MEMOIRES
( ONCERNANT I.E rEIXTRE VASCO FERNANDE/., ArPEI.K COMMUNEMENT GRAN-VASOO.
(rcs ménioir.-'s ont élé conitr.nniqiiés à l'aiilcur «le ces lettres par M. le vicomlc »lo Jinoineiilin, le 25 janvier 1844.
Extrait des notices qui appartiennent à Vunc des quatre paroisses de la cathédrale de Vizeu fournies à la demande de la secrélairerie d'Etal. Ces informations sont de la teneur suivante :
Il existe une église sous l'invocation de saint Martin , évt^qiio , de laquelle anciennement partaient les prélats do cet évôclié pour faiic leur enlrôe publique dans la cathédrale. On ne sait rien sur sa fondalion, si ce n'est qu'elle est des plus anciennes do la ville. Elle n'a qii'iuie nef avec trois autels. Sur le premier, qui est le maître- autel , on vénère l'image de saint Martin, évoque, et sur les autels latéraux on vénère deux peintures anciennes, ouvrage du grand et célèbre artiste firan-Vasco qui était du district de cette paroisse ; celle qui est du côté de l'épîire représente S£untBras, ctcelle du côté de l'évangile Notre- Dame de la Pilié. Dans cette église et dans celle de saint Michel susmentionnée on célèbre la messe conventuelle les jours de précepte pour les habitans du district. Ces églises , avant d'avoir été réunies à la cathédrale , formaient des paroisses séparées , et c'est en commémoration de ce fait qu'on y dit encore quelquefois la messe (1). 11 y
[i] On m'a assuré à Vizeu, que dans ces deux églises il n'y avait plus de tableaux (,Vw/<? (le l'uutt'ur des lettres, postérieure de jiliisieurs mois à la date de lu lettre V.)
130 SEPTIÈMK LETTRE. - APPliNDICH I.
a aussi à une demi-liouo de là un vilhr^c <iui est le dernier du circuit de ma paroisse : il s'appelle Moure do Carvalhal , il contient 36 feux ou habitations avec 132 habilans , qui tous sont redevanciers do Joseph de Lemos c Napolcs, seigneur (Morgado) de Moure. 11 y a là une chapelle sous l'invocation de Notre-Dame de Uemioles. Elle ne contient qu'un autel oîi l'on vénère l'image de la sainte patronne. Elle a une confrérie sous la protection de la môme sainte vierge. Cette chapelle fut fondée par les habilans du lieu , à leurs propres frais ; ce sont eux qui fournissent tous les ornemens nécessaires. Ils n'ont aucune autre charge. Il n'y a dans ce village rien de plus qui soit à mentionner ; seulement, à peu de distance, il y a des moulins dits, du peintre, où naquit , selon la tradition constante , un bien célèbre et habile peintre appelé Gran-Vasco , lequel , dit-on , fit l'étonnement nonseulement de ce royaume , mais encore des étrangers , ce qui est encore aujourd'hui attesté par ses tableaux de la cathédrale de Vizeu.
Le curé, Emmanuel Gomez Simoens.
Cathédrale de Vizeu.
Elle est ornée de deux chaires, quatorze confessionnaux, un grand baptistère en marbre, une grande sacristie où l'on voit de riches vêtemens sacerdotaux et beaucoup de vases d'argent ; sur les murs, on admire beaucoup de tableaux faits par Gran-Vasco , et quatre glaces. Au milieu de la muraille est placée la vénérable image du Seigneur, attachée à la colonne, œuvre qui, en vérité, semble faite par la main des anges, tant elle a de majesté et tant sont grands le respect et la dévotion qu'elle inspire , etc. (1).
Celle cathédrale a un grand cloître avec huit autels, etc., et en dehors du cloître près de la porte, dite du soleil, se trouve l'autel du Bon .lésus avec un tableau oïi Von voit tous les tourmens que l'on fd souffrir à notre Rédempteur; c'est l'ouvrage des mains et du pinceau du rnéin Gran-Vasco, etc.
Propriété de Fontello ,
Maison de piai-anre des cvèqiies.
Cette cour est entourée d'habitations de quatre côtés. En face de
la tour se trouve la façade principale, qui a différentes fenêtres, et à la droite la chapelle de sainte Marthe que fil construire l'évoque dom Jean Emmanuel, parce que celle qui y était auparavant était ancienne et petite ; il en est resté un grand tableau de Gran-Vasco Je Vizeu. Cet habile peintre y a représenté le Christ notre Seigneur reçu dans la maison de sainte Marthe.
Nicolas Antoine de Figueiredo.
(1) J'ai vu celte sculpture au mois de juillet, clanl à Vizeu, et je l'ai trouvée sans nul mérite. {IVole de l'auteur des kttrs,)
GRAN-VASCO. 43i
Cathédrale de Vizeu.
... Auprès de cette chapelle, le susdit cloître a une porte qui ouvre sur l'extérieur ainsi qu'une autre qui donne entrée à une chapelle consacrée au Ciirist sur la croix ; cette chapelle a une autre porte, dite du soleil, qui conduit à un escalier par où l'on sort. L'autel est privilégié à perpétuité ; il y a un tableau sur bois où Ton voit représenté l'image du Christ sur le Calvaire, crucifié entre les deux larrons, ouvrage de y A pelles portugais Grati-Vasco , elc.
Le curé, Joseph Mendez de Mattos.
Couvent de Saint-François d'Orgens a Vizeu.
