CASQUE, GAMBISSON ET COTTE DE MAILLES
L'habile conservateur du musée de Dijon, M. Fevrel de Saint- Mesmin , s’est livré à de profondes recherches sur l’origine et la conservation de ces précieux fragmens. Nous sommes heureux de devoir à son extrême obligeance le savant travail que nous publions ici, travail qu’il a fait suivre d’une dissertation précise sur l’histoire des casques au moyen-âge et sur leurs dénominations successives pendant les périodes des XIVe, XVe et XVIe siècles.
« On voit au musée formé en i834 dans un local dépendant de l'Hôtel-de-Ville de Chartres, un casque, son gorgerin de mailles qui en est séparé, et une cotte de mailles. Au-dessous de ces objets on lit l'inscription suivante : « Casque et cotte de mailles faisant » partie de l’armure offerte à Notre-Dame de Chartres par Charles- » le-Bel, au nom de Philippe-le-Bel, roi de France, son père, en » commémoration de sa victoire sur les Flamands, à Mons-en- » Puelle, le 18 août iJoZp
» L’armure complète était tous les ans exposée et attachée au « pilier de la Vierge, jour où ou la remerciait de cet heureux évè- » nement aux premières vêpres, dites de la Victoire, ainsi qu’on le » voit dans le bréviaire de Paris. Foy. Souchet, manuscrit (à la d Bibliothèque Royale), et Bouvet Jourdan ( Recherches sur la ville w de Chartres). »
— Le casque, d’une grandeur convenable aune tête de grosseur ordinaire, a le timbre formé eu demi-œuf pointu -, la visière, très proéminente, s’articule sur deux boulons placés vers le haut de l’oreille. Vue de profil , elle a l’aspect du masque d’un animal à museau aigu. L’orbite de l’œil est figurée par une partie saillante, coupée d’une longue ouverture, répondant à ce qui a été nommé la vue dans les casques d’une époque plus rapprochée de nous. Sous le museau, et à quelque distance de son extrémité, est une
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protubérance formant une espèce de bouche , percée de petits jours verticaux, ranges sur une même ligne comme pour représenter les dents de l'animal. Une trentaine de petits trous ronds sont pratiqués sur le côté droit du cône, depuis son sommet jusqu’à la partie inférieure de la vue. Us servaient, ainsi que d’autres rangés autour de la bouche , à faciliter la respiration. — On dit que cette espèce de visière est articulée, parce qu'elle a un mouvement analogue à celui d’un genou, en pivotant sur les deux boulons placés vers le haut des oreilles, et on la nomme amovible , parce qu’en retirant deux goupilles 1 voisines de ces boulons, on peut la détacher à volonté. Le bord inférieur du casque et ceux de l’échancrure qui s’élèvent du bas des joues au front, sont percés d’autres trous destinés au passage d’un cordon ou d’une chaînette qui servait à lacer le gorgerin de mailles. Le casque de Chartres est celui que notre poète du commencement du XIVe siècle, Guillaume Guiart, appelle bacinet à visière . Il ne diffère pas essentiellement des armures de tête du même siècle , que l’on voit à Paris au Musée d’ Artillerie, sous les noS 1 38 à i/jo ( notice de 1837 ), et au musée de Dijon sur le tombeau de Philippe-le-Hardi, mort en î^o/^, et à la tête d’un saint Georges, faisant partie d’un rétable doré, sculpté en 1 3g 1 . Mais ce qui se fait particulièrement remarquer dans le casque de Philippe-le-Bel, ce sont les traces de la couronne royale qui l’ornait anciennement. On voit encore distinctement qu’elle était formée de huit fleurs-de-lys surmontant un bandeau appliqué et rivé sur le timbre, à la hauteur du front.
» Le gorgerin est bordé, à sa partie inférieure, de quelques rangs de mailles de cuivre jaune, le reste est en mailles d’acier. Quand je l ai vu il était attaché au mur par deux clous, et les parties qui servaient à recouvrir les joues quand le gorgerin était lacé au casque, retombaient en avant, comme l’indique la figure.
