‹ Les artistes grenobloisChapitre 8 sur 22 · Justine · texte numérisé non relu

Justine

Revenons à notre artiste. Jacob apparait pour la première fois à Grenoble dans un acte du 9 décembre 1G14 qu'il signe comme témoin, c'est un compromis passé entre Barthélémy et Jacques Chancel frères, fils de feu Barthélémy, du Puits-Saint-Pierre en Briançonnais (2).

Le 2 septembre 1616 il certifie que Pierre Soulda a travaillé au corps de garde joignant l'église Saint-André (3); en 1617, le 20 avril, il est témoin, à Vizille, à un acte notarié, il est dit: « habitant à présent à Vizille » (1). Nous le voyons à Grenoble en 1621, retourne à Vizille en 1622 ; nous le retrouvons à Grenoble en 1625 et en 1630. Le 4 septembre, il achète de Charles de Créqui, duc de Lesdiguières, moyennant une redevance annuelle et perpélueUe, une parcelle de pré, sise à Grenoble, « proche la Trésorerie ». Il fit bùtir, sur le sol albergé, la maison dans kiq elle il passa le restede ses jours. Enl631, Jacques Dupont, concierge du palais de la ville de Metz, mari de Gabrielle de Fornier, prie « Maistre Jacob

(1) Minâtes de M*^ Charbot, f" 257.

(2) ^^linutes de M' Froment, f" 807.

(3) Comptes de J. Mathieu, agent de ^i^' de Lesdiguières. Bibi. de Grenoble, R. 01 jO.

(4) Minutes de M" Moret, f° 5.

Richier, maistre sculpteur de Saint-Mihiel en Lorraine, habitant à Grenoble », de vouloir payer pour lui la sonn-ne de 1,500 livres léguée par noble Joachim de Fornier, par son dernier testanaent du 5 décembre 1621, à Gabrielle de Fornier, sa fille ainée. Cette somme fut perçue par Laurence de Moreton, dame de Mérez, femme et héritière de Joacbim de Fornier (1).

Le 29 décembre 1633, noble Louis Baudet confesse devoir ft à Jacob Richier, maistre esculteur, habitant à Vizille, la somme de 600 livres pour cause de prêt fait par ledit Richier » (2).

Le 2 septembre 1637 il est à Grenoble, et signe un acte des minutes de M' Blanc (3).

Le 10 du même mois et de la même année, « Jean Moreau, dit Mistreau, M-' dliôtel de la maison du comte de Sault, permet à Jacob Richier de faire bâtir une petite boutique audevant de sa maison qu'il a hors la porte de Lesguier de ladite ville, et de prendre appuyage sur la muraille de la basse cour dudit Moreau Mistreau » (4).

Le 16 mars 1639, Jean Empereur, de la Mure, cède à M" Jacob Richier, sculpteur, habitant à Grenoble, la somme de 307 livres « à prendre de Zacharie Pasqual, M" auditeur en la Chambre des Comptes » (5).

Nous arrivons à la lui de la carrière de Richier, M. Pilot le fait mourir en 1641, M. Natalis Rondot est plus afïirmatif, il désigne le mois de mars comme époque de son décès,

(ij Minutes de M'' Sibille, f" 278.

(2) Minutes de M" Meyssenc, f° 35.-

(3) Ici , f^ 546.

(4) Minutes de M' Montaigne, f"842.

(5) Minutes de M'' Blanc, P 220.

enfin M. Bauchal (1), d'après Bellier de la Chavignerie, affirme qu'il serait mort à Vizille le 19 mars 1611.

Quoique nous n'ayons pu découvrir l'acte du décès de Richier, il est cerlain qu'il mourut vers la fm de l'année 1639 ou au commencement de janvier 1610, comme nous l'apprend la mention suivante : a Jeanne Chaléon,\QuYQ de feu M" Jacob Richier, vivant sculpteur, habitant à Grenoble » , reçoit, le 25 janvier 1640, la somme de 240 livres pour l'entier paiement des 800 livres que René Terrot, rentier de M. de Sassenage, devait à Richier (2).

Nous nous sommes demandé bien souvent pourquoi on ne trouvait pas les traces de la présence de Jacob Richier dans les actes notariés soit de Vizille, soit de Grenoble, avant 1614. Il nous semble admissible que Jacob ait habité le village Des Diguières en Cliampsaur où Lesdiguièrcs faisait construire, au commencement du xvr siècle, un immense château ; ne serait-ce pas là (jue notre artiste sculpta les tombeaux de Claudine de Bérenger, femme du maréchal, et celui deLesdiguières lui-môme ? (8).

(1) Nouveau dictionnaire Biographique des Architectes français, Paris, 1887, p. 504.

(2) Minutes de M' Montaigne, f" 75.

(3) Nous ne savons sur quel document s'appuie M. Dominique de Rochas quand il nous dit : « Richier employa six ans à ce travail, il fat nourri au château de Lesdiguières en Cliampsaur, en outre de son salaire qui n'alla qu'à environ G, 000 francs o. Nouveaux pas sur les sentiers de la nature, par un habitant des Hautes-Alpes. Gap, Genoux, 1806, p. 107.

Quant au château de Vizille, Lesdiguières n'en fit commencer les fondations quen IGOl, comme l'atteste une quittance passée le 16 mai 1602 à Guillaume Dioque, châtelain épiscopal de la ville d'Embrun, « de la somme de 360 escus pour raison de la massonnerie, chaulx et sable qu'il est tenu fournir pour les bastimenlz que mondict seigneur" fait construyre en le lieu.de Vizille » (1).

Les plans du château avaient été dressés par les architectes de monseigneur nommés Pierre La Cuisse et Guillaume Lemoine.

Denis Benoit, peintre et vitrier, fut chargé « de faire et parfaire les vistres des fenestres du château )> en 1606, ce n'est que trois ans après que la décoration en fut commencée.

Lesdiguières fit installer, le 18 août 1609, par Isaac Bourbonne, M" fondeur à Grenoble « un forneau dans la terrasse du château de Vizille pour y fondre cuyvre et loton pour la figure que mondit seigneur a commandé estre logée en la fontayne qu'on faict pour ledict chasteau » (2).

Il ne faudrait pas attribuer, comme MM. Pilot et Rondot Tavancent dans leurs notices sur J.Richier (3), que cet artiste est l'auteur de presque toutes les sculptures que l'on voit à Vizille, telles que les deux groupes qui présentent deux hercules terrassant l'un un lion, l'autre un taureau; un lion enchaîné par trois amours, etc. Une partie des œuvres qui existent encore ont été sculptées, mais p'us récemment, par un liabilo sculpteur du nom de Thomas Germain (1).

(1) Minutes de W Dumolard, n"à Yizille, f" 180.

(2) Minutes de M" Dumolard, notaire à Vizille, f" 136.

(3) Bulletin de la Société de statistique, 2' série, t. iv, p. 17.

(4) Voyez ce nom.

Comme on le voit, Lesdiguières tint à honneur d'encourager les beaux-arts, il s'était entouré d'artistes distingués auxquels il accordait des titres honorifiques, en les attachant au nombreux personnel de sa maison quasi-royale. C'est ainsi que Jacob Richier fut admis auprès de lui comme « sculpteur de monseigneur Lesdiguières ». Nous sommes certainement bien loin de connaître tous les travaux qu'a laissés Richier soit à Vizille, soit à Grenoble. Nous allons tâcher de donner une Hste aussi complète que possible des œuvres dues à son talent.

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