...Dans une arcade, à 5 palmes i/2 (<,2o met.) au-dessus du pavé de l'église , s'élève un tombeau dont la hauteur occupe tout le vide de l'arcade. Sur le devant de ce mausolée, dont la surface est plane, est suspendu un tableau qui rempht toute l'arcade en hauteur et en largeur ; cette peinture faite avec art et avec finesse est une des meilleures que l'on connaisse en cette noble province de Beira. On y contemple la douloureuse scène de la descente de croix. Le corps de Jésus -Christ, notre rédempteur, est étendu dans un linceul; Notre-Dame, plongée dans la douleur, soutient la main droite du Sauveur ; la pénitente Madeleine baise ses pieds ensanglantés par les clous ; l'évangéliste bien-aimé soutient dans ses bras le corps du Sauveur, brisé et couvert de blessures. Les trois Maries, baignées de larmes, contemplent ce spectacle douloureux. Telle est l'excellence de ces saintes images , que , pourvu qu'elles soient contemplées avec dévotion et recueillement , elles ne peuvent manquer d'amollir les cœurs les plus durs. Cette peinture extraordinaire est en effet si vraie , que l'on ne pourrait trouver de différence entre la réalité et la représentation. Le talent et l'habileté de l'artiste ont été tels qu'il a fait paraître naturel ce qui est l'ouvrage des mains , et vivant ce qui n'est qu'une ombre. On dit que cette admirable et surprenante pemture est une des plus remarquables du célèbre et incomparable y'asco Fernundez do Casai, surnommé Gran-Vasco; qu'elle suffirait seule pour lui acquérir le nom de grand , sous lequel il est à juste titre connu dans toute l'Espagne (I), parce que tous les ouvrages de ce noble et insigne artiste sont une vivante rivalité d'Apelles Tiinante, de Zeuxis et de Parrhasiusqui, selon ce que nous disent les poètes, reçurent le nom de divins pour le rare mérite de leurs peintures :
Picloiibiis afciue poelis
Quidlibet audeiidi seaiper fuit a-cpia poleslas.
(t) litaufoup d'auteurs ont donné ce nom à toute la péninsule, et comprennent le Portugal sous celte même dénomination [Xola de l'auteur des lettres.)
un SEPTIRME LETTllE. - Ar'l'ENDICl' I.
Il n'y 0 pas le n^.oinilrc doute que l'owvnK^c dont nous venons de parler ne soit de Gran-Tasco, quoique l'auteur du sanctuaire de Marie l'iiit cru d'Albert Durer.
Le curé de la cathédrale, Emmanuel Lopez de Almeida.
(Tous rt's cclaiifissciiicfis sont (U-riinncc 1758.)
E clair cissemens qui ont été etivoyés dernièrement de la ville de Vizeu au vicomte de Juromenha.
Nous ne pouvons mettre en doute l'existence de Vexcelle7it peintre Gran-Vasco de Vizeu sans tomber dans une espèce de scepticisme ; parce que quand les faits historiques ne fournissent pas de certitude, il faut nous arrêter aux probabilités. Les traditions, sur lesquelles sont basées peut-être la plupart des mémoires écrits , ne méritent que la dernière place dans notre croyance quand elles sont destituées de vraisemblance ; mais pourtant bien souvent les vérités les plus incontestables sont léguées de cette manière de génération en génération.
Nous trouvons écrit qu'avant Homère ont existé les célèbres Linus et Orphée; cependant comme il n'est rien resté d'eux , quoiqu'un a déjà douté de leur existence. Mais que dirons-nous de Virgile et même d'Homère? Oh ! disent quelques-uns, quant à ceux-ci ils ont existé, car nous avons leurs ouvrages; mais ils ne font pas attention s'il y a identité des personnes. Ce que l'on appelle l'Iliade n'est , selon d'autres, qu'une collection de morceaux de divers chanteurs grecs, arrangés dans l'ordre où se trouve aujourd'hui ce poème (1).
Quoi qu'il en soit , il €St certain que nous possédons beaucoup d'ouvrages anonymes, ou dont les auteurs sont douteux ; mais ce dont nous ne i)Ouvons pas douter c'est que quelques hommes les ont faits, et c'est à ceux-là que nous dirigeons nos hommages quoiqu'il y ait erreur ou corruption de nom et de circonstances biographiques (2).
C'est avec raison qu'il est passé en proverbe, que verba volant, scripta manent; mais si, faute de monumens, une tradition constante atteste qu'un individu a existé (3), et montre les ouvrages qu'il a laissés (4), lesquels en matière de beaux-arts servent de fondement à la mémoire traditionnelle , je n'hésiterai pas à prêter foi à ce que je trouverai de raisonnable sur cet objet.
(1) Cette romparaison est judicieuse, mais je ne pense pas qu'on puisse l'éleudie à Virgile.
(2) c'est parfaitenieut juste.
(3) Oui, celle remarque est juste et elle est applicable à Gran-Vasco,
(4) Ceci rue paraît moins exact, surtout daus le cas présent,
[Noies (le ra,.tciir des lettres.)
C'est précisément le cas dans lequel je considère Gran-Vasco de Vizeu, lequel ayant fleuri dans des temps où le gouvernement portugais n'avait pas encore établi les registres civils et ecclésiastiques , il serait inutile d'aller rechercher son extrait de baptême. L'époque de sa niort est également ignorée ; de même que le lieu de sa sépulture à Thomar 0 oi/e; Cyrillo VolkmarMachado; Mémoires, page t>i).
Les archives des livres de lévêché de Vizeu furent endommagées lors de l'invasion do l'armée de Masséna en 1810, de sorte que les plus anciens livres qu'aujourd'hui l'on y conserve sont : celui de la paroisse do Pessegueiro , qui remonte à l'année 1o6o; celui de la paroisse dos Chans , depuis 1 567 ; et celui do la paroisse de la cathédrale qui va jusqu'à 1595. Dans ce dernier l'on a fait toutes les recherches possibles , sans que l'on ait pu y rencontrer l'extrait mortuaire de notre peintre.
Toutefois , il est avéré que dans cette ville de Vizeu l'on a conservé jusqu'à présent une tradition constante, fondée et appuyée sur les excellentes peintures de ce grand maître; cette tradition le fait naître dans les environs de la ville, en un obscur moulin, qui a pris pour cette raison le nom do Moulin du Peintre; car cet artiste était fils d'un pauvre meunier (1).
