‹ Les arts au Moyen Age (volume 2)Chapitre 150 sur 271 · PORTRAIT DU CONNÉTABLE DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

PORTRAIT DU CONNÉTABLE DE MONTMORENCY

Au XVIe siècle, la manufacture d émaux de Limoges avait été, sinon détruite, au moins complètement laissée en oubli pendant les guerres qui avaient occupé les périodes précédentes. Ce fut François Ier qui vint donner un nouvel essor à cette fabrication qui devait prendre un rang si élevé dansles arts par ses productions peintes sous son règne et sous celui de ses premiers successeurs. Le nom le plus célèbre de cette époque est celui de Léonard, le premier directeur île la fabrique. François Ier lui avait donné le surnom de Limosin , pour le distinguer, dit M. l’abbé Texier, de Léonard de Vinci. Il lui conféra de plus le titre de son peintre et valet de chambre.

Léonard a produit plusieurs tableaux à l'huile. En iy65, M. Desmarets s'exprimait ainsi au sujet d’une peinture de sa main : « On « voit à Saint-Pierre, à gauche , dans un rétable fermé , un tableau » peint en 1 5 5 i par un nommé Léonard Limousin, peinlre-émail- » leur et valet de chambre du roi : c'est uu monument de l’ancienne

EMAUX.

» peinture. 11 y a de la vérité dans le dessin, mais de la sécheresse » dans la louche, ce qui esl le défaut de ces anciennes peintures. » Ce lableau, représentant l’incrédulité de saint Thomas, décore aujourd’hui une salle de l’hôtel de la mairie de Limoges -, il est peint sur bois, et a trois mètres de hauteur sur une largeur d’un mètre et demi. Les douze apôtres sont groupés autour du Seigneur, presque entièrement nu. Sur un livre tenu par l’un d’eux, on lit cette inscription :

n Léonard limousin

» esmaileivr

peintre valet de chambre du Roi 1551 1. »

Nous donnons dans nos planches plusieurs reproductions des beaux travaux exécutés par cet artiste. Ce sont, parmi les stations , le portement de croix et sainte Véronique (atlas, pl. n), daté de i 5 57 -, l’enlrée à Jérusalem (album, 7e série, pl. xv ) ; la cène, datée de 1667 (album, 7e série, pl. xvi)^ Jésus chez Pilate (7e série, pl. xyii ) ^ celle-ci est signée en toutes lettres et datée de 1 557 -, et le couronnement d’épines (pl. xxxvii). Ces stations, au nombre de douze, sont exécutées sur des plaques de grande dimension, de forme ovale. ( Collect . Vu S .)

Les deux cadres d’émaux, de grandes proportions, ont été exécutés pour la Sainte-Chapelle de Paris, par ordre de François Ier et d’Henri IL, ils sont conservés aujourd’hui au Musée royal du Louvre. « Dans ces tableaux, dit le Ch. Alexandre Le Noir, que l’on place » à côté des chefs -d’œuvre de nos plus grands maîtres, Léonard a » réuni deux choses extrêmement rares à allier dans les arts dépen- » dant du dessin 3 c’est l’art d’unir à une conception vraiment sen- » limentale un dessin gracieux et expressif, un travail correct et » soigné. »

Le premier de ces deux cadres (atlas, chap. ix, pi. Y) représente les scènes de la passion du Christ-, le médaillon principal est le Cal-

» Essai sur les argentiers et les émailleurs de Limoges , par M. l’abbé Texier, p. 204.

ÉMA.UX.

vaire-, dans un des coins du sujet est un écusson renfermant la signature de railleur et la date. Au-dessus, l’on voil le portement de croix et la mise au sépulcre -, à droite et à gauche du grand médaillon sont les quatre figures d’anges portant la colonne du supplice, la sainte Véronique, les fouets de la flagellation et les clous du crucifiement. En bas, dans deux médaillons ronds, sont les figures agenouillées de François 1er et de la reine Claude de France, en costume de cour, et en prières. Les armoiries de France, flanquées des F du roi , décorent l'extrémité supérieure du tableau , et la partie inférieure porte la devise : « natri.-co et extingor » , ainsi que la salamandre qui est répétée , alternée avec les F dans l’encadrement du médaillon central.

