I. LE BESOIN DE PARER SA PERSONNE, d’oRNER LES OB
JETS DONT IL SE SERT, DE DECORER LES ENDROITS Qu’iL HABITE, EST NATUREL A l’hOMME. CE BESOIN SE MANI- FESTE DÈS l’origine DE TOUTES LES CIVILISATIONS ET PEUT ÊTRE CONSIDÉRÉ COMME UN DES SIGNES DISTINCTIFS DE l’espèce humaine.
L’amour de la parure figure au nombre des besoins instinctifs de notre espèce. Il est en quelque sorte inné chez nous, et se manifeste dès le plus jeune âge avec une intensité très particulière. Une fillette seule au milieu des champs, et sans que personne s’occupe d’elle, saura, à l’aide de fleurs ou de feuillages, se faf>riquer un collier, une couronne, une ceinture, un liracelet. Qu’un cerisier soit à sa portée, elle se confectionnera des boucles d’o-^ reilles. Avec des mûres elle se fardera le visage. Si elle lialiite la ville, laissez entre ses mains du jiapier, quelques lambeaux d’étoffe, des rubans, des perles fausses, des Heurs artificielles, elle s’appliquera à créer une foule d’or-
nements souvent bizarres, parfois gracieux et toujours ingénieux, dont elle couvrira sa tete, ses bras, son cou et même les vêtements qu’elle porte. S’agit-il d’un garçon.^ Il fabriquera en papier des chapeaux, des plumets, des croix, des colliers. Ainsi, aux champs comme à la ville, sans qu’on puisse, par conséquent, invoquer l’influence des milieux, sans maître, sans guide, sans initiation extérieure, par suite d’une espèce d’intuition inexpliquée, l’enfant, presque au sortir du berceau, alors que ses sens et son esprit s’éveillent à peine, imagine, combine et dispose les principaux ornements qui formeront plus tard une des préoccupations majeures de sa vie.
Est-il nécessaire d’ajouter que ce que nous voyons se produire autour de nous n’est pas particulier à notre race, à notre état social, à notre temps ? Cet amour de la parure qui apparaît chez nos enfants à l’aurore de la vie, se retrouve chez tous les peuples. « L’art précède la science, » a dit Lamennais L II précède même la civilisation. Avant de se vêtir, l’homme à l’état de nature songe à se parer. Avant de chercher à se garantir du froid ou de la chaleur, du vent ou de la pluie, il décore sa tête d’une plume, ses épaules de colliers faits de dents de chien, de loup, de chamois ou de renne; ses bras de cailloux percés et retenus })ar un fd, et ses oreilles de coquillages, de pendeloques d’ambre, de silex ou de marbre. Cela fait, il orne sa femme, ses armes, ses dieux, ses temples, sa maison, tout ce qui lui est cher et précieux, tout ce qu’il aime, craint ou vénère. ]\Iême chez les peuples pasteurs, qui, par leur vie nomade, leur absence d’industrie et leurs constantes migrations, semblent devoir, mieux que les autres, échapper à ce genre d’obsession, l’amour de la parure se manifeste avec une puissance indiscutable. Eliézer, se rendant à la fontaine où il doit rencontrer Réhecca, a soin de se munir