La personne qui écrit ceci a eu la curiosité de visiter cet endroit qui, tout humble qu'il est, s'est vu ennobli parla naissance d'un homme célèbre. A la distance de moins d'un quart de lieue de la ville, coule, dans la direction du nord , un faible ruisseau que nous pourrions plutôt qualifier de torrent. Là, dans un étroit vallon, entouré de roches de granit , se trouve placé un petit moulin à blé, et tout auprès les fondemens d'une chaumière qui n'existe plus; c'est dans celte dernière que, selon la tradition , naquit le grand peintre Vasco , qui , dès l'enfance, donna des marques d'un rare génie, en peignant sur la porte de la maison un âne chargé de sacs de farine, avec une telle habileté , que le père , en rc'lournantchezlui vers l'entrée de la nuit, se trouva trompé au point de vouloir faire entrer dans la chaumière ce qui n'était qu'une vaine illusion. J'ai entendu raconter par un vieillard, qui existait déjà en 1730, que, par la protection d'un évêque de Vizeu, Gran-Vasco avait été étu-
(1; Il y a quelque vraisemblance que les lahleauxde Vizeu, s'ils ont de l'analogie entre eux, sont tous l'œuvre de Vasco Fernande/, do Casai, et que, si ces tableaux sont bons, le titre de Gran-Vasco se fonde sur une su|iposition admissible. Si ces tableaux sont l'œuvre de différens maîtres, les doutes renais- .sent, et on doit se demander quels sont parmi tous ces tableaux ceux <|iii appartii'iment à Gran-Vasco ? D'ailleurs, je veux les voir, el je serai heureux de trouver sur les lieux, sinon la solution défniilive de la question, du moins des indices capables d'y répandre quilque lumière. Ce qu'il y a de sûr, c'est (pie rien au monde ne peut faire (|ue tout ee qu'on nous présente ici cl ailleurs comme étant de Gran-Vasco, soit l'œuvre du même peintre. (lYote de l'auteur clcf /cttrcs.)
dier en Italie. Pendant son voyage, il entra dans la maison d'un peintre, disant qu'il exerçait sa profession; et il demanda à ôlre employé. Les vêtemens en lambeaux, dont il était couvert, son air misérable, le firent mépriser du maître de la maison, qui cependant, par compassion, lui donna des couleurs à broyer.
L'heure du dîner arrivée, tous sortirent; et notre Vasco profita du moment pour peindre , comme par vengeance , une mouche sur la joue d'une figure, et un fil de toile d'araignée attaché aux cheveux et au nez d'une autre figure, ce qu'il fit avec un tel art que les gens de la maison, en rentrant, essayèrent à plusieurs reprises de chasser la mouche avant de s'apercevoir de leur erreur. Pendant ce temps le peintre s'était esquivé, et tous les gens de la maison s'écrièrent, d'une voix unanime , que cela n'avait pu être fait que par le grand Vasco.
Je pense bien que tous ces récits et d'autres semblables ne sont que des fables comme l'on doit en attendre des traditions locales ; pourtant ils sont un fort indice, non-seulement en faveur de la réputation de Yasco, mais même de son existence, et on peut en induire aussi qu'il appartenait à l'endroit désigné. La tradition la plus constante sur le nom qui se rattache au Moulin du Peintre, est celle qui l'appelle Vasco Emmanuel, filleul de Vasco Fernandez do Casai, homme riche dont le nom de famille est encore porté par quelques familles de Vizeu. Un des descendans et héritiers de cette famille me montra dans une maison de campagne, certaine peinture de Vasco à l'entrée de la porte d'une cave. Elle représente le dieu Bacchus assis sur un tonneau. C'est, disait-il, l'ouvrage du filleul de Gran-Vasco. Je ne soutiendrai pas que cette tradition soit aulhentique; mais je puis assurer que la peinture, malgré quelques endommagemens, est digne de l'auteur auquel on l'attribue. Ayant eu l'occasion d'examiner les archives de la cathédrale, ainsi que celles du palais des évoques à Fontello, je puis affirmer qu'il n'existe là aucun mémoire touchant la personne et les peintures de Gran-Vasco. Pour ce qui regarde l'école de ce grand maître, il est constant qu'il eut beaucoup d'élèves et d'imitateurs (1 \
En vérité, s'il eût fait tous les tableaux qu'on lui attribue, il aurait joui de bien peu de repos en sa vie : il suffirait dénumérer le grand nombre qui en existe à Lisbonne, à Thomar, à Evora, et surtout dans les églises de l'évéché de Vizeu, pour nous faire douter d'un si grand travail [Voyez les mémoires déjà cités de Cyrille Volkmar Machado).
Beaucoup de ces tableaux sont supposés, mais pourtant le connaisseur peut facilement distinguer ceux du maître de ceux des imitateurs.
Passons à ceux des tableaux de Vasco qui aujourd'hui existent dans la ca'hédralc do Vizeu.
(1) Qu'y a-l-il de roiistant relativement à une écolo cl aux élèves de Gran- Vasco.' [iYole lie l'auteur des lettres.)
Le premier et le plus considérable par ses dimensions, par sa beauté et la richesse d'invention, est le Calvaire, tableau de 15 palmes (3,39 mètr.) en carré. Il est placé au-dessus de l'autel que l'on nomme de la Porte du Soleil, dans le cloître de la cathédrale. On y voit Jésus-Christ crucifié entre les deux larrons. Les physionomies et les mouvemens sont caractérisés admirablement : le bon larron est tourné vers le Christ, montrant les signes du repentir; le mauvais larron détourne son visage sur lequel on lit le désespoir cl tous les signes que les physionomistes attribuent aux malfaiteurs. Tout près nous voyons saint Longin, qui vient de recouvrer la vue par le sang du Rédempteur. Du cô(é opposé se trouve le centurion repentant. Plus bas, la sainte Vierge tombe évanouie dans les bras des saintes femmes, et il semble que nous lui entendons dire : Oh vos omnes qui Iransitis per viam, attendiie et videle si est dolor sicut dolormeus! Plusieurs groupes de soldats sont à boire et se divertir, et à tirer au sort la tunique du Seigneur. Puis on dislingue dans le lointain, suspendu à un arbre, Judas, maudit pour avoir vendu le sang du Juste. Enfin, le tableau contient plus de quinze figures dont aucune ne nuit à l'unité de l'action, et chacune est d'une grande correction de dessin.
Au-dessous de celui-ci, l'on voit trois petits tableaux qui représentent des passages de la Passion du Seigneur, et qui sont achevés avec soin. Ces peintures sont sur bois, comme toutes celles que nous connaissons de cet auteur. Celles dont nous allons parler ne sont point fixées au mur et se voient dans la sacristie de la même cathédrale.
