New-York.
SEBRON (Hippolytb), peintre de tableaux dioramiques et de paysage, né à
Caudebec. Elève de Daguerre. — M. Sebron, l'ancien collaborateur de Daguerre au Diorama, a séjourné six ans en Amérique, de 1849 à 1855, principalement aux Etats-Unis. L'Amérique était alors un pays où le goût des arts était plus que modéré; il fallait qu'un artiste pliât son talent au portrait pour y vivre ; aussi M. Sebron fit-il une soixantaine de portraits, surtout au pastel. M. Sebron peignit, en 1850, une grande vue du Niagara, achetée à New-York pour lord Carlisle et apportée en Angleterre 4.
1 Hellis, Notire historique et critique sur M. Le Boulanger de Boitfïemont, brocb . in-8». Rouen, 1838.
* History of the rite and progress of the arts of design in the United States , by W. Dunlap; t. II, p. 420.
• Raczynski, t. Al.
4 Renseignements particuliers.
ROBERT (Louis- Vaxbwtin-Bllaj?), sculpteur, né* à Etampes le 6 juin 1821, mort à Paris en 1874. Bière de David d* Angers. —• Il a exposé au salon de 1857
quatre groupes de cariatides qui devaient être exécutés en pierre sur la façade de l'Académie de musique de Philadelphie.
GÉRENTE (Alfred), peintre Terrier (voir page 187). — Il a fait plusieurs
verrières pour Philadelphie et Baltimore.
GARRIER-BELLEU8E (Albbrt-Ernest), sculpteur (voir page 248). — H a
exposé au salon de 1861 le buste en terre cuite de miss Rose Finn, de New-York.
FE8QUET (Jolbb), sculpteur, né à Charleval (Bouches-du-RhÔne) le 11 Juillet
1838. Elève de Dantan aîné. — Il a exposé en 1865 la statue en bronze de la ville de New-York.
FROHENT-MEtRIGE (Emile), orfèvre (voir page 157). — En 1866, il a fait pour Madame Heard, un bracelet d'or et un pendant de cou, en diamants. Le dessin du bracelet est de Louis Audouard; le dessin du pendant de cou, en style renaissance, est de Henri Camàre.
En 1867, il a exécuté pour M. Matthews, de New-York, un coffret à bijoux, qui est la répétition des deux qui font partie de la toilette de la duchesse de Parme (1847). Les faces du coffret sont ornées d'émaux en grisailles représentant les portraits en pied de femmes illustres dans l'histoire de France : Jeanne d'Arc, Jeanne' d'Albret, Clémence Isaure, Jeanne Hachette, Anne de Bretagne, Anne de Beaujeu. Quatre pages occupent les angles qui reposent sur deux chimères. Deux anges portent une couronne, sur le sommet du coffret. L'ornementation est formée de guirlandes de roses, de lis et de lierre. — La composition est de Désiré-François Fromknt-Meurice: le dessin de Liénard; les cartons des émaux sont de Jean Feuchâre; les émaux deGRÉvi; les modèles de pages, de Schœneverck. Le travail d'orfèvrerie a été dirigé par Jules Wiese.
CALLIAT (Armand), orfèvre (voir page 158). — Il a fait, en 1866, une crosse en argent pour l'archevêque de New-York; — en 1874-75, une lampe et un ciboire pour N.-D. dlndiana.
PÉRIGIION (Alexis), peintre de portraits, né à Paris le 15 mars 1808. Elève de son père et de Gros. — Il a exposé, en 1867,1e portrait du général Dix, ambassadeur des États-Unis à Paris.
