PUITS DE MOÏSE , A DIJON
(' Sculpture polychrome.)
Dans l’enceinte de la chartreuse de Dijon et au milieu de la cour du cloître existait un puits de 22 pieds de diamètre, dont l’orifice était orné à son centre d’une croix en pierre élevée d’environ sept mètres sur un piédestal, qui est aujourd’hui le seul vestige encore debout de ce monument. C’est celte hase, subsistant dans l’ancienne chartreuse, qui a conservé le nom de Puits de Moïse ou Puits des Prophètes , nom motivé par les statues en pied de Moïse, de David, de Jérémie, de Zacharie, de Daniel et d’Isaïe, qui ornent ses diverses faces. Ce monument est du au ciseau de Claux Sluter, imagier de Philippe-le-Hardi, en i4c>4-
Les figures des prophètes sont d’une exécution remarquable, et sous le rapport de la sculpture, et sous celui de la décoration. Les vêtemens sont peints et dorés. Chacune d’elles porte ses attributs et sa légende.
Moïse tient de la main droite les tables de la loi ; la gauche porte un phylactère, avec cette légende : Immolabit agnum multitudo JUiorum Israël ad vesperam. Il est vêtu d’une tunique rouge, son manteau est d’or, doublé d’azur.
David est vêtu d’azur couvert d’étoiles et de broderies d or -, son manteau, doublé d’hermine , retombe sur la harpe qu’il tient à son côté. Dans sa main gauche est un phylactère portant la légende : Foderunt manus meas et pedes meos .
SCULPTURE
Jérémie tient clans sa main droite un livre ouvert, dans les feuillets duquel sont passés les doigts de sa main gauche-, sa tête est couverte d'un chaperon \ sa tunique , couleur d’azur et recouverte d’un manteau d’or doublé de vert, est rattachée par une ceinture, et ornée de broderies d’or. Le phylactère, qui tombe du bras gauche, porte la légende : O vos omnes qui transitis per viam , attendite et videte si est dolor si eut dolor meus.
Zacharie porte dans la main gauche un encrier et un phylactère, avec ces mots : Appenderunt mercedem meam triginta argenteos. Sa tête est couverte d’un chaperon , duquel pend le manteau brodé et doublé d hermine qui lui couvre les épaules. Par dessus le chaperon est un bonnet à larges bords, ouverts et retroussés, d’une forme élevée et conique.
Daniel tient dans la main gauche un phylactère dont il montre la légende avec l’index de la droite-, cette légende est ainsi conçue : Post hebdomades sexaginta duas occidetur Christus. Sa tête est couverte d’un chaperon azur, son manteau d’or, doublé d’azur, recouvre sa tunique , attachée sur ses hanches par une ceinture à boucles-, les manches, ajustées, sont garnies de boutons très rapprochés-, la chaussure est pointue, recouverte d’une sandale.
Isaïe porte dans la main gauche un phylactère, avec les mots : Sieut ovis ad occisionem et quasi agnus coram tondente se obmutescet et non aperiet os suum. Sous son bras droit est un livre fermé , près duquel sont attachés une escarcelle, d’une forme très curieuse , ornée de glands, et une écritoire. La robe est recouverte d’un surcot à larges manches d’étoffe d’or brochée de rouge et de bleu -, ces manches sont ajustées et garnies de boutons comme celles de la figure précédente.
Les consoles qui supportent ces figures sont décorées de feuillages, de branches de vignes et de choux, d’une exécution remarquable -, la plate-bande qui règne au-dessous porte les noms de chacun des personnages, séparés par des colonnettes surmontées de figures d’anges aux ailes étendues.
Il est difficile de pouvoir donner aujourd’hui l’idée de la splendeur primitive d’un tel monument, après quatre siècles, et surtout après l’abandon le plus complet dans lequel il a été laissé -, néanmoins , il porte encore toutes les traces suffisantes pour reproduire
SCULPTURE
clans son exactitude toute la richesse de sa magnifique décoration. ( P oir le rapport de M. Fevretde Saint-Mesmin sur les monumens de r^ficienne chartreuse de Dijon. )
ATLAS, chap. v, pl. ii.
CHOIX d’ivoire.
Cette belle croix en ivoire colorié et doré, affectant la forme de la croix latine, est un produit de la sculpture du XIVe siècle. La face tout entière, la base et les côtés sont décorés de panneaux d’ivoire, au nombre de vingt-neuf, résumant l’histoire de la vie et de la Passion du Christ. Le sujet du milieu représente le Christ en croix; les branches sont formées par l’annonciation, l’adoration, la nativité et l’apparition de l’étoile aux bergers. Le montant de la croix comporte entre autres sujets : la fuite en Égypte, la flagellation, la descente de croix, l’incrédulité de saint Thomas et les anges en adoration. La base est décorée de grandes plaques représentant le baiser de Judas, la mise au sépulcre, la résurrection, l’apparition aux saintes femmes, la cène, Jésus au jardin des Oliviers, la guérison des aveugles, le massacre des innocens, Idérode ordonnant le massacre, la salutation angélique et l'adoration des Mages. Hauteur om 70 sur om 26. {Coll. Du S .)
ATLAS, chap. v, PL. ni.
CROSSE D’iVOIRE.
La crosse d’évêque, attribuée à Nicolas de Pise , date du XIVe siècle ; elle est à deux faces ; d’un côté, elle représente le Christ en croix, entre Marie et saint Jean; de l’autre, la Vierge portant l’Enfant-Jésus dans ses bras et entourée d’anges; le dessous est figuré par un ange agenouillé, ayant les mains jointes et portant sur la tête l’enroulement de la crosse. La monture est en argent doré ainsi que le support qui est composé de niches de forme ogivale au nombre de six. Cette monture est postérieure d’un siècle à la crosse elle-même. {Coll. Du S.)
ATLAS, chap. v, pl. iv.