Celui d'entre ces tableaux qui attire le plus l'attention des connaisseurs, représente la Pentecôte; il peut avoir 1 0 palmes carrés (2,26 met.). L'auteur a pris pour sujet le verset 23*, chap. 2 des Actes des apôtres: Et factus est repente de cœlo sonus tamquam advenientis Spiritûs vehevieniis, et replevit totam domum ubi erant scdentes. Et apparuerunt illis dispertitœ îimjuœ tamquam ignis, seditque supra singulos eorum. Il faut faire attention à toute la force de celte narration, pour admirer l'excellent développement que le peintre lui a donné dans les différentes attitudes de chacun des apôtres qui se trouvaient réunis dans le cénacle avec la Sainte-Vierge. Ensuite il y a d'admirables détails dans le dessin des figures, et je pardonne volontiers l'anachronisme qu'il a commis, en peignant un apôtre qui lit dans un livre relié et imprimé comme les bréviaires ecclésiastiques de nos jours ; chose qui certes n'existait pas alors , comme le savent bien les archéologues. Le tableau de môme dimension où l'on voit saint Pierre assis dans la chaire pontificale, est aussi un de ses plus fameux ouvrages. Le saint est revêtu ûzs vètemens sacerdotaux que les papes, ses successeurs, ne portèrent que plusieurs siècles plus fard. Il présente aussi une grande connaissance d'architecture; mais ce qui surtout fait impression sur le spectateur, c'est la clef que le saint tient de la main gauche, et
136 SEPTIÈME LETTUE — Al'FENDlCE I.
qui forme une ombre portée au côté opposé au jour qui vient d'une fenêtre, avec tant d'art et de bonheur, qu'elle semble sculptée plutôt que peinte.
Il y a encore deux autres tableaux de môme dimension : l'un rC' présente saint Jean baptisant le Christ dans le Jourdain ; et l'autre sr.int Sébastien, attaché au poteau et traversé de flèches. Mon opinion, s'il m'est permis d'en avoir en celte matière, est que ces doux tableaux ne sont pas de Vasco ; cependant ils ont du mérite et font honneur, non-seulement à l'élève, mais encore au maître.
Il me reste à dire quelques mots sur les petits tableaux de 4 palmes (90 centimètres) qui représentent des demi-figures. Le premier et le plus notable est saint Jérôme dans le désert, se frappant la poitrine avec une pierre. Le bras qui soutient la pierre semble sortir du tableau. Le second représente une entrevue de saint André et de saint Jean : la flgure du premier a une expression admirable. Un voyageur étranger a offert un million de réaux de ce tableau. Le troisième représente saint Pierre advincula;\e quatrième saint Bras vêtu en évéque, lisant un livre ; le cinquième saint Pierre et saint Paul ; le sixième un saint martyr ; le septième saint Benoît ; le huitième un ermite lisant. Il serait difficile, à quelque peintre que ce fût, de surpasser l'expression de cette figure ; le neuvième est saint Antoine, ermite : il a un bâton et prie avec un rosaire en main. Les paroles me manquent pour faire dignement l'éloge de ces chefs-d'œuvre. Tous sont réputés véritablement du pinceau de Yasco ; mais je crois apocryphes quatre autres tableaux de la même dimension qui représentent : le premier Notre- Dame de la Conception ; le deuxième sainte Catherine ; le troisième sainte Luce; le quatrième un saint inconnu. Malgré cela ils ont du mérite ou du moins ils honorent l'école.
Je n'ai plus qu'à parler de quatorze excellons et fameux tableaux qui peuvent avoir 3 palmes et demie (79 centimètres) de largeur et de hauteur ; sept représentent l'histoire du Christ depuis l'Annonciation jusqu'à la Fuite en Egypte, et les sept autres, la Passion depuis la Cène jusqu'à la descente du Saint-Esprit. Us sont soigneusement peints tant pour le dessin et l'invention que pour le coloris; mais je suis fâché de ne pouvoir maintenant en donner une description détaillée comme ils le mériteraient. Ils sont placés dans la salle du chapitre de la cathédrale.
Voilà tout ce que je sais et puis dire à l'égard de mon concitoyen le Gran-Vasco qui, par son éminent génie honore non-seulement le lieu de sa naissance, mais encore la nation. Je voudrais pouvoir en dire davantage avec certitude et vérilé, maison manque do détails; il faut en accuser le temj)s destructeur et l'ignorance de ses contemporains qui n'ont pas su apprécier le mérite,
Vizeu, lij novembre 18i3. J. M, Uekauuo.
GHAN-YASa». 137
Telles soiil k'S notices a\ nul rapport au peintre portugais que j'ai pu jusqu'ici me procurer. Dans les réponses données par les curés des paroisses de Vizcu pour la composition du Dictionnaire géographique de Portugal, vous verrez que l'un d'eux ofiirme que Gran-Vasco était natif de sa paroisse. J'ignore sur quel fondement il appuie cette assertion : je suis rocme persuadé (ju'il n'en a eu d'autre que la tradition vulgaire qui assigne le Moulin du Veintre comme lieu de sa naissance.
Les éclairci.'^semens qui m'ont été donnés directement de Vizeu sont du plus grand intérêt, parce qu'ils font voir qu'une personne intelligente a fait, quoique infructueusement, toutes les recherches possibles dans les différentes archives, surtout dans celles de la cathédrale. En outre, ils donnent l'inventaire de tous les tableaux attribués à Vasco, qui se trouvent dans la cathédrale et dans la résidence de Fontello, maison de plaisance des évoques de celte ville.
Lisbonne, le 22 janvier 1844.
Signé : Vicomte de Juromenha.
Rapport de Diogo Barbosa Machado, abbé, conservateur de l'église de Saint- Adrien de Sever de l'évèché de Porto, et membre de l'Académie, sur la ciirle apologétique et analytique, par Joseph Gomez da Cruz, à la demande d'André Gonçalvez. Lisbonne, 1752. Page 9 à compter du litre de l'ouvrage.
Extrait du Tribunal ou Cour du Palais.
