EXTRAITS DES HEURES DE CHARLEMAGNE
« Ce manuscrit , connu sous le nom de Livres d'heures de Charle- » magne, a été écrit vers 78 1 , par ordre de l’empereur Charlemagne » et de l’impératrice Hildegarde-, il a été donné par ce prince à » l’abbaye de Saint-Sernin , de Toulouse , lors du voyage qu'il fit » dans cette ville pour se rendre auprès de son fils Louis, alors roi » d’Aquitaine. Ce volume est orné de miniatures très précieuses » par leur antiquité. Le texte est à doubles colonnes, sur un fond » pourpré , avec bordure, et orné d arabesques très riches et très )> variées. Il a été conservé à l’abbaye de Saint-Sernin, dans un étui » d’argent massif, jusqu’en 1798. A cette époque, l’étui fut volé et « le manuscrit fut enlevé avec beaucoup d’autres monumens pré- » cieux et jeté dans un magasin où étaient les parchemins destinés « à être détruits ou vendus. C’est dans ces circonstances que M. le w baron de Puymaurin écrivit la lettre que nous allons reproduire, » et, d’après ses observations, ce monument admirable des arts du » VIIIe siècle fut réintégré dans la bibliothèque de la ville, qui en » fit hommage à Napoléon , à l’occasion de la naissance du roi de « Rome. Ce précieux volume, un des plus importans de ce genre » et un des plus remarquables, par l’incomparable beauté de sa eon- » servation, de tous ceux qui existent dans toutes les bibliothèques )> de l’Europe, appartient à celle du roi, au Louvre. La lettre sui- )) vante, dont nous avons déjà parlé, est attaché à la garde :
Toulouse, 24 germinal, an II de la République française.
« Citoyens,
» Ayant retrouvé les notes dont feu mon père avait placé une » copie en tête du rare manuscrit connu autrefois dans la sacristie h des reliques de Saint-Sernin , je vous les envoie , afin que , si par » le hasard ce manuscrit, un des plus rares par sa conservation et » sa date du VIIIe siècle, avait été égaré, ces notes puissent vous » donner des indications nécessaires pour le retrouver.
» Salut et fraternité.
» Signé Casimir Marcassus Puymaurin. »
« P. S. Ce manuscrit a été fait en 780, et a par conséquent
PEINTURE DES MANUSCRITS
» ioi3 ans d’antiquité. Il est cligne d’être conservé dans votre » Muséum. » (Notice publiée par M. Barbier, bibliothécaire du roi au Louvre, extrait des élémens de paléographie par M. de Wailly.)
Sur un des feuillets que nous reproduisons dans la première des deux planches se trouve une pièce de vers qui fixe d’une manière positive la date du manuscrit. Nous y voyons que l’écrivain , nommé Godescalc^ a entrepris ce travail par l’ordre de Charlemagne et d’Hildegarde, et comme il prie le Tout-Puissant de conserver leur vie, il en résulte que cette pièce de vers, qui termine le livre , est antérieure à la mort d’Hildegarde , arrivée le 3o avril 782 :
Hoc opus eximium Francho rum scribereCarlus Rex pius , egregia Hildgarda cum conjuge jussit.
Quorum salvifico meatur Domine vitas
Rex regum dominus , cœlorum gloria Christus Septies expletus fuerat centissimus annus Octies in decimo sol cumque cucurrerat anno
; : - Ex quo Christus Jesu sœcla
beaverat ortu Exsuerat totum et tetra caligine mundum.
Une addition relative au baptême de Pépin, fils de Charlemagne et d’Hildegarde, et conçue en ces termes : « In isto anno fuit domnus » rexKarolus ad sanctum P et rum, et baptizatas est jihus ejus Pippinus » à domno apostolico , )> ferait supposer que ce manuscrit n était pas terminé le 1 4 avril 781. Cette écriture appartient donc aux huit derniers mois de Pannée 781 ou au commencement de l année suivante.
