TAPISSERIE DE NANCY
La tapisserie conservée aujourd’hui à la Cour royale de Nancy a été trouvée dans la tente de Charles -lé-Téméraire après la bataille de Nancy, le 5 janvier 1477- Nous ne publions qu'une partie de cette magnifique tenture qui a été reproduite avec tout son développement dans l’ouvrage spécial de M. Ach. Jerbinal. La tradition relative à l’origine, ou du moins à la provenance de cette tapisserie, est corroborée par la description que l’on en trouve dans un manuscrit de la Bibliothèque Royale, description publiée par M. le marquis de Villeneuve-Trans (*).
a Geste tapisserie contient six piesses d’euvre. En la première » est démonstré, comment trois compagnons , qui bien sembloient, » à leur maintien et habit, estre gens de bon estât, nommés Dis- » nert Souper et Banquet , ainsi que dessus leurs testes estoit escript, » trouvèrent une assemblée de gens, hommes et femmes, qui entre » eulx faisoient chière joyeuse -, comme, Bonne Compaigjiie, Accou-
> Notice sur la tapissesie de Charles-le-Téméraire par M. le marquis de Villeneuve- Trans, membre de l’institut, etc., etc.
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» tumance, Passe temps , Gormandise , Friandise , Je &oy à t>oi«, » Je /e pleige ; d'autant et pourtant qu’ils les virent estre si » joyeul, désirèrent avoir conversacion avec eulx, et les prièrent et » requirent de les avoir en leurs ostelz, chascun h son tour, pour » les festoyer ; ce que Bonne Compaignie leur accorda pour elle et » pour toute sa sorte, et bailla ordre de premier aller en l’ostel de » Disner, et puis en Fostel de Souper , et finablement en Fostel de » Banquet , pour faire partout joyeuse chière.
» Après y est démonstré, comment ilz sont en l'ostel de Disner , » où Disner les festie moult haultement et richement, et les fait ser- » vir à grant largesse de toutes manières de viandes, et nobles et ri- » ches entremés, avec clerons et trompètes et aultres instrumens et » esjouyssementz de feste.
» Après y est démonstré, comment après que les tables sont levées, » ilz prennent congé de Disner bien gracieusement, et Disner les » mercye de ce qu’ilz ont voulu lui faire tel honneur, que de venir » en son ostel j et ainsi ce despart la feste à moult grant joye.
» En la deuxième piesse est démontré, comment Souper et Ban- » quet vindrent adviser la feste que Disner faisoit à ses hostes, et » quant ilz apperceurent la grant joye que l’on y faisoit, ilz en » feurent envieux et mal contens, mesment parce qu’ilz avoient » esté condempnés, et reculés, en tant que Disner avoit esté à eulx » préféré, et que leur feste avoit ésté reculée pour celle de Disner. w ainsi en tiennent entre eulx leurs devises en manière d’ung grant » secret, et concluent qu’ilz s’en vengeront, assavoir que les dicts » hostes seront en Fostel de Souper, il y aura gens en embusche-, qui » seront en son ayde pour assaillir toute la brigaille, pour tous les » prendre et bouler ès ceps, ou en chartre, ou en lieu si destroit, » que bouger ne pourront ni piés ni mains, en cas toutes foys qu’ilz » les puissent surprendre, et qu’ilz ne lui échappent, et s’il advient » qu’ilz ou aucun d’eulx escliappent , Banquet viendra après, qui » aura son embusche faicte. Mais bien dict s’il les peut tenir, il ne » les boutera ne en ceps ne en chartre, ne en autre prison, mais les » mectra en tel point que jamais 11e feront feste en Fostel de Dis- » ner, car il mectra tous à mort.
» Après est démonstré, comment Bonne Compaignie et sa brigade w sont venus en Fostel de Souper qui les recueillit joyeusement et
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>1 les mect à table pour les faire servir bien richement, sans y riens » espargner, et semble qu’il le face de très bon cueur sans penser » en quelque mal.