» Le gambisson qui dépend de l’armure de Charîes-Ie-Bel est d’étoffe rouge, doublée de toile et rembourée de coton ou d’étoupes. Cette espèce de pourpoint 3 , piqué par bandes dirigées du haut
• Ces goupilles ont été inconsidérément remplacées dans ce casque par deux broches rivées. Le casque de Philippe-le-Hardi du musée de Dijon et la figure de saint Georges du même établissement, font voir que la tête des goupilles était percée.
3 Guillaume Guiart ne le désigne guère autrement que par celte expression, cote
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en bas, esl ouvert par devant, et se ferme au moyen de trente boutons-, les quinze de la partie supérieure sont bombés et leur base est plate, apparemment afin de moins exposer la partie osseuse de la poitrine aux contusions-, les quinze autres boutons ont la face extérieure aplatie, sans doute pour qu’ils ne soient pas sensibles à l’oeil à travers le haubert. Sous les boutonnières est un recouvrement nommé porte-pièce 1 , formé du prolongement de la doublure et cotonné de la même épaisseur que le reste du gambisson. Il est ainsi disposé pour empêcher la pointe d’une arme de pénétrer pâlies boutonnières. Enfin, la partie inférieure du gambisson est découpée en festons pointus, qui ont pour base la distance qui se trouve entre les bandes formées par les piqûres de l’étoffe.
» Le corselet est fait d’une forte étoffe rouge -, sa doublure est composée de petites lames d’acier rectangulaires, fixées chacune à l’étoffe par deux clous rivés de cuivredoré, dontlatêtehémisphérique se montre à l’extérieur . Ces lames sont disposées par lignes parallèles transversales et imbriquées, c’est-à-dire que leurs joints sont contrariés d’un rang à l’autre comme les tuiles sur un toit. Cette espèce de cuirasse consiste en trois parties distinctes, quoique tenantes ensemble, l’une qui couvre, par devant, la moitié du corps, et les deux autres qui, se repliant en arrière, se réunissent au milieu du dos , où elles peuvent être liées l’une à l’autre par un lacet passé dans les anneaux de cuivre cousus sur les bords de l’étoffe, et par une boucle attachée à la hauteur de la ceinture.
w Contours du haubert ou de la cotte de mailles.
» Cette pièce, bien conservée, ne se distingue pas essentiellement de celles du même genre que l’on rencontre communément dans les collections. Les manches, très courtes, ne se prolongent qu’à environ six pouces du dessous de l’aisselle, ce qui porte à croire que des brachères ont dû y être lacées. Le tissu en est moyennement fin et composé d’anneaux d’acier, entrelacés de la manière décrite par M. Allou, pages 3 19 et 3 20 du i4e volume des Mémoires de la So-
gambesie , d’autres auteurs l’ont appelé gambaison, gambisson, wambeis , wambeisoti, etc., etc., etc.
> Cette pièce est ainsi nommée dans le mémoire que le bailli de Mentes présenta à Louis XI vers l'année 1480. Yoy. les Ordonnances militaires des rois de France , et Daniel, Histoire de la milice française, t. I, pag. 242 et suiv.
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cie'té royale des Antiquaires de France, d’après le docteur Meyrick. Ce savant auteur dit qu'Edouard Ier, roi d’Angleterre , introduisit dans son royaume l’usage du haubert à doubles mailles, qu'il emprunta aux Asiatiques, peu de temps après son retour de la dernière croisade.
» On voyait, en i834, dans une mansarde de l’Hotel-de- Ville de Chartres, avec le gambisson et le corselet de Philippe-le- Bel, quelques pièces dépareillées que l’on dit avoir dépendu de son armure. Elles me semblent, à l’exception de deux fragmens de gantelets qui pourraient avoir convenu à la main d’un adulte, trop petites pour tout autre qu’un très jeune homme, et parmi ces parcelles d’armures, il se trouve un brassart d’une dimension si exiguë qu’il n’aurait été propre qu’à un enfant.