ALBUM, 8 e SÉRIE, PL. X.
La vignette de grande dimension qui lait le sujet principal de cette planche est extraite d’un manuscrit de la Bibliothèque Royale -, elle a pour sujet la présentation d’une Bible a Charles-le-Chauve pai les chanoines de Tours. Les deux miniatures placées au-dessus sont
PEINTURE DES MANUSCRITS
les figures de Lothaire -, l’une d’elles, la seconde, formait la tête d’un psautier existant en 1724 à l’abbaye de Saint-Hubert, dans les Ardennes.
6° série , PE. xi.
Ces peintures, vignettes et lettres initiales sont extraites de l’Evangiliaire donné en 79^ par Charlemagne à son gendre Angilberl, alors abbé de Saint-Riquier.
Ce beau manuscrit, dont l’enluminure se compose uniquement de cinq grandes initiales ornées et de quatre peintures avec les encadremens des canons , était couvert d’une reliure d’une somptuosité peu commune, s’il en faut croire le moine Hariulfe :
Evangelium auro scriptum cum tabulis argenteis
Auro et lapidibus pretiosis mirifice paratum.
La première des miniatures représente saint Mathieu -, l’encadrement se compose de deux colonnes à chapiteau à trois feuilles, et d’un arc en plein cintre orné d’arabesques, au-dessus duquel un paon se tient de chaque côté sur un champ d’or. Le tympan renferme une figure d’ange aux ailes déployées ; cette figure tient une bandelette portant l’inscription : « Liber generationis IHV XPI FILII DAVID, FILII ABRAHAM. » Au-dessus de l’ange, saint Mathieu est assis sur un riche siège -, à sa gauche est un pupitre couvert d’un livre; et à sa droite, une sorte de table d’une forme élancée sur laquelle est posé un encrier. Le saint y trempe un pinceau qu’il s’apprête à appliquer sur le livre.
La lettre initiale P est composée d’arabesques qui s’enlacent à l’infini autour d’un lion étreint dans les mille replis de leurs couleurs variées.
Ce beau livre est conservé à la bibliothèque d’Abbeville.
8e SÉRIE, PL. XII, XIII, XIV, XV ET XVI.
Les vignettes qui sont reproduites en ces cinq planches sont extraites d’un psautier du XIe au XIIe siècle, de travail bizanlin, qui appartient à M. le docteur Connnarmont, de Lyon. Ce livre est un des plus magnifiques qui existe de nos jours. Il possède sa couverture en ivoire sculpté de l’époque de sa création, et c’est cette
PEINTURE DES MANUSCRITS
couverture signée Herodius que nous avons publiée au chapitre de la sculpture (y. tome IV). Les vignettes de ce manuscrit, dont nous ne donnons ici qu'un bien incomplet aperçu, sont également signées de leur auteur, et la dernière miniature porte le nom grec de Basilius.
La première de ces planches représente la salutation angélique, la visitation, la nativité, l’adoration des mages, la présentation au temple, le baptême dans le Jourdain, la tentation et la transfiguration .
La seconde a pour sujets : la résurrection miraculeuse, l’entrée à Jérusalem, la cène, le lavementdes pieds, Jésus au Jardin desOlives, le baiser de Judas, le Calvaire et la descente de croix.
A la troisième planche ce sont : le saint sépulcre, la descente aux enfers, la résurrection, 1 incrédulité de saint Thomas, l’as cension, la pentecote, la mort de la Vierge, Jésus, la science incarnée entre la Vierge et saint Jean, avec la signature : « Basili mefecit. »
La planche suivante est composée de quelques-uns des sujets moins importans qui décorent toutes les pages de ce beau livre : ce sont les figures des saints, la Vierge, saint Michel archange, saint Jean- Baptiste, saint Pierre, saint Jean l’Evangéliste, saint Etienne, saint Nicolas, sainte Marie-Madeleine-, puis les douze signes du zodiaque, tels qu’ils sont figurés au calendrier qui ouvre le volume.