)> Après y est monstre, comment Souper les a laissés faisant bonne » chière, et c’est traiet à part, où il c’est armé et traiet ses gens de- » hors l’embusche où ilz estoient musses, assavoir Goûte, Gravelle ,
» Colique , et plusieurs autres qui les suivent après, armez et embas-
t onnez, en approchantla table, ou Bonne Compaignie et sa brigade » seeoient j que quant ilz les virent' venir ainsi armés, ilz furent tous » esbahis, gectèrent tables et terteaulx par terre et se mirent en » fuyte, et Souper avec ses gens les chassèrent, mais ne les pou- » voient actaindre , fors que Souper, qui allait devant ses gens te- » nant un g baston en sa main, dont il frappoit sur la teste de Bonne )> Compaignie et tous ceux de sa sorte l’un après l’autre -, mais au- » trement ne les pouvoit-il approucher de la main, et luy eschappè- » rent tous pour bien fuyre, dont il fust fort desplaisant.
» En la troisième piesse est demonstré, comment Bonne Compai- » g nie et sa brigade, après qu’ilz sont eschappés du danger de Sou- » per , sont venus en l ostel de Banquet , ainsi qu’ilz avoient promis, « et Banquet les festia moult haultement, et leur fest très grant » chière, au moins du commencement.
)> Tantost y est demonstré comment Banquet , sitost qu’il veit ses » hostes ententis a faire bonne chière , s’est armé et lire de son em- » busche ses gens qu’il avoit fait apprester pour luy ayder à faire «son entreprise, assavoir cerlaynes fainmes laydes et ydeuses , «comme A ppoplexie , P arc les ie , Epilepsie , Quilencie , Plurcsie , « Ydropisie , et plusieurs autres orribles à veoir, qui toutes tenoient » le coutel tiré de la gayne , pour coupper la gorge à ceulx qu’elles « pourroient aconsuyvir , et viennent de si grant randon et impe- « luosité , que Bonne Compaignie et sa brigade furent tous surpris, « et là furent blessés et navrés Bonne Compaignie , Acoustumance » et Passe temps , et tous les autres eurent les gorges couppées et » démourerent mors en la place.
» En la quatrième piesse est demonstré comment Bonne Corn- » paignie , Acoustumance et Passe temps , qui estoyent eschappés « de l’assaut de Banquet , vindrent tous navrés et couverts de sang « devers Dame Expérience . et luy dire leur dure advanlure , dont
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)i Dame Expérience fut très desplaisante et mal contente, et conclue! » d’en prendre vengence , en telle manière que Souper et Banquet » ne fussent jamais ensemble.
» Après y est demonstré comment Dame Expérience appelle ses » gens et serviteurs domestiques, comme Remède , Secours , Sou- » tresse , Dicte, Sauge et Filleule, et leur ordonne qu’ilz se mettent » ensemble en armes et à puissance , et faeent tellement que Souper » et Banquet soient pris partout où trouver les pourront , et les luy » amainent prisonniers pour respondre de leurs mesfaitz et mauvais » crismes, dont ilz sont chargés , et au surplus faeent ayde et assis- » tance à Bonne Compaignie et ses gens, au mieulz qu’ilz pourront.
» Après y est demonstré comment les dicts serviteurs se sont mis » en armes en grant arroy , accompaignés d’autres plusieurs qu’ilz » avoient pris en leur ayde, et tant sont allés qu’ilz trouvent et apw préhendent au corps Souper et Banquet, lesquels estoient en- » semble au plus près de ceulx qui estaient occis, eulx complaignans » de ce que Bonne Compaignie leur estoit ainsi eschapée , si les ont » ruddement lyés et enferrés comme prisonniers criminels.
)) En la cinquième piesse est demonstré comment les gens etser- )> viteurs dessus nommés sont retournés devers Dame Expérience » leur maîtresse , et luy présentent les deux prisonniers.
