NOUVEAUX MAGASINS DU BON MARCHÉ
moins un monument, celui de Cézanne, lequel ne comporte qu’un nu féminin nonchalamment couché. Mais Jean Boucher, qui réalisa nombre de monuments — le Renan de Tréguier, le Hugo de Jersey —, Jean Boucher, tendre confident de l’humaine réalité, n'est-il pas, comme ces maîtres, un beau modeleur de matière, plutôt qu'un architecte? Et Joseph Bernard lui-même, si profondément et instinctivement soucieux de l'effet monumental, n'est-il pas épris, comme un orfèvre, des matières précieuses? Au moins il conserve, jusque dans la réalisation la plus poussée, un grand sentiment du style, et sait, avec une sûreté magistrale, pondérer les volumes de ses nobles compositions.
Par là, plus qu'aucun de ses émules, si ce n’est Antoine Bourdelle, Joseph Bernard s'apparente avec les véritables techniciens de la sta-
tuaire décorative moderne: les Paul Poisson, les Quillivic, les Joachim Costa, les Paul Cornet, les Le Bourgeois, les Pompon. Ce sont là des talents fort différents. L'un, le pathétique auteur du monument aux morts du Havre, Paul Poisson, est un maître de la tradition de Rude; Quillivic, sculpteur du monument de Quimper, est le taciturne disciple de la vieille école bretonne. Costa, l’auteur du grave et simple monument de La Rochelle; et Paul Cornet, maître en matière d'architecture humaine ; et Pompon, l'animalier, sont des chercheurs arrivés spontanément à la formule monumentale, — comme André Rivaud, qui, médailleur, attaque directement à l'outil la matière rebelle, et ne se contente pas de fournir aux praticiens un modèle en plâtre, dont ceux-ci feront une œuvre. Le Bourgeois, enfin, n’a pas seulement donné de remarquables exemples de sculpture décorative, mais ilen a formulé les lois et déduit les méthodes. Qu'ont donc de eommun les œuvres de ces artistes? La tendance. Toutes s'appliquent également à déterminer de grands plans nets, qui donnent à la fois de beaux volumes et de beaux effets architecturaux. Voilà un trait significatif. Avant 1912, on ne s’avisait guère de trouver de la beauté dans de vastes surfaces nues. Le goût moderne, au contraire, est séduit par leur austérité même. Il évince les petites grâces de l'architecture et de la décoration. Il les rend aux choses de Ia mode,
comme 1l convient.