YVOIÏ (Adolphe), peintre, né à Eschwiller (Moselle) en 1817. Elève de Paul De-
laroche. — Il a fait, en 1870, pour M. Stewart, de New-York, un grand tableau intitulé les Etats-Unis d'Amérique. — Les trente-quatre Etats de l'Union sont groupés autour de la figure symbolique de la République américaine donnant la main à la Sagesse. A gauche, les immi-
grants arrivent d'Europe avec leurs instruments de travail. Un des grands fleuves d'Amérique éteint dans son onde la torche de la guerre» et les Prédécesseurs illustres soulèvent la pierre de leur tombe pour saluer le triomphe de la cause à laquelle ils avaient consacré leur vie. A droite, des traces sanglantes représentent le passé; des archanges y précipitent les mauvaises passions. De cette nuit, émergent les noirs que les blancs affranchissent. Les génies de la Paix et du Travail s'ébattent sur un riche tapis couvert de fleurs et de fruits. Enfin, autour de la statue de Washington, des Renommées s'élancent pour proclamer la gloire des États-Unis d'Amérique.
BAETHOLDI (FRtoimo-Auouiîi), soulpteur, né * Colmer le % tout 1814. Bière d« A. Seheffor. — Il a exposé au salon de 1 873 le modèle en plâtre de la statue de Lafayette arrivant en Amérique, offerte par le gouvernement'français à la ville de New-York comme témoignage de gratitude pour le concours sympathique que les États-Unis ont donné à la France en 1871 .
En 1 874, il a exposé au salon les modèles en plâtre des quatre étapes de la Vie chrétienne, qui serviront à décorer le clocher de Brattle street Church, à Boston, église construite par M. Richardson.
PALLAZCDRB (HiwRi-Làow), peintre de fleuri sot porcelaine; hé & Parti en 183t. Hleve et peintre di U nmrafectnn dt Sevrée. — Il a exécuté depuis 1873 de nombreux dessins pour servir à l'impression des porcelaines (vases, services) fabriquées à Limoges par la maison Haviland, dont les dépôts sont à New-York et à Boston.— M. Bracqumont, directeur artistique de la maison depuis Wt, grava les dessins de M. Pallandre.
LOBCf (Nicolai), peintn verrier à Chartree. Elève de Crauk, — M. Lorin a exposé au salon de 1874 le projet à l'aquarelle d'une grande verrière! représentant diverses scènes de la vie de la sainte Vierge et destinée à la cathédrale de New- York, immense monument en style du xiu# siècle et tout en marbre blanc, que construit actuellement M. James Rennwick. En 1875, il achevait cette verrière et une autre représentant le martyre de saint Laurent, pour la même église, et l'archevêque de New-York, en se rendant à Rome, venait les voir dans l'atelier de l'artiste.
HELLER (Florent-Antoine), graveur en médaillée. — * M. Heller réside actuellement à Providence. Il a exposé au salon de 1875 le modèle en plâtre d'une médaille représentant l'Alsace esclave, et faite pour la Société Alsace-Lorraine de New-York, qui Ta offerte à M. Teutsch, député de l'Alsace au Reichstag allemand.
JAGQUEKAJJLT (Juut), graveur a l'eau foite. — Il a gravé une suite de
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médailles, 'en 70 planches, formant l'histoire de l'Amérique par les médailles, et publiée à New-York.
GAIN (Auoustb), sculpteur d'animaux, né à Paria le 16 novembre 1822. Elève de Rude et Guionnet. — Il a exécuté pour la décoration d'une place publique de New-York un groupe représentant un tigre apportant un paon à ses petits. C'est une des plus belles œuvres de l'artiste.
l'art contemporain aux états-unis.
Il existe depuis quelques années, aux Etats-Unis, un mouvement artistique très-sérieux dont il est bon de constater dès aujourd'hui les origines. On travaille activement à New-York et à Boston à fonder une école; on y a établi des musées déjà très-riches; de nombreux amateurs achètent des tableaux, et les artistes se multiplient. Dans ce travail, l'art américain emprunte une partie de ses éléments à l'école anglaise et plus encore à l'école française. Beaucoup de peintres sont élèves de Gros, Couture, Hébert, Gérôme, Gleyre, Gabanel, etc. Le musée de New-York, fondé en 1 869, renferme les œuvres de choix de tous nos maîtres modernes : Delacroix, Decamps, Géricault, Th. Rousseau, Diaz, Jules Dupré, Meissonier, Millet, Fromentin, etc. (Voir page 136.)