» Après v est demonstré comment Dame Expérience lient grant » conseil sur le fait des dicts prisonniers, où d’un cousté sont les » conseilliers , assavoir Galien , Ypocras, Avicène , Averroys, bail billés en façon de grans et notables docteurs • d’autre cousté sont » les deux prisonniers agenoiilés en manière de pryer mercy et » grâce, comme ceulx qui attendent leur jugement en matière ca- « pitale.
» Conséquament y est demonstré comment les dicts conseilliers » sont en discord de leurs opinions au regard de Souper , car touii chant le fait de Banquet, tous sont d’ung accord qu’il a dessein » d’estre pendu par la gorge \ mais pour ce que Souper ne parfit sa » dampnable entreprise, jaçoit ce qu’il en feistson pouvoir. Aucuns ii estoient d’oppinion qu’il n’avoyt pas dessein le mourir, et qu’il » sulfisoit qu’on lui couppdt ung des poings -, et les deulx autres di- » soient qu’il avoyt esté consentant de toute la mauvaise trahison , » et qu’il avoyt fait tout son pouvoir de tout l’accomplissement,
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» parquoy il avoyt dessein de mort comme Banquet , et pour ce dif- » férée fut la matière et mise à ung autre jour.
» En la sixième piesse est demonslré comment Dame Expérience » sceant en conseil pour le jugement rendre, et les deux prisonniers » pris en la maniéré dessus dicte, Bonne Compaignie , Acoustu- » mance et Passe temps , ainsi navrés qu’ilz estoient, prindrent en « eulx pitié et compassion de Souper, et se gectèrent à genoulx » devant Dame Expérience , en luy priant très humblement qu’elle » preigne Souper à mercy et luy face grâce de la vie et de membres,
» en le condempnant en quelque amende cruelle, tant seulement » actendu que son esfort n’avoyt sorly quelque effect, et que ce » qu’il avoyt voulu faire procédoit plus par despit et envie de la » grant chière que l’on avoit fait en l’ostel de Disner que autrement j » sur quoi leur respont qu’elle aura mémoire de leur requeste.
» Et si est aussi demonstré comment Disner se meict aussi à ge- » noulx et supplie à Dame Expérience d’estre réparé de l’injure que )) Souper et Banquet luy ont faicte , en tant qu’ilz ont pris leur mau- » vais et dampnable propos en despit et hayne de luy et de la bonne » chière qu’il avoit faite de bon cueur et de franc vouloir à ses bons » hostes , qui en grant joye Festoient venu visiter ; et Dame Expé- » rience respont qu’elle aura bon advis. Après y est démontré, » comment Dame Expérience fait lire et prononcer sa sentence «par Remède, son sénéchal, contenu que, veuz les crimes dont » Souper et Banquet prisonniers sont trouvés chargés et actains , » Dame Expérience, pour son jugement diffinitif, condempne » Banquet à estre pendu par la gorge aux fourches, tant que » mort s’en ensuive -, et au regard de Souper, en faveur de ceulx » qui luy ont faict requeste , elle luy faict grâce de vie et de « membres, sauf que, asfin qu’il ne soit de lors en avant si prest « et si légier de la main à faire oultraige comme il a est par » cy devant, en telle maniéré que Bonne Compaignie et les « siens le puissent plus asseurement hanter et fréquenter, luy se- « ront les deux poings jusques environ ledemy bras sur les manches » du parpoint dessoubz les manches de la robe celéement serrés, » lassés et fermés à deux poignetz de plomt chacun pesant environ « six livres, sans jamais les oster, desserer ou deffermer , et par » despit qu’il a fait de Disner , ne pourra , ne devra jamais aprou-
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» chier plus près de huyt lieues le lieu où Disner se trouvera, et » et tout sur peyne de la liart s’il est trouvé avoir fait le contraire.
« Finalement y est demonstré comment la dicte sentence est mise » à exécution, assavoir comment dict a esté par rordonnance de w Dame Expérience , faict l’exécution de pendre Banquet à unes » fourches, et après, comment Sobresse lasse et serre à Souper les « deux poignets de plomt au dessus des poings, selon la teneur » d’icelle sentence.