» Ces premiers objets nous semblent importans par leur authenticité historique et leur rareté. — Ce casque , orné des traces de l’application de la couronne royale , le gorgerin de mailles qui y était attaché -, — cette cotte de mailles , partie du haubert complet, dépendante de la même armure-, — ce pourpoint piqué et rembourré , anciennement nommé gambisson , sur lequel on reconnaît les vestiges de i’écu de France -, — ce corselet d’étoffe doublée de lames d’acier imbriquées , que la cuirasse de fer battu a remplacé plus tard , et ces portions de gantelets \ toutes ces pièces contemporaines paraissent être en leur genre ce qui nous a été conservé de plus intéressant des premières années du quatorzième siècle. Le motif de la transmission de ces restes précieux jusqu’à nous , le don que Philippe-le-Bel a voulu faire de son armure à ]Notre-Dame de Chartres, après la victoire de Mons-en-Puelle , ajoute grandement à l’intérêt qui se rattache à ces dépouilles du monarque , en nous offrant un témoignage de sa piété et de sa vaillance.
» En raison de l’importance de tels objets , il est nécessaire d’entrer dans quelques détails sur ce qui concerne chaque spécialité des divers casques mentionnés dans l’histoire de la panoplie, depuis un temps rapproché du treizième siècle jusqu’à nous. Je me bornerai toutefois, pour éviter une longue dissertation, à parler principalement des casques qui ont successivement occupé le premier rang , au fur et à mesure que des modifications apportées à la construction de cette arme défensive de la tête l’ont fait changer de forme et
ATI MES. ARMURES.
SHG
de nom •. et je me bornerai à dénommer simplement les casques d’un ordre inférieur.
» Des hommes de recherches, malgré la profondeur de leursiuvestigations, ne sont pas encore complètement d’accord sur la forme précise et les désignations nominatives qui ont progressivement distingué toutes les variétés de l’arme défensive de la tête 1 . Néanmoins , la lecture des anciennes chroniques fait voir, en aperçu général, que du temps de Charlemagne les auteurs de la basse latinité ont appelé le casque kelnius , mot dérivé du saxon helrri ,• que ce mot a été travesti en celui de aiaume , kyaume, hyehne , heaume ou hauline par les historiens et les chroniqueurs du XIIIe siècle , quand ils ont parlé du casque du premier ordre. Le continuateur de Guillaume de lyr, Hugues Plagon, ou, selon d'autres, Bernard-le-Trésorier , Villehardouin et Joinville, n'en ont pas employé d’autre dans le même sens. Chapial et chapel de fer est le nom que ces auteurs ont donné à une calotte de fer ou à un casque léger qui ne couvrait pas le visage, dont la traduction en bas latin était capitium , ou capellum de ferro. Voilà à quoi il paraît que se réduisait la nomenclature des diverses armures de tête dans le temps qui s’est écoulé depuis Philippe- Auguste jusqu à la fin du règne de saint Louis , et même précédemment/
« Dans les premières années du XIVe siècle , Guillaume Guiart , notre Homère naïf du moyen-âge, écrivit sa Chronique métrique , composée dt, plus de 21 ,000 vers , en l’honneur du roi Philippe- le- Bel , ainsi que sa dédicace l’annonce. Il commence son. récit en 1160, cinq ans avant la naissance de Philippe-Auguste , et la termine après la victoire de Mons-en-Puelle, remportée par son héros sur les Flamands, le 18 août iJozp — Notre poète fait usage des termes bacinet, bacinet à visière , et hyaume , en les employant souvent comme synonymes dans le récit des nombreux combats que lui offre son sujet, et qu’il se plaît à décrire avec l'enthousiasme du guerrier et la précision du témoin oculaire. Il parle aussi assez souvent d’un casque léger qu’il appelle cervelière.