Sire,
Les coryphées de la peinture ont été : A Rome , Raphaël, etc., etc.; en Allemagne, Rembrandt, Jean Holbein et Abraham de Mignon ; en Hollande, Lucas de Leyde, etc.; en Angleterre, Dobson Lely, Thornill; en France, Vouet, Poussin, Lebrun, etc.; en Caslille, Ribera, Murillo et Velascjuez ; en Portugal, Gran-Vasco de Vizeu, Alphonse Sanchez Coelho, Gaspard Diaz, Amaro do Valle , Diogo Reynoso, Fernan Gomez, Joseph d'Avellar, Diogo Pereira, Marcos da Cruz, Benlo Coelho, l'insigne Francisco Vieira, et parmi eux tous, celui-ci qui m'a engagé à écrire cette apologie, et dont je ne déclarerai pas le nom, craignant de blesser sa modestie (Il se réfère à André Gonçalvez , peintre de Lisbonne, et c'est par lui (ju'il a été engagé à écrire celle carte apologétique).
Lisbonne, le 10 décembre 17o1.
Mémoires historiques de Vutililé de la chaire [Ministerio do Pulpito), par Frey Manuel de Cenaculo Villas Boas, évèque de Beja et archevêque d'Evora. — Lisboa, 1776, §4. Art. Peinture, page 134.
« Je ne saurais dépeindre, dit le prélat, le caractère de peinture de ce « siècle, tant parce que la chose est étrangère à ma profession que « parce qu'en vérité les anciens manquaient de zèle pour la conserva- « tien des documens. Je serais fort embarrassé de décider quels senties « noms qui méritent le plus d'être conservés parmi tous ceux des qua- « rante-quatre (1 ) peintres que frère Nicolas d'Oliveira dit avoir existé à « Lisbonne, cependant on peut bien dire qu'il n'y a qu'un petit nombre a parmi eux qui soient vraiment recommandables. Quanta nous, indivi- « duellement, nous manquons de renseignemens suffisans à cet égard : « mais parmi eux Gran-Vasco de l'école de Pérugin se fit un grand nom.»
François DiAZ Gomez. Poésies imprimées à Lisbonne en 1779. Page 18, l''^ élégie, note IL
« Un des plus fameux de no? peintres fut Gran-Vasco qui florissait « au temps de Jean III. Dans ses ouvrages, ses pensées montrent une « grande élévation et ses figures ont beaucoup d'expression. Il était « admirable dans son coloris, et s'il n'avait pas quelque chose de gothi- « que, il serait un artiste consommé.»
Dictionnaire d'architecture.... par M. Roland le Virloys, 3 vol. in-4. Paris, 1770, vol. 3«, page 91 .
« Vasco, vivant en 1480, dit en Portugal le grand Vasquez, à cause « du grand nombre de beaux ouvrages de peinture qu'il a faits en diffé- « rens endroits de ce royaume, particulièrement dans toutes les maisons « royales, les monastères et églises, bâtis par ordre du roi ; il paraît par « sa manière qu'il était élève de Pierre Pérugin ; les fonds de ses tableaux « sont toujours ornés de belles fabriques d'architecture , ou de beaux « paysages; son goût le portait toujours à peindre des sujets de l'his- « loire sainte. »
Taborda (José da Cunlia). Règles de l'art de la peinture. Lisbonne, 1 81 5. Cet auteur n'exprime aucun doute sur l'activité artistique de Gran-
tl) Ce chiffre csl inexact, il fuul lire 66 peintres et 46 dessinateurs.
(/Vo^c de railleur des lettres.")
GRAN-VASCU. i39
Vasco. II dit qu'il y a peu d'églises, de monastères et d'édifices qui ne soient ornés de ses beaux ouvrages, et il en cite un grand nombre. Il croit que l'on peut admettre qu'il était élève de Pérugin.
Il cite huit tableaux, représentant la vie do la Vierge, que possédait le marquis de Valence.
Il en cite neuf dans la salle des de profundis au couvent da Trinidade, qu'il dit ressembler à son style. Ce sont :
la Transfiguration ,
la Trinité ,
la Circoncision,
le Cénacle ,
l'Adoration des mages , et autres.
Dans l'église de Nossa Senhora do Paraiso, se trouvent :
les Épousailles de la Viergo ,
l'Annonciation ,
la Visitation ,
la Naissance du Christ,
la Circoncision ,
l'Adoration des Mages,
la Fuite en Egypte,
Jésus parmi les Docteurs, Il fait surtout l'éloge de la Circoncision.
Dans le monastère de Sam-Bento da Sande, il cite les tableaux quo nous trouverons aussi cités par Cyrillo qui se trouvent à l'Académie et qui ont assurément du mérite. Il fait particulièrement l'éloge de la Circoncision, et je ne puis qu'abonder dans son sens. Néanmoins, je voudrais connaître l'origine du tableau pour savoir à quel peintre je dois avec quelque apparence de probabilité en attribuer la gloire. Parmi les spectateurs qu'il a introduits dans le tableau, on croit reconnaître le peintre.
Taborda donne un extrait du brevet de Villuminador Vasco qui fait partie des appendices de la 5« lettre; mais il n'alFirme pas que Villuminador Vasco de 1453 soit le même individu à qui la tradition accorde le nom de Gran-Vasco et dont les ouvrages, ainsi que nous le verrons plus lard, appartiennent évidemment à l'époque d'Emmanuel (1495- 1521 ), ou à celle de Jean III.
Il avoue qu'il ignore d'autres particularités de sa vie, et il en accuse la négligence des auteurs anciens ; seulement, dit-il, « nous savons « qu'il vivait en 1480, suivant l'acte d'achat de certains moulins qui « sont encore appelés les Moulins du Peintre. »
En note il ajoute : « 11 y a des gens qui prétendent que Vasco était « naturel de Vizcu. Nous ne réfutons point cette tradition, seulement « nous remarquerons que nous n'avons connaissance d'aucun fait qui « prouve cette origine et si nous citons ce document, co n'est qu'en
HO SEPTIÈME LEirilE. — APPENDICE l.
