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ANCIENNE MAISON QUANTIN

LIBRAIRIES-IMPRIMERIES RÉUNIES 7, rue Saint-Benoît May & Motteroz, Directeurs

Henri BÉRALDI

A l'auteur des Graveurs du XIXe siècle

Jut.es A DE-LINE

AVANT-PROPOS

Il y a près de trente ans, Philippe Burty constatait, non sans amertume, que l'on se désintéressait trop de la gravure.

« On abandonne, disait-il, le burin pour l'eau-forte, la lithographie agonise, le bois est en péril, le procède, tend à supprimer le burin, l'eau-forte, la lithographie et le bois, et l'agent provocateur de ces « menées révolutionnaires », c'est, directement ou indirectement, la photographie. »

De nos jours, cependant, jamais les publications n'ont été si nombreuses et illustrées si copieusement et de si amusante façon. Les procédés de reproduction, purement mécaniques, ont donc rendu déjà d'immenses services et en rendront peut-être de bien plus grands encore. Est-ce à dire qu'ils doivent conduire à l'abandon complet des anciens procédés de gravure? Oh ! que non pas. Les uns donnent un résultat et les autres en donnent un autre.

C'est surtout par comparaison que Ton peut juger des résultats obtenus; aussi nous a-t-il paru utile de réunir dans ce volume les différents procédés de gravures d'interprétation et de gravures directes, en insistant avec soin sur les avantages et les inconvénients de chacun d'eux.

Quiconque sait tenir une plume ou un crayon peut, au lieu de tracer ses compositions sur le papier, les tracer sur le cuivre ou sur

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AVANT-PROPOS

la pierre. Mais même pour ces gravures originales, qui demandent une certaine liberté d'exécution, il y a des règles à suivre et des procédés qu'il faut connaître; quelques-uns des chapitres de ce volume répondront à ces questions.

Après avoir décrit en première ligne les Procèdes de la Gravure a Veau-forte et de la Gravure a la pointe sèche, nous décrivons aussi ceux de la Lithographie à la plume et au pinceau, ceux de la lithographie à plusieurs pierres, et ces procédés àJ Autographie au crayon et à la plume sur papier transparent ou sur papier spécial permettant d'obtenir des dessins par report et sans être obligé de travailler directement sur pierre.

A côté de ces procédés de reproduction par interprétation que l'on peut s'assimiler très facilement, d'autres nécessitent, il est vrai, des études plus compliquées. Telles : les gravures sur bois qui demandent une certaine habileté d'outil, que l'on ne peut acquérir qu'en fréquentant les ateliers. Mais en étudiant dans un chapitre spécial les différentes méthodes de dessin sur bois, ces dessins au trait ou ces dessins au lavis rehaussés de gouache que les graveurs, dans le premier cas, doivent reproduire trait pour trait, tandis que, dans le second, ils doivent interpréter, à l'aide de hachures, les teintes du modelé, nous aurons certainement rendu service à tous ceux qui, le crayon ou le pinceau à la main, ont souvent rêvé de voir leurs compositions gravées, et qui sauront ainsi" quels 'sont les avantages et les inconvénients de chacun de ces systèmes.

C'est d'ailleurs par leur parallélisme constant que les différents chapitres de ce volume permettront à tous d'apprécier les résultats obtenus par les divers procédés décrits.

Si les dessins au lavis, gravés ensuite sur bois, ne semblent pas pouvoir donner l'effet voulu, les procédés de dessin au trait, de lavis ou d'esquisses en grisaille, destinés à fournir, par l'intermédiaire des procédés photographiques, des vignettes en relief ou en creux, des gravures sur zinc ou sur cuivre, mordues à l'aquatinte retouchées ensuite, parfois au burin et à l'eau-forte, donneront peut-être le résultat rêvé.