■ .( Je crois que l'on n’a pas encore démontré quelle était la forme exacte des casques nommés chapel de fer, bacinet ferme , cervellière, salade, cabacet, secretle, etc., etc., ni même ce qui distingue I ’armet de certains casques du XVIe siècle. »
ÀRMES. armures.
» Environ trente ans après Guillaume Guiart , Froissart, dans ses Chroniques, s’est uniquement servi du terme bacinel , en rendant compte des batailles de Cassel (1828), de Crécy (i346), de Poitiers (i356), et de Rosbecq ( i38a). Le même auteur fait dire au prince de Galles , cité en parlement par Charles V ( 1869) : « Nous irons )) volontiers à notre ajour puisque mandé nous est du roi de France-,
» mais ce sera le bacinet en tête et soixante mille hommes en notre » compagnie. »
» Monstrelet, ainsi que Froissart, use exclusivement de la même expression bacinet , quand il parle de la principale arme défensive de la tête. Il dit que Jean de Montaigu , archevêque de Sens, tué à la bataille d’Azincourt , « avait au lieu de mitre un bacinet, pour « dalmalique un haubergeon1, pour chasuble la pièce d’acier (une » cuirasse ou un plastron d’acier), et au lieu de crosse une hache. » j'Les mots heaume et bacinet ne se trouvent pas dans les ordonnances militaires rendues sous Charles VI (1 4 1 2), Charles VII (1 448- 1454)5 et sous Louis XI (vers 1480) -, ceux salade ex. salade à visière y sont seuls prononcés. — L’origine de l’usage régulier du terme salade , dans le XVe siècle, remonte au moins au temps des faits héroïques de Jeanne d’Arc (1429). Il est dit dans la déposition du chevalier Jean d’Aulon , appelé en témoignage dans le procès de la Pueelle d’Orléans : « Il qui parle. . . \ it que la dite pucelle étoit de- » mourée petitement accompaigniée.. . monta sur ung cheval, et in- » continent tira vers elle, et lui demanda quelle fesoit là ainsi « seule.... ? Laquelle, après qu elle eut olé sa salade dessus sa teste, » lui repondi.... » (Siège de Saint-Pierre-le-Mouslier , Histoire de Jeanne d’ Arc, par Lebrun-Descharmeltes , t. III, pag. 79 et 80). — On voit dans l’introduction du même ouvrage ( Siège de Montargis , 1427, t. I, p. 102) : « Alors luy (La Hire) et ses compaignons prin- » drent leurs salades et leurs lances au poinct. »
)> Ainsi il est évident que les mots français heaume , bacinet et salade ont occupé tour à tour le premier rang dans la nomenclature des armures de tète , depuis la fin du XIIe siècle jusqu à celle du XVe.
)) Au XVIe siècle, les ordonnances militaires de François 1" et
1 Cotte de mailles.
ARMES. ARMURES
de ses successeurs Henri II ' , Charles IX et Henri 111 , mettent le terme armet ù la tête de ces autres expressions, salade , secrette , cervellière , bourguignotte et morion. Il y est dit armet ou habillement de tête fermé. Il paraît que cette périphrase sonnait mal à l’oreille d’Etienne Pasquier , car il se moque de sa prolixité dans ses Recherches sur la France (t. VIII, pag. 3), en disant : « Ce que » nos anciens appelèrent heaume nous le nommons maintenant habil- » lement de tête, qui est une vraye sottise de dire en trois paroles ce » qu’une seule nous donnoit. » Au reste, cette citation n’est faite que pour prouver que le mot armet , vers i5oo , était synonyme du •terme primitif heaume , et de ceux qui avaient succédé à celui-ci comme casques du premier ordre avant le XVIe siècle.