La dernière de ces planches offre un specimen des magnifiques lettres tournures qui couvrent un grand nombre des pages.
Ce manuscrit provient de la Chartreuse de Grenoble.
8e SÉRIE, PL. XVIII ET XIX.
Ces huit miniatures font partie du psautier de monseigneur saint Louis, conservé à la bibliothèque de l’Arsenal. Les premières ont pour sujets : l’arbre de Jessé, le massacre des innocents et le baiser de Judas-, un B majuscule du psaume beotus vir, la bouche de l’enfer et les tourmens des damnés -, la seconde planche se compose de la consultation des astres au moyen de l’astrolabe, du paradis perdu, de l’adoration des mages et de la présentation au temple, et enfin du jugement universel. Ces miniatures du XIIIe siècle sont exécutées sur fond d’or, et entourées d’arabesques en couleurs sur fonds rouges ou bleus.
PEINTURE DES MANUSCRITS
8e SÉRIE, PL. XX.
Les six miniatures reproduites ici sont extraites d’un livre d’heures du XVe siècle, appartenant M. Carrand. Elles ont pour sujets divers épisodes de la vie du Christ. Les deux du milieu, les plus importantes, sont la présentation au temple et Jésus chez Pilate. Ces deux peintures sont, ainsi que la plupart de celles qui décorent le manuscrit, encadrées dans des ornemens sur fonds d’or.
8e SÉRIE, PL. XXI.
Voir ire série, pl. xxxii, et 6e série, pl. xxii, xxiv et xxxvi.
Ces vignettes sont tirées d’un manuscrit du XVe siècle ayant appartenu à Anne de Bretagne, manuscrit dont nous avons donné plusieurs extraits, entre autres les sybilles et la danse Macabre. Parmi ces sujets, on peut remarquer le siège d’une ville fortifiée, avec les espèces de canons et les machines de guerre en usage au XVe siècle.
8e SÉRIE, PL. XXII ET XXIV.
Voir Atlas, chap. m, pl. n.
La grande miniature représentant le jugement universel est le pendant du crucifiement (pl. n de l’Atlas) dans le missel exécuté au milieu du XVe siècle pour Jean Juvénal des Ursins. Ces deux grandes pages sont les plus importantes de ce beau livre, qui fait partie de la collection Debruge-Labarte.
C’est également du même manuscrit que sont tirées les vignettes qui composent la planche suivante. La première représente le siège de Jérusalem par Antiochus IV, un siècle et demi avant Jésus- Christ, et les deux autres ont pour sujets la consécration d’une église et une scène d’exorcisme.
8e SÉRIE, PL. XXVII ET XXVIII.
Ces deux séries de miniatures, extraites du psautier du roi Réné d’Anjou, conservé à la bibliothèque de l’Arsenal, ont été exécutées par ce prince lui-même, qui excellait dans cet art, qu’il a cultivé jusqu’à sa mort en î/jSo \ il était alors âgé de soixante-douze ans.
La première de ces peintures représente le frontispice du livre avec la légende : «Ycy sont ceulx et celles qui ont fait le psaultier. »
PEINTURE DES MANUSCRITS
Le roi est assis avec quelques-uns de ses familiers, occupé à travail- 1er à ce manuscrit ; il est entoure de femmes et d’hommes en habit de fête qui jouent des instrumens de musique; les costumes de cette scène sont fort curieux.
La seconde a pour sujet une scène de procession. Le dais, couvert d’armoiries, supporté par quatre figures en costumes civils, sort d’un riche portique, précédé du clergé, bannières déployées. L’encadrement se compose de montans en or, ornés de niches renfermant des figures debout.
La troisième est la légende de Saül et de David ; et la quatrième la prise et le sac de Jérusalem. Dieu apparaît et dit à son peuple : « J’aurai pitié de vous, et je vous délivrerai. »
8e SÉRIE, PL. XXIX ET XXX.