‹ Les arts au Moyen Age (volume 2)Chapitre 87 sur 271 · MAUSOLÉE DE J E AN-S ANS-PEUR · texte numérisé non relu

MAUSOLÉE DE J E AN-S ANS-PEUR

Ce mausolée, terminé vers la fin du XVe siècle , est une des plus riches et des plus remarquables productions de la sculpture du

SCULPTURE

moyen-âge. Nous ne pouvons faire mieux pour en donner une description complète, que de laisser parler M. F. de Saint-Mesmin , l’habile conservateur du Musée de Dijon. Les albâtres qui tapissent le massif sont surchargés de fleurons , de feuillages et de filets si finement découpés que les ornemens tiennent plus du genre de la décoration d’un reliquaire que de celui de l’architecture proprement dite.

Le marché conclu pour l’exécution de ce monument est exprimé dans un ancien titre de la chambre des Comptes , dont voici l’extrait :

« Du compte de Jehan Yisen , pour l’année finie en 1 444 - — )> Transcript du marché faict par Jehan de la Ver ta, dit d’Aroca, du » pays d’Aragon, tailleur d’ymaiges , demeurant à Dijon, avec » monseigneur le duc (s’adressant à la personne de messieurs les )) gens de ses comptes), etc., etc.

» Pour la sépulture de monseigneur le duc Jehan et de madame » Marguerite de Bavière, sa femme, moyennant le prix et somme « de 4ooo liv. ( environ a8,5oo //’.), qui seront payés en quatre ans; » le marbre noir et six pierres d’albâtre des perrières de Salins » (fournis); laquelle sépulture serait de telle longueur et hauteur , )) et d’aussi bonne pierre et matière qu’estoit celle du duc Philippe » (le Hardi), ayeul du dict (Philippe-le-Bon); et seront mises sur lta » dictes sépultures, les ymaiges et représentations des personnes du » dict duc et de la duchesse, sa femme, selon le pourtraict qui lui en « sera baillé. Plus à la teste d’une chacune des dictes ymaiges y au- « roit deux anges qui tiendront, savoir : ceux qui seront au-dessus )> de la teste du dict duc un heaume, et les deux autres qui seront w à la teste de la dicte duchesse, un escu armorié de ses armes. » Plus ferait autour de la dicte sépulture, ymaiges tant pleurant que i> angelots; sur les quels angelots il ferait des tabernacles, ce qui » n’estoit en la sépulture du duc Philippe. »

« Il est rapporté ailleurs que Jean Drogues et Antoine le Mouturier aidèrent Jean de la Yerta , dit d’Aroca, dans son entreprise.

» Deux lions sont couchés aux pieds de Jean et de Marguerite. Le duc a un manteau bleu d’azur, semé du rabot qu’on sait qu’il avait pris pour devise , en opposition à la devise du duc d'Orléans , qui était un bâton noueux. Le galon d’or du manteau de Jean-sans»

SCULPTURE

Peur porte le même emblème qui se retrouve sculpté de ronde-bosse et groupé avec un niveau triangulaire sur l’épaule droite du prince, et enlacé avec des feuillages dans la frise de la galerie, au-dessus de chaque ogive de la décoration architecturale du dé -, la clé de ces ogives est formée d’un écu triangulaire dont le champ uni était sans doute destiné à être orné des armoiries du duc et de la duchesse.

» Jean-sans-Peur a une robe blanche, sans manches, qui descend jusqu’à ses pieds, et sous laquelle il est vêtu du harnois, ce que témoignent ses pieds armés du soulier de fer, ses bras couverts des brassarts et son collet de mailles -, ses mains sont jointes et élevées comme celles des figures représentées sur les monumens funéraires du temps. Des bagues à joyaux très saillans sont distribuées sur ses doigts d’une manière qui peut nous sembler aujourd’hui assez remarquable , savoir : sur les deuxièmes phalanges du doigt du milieu et du petit doigt delà main droite, et sur la seconde phalange du pouce, la seconde de l’index et la troisième de l’annulaire delà main gauche.

» Le heaume (ou casque) est d une forme très différente de celui de Philippe-le-Hardi-, ce n’est plus le heaume à visière conique, de la fin du XIVe siècle, dont le gorgerin était assez large pour y passer la tête sans l’entrouvrir} c’est un casque dont la visière, d’une pièce, pouvait être levée, mais non détachée du timbre comme l’autre , et dont le col est trop étroit pour que la tête puisse y passer sans séparer le gorgerin en deux parties -, la forme de ce casque se rapproche beaucoup de celle que l’armure de la tête a prise au commencement du XVIe siècle, lorsqu’on lui a donné le nom d’armet.

» Les couronnes du prince et de la princesse sont faites comme celles du duc Philippe-le-Hardi. La robe de l’épouse de Jean-sans- Peur est blanche et parsemée de fleurs de marguerites, faisant allusion à son nom -, son manteau bleu d’azur est doublé d’hermine comme celui de son époux. Les doigts de la duchesse sont ornés de bagues à joyaux placées sur la deuxième phalange du doigt du milieu et du petit doigt de la main droite, et sur la deuxième phalange de l’index et la troisième du petit doigt de la main gauche.

» Dans le milieu de la partie supérieure de chaque côté des socles des deux tombeaux , est intercalée une pièce de marbre blanc

SCULPTURE

d’un pied de large , qui donne aux monumens l’apparence d’être posés sur un drap mortuaire. 11 est possible que la croix figurée par les quatre pièces de marbre blanc incrustées dans le milieu des côtés du socle ait été autrefois peinte en couleur rouge, qui aurait disparu en démontant et remontant deux fois les monumens. Ce qui ferait croire à ce changement est ce que rapporte don Plancher au sujet des obsèques de Philippe- le-Hardi ; il dit que : « le cercueil » fut mis sur un chariot couvert de drap d’or, ayant une bordure )) de velours noir , et au milieu une croix rouge. » L’usage qui existe encore dans le comté de Bourgogne, notamment dans la ville de Lons-le-Saulnier , de draps mortuaires coupés par une croix d’étoffe rouge, est le sujet de cette remarque. » (M. F. de Saint- Mesmin .)

Page 1