DIMENSIONS RÉPOND A DES SENTIMENTS PARTICULIERS
LA LARCxEUR EXPRIME l’idÉE DE STABILITE ; LA HAUTEUR,
CELLE d’élévation; la profondeur, celle de mystère.
Les dimensions se traduisant graphiquement par des lignes, il n’est pas surprenant qu’elles aient, comme les lignes elles-mêmes, une signification précise (voir propositions XXV et suiv.). Selon qu’une des dimensions prime les autres , les lignes chargées d’exprimer cette dimension prennent, en effet, un développement plus considérable et, 2>ar suite, leur expression particulière augmente d’intensité. Un exemple rendra la démonstration plus saisissante. Supposons que nous ayons à édifier un monument religieux, une église ogivale, la Sainte- Chapelle, si l’on veut. Nous voici à l’œuvre. A mesure que notre construction s’élève, les lignes verticales, intérieurement aussi bien qu’extérieuremeiit, prennent une importance de plus en plus marquée; par conséquent l’impression qu’elles produisent s’accroît progressivement, jusqu’à prédominer conq^lètement, et à assigner à notre édifice ce caractère de majesté, de poésie, d’élévation, qui est le propre des lignes verticales et qui, du reste, convient merveilleusement à une construction religieuse. Supposons, au contraire, que nous soyons chargés de bâtir un édifice civil, la Monnaie, par exemple. C’est en largeur que le développement de notre construction se manifestera. Les lignes horizontales deviendront de plus en plus expressives, et alors les idées de solidité, de stabilité , prendront le dessus , répondant aux sentiments de durée et de confiance que doit inspirer un monument de ce genre. Enfin la profondeur intérieure s’accentue-t-elle d’une façon particulière à mesure que les surfaces limitant l’horizon s’éloignent, elles deviennent moins visibles, plus incertaines, par conséquent plus mystérieuses. Une
relative obscurité vient rendre plus intenses encore les sensations cpi’on éprouve, « La nuit, écrit Diderot^, dérobe les formes, donne de l’horreur aux bruits; ne fùt-ce que celui d’une feuille au fond d’une forêt, il met rimagination enjeu, et rimagination secoue les entrailles. »
Cette dernière impression, dont les Égyptiens ont tiré un si prodigieux parti dans la disposition de leurs hypo-
gées ; dont les Arabes se sont si admirablement servis dans l’édification de leurs mosquées, et nos architectes du Moyen Age dans la construction de nos cathédrales, cette impression de mystère cesse d’être utilisable quand il s’agit de la décoration de surfaces planes ou de la création d’oljjets d’ameublement. Mais il n’en est pas ainsi pour les autres dimensions , qui conservent très visiblement leur signification particulière. C’est ainsi qu’un orfèvre, par exemple, assignera à un vase un caractère d’élégance, de grâce, de distinction, en développant son galbe en hauteur, alors qu’en accentuant sa largeur, il lui donnera un