Le second de ces cadres (album, 7e série, pi. xx,) représente les scènes de la passion. Le sujet du milieu est la résurrection • comme dans le cadre précédent, on voit un écusson blanc portant ces mots : Leonard Limousin, 31. F., 1 5 53 . Celte signature se. retrouve en initiales à un des motifs placés au-dessus. Jésus au jardin des Olives. Les quatre figures d’anges qui entourent le sujet principal portent la couronne d’épines, la lance et l’éponge, la croix et 1 échelle. Dans la partie supérieure est disposé le médaillon représentant le roi Henri 11 à genoux et en prières, en grand costume. Dans le bas, en face du tableau dans lequel Jésus apparaît à Marie- Madeleine , est le portrait de la reine Catherine , également agenouillée et en prières. L’écusson de France qui garnit le haut du cadre est fl niqué des 11 et des croissans qui se retrouvent avec les C et les H enlacés dans l’encadrement du sujet principal. La devise « Donec loturn impleat orbein » est placée au bas, avec la date i55J. Léonard, qui dans la signature du premier de ces cadres prend le titre de peintre ordinaire de la chambre du roi , s’est surpassé dans ce beau travail d’une exécution fort remarquable.

Le portrait de François de Guise (album, 7e série, pi. xxxi), de grande dimension, et celui du connétable de Montmorency ( album, 7e série, pl. xxvil), conservés aujourd’hui au Musée royal du Lou vre, ne sont pas moins notables, comme exécution, que les œuvres (pie nous venons de décrire. Nous citerons également le beau portrait de François 1er, signé LL. i53o (allas, ch. v, pl. Vin), qui fait partie de la collection de MM. Debruge et Labarle, ainsi

ÉMAUX

que le beau plat à deux faces, do.it l’une représente le jugement de Paris, d'après la composition de Raphaël, l’autre une tête de femme, vue de profil, dans un encadrement flanqué de deux figures d’enfans debout et jouant de divers instruments , avec la date de i ôb'a , et les initiales L. L. ( Cullect. Du S. )

ATLAS, ciiAP. ix, pl. iii.

ALBUM, 7° série, pl. x.

7e SÉRIE , PL. XXII ET XXIII.

7e SÉRIE, PL. XXXIII.

ÉMAUX DE J. COURTOIS. - COUPES EN ÉMAIL. - AIGUIERE ET IiASSIN.

Parmi les autres peintres-émailleurs de Limoges, rivaux ou élèves de Léonard, J. Courtois fut un de ceux qui ont laissé de nos jours le plus de traces de l’habile direction donnée à la fabrique de Limoges, dont il avait été chargé après son maître. Cet émailleur était frère ou parent de Pierre Courtois ou Courlevs, dont il nous reste encore quelques travaux, et entre autres les grands émaux exécutés pour la décoration du château de Madrid ou Boulogne, const mit par François 1er, émaux qui viennent d’être acquis par !\I. le ministre de l'intérieur pour être conservés au Musée des Thermes et de l’Hôtel de Cluny (février i84Ô).

Les deux coupes de J. Courtois que nous publions ici sont composées de sujets tirés de la création du monde et du paradis perdu ; elles sont montées sur pieds à baluslres. La première (allas, pl. ni) représente à l'intérieur Dieu venant de créer 1 homme , les animaux et la nature entière. Adam est couché sur la terre, sous l'ombrage de grands arbres; les animaux se promènent autour de lui-, dans le lointain on aperçoit la mer avec ses monstres marins; Dieu est debout, regardant son œuvre. Cette peinture est exécutée en grisaille, les chairs seules sont teintées. Le dessous de la coupe et le balustre sont ornés d’arabesques d’un beau style, qui seuls caractériseraient le travail de Jean Courtois, sans la signature I. C. placée sur un listel d'ornemens. Le couvercle de cette coupe est d’une riche composition : Adam et Eve , après avoir cédé au serpent tentateur , sont chassés du paradis terrestre par un ange au glaive

EMAUX.

flamboyant: iis ont honte de leur nudité qu’ils cherchent à voiler ; Adam s’applique aux travaux de la terre. L’intérieur de ce couvercle est décoré d’ornemens en grisaille teintée d’un aspect magnifique. ( Collect . Du S.)