« En i5go, nous trouvons le terme armet dans la bouche de Henri IV, ainsi que le cite M. le vicomte de Chateaubriand, dans ses Éludes historic/ues (tom. IV , pag. 397 ) : « A la bataille d’Ivry , » Henri IV, au moment d’aller à la charge , se tournant vers les » siens, leur dit : — « Gardez bien vos rangs ; si vous perdez vos en- » seignes , cornettes ou guidons , ce pannache que vous voyez en mon
» ARMET vous en servira tant que f aurai goutte de sang . ,• vous le
» trouverez toujours au chemin de la gloire et de V honneur . »
» Dans un temps peu éloigné de la fin du règne de Henri IV, l’expression casque , premièrement employée, vers i58o, par François de la Noue, dans son quinzième Discours militaire, a fini par prévaloir, et s’est perpétuée jusqu’à nous. Celle-ci a passé dans le langage vulgaire, tandis que celle de heaume , la première de toutes, n’a plus appartenu, à proprement parler, qu’au cérémonial, à la science héraldique et au style romanesque.
» Le but de cet exposé est de produire des documens propres à faire reconnaître que le casque de Chartres est d’une espèce qui fait époque dans l’histoire de la panoplie française des trois derniers siècles du moyen-âge. Je dis que ce casque fait époque, parce que c’est celui qui, très différent du heaume cylindrique à fond plat des croisades , par sa forme de demi-œuf pointu et sa ventaille amovible articulée , a été nommé bacinet à visière. Le heaume, contemporain de celui-ci, dont on faisait usage au commencement du XIVe siècle,
> Sous le court règne de François II, il n’a point paru d’ordonnances du même genre.
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était d’une seule pièce , enveloppait la tête , couvrait le visage , et se terminait en pointe à sa partie supérieure, comme le bacinet. Le casque que portait Philippe de Valois à la bataille de Cassel ( 1 320), dont Montfaucon nous a transmis un dessin d’après la statue équestre de ce prince , anciennement placée à Notre-Dame de Paris, nous montre la différence qui existait alors entre le heaume et le bacinet à visière , par la comparaison qu’on peut en faire avec le casque de Chartres.
» Le but que je me suis proposé est aussi de faire voir que cette dénomination bacinet qui a servi à Froissart et à Monstrelet pour désigner l’arme défensive de la tête du premier ordre , depuis le temps de Philippe de Valois (i328) jusques vers la fin du règne de Charles VI (1422), appartient également au casque de Philippe-le- Bel, et c’est ce dont Guillaume Guiart nous fournit la preuve dans le récit suivant du combat de Mons-en-Puelle.
v Au milieu de la journée, les Flamands battus , après avoir de- » mandé la paix, surprennent traitreusement les Français, qui, » sans méfiance , s’étaient déjà dépouillés de la partie la plus pe- » santé de leurs armes. Les ennemis pénètrent jusques aux tentes » du roi, près desquelles il se reposait entouré de sa garde, et s’é- » crient :
« Au roi! au roi ! ja sera pris (vers 12,253). j) Li rois et ceus qui l’environnent,
» Oient l’escrois que Flamens donnent « Li plus hardis la couleur mue,
» Li rois saut-sus la teste nue,
» Son bacinet en son chief lance, u Vers Morel son destrier s’avan e. »
» Ainsi on peut dire avec assurance, d’après Guillaume Guiart , que le casque que Philippe-le-Bel a dévotement offert à Notre- Dame de Chartres après la bataille de Mons-en-Puelle, se nommait bacinet.
» La suite du récit fait voir, comme il a été dit plus haut , que le poète emploie indifféremment les termes hyaume et bacinet pour exprimer la même armure de tête. — Il continue , parlant de la
Chronique métrique de Guillaume Guiart, édition de M. Buchon, t. VIII, p. 472.
