L'ART DANS LA PUBLICITÉ
E COMMERCE est le dieu du monde moderne, et la publicité, quoique femme, estson prophète. Elle étaitconnue des Anciens, etelleavait cent bouches. De nos jours, elle commande aux neuf Muses, qui
ont chacune des milliers de voix plus retentissantes que les classiques trompettes de la Renommée. Pour décrire la part de chacun des arts dans la publicité commerciale, il faudrait des volumes. On ne peut ici que signaler au courant de la plume les principales manifestations artistiques dans la publicité la plus tapageuse, laquelle comprend la réclame.
Aujourd'hui il n’est pas de rue, ni de place, il n'est pas de carrefour, de boulevard ou de passage, ilnest pas de pan de mur où la curiosité du passant ne soit mise en éveil par le signalement de quelque nouveauté ajoutant au grand œuvre de la nature ou au trésor amassé par le labeur humain. Il n’est pas de hall de gare, de vestibule d'hôtel, de station de métro; il n'est pas de hangar, où quelque image, quelque calligraphie ou typographie ne vienne nous offrir ce qui précisément manque à notre bonheur. Et même la nuit, ces appels ne veulent pas cesser ; ils se font au contraire plus énergiques et plus impressionnants. Aidés par les magies de l'électricité et de la mécanique, ils percent les ténèbres, illuminent de vibrations colorées les faîtes de nos maisons, et font surgir du haut en bas des façades, aux kiosques des trottoirs, aux lampadaires des voies publiques, des constellations inconnues. Ce n'est pas tout : voilà que des voix mystérieuses ajoutent encore à l'effet de ces apparitions, et le chœur des hauts-parleurs vient célébrer la naissance de chaque astre qui se lève.
Ah! si vous reveniez parmi nous, bons mages d'Orient, quel
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étonnement serait le vôtre, et en quelle perplexité demeureriez-vous, pour discerner en ce monde d'étoiles celle qui doit vous servir de guide !
Que nous voilà loin de l’honnèête tableau d’enseigne de jadis suspendu à sa délicate potence ouvragée! C'est qu’un tableau ne suffit plus, en dépit de sa tenue artistique, pour forcer une attention sollicitée de toutes parts. Aujourd’hui, le magasin lui-même est une enseigne. C’est à parer ses vitrines, à animer et à varier ses étalages, que s'appliquent les commerçants, en présentant, sur d’ingénieux supports,fixes ou mobiles, tout ce qui peut tenter l'acheteur, cela sousdes éclairages faisant valoir les objets exposés, au milieu de Jeux de glaces, qui en montrent les aspects différents. L’architecture extérieure, autrefois si vainement compliquée, se borne à des encadrements, lenplusÆsouventen beaux matériaux, à des supports de stores ou de marquises, à de délicats ouvrages de ferronnerie accusant l'entrée, à d’ingénieuses combinaisons d'écritureslapidaires, et, placé au bon endroit, à quelque motif de compréhension aisée qui se rapporte parfois au titre de la maison. Il y a tout un art dans le choix de ces titres, les uns d'une brièveté voulue et retentissante comme un bruit de cymbales, les autres évoquant une pittoresque image ou répétant les dénominations du passé.
Le passé, il faut l'avouer, obsède encore beaucoup trop les décorateurs de nos magasins, suggestionnés par leurs clients, qui croient marquer leurs établissements de la majesté du grand siècle, ou de la grâce du temps de la Pompadour, en y ordonnant des pastiches de Trianon ou de la Galerie des Glaces, à une échelle et à des prix réduits. Mais, malgré ces erreurs, dont le nombre pourtant diminue, on est heureux de constater que les œuvres conçues dans un
PRINTEMPS