‹ Les arts au Moyen Age (volume 2)Chapitre 133 sur 271 · DE SÈVRES · texte numérisé non relu

DE SÈVRES

Ce vitrail, quoique moderne, trouve ici sa place en ce qu’il constitue le premier essai de l’école moderne de peinture sur verre à la manufacture royale de Sèvres.

Ce fut Pierre Robert qui, en 1826, exécuta, d’après un dessin de Fragonard, ce petit panneau qui détermina la création de l’école de Sèvres, aujourd’hui sons la direction de son fils Louis Robert.

ft II était donné à la manufacture royale, à laquelle les arts céramiques et vilriques doivent tant, de prouver que le bel art de la peinture sur verre n’était pas perdu. Un long abandon de l’emploi du vitrail, comme décoration monumentale, avaitpu faire naître cette opinion qui était déjà si fort enracinée, même en 1773, époque à laquelle furent faits les beaux vitraux d’Oxford, qu’un certain Manuel Morezo-Aparicio annonçait, dans la Gazette cT Ut recht du i4 novembre 1773, qu’il venait d’en retrouver le secret perdu.

» Dès 1802, l’étude des monumens gothiques porta nécessairement l’attention sur les productions de l’art ancien, et l’on dut s'enquérir des moyens matériels d’exécution pour restaurer les parties détruites. Les peintures sur glaces, faites de 1798 à 1806, par M. Dihl, prouvaient bien qu il était possible de fixer sur verre des couleurs vitrifiables qui fissent corps avec lui $ mais si elles remplissaient les conditions d’harmonie nécessaires à un tableau, elles 1» avaient ni l’éclat, ni la brillante transparence nécessaires au vitrail proprement dit.

» Les essais de Mortelèque, fabricant de couleurs à Paris, eurent le même résultat, et les peintures sur verre faites en Angleterre sous la direction de AI. le comte de Noë, pour la chapelle de la \ ierge de Saint-Etienne-du-Mont, à Paris, 11e servirent qu’à confirmer l’opinion qu’il restait à trouver l’ancien procédé.

» Sur ces entrefaites, AI. Brongniart, l'habile directeur de la manufacture de Sèvres, encourageant les recherches chimiques et les études de AL Pierre Robert, peintre attaché à cet établissement, dota le pays de la vraie renaissance de cet art.

PEINTURE SUR VERRE

» M. Pierre R.obert observa que les procédés anciens se divisaient en deux classes :

» La première, dont les procédés furent le plus généralement employés sans avoir été jamais perdus , consiste dans l’emploi exclusif de verres colorés dans la pâte lors de sa fabrication dans les verreries } ces verres étaient peints par une couleur noire ou brune qui s’employait indistinctement pour modeler les draperies, les chairs, l'architecture, etc. -, on fixait parle feu la couleur sur le verre, puis tous ces morceaux, de différentes teintes, étant modelés, on les réunissait par des plombs dissimulés dans les vigueurs du dessin , et de là ces vitraux riches et transparens qui complètent si bien la décoration des monumens gothiques.

» La deuxième comprenait les vitraux connus des anciens sous le nom de verre émaillé , parce que l’on joignait à l’emploi des verresde couleurs ci-dessus désignés des couleurs d’applications appelées émaux, et qui , fixées sur le verre blanc par le moyen du feu, remplaçaient le verre coloré dans la masse.

» L’emploi de ces couleurs d’application, qui était déjà un progrès de l’art ancien, ne pouvait servir qu’à remplacer, dans quelques parties du vitrail , le verre dans la pâte , et ne pouvaient se mélan • ger entre elles ; il en résultait donc que les vitraux exécutés par les moyens combinés des verres colorés dans la pâte et des couleurs d’application, n’étaient toujours modelés qu’avec une seule teinte noire ou brune 1 .

» Les vitraux anciens ne sont donc pas des peintures dans toute l’acception du mot, mais bien des grisailles enluminées soit par la couleur du verre sur lequel le modelé a été fait, soit par les couleurs qui ont été fixées derrière le modelé fait sur verre blanc.

» M. Pierre Robert fit alors des essais à la manière ancienne qui réussirent complètement, et parvint ensuite à ajouter aux procédés anciens une série de couleurs que les progrès de la chimie moderne permettaient d’espérer.

)) Le premier produit remarquable fut une copie de Solario, faite avec les procédés anciens joints aux procédés nouveaux- les chairs

» L’église de Saint-Etienne-du-Mont possède de fort beaux vitraux faits par ce procédé.

PEINTURE SUR VERRE

étaient peintes du ion des carnations ; les tons mélangés et fondas entre eux, et conservant assez de transparence pour s’harmonier avec les verres de couleurs teints dans la masse.

)> Dès ce moment le premier pas était fait; quant aux moyens d'exécution, il ne s’agissait plus que de bien comprendre et appliquer le moyen selon le genre de vitraux à produire.

» Les premiers vitraux qui sortirent de l’atelier de peinture sur verre fondé par l’administration à la manufacture de Sèvres en 1826, et dont M. Pierre Robert avait la direction, ne portèrent pas complètement le caractère propre au vitrail, et furent jusqu’en i83a, époque de la mort de M. Pierre Robert, trop exclusivement faits par les couleurs d’application, et présentèrent même quelques cas d’altération des couleurs nouvelles dont on n’avait pas l'expérience.

)> Mais l’impulsion était donnée-, le procédé ancien, si l’on peut s’exprimer ainsi, était retrouvé -, il ne restait plus qu’à suivre la voie du progrès qui venait de s’ouvrir. ( Notes de M. Louis Robert , directeur de la peinture sur verre, à Sèvres.) »

La manufacture de Sèvres poursuivit sa tâche avec ardeur, et les progrès qu’elle fit, tant sous le rapport des procédés que pour l’entente du vitrail, furent prouvés par de belles productions.

Les verrières du portail de l’église d’Eu, les fenêtres de la chapelle d’Eu, les grands vitraux de l’escalier du Louvre, des chapelles du château de Compiègne et de Fontainebleau, faits d’après les cartons de la princesse Marie, les nombreuses fenêtres de la chapelle sépulcrale de la famille d’Orléans, à Dreux, les vitraux de la chapelle du duc d’Orléans, en même temps que tous les travaux qui s’exécutent chaque jour dans les fabriques particulières, tels que les beaux produits de M. Maréchal, de la fabrique de Choisy, et de tant d’autres, prouvent combien l’art de la peinture sur verre, oublié si longtemps, est parvenu à ressaisir la place qu’il a occupée, à si bon droit dans les monumens du XIVe, du XVe et du XVIe siècle. La grande décoration par les procédés anciens est encore, il est vrai, bien au-dessus des résultats modernes -, mais , grâce à l’habile direction donnée à ces savans travaux, il 11’est pas possible de douter que l’art du peintre-verrier puisse rester longtemps encore en arrière de son ancienne splendeur.

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PEINTURE SUR VERRE

ALBUM, 8e série, pl. xxiv ris.

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