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grande valeur du coursier du roi et du prix que le monarque attachait à son destrier Morel. Ses anciens et fidèles serviteurs, Jacques et Pierre Gentian, s’avancent pour lui tenir l’étrier. De la première fois le roi ne peut parvenir à monter à cheval :
« Mes à l'autre si esploita (vers 12,272)
« Que par grant force et par isnèle (grande promptitude)
» Fut le chief sanz hyaume en la sèle. »
» Le roi met son bacinei à l’instant de monter à cheval et se trom e en selle sans heaume -, ce qui prouve assurément la synonymie des deux expressions.
» En rendant celte citation complète, je n’ai pas craint d’affaiblir l’assertion que le casque de Philippe-le-Bel , orné des traces de la couronne royale , est celui que Guiart appelle bacinet à visière. La comparaison qui a été faite de celui-ci avec le heaume 1 de Philippe de Valois ne laisse aucun doute à cet égard.
» Voici encore quelques citations qui serviront à faire connaître la variété des termes employés par Guillaume Guiart :
« Les bacinez fermez es testes,
« Escuz bacinez à visières,
» De forz bacinez clers et troubles » Espées bacinez et hyaumes » Luisent hyaumes et cervelières,
» Bacinez brunis à visières,
(vers 9,339, t. VIII.) ( — 9,367 id. )
( — 8,090 id. )
( — 6,506 id. )
( — 10,319 id. )
( — 11,533 id. )
» Diex! con les bacinez reluisent, ( — 11,266 id. ) » Bacinez fendre embarrer hyaumes.» ( — • 2,234 id. )
» A l’appui de celte assertion qu'au commencement du XIV e siècle le bacinet tenait le premier rang entre les différentes espèces de casques , on trouve à la suite des cérémonies des gages de bataille de Philippe-le-Bel ( 1 3oo), un document intitulé: « De l’ordonnance du roy quant il va en armes, » ainsi conçu : « Puis vient le premier » escuyor d’escuirie qui porte ou fait pourler l’estendart royal jus- » ques où besoitig. Et après luv sont les paiges sur les destriers cou- » vers, et les chevaulx du roy, qui portent les très riches bacinez ,
* Il me semble que ce heaume pourrait bien être le casque que Guiart appelait bacinet fermé.
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» heaumes , lances, salades et ehappeaulx. » — Plus loin, on voit aux memes ordonnances , chapitre intitulé : « Comment on doit » faire duc en bataille. Le roy qui ja en son conseil le luy a con- » senti, et présent tous, le luy accorde de bon cuer -, et lors luy est » appourté le chappel d’or très enrichi de pierres précieuses que le » roy luy met sur son Lacinet , et puis le baise. » (Crapelet, Paris 1 83o , page 53.)
» Il a été dit ci-dessus que le nom de heaume , le premier qui ait été donné au casque dans notre langue , n’avail, à proprement parler, plus appartenu, depuis le XIVe siècle, qu’au cérémonial, à la science héraldique et au style romanesque. Il suffira de justifier la première de ces propositions par les exemples suivans :
» i° Tombeaux de Philippe-le-Hardi et de Jean- sans -Peur, ducs de Bourgogne, placés au musée de Dijon.
w (Le terme heaume , consacré à la description des monumens de ce genre , est applicable à des casques d’espèces différentes.)
» Extrait : « Du compte de Jean Visen pour l’année finie en 1 444 • » Transcript du marché fait par Jehan de la Verta , dit d’Aroca..., » tailleur d’ymaiges, etc... Pour la sépulture de monseigneur le duc » Jehan et de madame Marguerite de Bavière , sa femme...., etc.
» Plus à la teste d’une chacune desdictes ymaiges y auroit deux » anges qui tiendront, savoir : ceux qui seront au-dessus de la teste » du dict duc un heaume, et les deux autres qui seront à la teste de » la dicte duchesse un ecsu armorié de ses armes. »
» Il faut observer que le tombeau de Jean-sans-Peur n’a été construit qu’en 1 444 ? vingt-cinq ans après la mort de ce prince , ce qui explique pourquoi le casque appelé heaume dans l’acte ci-dessus, est une salade à visière du temps de Charles VII. Réciproquement, le casque placé à la tête de Philippe-le-Hardi, mort en »4°4> es^ un bacinet à visière dont le gorgerin, composé de plusieurs lames, est bordé d’un bourrelet de mailles.
