ISS LES COMPOSITIONS DE LA TENTURE DE [/APOCALYPSE
Les pièces de {'Apocalypse atteignent des dimensions qui dépassent celles qu'on a données depuis aux tapisseries les plus considérables. Hautes de 5 mètres, elles mesurent 24 mètres de long'. Ainsi les 7 panneaux complets atteignaient 140 à 1G0 mètres de cours, 720 mètres de superficie. C'était donc une des tentures les plus considérables en superficie qui aient jamais été tissées. Les plus grandes suites qu'on connaisse les Actes des apôtres, ou l'histoire du Roy de Le Brun n'approchenl pas. quant à la dimension, de l'œuvre de Nicolas Battaille.
L'ensemble de la composition a été fort bien étudié au point de vue iconographique, par M. Louis de Farcy dans les intéressants travaux qu'il lui a consacrés. Primitivement composée île sept pièces tissées en laines de diverses couleurs sur une chaîne de laine blanche, chaque pièce était composée d'un grand personnage assis sous un dais gothique, et plonge dans la lectures des Ecritures. Après lui la composition se divisait en deux frises de sept tableaux superposés, à fonds alternés bleus et rouges. tirés du livre de saint Jean. Au bas de chaque composition se trouvait autrefois une légende explicative, l'inscription en lettres gothiques des textes correspondant à chaque composition. Dans le haut de chaque pièce. l'artiste avait représenté un ciel semé' d'étoiles et peuplé d'anges, les uns chantant et jouant des instruments de musique, les autres tenant des écussons. Dans le bas s'étendait la terre verdoyante, fleurie et parsemée de petits animaux. Les figures se détachant du fond, à l'aide d'un contour noir très marqué, rappellent beaucoup la technique îles vitraux contemporains ; mêmes artifices que le peintre verrier emploie pour rendre nette, ii grande distance, la silhouette des personnages, avec le cerné des baguettes de plomb. Actuellement, par suite de la disparition des bandes contenant les inscriptions, des bordures, la perte ou la mutilation de certains tableaux, on ne jouit plus de l'effet décoratif, tel qu'il avait été obtenu par le peintre auteur des carions, et le liant lisseur chargé d'interpréter les modèles. Il ne reste aujourd'hui que 69 tableaux complets, et quelques fragments. .Mais on ne peut oublier la profonde sensation qu'on éprouve devant ces grandes ligures, et particulièrement celle ligure de prophète assis sur un grand siège el méditant sur le livre de ['Apocalypse ouv ert devant lui. Lue riche étoffe semée de Heurs de lis el de croix forme dais el dossier : deux anges tiennent, au sommet de l'édifice, deux étendards armoriés d'Anjou el croix de Lorraine.
I ne des grandes sources d'intérêt de la tenture de ['Apocalypse d'Angers, c'est son étroite parenté avec l'art des miniaturistes el des enlumi-
LEUR OniGINE DANS LES MANUSCRITS A MINIATURES DU L APOCALYPSE 189
neurs de manuscrits. Le véritable auteur, je le répète, était un des plus célèbres enlumineurs de l'époque, Hennequin ou .Iran de Bruges, peintre attitré et valet de chambre du roi Charles V. .Mais, de plus, nous savons que .Iran de Bruges ne tira pas de son propre fonds, de son imagination les tableaux complexes et variés qui composaient cette suite énorme. C'est dans la librairie du Roy qu'il alla chercher ses inspirations, et il ne se priva pas de mettre à contribution certains manuscrits royaux qui contenaient (1rs visions de V Apocalypse ; quatre de ces manuscrits sont aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale. Chose du plus grand intérêt : le grand séminaire de N'amur possède encore aujourd'hui un manuscrit de 13(>7 renfermant 8(i miniatures, dont un grand nombre sont presque semblables aux tableaux de la tenture de saint Maurice d'Angers, et les tableaux qui nous manquent en totalité ou en partie sont représentés dans les miniatures de ce livre.
C'est ce qu'ont fort bien éclairci MM. Leopold Delisle et Me\ er, étudiant tous les manuscrits à sujets de {'Apocalypse, particulièrement dans leurs rapports nvec noire tapisserie, ils ne rejettent pas le manuscrit ï-03 du fond français de la Bibliothèque Nationale dont nous avons parle'1, mais ils étudient longuement une série de 16 manuscrits offrant tous un type commun arrêté en Angle telle ou au nord de la France au XIIe siècle, et dont les miniatures ont servi de modèles aux enlumineurs, aux tapissiers et aux graveurs contemporains ou postérieurs. Après avoir examiné attentivemenl les miniatures du manuscrit de Charles V, Al L. Delisle s'est trouvé d'un avis diamétralement opposé a celui de M. Giry, par suite de l'identité pres-
que absolue de bon nombre île miniatures de ces manuscrits avec les
Un prophète Tenture do l'Apocalypse. Atelier parisien de Nicolas Battaille, \\\" siècle Cathédrale d'Angers).