LA BRODERIE A FLORENCE
plus tard Brantôme, dans les Dames galantes, assure que cette supériorité de la fabrication milanaise avait toujours existé. Jl serait donc permis de supposer avec deMonlaiglon que Pantaléon Coule, ouvrier de «brodeure », employé avec sa femme par Charles VIII aux appointements de vingt livres tournois par mois, pouvait avoir été ramené de Milan par le Hoi.
On s'occupait aussi de broderie à Florence, et il est avéré que ses ateliers, dès le xivc siècle, fournissaient aux papes, aux rois et aux grands seigneurs leurs plus belles broderies. Florence, en 1471, ne comptait pas moins de 83 boutiques d'étoffes de soie, et 30 ateliers de batteurs de fils d'or. Les brodeurs y formaient une corporation puissante, à laquelle îles peintres comme Raffaellino del Garbo et Andréa Feltrini fournissaient îles patrons; on trouve dans les anciens statuts de la ville un article où il est question des brodeurs, qui sont appelés « bablicuarii », el dans l'inventaire des joyaux de Philippe le Bon. du 12 juillet 1420, on remarque « une grande chappe de brodeurs d'or, de l'ouvraige de Florence, faicte de histoire ». Dans l'inventaire de la Vaticane de 1301 reviennent constamment les mentions de « opère lucano, opère senenti, opère neapolitano, opère veneto (voir Muntz et Frothingham) . Très intéressantes sont à rapprocher des peintures qui leur sont contemporaines les broderies du commencement du xive siècle de caractère très siennois, comme l'antependium du cloître des moines à Zara, — le pluvial el le paliotto du musée de Pise (Venluii. Storia V. fig. 809), ou celui de la cathédrale d'Anagni (Venturi idem;, où plus que dans les travaux anglais, se remarque le souci de laisser du vide et de l'air dans les fonds, de sérier le dessin d'après les beaux modèles qu'offrait la peinture. On ne peut imaginer plus beaux caractères dans les ligures, plus de style dans l'agencement architectural que dans le splendide antependium brodé par Jacopo Campi, qui se trouve au musée des tapisseries de Florence. Ces travaux, très recherchés au moyen âge en France, v étaient importés par les marchands ambulants, au moment des grandes foires. Il en était un. ayant maison à Beaucaire, qui reçut « 4.000 écus du duc de Bourgogne pour « :i pièces « de drap d'or ouvré ». La chapelle de Philippe le Hardi, en 1 10 i . montrait bon nombre de ces oiTrois de l'ouvrage de Florence, comme la Collection Errera à Bruxelles en possède quelques fragments, el on peut supposer que ces pièces ne le cédaient en rien aux ouvrages anglais, car Florence avail alors u îcole de peintres excellents, auxquels ou devait bien souvent demander des cartons pour broderies C'est ce que confirme l'admi-