LES SIBYLLES , PROPHETESSES CHRETIENNES
Les sibylles « antiques devineresses occupèrent jadis, quoique païennes, un rang distingué dans la croyance de nos pères en faveur des prédictions qui leur furent attribuées, ainsi qu’à Virgile, sur le Christ, la Vierge et l’avènement de nos mystères. Elles figuraient dans les temples avec les prophètes et parmi les images les plus révérées, comme dans les verrières de Saint-Ouen, où elles sont répandues ça et là parmi les longues suites de figures colossales qui décorent les hautes voûtes du pourtour de la nef de cette église. » (//. Langlois .)
Le nombre de ces prophétesses a été porté à onze et souvent à douze; cependant on n’en comptait que dix bien distinctes par les noms suivants :
i° La Persique. * — Persica.
a0 La Lybienne. — Libica.
3° L’Erytréenne. — Erictrea, la plus célèbre de toutes.
4° La Cumane. — Cumana.
5° La Samienne. — Sama.
6° La Cumée ou l'Italique.
7° LaTiburtine. — Tiburtina.
8° La Phrygienne. — Erigea.
9° La Delphique. — Delphica.
io° L’Hellespontique.
M. H. Langlois parle d’un ancien tableau monochrome et rehaussé d’or, peint sur bois et cèdre, qu’il vit à Rouen il y a quel-
PEINTURE DES MANUSCRITS
ques années, et qui depuis est passé à 1 étranger. Ce tableau représente la nativité de Jésus-Christ. Autour de la crèche, auprès de David et de trois autres prophètes, on voyait plusieurs sibylles chantant et jouant des instrumens, et les personnages étaient distingués par de longs rouleaux sur lesquels étaient inscrits en caractères gothiques, comme dans le vitrail de Saint-Ouen, leurs noms et des fragmens de leurs oracles. Au milieu de ce groupe , Virgile, placé comme un chef d’orchestre, paraissait diriger le concert aux accords de son rébec, et le phylactère qui le désignait était chargé de quelques vers du morceau prophétique de la ive églogue de ce poète.
Les sibylles jouaient un rôle important dans la reproduction des mystères et des scènes allégoriques dont on ne manquait pas dans le cours du XVe et dans une partie du siècle suivant, d’embellir certaines solennités religieuses et les cérémonies publiques auxquelles on voulait donner un grand éclat.
Les deux sibylles placées aux extrémités de cette planche sont celles de Perse et de Lybie. La vignette du milieu est une généalogie de la Vierge • les ornemens sont tirés du même manuscrit, qui appartenait à un prêtre anciennement attaché à la cathédrale de Saint-Pôl de Léon et qui le tenait par testament d’un évêque de ce diocèse-, ce livre était considéré comme un legs d’Anne de Bretagne; les bandes transversales de lys, sur fond d’azur, confirmeraient cette provenance : seulement, l’absence des hermines, dont la présence est obligée à côté des lys dans l’écusson de Bretagne, donnerait à penser que le manuscrit n’aurait pas été exécuté spécialement pour la duchesse Anne-, ce missel contient deux cent trente-sept vignettes. ( Collect . Du S.)
ALBUM , série , pl. xi.