‹ Les arts en PortugalChapitre 123 sur 138 · MALAGA · texte numérisé non relu

MALAGA

IS Juillet. — Notre bateau à vapeur est entré aujourd'hui dans le port de Malaga, à 5 heures du matin. Nous avons pu débarquer à 8 heures. Je me séparai à Malaga avec beaucoup de regret de M. Scholz , consul de Danemarck en cette ville. Depuis Marseille , il a été presque mon camarade de lit , car, dans la cabine que nous occupions tout seuls , ma couchette était placée au-dessus de la sienne. Non-seulement il n'est pas mauvais coucheur, mais c'est un des hommes les plus aimables que je connaisse.

Malaga renferme beaucoup de constructions qui datent du temps des Maures. Toute une partie de la ville porte le nom de Âlcazaba ou palais du commandant. Elle est située sur une hauteur qui touche à la nouvelle ville. Une autre hauteur plus élevée , mais formant la continuation de la première , est couronnée de tours et de murailles qui , dans leur ensemble et vues de la mer, forment l'aspect le plus pittoresque. Ce fort s'appelle Glbralfaro. Le petit torrent qui traverse la ville s'appelle Guadalmedina. Sur la côte, j'ai vu bon nombre de ces forts perchés sur des rochers comme des nids d'aigles ; l'Espagne en est parsemée , et les guerres civiles en ont su tirer parti pour continuer un état de choses ressemblant assez à celui dont les peuples des Espagnes étaient redevables à la longue visite que les Maures leur ont faite. Il est vrai de dire cependant que ces derniers n'étaient pas niveleurs , et les traces qu'ils ont laissées après eux prouvent que c'était un peuple éminemment cultivateur, ami des arts, lettré, et en même temps chevaleresque et poétique.

La fontaine placée à une des extrémités de la promenade publique, est un présent de Charles-Quint ; elle est un riche spécimen de la sculpture du cinquecento ou renaissance. Le

dessin et le modelé de ses figures ne sont pas beaux ; mais , dans son onsemble, cette fontaine est d'un cliaimant effet.

La catiiédrale est grandiose. Elle me paraît appartenir à la fin du XVI"-' siècle. Aucune construction d'architecture chrétienne ne peut être ici antérieure à l'année 1484 , car c'est là l'époque de l'expulsion des Maures de Malaga. Cette église forme dans son ensemble une œuvre architectonique complète et homogène. Elle est intérieurement achevée : à l'extérieur il lui manque une tour pour former le pendant de celle qui existe. Les trois nefs, jusqu'au sommet des colonnes, sont dans le style de Bramante ; sur les voûtes , les ornemens , sans être gothiques , ont quelque chose qui rappelle ce style d'architecture. Il serait peut-être plus juste de dire que ces voûtes sont d'un goût particulier et dont il existe, je crois, peu d'exemples ailleurs. Le chœur en boiserie est un des plus beaux et des plus riches morceaux que j'aie vus dans le genre cinquecento ou plutôt dans tous les genres. Dans les niches , j'ai compté 60 figures demi-grandeur naturelle. Elles ne sont pas toutes d'un dessin irréprochable , mais comme partie de ce vaste et beau travail , elles sont tout- à-fait satisfaisantes.

Parmi les tableaux que j'ai vus dans cette église, je citerai avant tout celui ÔLuilonso Cano , représentant la Vierge entourée (C anges et au bas des moines : figures jusqu'aux genoux. Enfin je suis parvenu à voir un beau tableau de l'école esj)agnole, très supérieur, j'en demande bien pardon, à ceux du perruquier de Valence et à tout ce que j'ai vu jusqu'ici en ce pays. Ce tableau est appelé Virgen del Rosario. J'ai cru y reconnaître l'influence de Murillo. 11 y a dans cette même église un tableau deManrique de Lara, peintre de Malaga, dans lequel sainte Madeleine embrasse les pieds du Christ assis à table avec plusieurs autres personnages de l'Écriture sainte. Ce tableau n'est pas sans mérite; il se trouvait autrefois dans l'église de la Fictoria. C'est cette scène qui a donné lieu au mot du Christ : « Tes péchés te seront pardonnes, parce " que tu as beaucoup aimé. »»

Dans une des chapelles se trouvent, en face l'une de l'autre, une assomption de la Vierge et une ascension du Christ^ de

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Nino de Guevara , qui m'ont paru en partie d'influence italienne. La Conception , par Ccrezo, dans le genre deMurillo, est , à mon sens , un faible ouvrage. Plusieurs niches renferment des figures de bois de grandeur naturelle et peintes ; elles sont d'un sculpteur nommé Léon, qui est mort il y a peu d'années. Il faisait aussi de petites figures en terre, dans le genre de celles qui se font encore à Malaga.

J'aurais désiré , en visitant l'Alcazaba, apprendre quels sont les signes certains auxquels on peut reconnaître l'origine mauresque , pour en tirer des conclusions dans l'examen des châteaux en ruines du Portugal ; mais j'ai été déçu dans mon espoir. J'y ai bien rencontré des voûtes en fer à cheval , mais il y en a de toutes les formes. Les murailles sont en partie construites en brique, ou en pierre et en brique par couches régulières , ou en pierre seulement.

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