» Mon très redoublé seigneur , les autres tapisseries que le bon » marchant me monstra vous seront bien prestées , se vous trouvez » en lelz matière quelque joyeuse récréation, et que le commandés; » car l’ouvrier est tout vostre. »
(Manuscrit de la Bibliothèque royale, N° 740b, in-4° ; d’une écriture de la seconde moitié du XVe siècle.)
3e SÉRIE, PL. XXXVI- TAPISSERIE DE DIJON.
La tapisserie existant aujourd’hui au musée de Dijon, après avoir dépendu anciennement du mobilier de la fabrique de l’église Notre- Dame de cette ville et avoir été vendue, puis rachetée pour être placée à l’Hôtel-de-Ville, représente le siège de Dijon par les Suisses, en 1 5 1 3 ; l’époque de son exécution est évidemment fort rapprochée de l’épisode qu’elle reproduit. M. Faivretde Saint- Mesmin, l’habile conservateur du musée de Dijon, en donne la description suivante dans le catalogue du musée : « Le tableau du siège de Dijon est divisé en trois sujets distincts et séparés par des colonnes ornées de guirlandes; au-dessus des chapiteaux sont appliqués des écussons marqués d’un chiffre que l’on croit être la marque de la manufacture où la tapisserie fut fabriquée. L’ouvrage est encadré dans une bordure de feuillages, et l’on retrouve dans le champ des tableaux et plusieurs fois répétés des chiffres semblables à ceux qui couronnent les colonnes.
» Le premier compartiment à gauche représente le camp des armées combinées suisse et impériale, que l’on reconnaît à une tente sur laquelle on lit : « los des Suisses « (l'armée des Suisses), à
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l’ours de Berne et à l’aigle déployée qui décorent deux étendards. Sur le premier plan sont les chefs de l’armée assiégeante, Jacques de Watteville et le prince Ulric de Wirtemberg, à cheval, couverts de leurs armures, et près d’eux le seigneur de Vergy, commandant l’artillerie et les volontaires Comtois. Le feu des batteries est dirigé contre la place- déjà la brèche est faite et les remparts de la ville sont couverts de ses défenseurs. A la tête de la milice bourgeoise se trouvent les seigneurs d’Arcelot, d’Arc-sur-Tille et d’Auviilars, sous les ordres de Jean de Baissey, grand-écuyer, dont les enseignes sont déployées. Sur le dernier plan on aperçoit l’église de Saint- Bénigne et celle de Saint-Philibert, dont la flèche de pierre, de couleur blanche, annonce qu’elle était récemment construite-, le clocher de la Sainte-Chapelle et ceux de l’église Saint-Jean terminent, à droite, le fond du tableau.
» Le sujet renfermé dans le second compartimenta rapport à la cessation des hostilités, qui fut attribuée à l’intercession de la Sainte- Vierge.
» Le troisième et dernier sujet présente, dans le fond du tableau, une vue de l'église Notre-Dame, dont un des pans enlevés laisse apercevoir La Trémouille, gouverneur de la Bourgogne, agenouillé et en prière devant l’image de la Vierge -, son cheval est attaché à l’entrée du Portail. Sur le second plan et en dehors des murs de la ville sont les chefs des armées bernoise et impériale, devant lesquels s'offrent les otages livrés parles conditions de la capitulation. On voit à leur lêley Réné de Maizière, neveu du gouverneur-, Jean de Rochefort, bailli; et le premier président, Humbert de Villeneuve. Le devant et la partie fuyante du tableau sont occupés par les troupes qui opèrent leur retraite; on distingue vers le milieu de l’élévation de la colline un cheval blanc, chargé de deux coffres de fer que l’on suppose avoir été destinés à contenir l’or qui séduisit les Suisses et sauva la ville dont la faible garnison, composée seulement de ooo lances et de 4,ooo aventuriers, ne pouvait résister plus longtemps à une armée que l’histoire du temps porte à 60,000 hommes. » ( Musée de Dijon.')
étoffes, tapisseries.
5e SÉRIE , PL. XXXVII.