« nous appuyant sur Guarienli dans son Abecedario pillorico du Peléa grino Antonio Orlandi. Nous voudrions aussi dire conune chose ccr- « laine qu'il est mort à Thomar et qu'il fut enseveli dans l'église du « monastère de l'ordre du Christ : cependant la personne qui m'a dit « cela n'a pu me fournir aucune preuve en faveur de celte assertion (1 ). Il dit qu'il existe encore beaucoup d'autres tableaux de lui en Portugal ; A "Varatojo dans la chapelle du Séminaire : l'Annonciation , la Naissance, l'Adoration des Mages , la Résurrection.
Dans la galerie du marquis de Borba :
le Martyr de saint Verissimo ; celui de sainte Maxima et de sainte Julie.
Chez le marquis de Penalva :
deux Bénédictins
et (ui saint Religieux en contemplation. Dans le collège des nobles :
la Naissance du Christ , Saint Jean baptisant le Christ.
Il n'a pu découvrir le Christ couronné d'épines, du même auteur, qui d'après les mémoires de Thomas Caetano de Bem (tomei, page 182) doit se trouver dans le couvent de sanio Caetano da Divina Providencia. Taborda croit qu'il est probable que Vasco a laissé beaucoup d'élèves et qu'un grand nombre d'ouvrages qui lui sont attribués, et qui ne sont pas dignes de sa haute renommée, sont les ouvrages de ses élèves.
Cyrille Volkraar Machado.
Voici ce que je lis dans le livre intitulé :
« CoUecçao de Memorias relaliva-i as vidas dos pintores el par Cij- « rillo Vollcmar Machado. Lisbonne, 1823.
Page 49. Peintre. — Gran-Wisco de Vizeu.
« Les mémoires cpii sont parvenus jusqu'à nous relativement à ce fa- « meux peintre, sont quelquefois incertains, quelquefois contradic- « toires, et ne s'accordent que sur un point, c'est qu'il vivait en 1i80, « parce que c'est cette année qu'il acheta quelques moulins on un en-
(1) Nous \oiulrioiKs l)ieii coimuiUv los preuves Jo lout te (pic Taborda avauee hii-nièiiic Juiis ce para^iuplie.
(WIAN-VASCO. m
a droit proche Lh Vizeu qui fut appi'lo t'innlroil du peintre (1), car oi\ « flit qu'il naquit en ces lieux et que, ainsi que corlainos personnes « rafiirment, il fut le fils d'un cultivateur aisé.
« Il y a des personnes qui prétendent qu'il fut disciple de Pérugin ou « de Raphaël. La première hypothèse est peu vraisemblable; la sc- « conde impossible, car Raphaël naquit en 1483. Il est possible qu'il « ait été le condisciple de Pierre Pérugin dans l'école d'André Veroc- « chio, Florentin qui fut aussi maître de Léonard do Vinci, car il était « très habile dans la peinture, dans l'architecture et dansla perspective: « toutes choses dans lesquelles notre Vasco excellait.
« D'après diverses traditions, le roi Emmanuel l'aurait envoyé étu- « dier à Rome, en quoi il y a deux incohérences : premièrement que « l'école de Rome est plus moderne que notre peintre ; secondement « que si Vasco fut envoyé en Italie par l'un de nos rois, il aurait dû « l'être par dom Alphonse V( 1438 -1481 ), vu qu'il était déjà bon peintre « en i 481 quand Jean II commença à régner
L'auteur parle ensuite du style de Vasco et de ses ouvrages comme s'il ne doutait de rien et comme s'il ne venait pas de convenir que les renseignemens qu'il a pu se procurer soniincertains et contradictoires.
« Il a suivi dans ses têtes de madones la manière de peindre de « Pérugin et même la première manière de Raphaël, mais dans les « draperies et surtout dans les corps nusdesenfans il a suivi, selon ce « que dit Bermudez, la manière assez gothique des Allemands (2). »
Je ne trouve dans Bermudez rien qui ait l'air de se référer au Vasco en question. Il parle de Vasco Pereira, peintre portugais, qui a travailU- en Kspagnc en 1 5'.t8 ; d'un Vasquez qui l'a assisté dans ses travaux ; d'un Vasquez (je ne sais si c'est le môme ou un autre), peintre portugais, qui travaillait en Espagne vers 1562.
0 Le lieu de sa sépulture est également incertain
« Quant à ses peintures, il est prouvé(3) qu'il en a orné beaucoup « d'églises, do monastères et de palais royaux (4). Parmi les plus fa- « meux il faut compter :
« 1" Ceux de la cathédrale deVizeu, dont nous ignorons le sujet;
« 2° Ceux de Thomar, qui doivent avoir beaucoup souffert lors de « l'invasion des Français en 181 1 ;
(1) F.st-i! bien prouvé que le peintre qui aacheléces moulins acte un Vasco, et est-ce (|ue celte pii ce prouve une identilc quelcon(|ue.'
($} M. (le Dalsemào et moi nous avons en vain clicrché ce passage dans Bermudez.
(x,) Où? comment cela est- il prouvé i'
(4) Quels sonl-iis.^ [\otes de l'auleurdes lellves/^
« 3° Un peintre deThomar m'a écrit que dans l'église de ce couvent « il existe beaucoup de peintures de Vasco :
« 12 Panneaux qui peuvent avoir 20 palmes de haut sur 10 de « large, représentant :
« le Baptême du Christ,
« la ^'ynagogue ,
a la Résurrection du Lazare,
« l'Entrée à Jérusalem ,
« la Trahison de Judas ,
« la Résurrection ,
« la Descente aux enfers ,
« l'Ascension,
« les Angoisses de la Vierge,
« les Apôtres dans le cénacle ,
« le Jugement dernier,
« la sainte Trinité.
« Ceux qui ornent des autels latéraux sont :
« le grand saint Grégoire ,
« sainte Marie-Madeleine, peinture insigne,
« la Conquête de Santarem ,
« le Christ mort.
« Dans la chapelle de Notre-Dame des Grâces ;
« saint Jean-Baptiste,
« saint Jean l'Évangéliste ,
« saint Antoine, ^
« saint Jérôme.
