LXIII. CES MÊMES DÉROGATIONS PEUVENT ETRE AD
MISES DANS UNE DÉCORATION MURALE, LORSQUE LE ROLE DES DIVERSES PARTIES DÉCORÉES EST SUFFISAMMENT CA- RACTERISE, OU lorsqu’elles SONT EXÉCUTÉES PAR DES PROCÉDÉS DISSEMBLABLES OU A l’AIDE DE MATERIAUX DIFFÉRENTS.
L’inégalité d’échelle peut aussi trouver place sans inconvénient, dans une composition divisée en compartiments bien distincts. Une tapisserie, par exemple, quoique formant un tout irréductible, peut comporter deux échelles différentes, l’une s’appliquant à sa bordure et l’autre au motif principal. Les cartons dessinés par Le Brun pour les suites de V Histoire du roi, des Maisons royales, des Saisons, etc., en fournissent une preuve frappante. Les belles fresques de Fontainebleau nous montrent que des encadrements formés de figures en ronde bosse, ne produisent point un effet discordant, bien qu’elles soient hors de proportion avec celles des tableaux encadrés. On en peut dire autant du superbe plafond de la galerie des Glaces, à Versailles, où des cariatides géantes sont associées à des personnages de moindres dimensions (voir fig. 83). C’est que dans ce magnifique plafond, comme dans les fresques de Fontainebleau, ces figures disproportionnées jouent un rôle bien déterminé,
'ig. 83. — Fi'agincnt du plafond de la grande galerie des Glaces, à Versailles, composé par Le Brun.
Exemple de l'emploi raisonné, dans nue même décoration, de ligures exécutées à une échelle diü'ércnte.
qui les différencie suffisamment des parties avoisinantes.
Ces sortes de dérogations sont également admises dans la décoration des meubles, où les figures en ronde bosse peuvent être d’une autre échelle que celles traitées en basrelief, sans que l’œil s’en trouve choqué. Il en est de même
Fig. 48. — Plat en faïence de Delft.
Exemple de l’emploi raisonné, dans une même décoration, de figures exécutées à une échelle différente.
quand le décor comporte diverses matières mises en œuvre, ou différents procédés d’exécution. Supposons un cabinet porté par des cariatides puissantes , couronné de figures assises, et dont les tiroirs sont décorés de petites scènes en marqueterie d’ébène et d’ivoire. L’œil réclamera l’unité d’échelle pour les figures du couronnement et pour les supports de la base; mais il n’exigera aucune analogie de proportions entre ces figures et celles de la marqueterie.
Un médaillon en camaïeu, une scène peinte en grisaille, peuvent également différer d’échelle avec des figures représentées en couleur naturelle ; de même pour les décorations compliquées, où chaque motif est isolé et forme cartouche (voir fig. 84); de même encore pour les sujets tronqués, pour les bustes, pour les médaillons, pour les mufles de lion, les têtes de bélier, etc., que leur mutilation distingue suffisamment des représentations vivantes disposées dans leur voisinage.