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III. — Vignettes sur bois

Impression des bois japonais à plusieurs planches.

L'impression des gravures sur bois exécutées au Japon serait à elle seule le meilleur argument qu'on puisse faire valoir, — s'il en était jamais besoin, — en faveur de la supériorité de la main de l'homme sur la machine.

Ce qui nous charme dans les épreuves des eaux- fortes, ce sont ces veloutés, ces voiles d'encre qui rendent l'ensemble si harmonieux. Chez nous, les gravures sur bois, si merveilleusement tirées soient-elles, — et il y a en ce genre des pièces capitales, — sont toujours tirées par de simples et uniformes

à-plats. — Or, au Japon, on nuance les à-plats, et cette manière d'encrer permet d'obtenir des épreuves superbes.

Lorsque l'imprimeur japonais enduit d'encre toutes les parties du bois restées saillantes, avant d'appliquer son papier à la main il étend son encre en se servant d'un rond de carton enveloppé de filaments de bambou. Mais il ne se contente pas d'étendre l'encre uniformément, afin de faire surgir des aspects imprévus, des modelés, des plans espacés ou des profondeurs d'atmosphère; il manipule la matière grasse de mille manières, a dit S. Bing : on force d'un côté, on atténue de l'autre, graduant par endroits, de sorte que des effets de ton, très variés, peuvent être produits par un seul tirage.

S'il s'agit d'imprimer en plusieurs couleurs, il faut un bloc séparé pour chacune d'elles, et le repérage est toujours d'une grande correction, grâce à des points de repère ménagés par le graveur dans les angles du bloc et qui s'impriment sur la feuille dès la première partie de l'opération ; mais on voit quelle importance acquiert, dans une estampe japonaise, le travail technique chargé de faire valoir l'œuvre du dessinateur.

Etant donnée cette manière de procéder, on comprend aisément quelles épreuves superbes on peut obtenir. C'est pour ainsi dire appliquer aux gravures sur bois les procédés d'encrage et d'essuyage de la taille-douce avec plus de liberté encore.

Dans certains cas, les teintes d'encre sont si vaporeuses qu'on les croirait appliquées au pinceau, et l'on est toujours tenté de regarder au verso de l'épreuve pour se convaincre, par les reliefs que donne toujours le foulage, que la teinte a bien été appliquée à l'aide d'une planche en bois.

A côté des grandes surfaces accentuées par des couches de laque noire coupées d'incisions au trait et des sablés d'or fixés au moyen d'un vernis, il faut placer aussi, parmi les procédés familiers des Japonais, les impressions en argent et or et les gaufrages à l'aide desquels on accentue les modelés. Ces gaufrages sont obtenus par des planches gravées, dont la pression seule, sans aucun encrage, détermine des creux qui font jouer la lumière sur les surfaces.

Mais, chose curieuse, dans ce système de gravure sur bois polychromes, la gamme des tons est fort restreinte, et presque toujours lestons sont juxtaposés; ils ne sont jamais superposés. Les effets obtenus sont ainsi plus francs et plus moelleux, et de plus les colorations étant conventionnelles et ne visant jamais au trompe-l'œil, sont toujours basées sur les principes les plus stricts de l'harmonie des couleurs.

Là où, nous autres Européens, nous exigeons des pétarades de vives couleurs, ces délicats se contentent de l'association suave et pleine de séduction des verts pâles et des roses tendres. Aussi, S. Bing a parfaitement raison : quelle haute idée n'est-on pas fondé à concevoir du goût et du sentiment artistique d'un peuple qui exige des œuvres d'une distinction aussi exquise, aux lieu et place de l'imagerie grossière, visant à l'effet brutal, qui d'ordinaire, a seule le privilège de captiver les masses ?

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