« Dans l'église de saint .Tean-Baptiste :
« 4 de ses tableaiyc ; « Dans celle de la Miséricorde :
« saint Antoine prêchant aux poissons ,
« la Descente de la croix.
« Dans la cellule du général du monastère de saint Antoine près de « Lisbonne, il existe de lui 11 ou 12 tableaux sur bois, supérieurement « peints dans son style. Ils représentent :
« la Fuite en Egypte ,
0 les Mages ,
« l'Annonciation,
« la Naissance,
« la Circoncision
« et d'autres sujets sacrés.
« Dans l'église de Sam-Bento se trouvent quatre autres tableau.x $ qu'on dit être du même auteur, a Ils représentent :
«i l'Acnonciation ,
« les Mages , « la Présentation, « Jésus parmi les docteurs.
« A Evora se trouve un grand nombre de peintures de l'école de « Gran-Vasco, et beaucoup do sa main.
« Dans le couvent de Saint-François on vénère une Vierge de la con- « ception avec beaucoup d'anges qui chantent et qui jouent de diffé- ' rens instrumens.
Dans le dortoir du môme couvent :
« Un jugement de Salomon (On reconnaît dans la tête de Salonion (( le portrait de dom Manuel.) « Dans la sacristie :
« la mort de la Vierge.
« Dans les chapelles latérales :
« saint Jérôme , « saint Antoine , « saint François , « un autre saint ermite.
« Dans le couvent d'Espinheiro à Evora -.
« le fameux tableau sur bois de l'Assomption , « la sainte croche , « le Calvaire, « la Résurrection.
« On attribue aussi à Vasco dans le vestiaire des chanoines de 0 cette ville :
« la Résurrection , « l'Invention de la croix.
« Et chez les religieux de l'ordre de saint Bernard de cette même « ville :
« Un saint Baptiste pénitent.
« On en cite aussi dans les collections des familles do Valence , « Borba et Penalva.
(Maiutenant suit une cnuméiation des lal)leaux que l'auteur prélenJ être les oiivragi's de ses élèves.)
« Dans la sacristie de Madré Deos à Lisbonne se trouvent deux « petits tableaux sur bois faits dans ce même temps. »
Il y en a bien quatre, et ce sont les plus beaux ouvrages de celte époque que j'ai vus à Lisbonne : nous nous en occuperons ailleurs. Excepté ces quatre sujets historiques il y a encore trois saintes en pied de la même époque , mais d'un autre faire. Plus loin , l'auteur pîirle d'autres vieux tableaux et il dit simplement qu'ils appartiennent à la môme époque. II cite ceux des couvens de Figueira , près du
Hi SFPTliîMK LKTTHK. — APPKNIMŒ I.
couvent des Paulislus à Lisboiiao el dans la sarrislio de Bcmposta à Lisbonne.
« Nous avons entendu soutenir que les tôtos sont des portraits de « la famille de Thomas Morns peintes par Holbein ; mais nous y remar- « quons une particularité qui se rencontre dans les œuvres de Pintu- « ricchio : c'est que les ornemens sont en relief.
« Nous terminerons l'éloge du Gran-Vasco, en disant avec un bon « artiste de nos jours , qu'il a peint avec vérité et science, principale- « nient les têtes, les draperies, l'architecture et les paysages; qu'il « les terminait avec une délicatesse incomparable. »
On ne saurait être plus aimable envers quelqu'un sur lequel on n'a que des renseignemens contradictoires ou incertains.
Antonio Ribeiro dos Santos (1795) (1) Memorias que colheo. Manuscrits originaux se trouvant à la bibliothèque nationale. Il cite les ouvrages de plusieurs peintres et parmi eux différens tableaux de Gran-Vasco,
Voici ce que je lis dans un de ces manuscrits :
Vasco.
« Parmi tous nos peintres se distingua beaucoup et se fit remarquer « Gran-Vasco à l'époque de Jean 111. 11 fut disciple de l'école de Péru- « gin. Son pinceau était aussi élégant que celui de son maître. Ce n'était « pas un peintre extraordinaire pour les fresques, mais il était émi- « nent comme peintre à l'huile. 11 avait beaucoup d'élévation dans les « pensées; il donnait beaucoup d'expression à ses figures, et son coloris « était merveilleux. C'était surtout dans les draperies qu'il excellait. « On dit de lui qu'il n'était pas heureux dans le modelé des jointures « de ses mains et que ses ouvrages avaient conservé quelque cho.'^e « du goût gothique.
« 11 existe de beaux tableaux de ce maître à Vizeu, d'où il était « natif, à Thomar , à Coimbre dans la chapelle de l'univer.-iié, dans « les deux collèges de Saint-Piorre et de S:iint-Paulet dans l'église du « monastère de Sainte-Croix. A Lisbonne il existe de lui deux fameux « panneaux dans la maison de Penalva, représentant un saint Fran- « cois, un saint Jean-Baptiste, et deux autres saints.
« On voit quelques-uns de ses tableaux dans I église d'Alcobaça; « et dans l'hospice de cet endroit, une excellente peinture, représentant « le Calvaire, el une autre représentant saint Thomas de Cantorbéry.
« Dans le couvent de laTrini'é à Lisbonne on voit dos ouvi'ages « de ce maître dans la pièce qui précède le réfectoire.
(1) AniM'coii il fut nommi'; hihliollu'caiir, et où il ôtail déjà Agé.
GRAN-VASCO. Hb
a Dans la chapelle fôyale de l'église de Batalha , caveau de nos « rois, il y a de merveilleuses peintures de Vasco, parmi lesquelles a se distinguent celles de la Sainte-Vierge et de saint Thomas. On y « voit aussi, du même pinceau, la représentation des actions de l'in- « faut dom Fernando dans sa captivité (1).
« Dans le chœur de l'église de Tliomar, on voit les excellentes pein- « tures que Vasco fit dans les dernières années de sa vie.
« Le martyre de saint Barthélémy est également peint par Vasco. « Ce tableau, qui est sur bois, se voit dans la cathédrale de Lisbonne, « dans la chapelle qui porte le nom de ce saint. Le corps écorché est bien « représenté. Le tableau se recommande par une grande exactitude de « dessin et par un bon contour des figures. A l'endroit où il est placé, « on ne peut l'examiner qu'à la lumière.