La seconde de ces deux coupes (album , 7e série , pi. x) représente dans sa cavité intérieure Adam et Eve obéissant aux suggestions du démon. Eve est debout, présentant à Adam, assis auprès d’elle, la pomme que lui a donnée le serpent au corps de femme que l’on aperçoit dans les branches de l’arbre du mal. Le couvercle représente la création de l’homme , celle de la femme et des animaux. L’intérieur du couvercle et le pied sont décorés d’ornemens d’une grande richesse. {Coll. Du S.)

L'aiguière et son bassin (album , 7e série , pl. xxu et xxm), de J. Courtois, sont une des remarquables productions en émail de couleur laissées par cet artiste. Le bassin est creux , de forme allongée. Le sujet représente le sacrifice d’Iphigénie, d’après la composition de Polidore de Caravage. L’entourage d’arabesques entremêlés de figures chimériques, de bustes d’hommes et de femmes, dans des encadremens de couleur, est d’une belle composition. L’aiguière ne le cède en rien au bassin -, les sujets sont également tirés du sacrifice d’Iphygénie de Caravage-, la forme de ce vase est élancée -, l’intérieur est en émail blanc. {Collecl. de M. Carrand .)

Les deux coupes en émail-grisaille , appartenant à M. le colonel Bourgeois , ne le cèdent en rien aux autres travaux du maître-, l’une d’elles représente le passage delà mer Rouge, l’autre l’échelle de Jacob. Les chairs sont teintées. Ces coupes, d’un dessin fort remarquable , sont également signées de Jean Courtois.

ATLAS a chat*, ix , pl. iv.

ALBUM, 7e SÉRIE, PL XXIV, XXV ET XXVIII- ÉMAUX DE PIERRE REMOND. — COUPES. - BASSINS.

Entre tous les émailleurs du X V Ie siècle , un des plus recherchés de nos jours pour la perfection de ses travaux est Pierre Rémond , ou Raymond, ou Rexman , ou même Rexmon. Les collections de l’État, de la liste civile et les cabinets possèdent un grand nombre

EMAUX,

de ses productions. La coupe ( atlas , pl. iv ) , en grisaille , d’après les dessins de Jules Romain, est d’une conservation parfaite. L'intérieur représente Lolli et ses filles, avec les initiales P. R. - l’extérieur est couvert d’ornemens d’un style élevé et d’une grande simplicité, et le pied porte dans deux petits écussons les mêmes initiales P. R. et la date i 554- Le couvercle est décoré de magnifiques ornetnens entremêlés de figures d’anges et de bustes d’hommes et de femmes.

M. l’abbé Texier , dans un renseignement fort curieux1 , nous apprend que Pierre Rémond avait mission d’enluminer les livres de la confrérie du Saint-Sacrement, établie dès le commencement du XUPsiècle dans l’église paroissiale de S lint-Pierre- du-Queyroix. Au frontispice d’un manuscrit, dit le même auteur, il a peint, pour le prix de dix-sept sols , deux anges suspendant à une guirlande de fruits et de fleurs les armes de la confrérie. En i 5 5 5 , il fut chargé de peindre l’image d’un vitrail de grande dimension, représentant la cène , exécuté pour la même confrérie; cela, pour la somme de 3 liv. 1 1 sols ; et depuis , en i 567 , 1 5 7 4 et on retrouve

son nom avec les sommes qui lui ont été allouées pour de semblables reproductions avec rehauts d’or et d’argent.

Le grand bassin d’émail, de forme ronde (album, 7e série, pl. xxiv etxxv), faisant partie du cabinet de M. Odiot , est une des œuvres capitales de ce maître en émail de couleur. Les amours de Cupido et de P scie hé , mère de P olupté , font le sujet de ce plat , autour duquel se déroule un encadrement de riches arabesques. Le centre est occupé par un portrait de Diane de Poitiers. Le revers du bassin est composé de sujets allégoriques. Diane est couchée, armée de son arc d’un côté, et de l’autre appuyée sur sou chien; le cerf est auprès d’elle. Tout autour sont des figures, des arabesques et attributs proclamant le triomphe de l’Amour, dont la figure est placée au centre.

Le grand bassin , de forme ronde en camaïeu , faisant partie du cabinet de M. Debruge , n’est pas moins remarquable. Il représente les premiers âges, la création de la femme, la tentation du démon , Adam et Eve chassés du paradis terrestre et honteux de

« Estai sur les argentiers et les émailleurs de Limoges .

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