AVANT-PROPOS

• Décrire avec soin ces différents procédés de gravure chimique ou mécanique, montrer, par de nombreux exemples, les effets obtenus par des dessins à-la plume ou au crayon, exécutés sur papier uni ou sur ces papiers spéciaux qu'on désigne parfois sous le nom générique de papier procède, montrer quel parti l'artiste peut tirer de ces dessins originaux que la photogravure va transformer en gravures en relief, pouvant fournir à l'impression un nombre d'exemplaires presque indéfini; tel sera et tel devait être d'ailleurs le principal chapitre d'un volume consacré aux Arts de reproduction vulgarisés, dans lequel, outre les procédés actuels, on a donné place, au point de vue historique, à quelques-uns des anciens procédés autrefois en usage.

Des renseignements sur les diverses méthodes d'impression et de tirage des gravures en relief et en creux, des planches en noir et en couleurs, termineront ce volume, dans lequel on a tenu cependant à rappeler en quelques lignes les vieilles méthodes de gravure d'interprétation autrefois en honneur.

En art, il n'y a pas de genres inférieurs, avons-nous répété cent fois, il n'y a que des œuvres inférieures.

Un beau dessin est supérieur à un immense mais très mauvais tableau, une délicieuse statuette est préférable à un groupe colossal de proportions peu heureuses.

Il est donc bien permis aussi de mieux aimer, un léger croquis en couleurs qu'une immense épreuve en noir très mal venue.

Il ne faut pas toujours prendre le mot Chromo en mauvaise part. On dit à un artiste, lorsqu'on est resté en extase devant son œuvre: Quelle couleur! et il est enchanté; on murmure : Quelle chromo ! c'est une insulte.

Et cependant on voit tous les jours de merveilleux pastels frais et superbes, — imprimés à l'encre grasse, — s'étaler sur les murs blafards et sur les planches poudreuses. Ces affiches immenses ne sont-elles pas des estampes en couleurs, — des chromo, — à classer parmi les œuvres d'art?

AVANT-PROPOS

Mais, à côté de ces enluminures gigantesques, ne peut-on aussi savourer sous le doux éclat de la lampe du travail , ne peut-on regarder les yeux mi-clos la belle épreuve de l'eau-forte en premier état, du burin à peine égratigné, du bois aux franches oppositions de ton ou de la lithographie, dont les noirs intenses font songer au plus riche velours ?

Tout cela, gravure et lithographie, doit-il disparaître devant l'invasion des gravures mécaniques?

Ce n'est pas ici le lieu de discuter cette question avec tous les développements qu'elle comporte. Il y a une grande différence entre les estampes originales et les estampes de reproduction.

L'estampe originale restera toujours, on peut l'affirmer hautement, sans être grand prophète; et ces estampes, dans lesquelles la liberté d'invention de l'artiste se doublera des facilités de l'exécution personnelle, seront toujours recherchées des véritables amateurs.

Quant aux estampes purement de reproduction, leur avenir est peut-être tout autre.

Sans doute, de très habiles graveurs ont sauvé de l'oubli de bien médiocres peintures en débarrassant de bonnes compositions d'un coloris détestable et en donnant à l'œuvre une vie nouvelle, pour ainsi dire, sous un état d'âme plus parfait ; mais de nos jours, par contre, nombre de gens très habiles ont mis tout leur métier au service de planches gravées mécaniquement, impossibles à montrer sans leurs consciencieuses retouches; il n'en est pas moins à craindre que, dans ce genre de reproduction, l'avenir ne soit aux gravures au procédé.

Eh quoi! dira-t-on, les merveilleux Jacquemart remplacés par des gravures au procédé! Hélas! peut-être.

Les portraits si admirables d'un Gaillaid ne font-ils pas songer à des héliogravures? les bois américains si fins, gravés à l'aiguille par toute une pléiade de gens très habiles, ne nous donnent-ils pas, dans une certaine mesure, la sensation des procédés?

Le siècle qui va venir sera-t-il le siècle de la Photogravure seule et sans concurrents possibles?