» 2° Traité des tournois du roi Réné ( vers 1 449 )*
» Item. Le heaume est en façon d’un bachinet ou d’une capeline,
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» réservé que la visière est autrement. » ( Théâtre d’honneur par la Colombière. Paris, 1648, t. 1, p. 46.)
3° Mémoires de Sully ( i6o3). Passage cité par Carré. Panoplie ,
page 399.
« Parmi ceux (les casques) que Henri-le-Grant! fit faire à Jacques, » roi d’Angleterre, et aux grands de sa cour par son ambassadeur » Sully , l’on voyait pour le prince de Galles une lance et un heaume » d’or enrichi de diamans. »
« En résumé, quelques recherches sur les différentes dénominations données simultanément et successivement à 1 armure de tête, font voir qu’elle a été appelée :
» i° Heaume , dès l’origine de la langue romane , et que le terme chapel de fer y a été joint pour désigner un casque plus léger qui ne couvrait pas le visage , jusqu’à la fin du XIIIe siècle.
» 20 Qu’après cette époque à laquelle la forme du heaume a éprouvé des modifications , on a employé , avec les termes primitifs, ceux de hacinet , bacinet à visière , et quelquefois les expressions salade et cervellière; c’est-à-dire, sous Philippe-le-Bel, Louis Hutin , Philippe-le-Long , et Charles-le-Bel.
» 3° Que depuis Philippe de Valois (i328) jusqu’à la fin du règne de Charles VI , les historiens et les chroniqueurs, particulièrement Froissart et Monstrelet , n’ont employé que le terme bacinet pour désigner le casque principal.
» 4° Que du temps de Charles VII et de Louis XI , les termes salade et salade à visière ont succédé à celui de bacinet , entièrement omis dans les ordonnances militaires de ces princes , et que c’est sous le règne du dernier que l’espèce de casque appelé bourguignotte a paru.
»> 5° On voit, sous François Ier, le nom armet substitué à ceux qu’avait reçus auparavant le casque du premier ordre , et alors on trouve en seconde ligne les casques nommés bourguignotte , salade crestée , secrette , casquet , cabasset, etc., etc.
« « Les hauraes des princes se doivent apporter par leur escuyez d’escuyrie, et les » heaumes des autres bannerez, chevaliers et escuyers, par aucun gentils-hommes ou » honestes valetz. — Item, et quand tous les heaumes seront ainsi mis et ordonnés pour es départir... etc. » Page 63.
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» 6° Enfin , l’expression armet, accompagnée de celles d'un ordre inférieur qui précèdent, et auxquelles s’est jointe celle de morions de diverses espèces, a subsisté jusques après le règne d’Henri IV, temps où le terme casque a servi , comme il le fait aujourd’hui , à désigner, généralement parlant, l’arme défensive de la tête.
» Il serait possible de soutenir ce que j’avance par des pièces justificatives plus convaincantes et plus nombreuses} mais je pense que j’en ai déjà beaucoup trop dit sur un sujet que je ne prétends qu’effleurer , et trop peu sur une matière qui , pour être bien éclaircie, exigerait des recherches profondes. Si l’on veut pénétrer dans les mystères de la panoplie de tous les âges, il faut consulter les savantes études sur les armes et les armures anciennes de M. Allou , publiées dans les Xe, XIe, XIIIe et XIVe volumes des Mémoires de la Société royale des Antiquaires de France. A l’aide du texte et des planches des Xe et XIe tomes de cet ouvrage , on peut comparer les formes qu’ont eues les heaumes et les bacinets depuis r3oo jusques à i4 15 , avec celles qui ont appartenu aux diverses armes défensives de la tête des siècles antérieurs et postérieurs à cette époque. »
M. Fevret de Saint-Mémun.