‹ Les arts du tissuChapitre 41 sur 280 · LES TISSUS SICILIENS S · texte numérisé non relu

LES TISSUS SICILIENS S

palmette el de l'éventail. Venise el Gênes ne tardèrent pas à s'emparer de ces modèles, pour faire de leurs velours coupés ou ciselés une spécialité dont la fortune fut considérable.

Plus près de notre temps encore, jusqu'aux xvut' et xi\" siècles, l'Asie Centrale fabriqua des tissus de velours unis qu'on a dénommés velours de Bokkara, et qui ne manquent pas de grandes qualités décoratives, bien que les tonalités en soient parfois un peu aigres.

11 existe enfin une série de grandes pièces de soie tissées, décorées exclusivement d'inscriptions, tantôt encloses dans des médaillons ovales, tantôt en lignes horizontales, ou suivant les angles d'une bande en chevrons. On v trouve souvent répétés les noms des quatre premiers khalifes : Abou Bekr, Omar, Osman, Ali, puis des prières empruntées aux sourates du Coran. Ces étoiles sont ou des étendards, ou des voiles de tombeaux. Quelques-unes de ces étoffes magnifiques durent être tissées dans les ateliers maugrabins du .Maroc; nous trouverons des tissus de ce genre en Espagne. — On en rencontre fréquemmenl encore en Syrie; il en existe de semblables sur le lombeau de Saladin à Damas, dans les turbés de Sainte-Sophie, sur les tombeaux des (ils de Mourad III, et de Roxelane, femme de Soliman le Magnifique.

lui résumé, tous ces tissus à inscriptions, surtout quand ils offrenl ces dispositions à chevrons, peinent être approximativement datés des xvie et xvne siècles, et sont turcs, ou du moins de pays soumis à la Turquie S\ rie et Maghreb).

Tissus siciliens. — Bien que dépossédés de la Sicile à la lin du xi' siècle par les princes normands, les Musulmans y axaient conservé leurs mœurs, leurs coutumes et leur religion. Les mosquées continuèrent, à être aussi fréquentées que les églises, et. les Musulmans étaient enchantés de leurs nouveaux maîtres. — De ce mélange original ne pouvait manquer de naître un puissant mouvement artistique Ces princes normands, guerriers illettrés, devinrent, au lendemain de la conquête, d'admirables protecteurs des arts, et surent emprunter, aux divers éléments artistiques rassemblés en Sicile, les traits caractéristiques de chacun d'eux, pour les fondre en combinaisons des plus intéressantes.

L'un d'eux, Roger II, roi de Sicile au milieu du mi" siècle, ayant entrepris une expéditien contre la Grèce, s'empara de Corinlhe, de Thèbes et d'Athènes, et, emmena en captivité les ouvriers eu soie qu'il j trouva. Il les installa à Païenne, et leur ordonna d'enseigner leur art a ses sujets.

;,i LE TIIUZ DU PALAIS DE l'AI.ERME

Une autre version nous apprend que Roger, ayant traité avec l'empereur Alexis, el rendu les prisonniers grecs, aurait retenu à sa cour les Corinthiens et les Thébains, ainsi que ceux qui étaient habiles dans l'art ilu tissage.

Celte opinion de l'introduction du tissage de la soie en Sicile au milieu du xne siècle fut combattue par M. Ainari dans sa Storiadei musulman/ ili Sicilia, par îles raisons très valables. Il paraît, en effet, probable qu'il y avait, bien avant les rois normands, un hôtel du tiraz annexé au palais des émirs Kebbites qui gouvernaient la Sicile pour les Fatimites. En cela, comme en bien d'autres choses, les chefs de la Sicile affectaient de copier les souverains d'Orient. Mais cet atelier devait être bien res- Ireinl, ne marcher qu'avec des ouvriers musulmans, et se garder de faire des apprentis chrétiens. De plus une unique manufacture à Païenne, c'était peu. L'expédition de Grèce, il n'en faut pas douter. du1 être une excellente occasion d'étendre en Sicile la culture du mûrier, la production de la soie el sou tissage; le développement de celle industrie dut se taire grâce aux ouvriers italiens qu'on forma, et grâce aux magnaneries qu'on installa. — Ce lira/, du palais de Païenne dura longtemps; nous avons un témoignage écril de son activité, dans « Maratori, tome ^ II. de Hug. Falcandus » ; c'esl probablemenl île cet atelier que sortirent les étoiles de soie envoyées en 1191 par Tancrède à Richard Cœur-de-Lion. El il est vraisemblable que ces tissus durent conserver longtemps le caractère arabe. Les primes siciliens étaient devenus les fournisseurs des Croisés, qui avaient pris en Asie le goût du faste oriental, et pour lesquels on fabriquait des tissus appropriés. Les navires vénitiens, qui sillonnaient en tout sens la Méditerranée, venaient chercher en Sicile des tissus réputés, qu'ils répandaient ensuite dans toute la chrétienté.

Il esl assez difficile de caractériser avec précision ces tissus siciliens si intimement pénétrés d'influences orientales. Peut-être cependant, dès le xm" siècle, peut-on y signaler quelques signes particuliers. Un y voit apparaître le décor à ordonnance horizontale, plus ou moins nettemenl exprimé ou délimité par des lignes un beau tissu au Musée de Clunv, Venturi Y, fig. 812). Parfois la bande esl supprimée Restent les motifs décoratifs qui se répètent, mais sans chevaucher l'un sur l'autre. L'animal v esl fréquemment interprété (Collection Errera, Musée industriel de Home, à la différence, semble-t-il, des lissus hispano-moresques, à ordonnances plutôt géométriques. Le détail épigraphique v est communément

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