AVANT-PROPOS

Lorsque la science aura trouvé un moyen pratique d'enlever cette délicieuse image réduite et coloriée qui vient se peindre sur la glace dépolie de la chambre noire, lorsqu'elle pourra reproduire les œuvres qui lui seront présentées sans le secours des retouches, à plus forte raison pourra-t-elle donner, comme en se jouant, des reproductions d'œuvres monochromes tout à fait complètes.

De nos jours, la photographie ne nous donne-t-elle pas des œuvres déjà fort séduisantes ?

Posées sur des marges légèrement bleutées ou teintées comme du papier de Chine et rehaussant les blancs de l'épreuve, elle produit des Rembrandt d'un noir bistré et des Prud'hon d'un gris bleu qui nous donnent de bien délicates sensations. Voyez ces superbes Syndics des Drapiers et ces merveilleux portraits, véritables joyaux des grands musées d'Europe!

Pourquoi ces simples épreuves photographiques sur papier, d'un aspect si artistique, ne se transformeraient-elles pas bientôt en photogravures séduisantes? Le mariage de l'objectif et de l'acide n'a encore produit qu'une union imparfaite ; le ménage n'est pas sans nuages, mais l'union peut devenir plus intime.

Au train dont vont les choses on regardera, — peut-être curieusement et plus promptement qu'on ne le suppose, — sous des vitrines protectrices, les gravures d'aujourd'hui, comme à l'Exposition de 1889 on regardait avec attendrissement la première des locomotives.

Les visiteurs ahuris, en contemplant ces burins archéologiques, ne trouveront peut-être pas d'expressions assez méprisantes pour caractériser ces époques barbares, — où nous nous faisions traîner par de lourdes chaudières, tandis que de simples fluides suffisent amplement à ces tractions, — et où l'on passait des années sur une plaque de cuivre, traçant péniblement à la main des hachures innombra!)!es... tandis qu'un simple rayon de lumière impressionnant une plaque préparée produira, en une seconde, un travail aussi parfait.

AVANT-PROPOS

11 faudrait écrire des volumes entiers si l'on voulait discuter ou rapporter seulement les opinions émises par les historiens sur l'origine de la gravure, — disait, il y a plus de dix ans, Georges Duplessis, en présentant au public une Histoire de la Gravure des plus remarquables et accompagnée de superbes fac-similés.

Et dix ans auparavant déjà (en 1869), un imprimeur dont le nom est bien connu, Motteroz, publiait son Essai sur les gravures chimiques en relief, qu'il complétait en 1881 par un autre Essai sur les illustrations par les procédés chimiques, écrit avec la compétence d'un praticien doublé d'un homme de goût.

Depuis, nombre d'ouvrages ont aussi été consacrés à la gravure, et dans cette utile Bibliothèque de l'Enseignement des Beaux-Arts dont les éditeurs de ce volume ont eu l'initiative, le vicomte Henri de La Borde a traité encore, avec le charme de style qu'on lui connaît, de Y Art de la gravure, tandis que M. A. de Lostalot a résumé en maître YHistorique des procédés.

Dans ce véritable monument élevé à la gloire des Graveurs du XIXe siècle par Henri Béraldi, — un iconophile célèbre et de plus un humoristique écrivain, — on trouve presque à chaque page des notes brillantes qui ouvrent des aperçus nouveaux sur Y Art de la gravure. Jamais on ne s'est préoccupé à ce point, — et avec juste raison, — de multiplier les études et les analyses sur les Arts de reproduction.

Quant à notre volume, plus modeste, nous dirons de lui, en le présentant au public, comme l'a dit excellemment M. de Lostalot en tête de son Avant-Propos : « Nous avons voulu initier le public à des questions qui lui sont étrangères, parce qu'elles ne sont pas encore comprises — malheureusement — dans l'éducation générale dont on développe pourtant le programme tous les jours. Ceci est un travail de vulgarisation. »

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