« Les autres tableaux du môme autel semblent être de la même « main (2). »
Les Mémoires historiques et chronologiques de Thomas Caetano de Bem, moine savant de l'ordre desThéatins, 1. 1, p. 182, édition de 1792, nous apprennent ce qui suit : « Un petit tableau représentant Notre « Seigneur couronné d'épines, ouvrage de V insigne •peintre Gran- « Vasco. »
Il est parlé de divers tableaux de Vasco dans le livre de Celorico da Beira, par le chanoine Luiz Duarte Villela da Silva, mort en 1843.
Frey Manuel de Maria Santissima (Bibliothèque nationale) dans son Histoire de la fondation de Varatojo, imprimée à Porto en 1799, cite aussi plusieurs tableaux de Gran-Vasco*
(1) Ces tableaux ne se trouvent plus à Bala ha, ils auront éié transportés à l'Académie de Lisbonne.
(2) J'ai examiné ces tableaux soigneusement avec une lumière. En effet, celui du martyre de saint Barthélémy est évidemment l'œuvre du même j.eintre qui a fait les sept autres tableaux reiiréscntant des passages du Nouvcau-TesUunent. l'ous ces tableaux n'ont aucune analogie avec les Prim, les liento, les Madré Deosi Je leur trouverais | lutôt de l'analogie avec les ouviagi s des anciens Vénitiens, dont le coloris était très foncé. Cependant, il y a d.ms ces tableaux je ne sais f)Uoi de lîysanlin (pii me brouille les idées. Uu reste, lotis ces tableaux, quoique d'un asi>ecl général salisfaisynt, sont d'un dessin et d'un modelé faibles dans les chairs et dans les draperies Ils sont reconinianJables par le si y le, par la couleur, et j.ar un sentiment religieux très marqué [.\otfs de l'atite:ir dis lettres, 7 mars 1844.)
U6 SEPTIÈME LETTHE. - API'lîNDir.E II
APPENDICi: DEUXIEME.
Sur les auteiws qui, par h'ur silence on par la manière dont ils parlent de Gran-Vasco, fêtaient croire (pic la tradition a été infidèle a son égard, et l'a grandi aux dépens de la vérité et des peintres ses contemporains (1).
I. François de Hollande cite plusieurs peintres ; mais il ne cite pas Gran-Vasco ; cependant l'époque à laquelle il a ècvW (15i8) est de peu d'années postérieure à celle où les ouvrages appartenant à la catégorie des soi-disant Vasco se répandirent avec tant de profusion sur tout le Portugal. Il ne se borne pas à ne rien dire sur ces ouvrages, il prétend qu'il n'y avait pas de peintres en Portugal et qu'on n'y faisait pas de bonne peinture.
Voici comment je m'explique cette particularité. François de Hollande était imbu des préceptes de Michel Ange. A l'époque où il vivait en Italie, la peinture s'était tellement écartée du style gothique qui se remarque dans les panneaux objets de nos investigations , que dans son idée ce genre d'ouvrages ne pouvait être considéré comme de la peinture. Assurément dans tous ces tableaux c'est l'influence allemande et flamande qui prédomine : j'ose même dire qu'elle y règne presque exclusivement. François de Hollande nous a dit comment Miciiel Ange jugeait cette peinture , et l'artiste portugais nous a montré avec quel zèle il embrassait les préceptes de ce maître célèbre. François de Hollande a beau dire qu'il n'y avait en Portugal ni peintres ni peinture , Comme nous avons déjà vu et comme nous le verrons encore, l'existence des peintres est attestée par d'autres auteurs. Quant aux tableaux on les rencontre partout, et dans le nombre il y en a que je juge excellens. Mes lecteurs ont dû s'apercevoir que François de Hollande n'est pas libre de préoccupation : il est naïf mais il est bizarre, et je le trouve plus amusant qu'instructif.
II. Félix da Costa Meescn n'en a certainement rien dit, car Cyrille nous en eût l'ait part. Voici ce que je lis dans Cyrille, p. 82, sur ce Félix da Costa Meescn.
(1) J'aurai soin d'accompagner ce compte-rendu d'oi)Scrvalions qui, en oxp1i(|iiant le siltiice que divers auteurs gardent sur Vasco, deviendront favorables à la tradil ion. (A'c /<; de l'auteur des h-tlrcs.)
GRAN-YASCO. U7
a Nous devons à cet artiste et écrivain une série de mémoires relatifs « à dix-neuf peintres, sans lesquels nous n'aurions pas eu connaissance « des premiers travaux artistiques du Portugal , et il nous aurait fallu « commencer au second ou au troisième acte. Nous ne savons rien sur « ses ouvrages de peinture, mais son nom se trouve dans les actes de « la confrérie de saint Luc, où il est dit qu'il faisait partie des di- « recieurs de cette confrérie en 1703 et 1706. »
Il a écrit ces mémoires en 1696, et il dit à la fin : « Les hommes cé- « lèbresne devinrent tels que parce qu'ils fréquentèrent les académies, « et par la suite ils obtinrent des honneurs et des récompenses des « princes. Parmi nos artistes il y en a eu aussi qui méritent honneur, « vénération et applaudissement, bien qu'ils n'aient pas fait d'études « profondes et qu'ils ne soient pas protégés.
« Là où finisseiit les notices de cet auteur, commencent heureuse- « ment celles de Pierre Âlexandrino, écrite par lui-même et celles de « Lobo. Ces écrivains nous serviront principalement de guides, sans « que pour cela nous négligions les autres écrivains qui sont dignes de « notre attention et de notre confiance. Félix da Costa entra dans la « confrérie le 11 novembre 1674 et mourut en 1712. »
Puisque Cyrille se plaint de ce que les renseignemens sur Vasco sont incertains et contradictoires, c'est que Félix da Costa Meesen ne lui a rien appris sur ce sujet.
Cet ouvrage de Meesen ne se trouve nulle part. Il faut qu'il n'ait existé qu'en manuscrit.
III. José Gomez da Cruz dans sa Carta apologetica dapintura, ne dit 1 as un mot de Vasco ; ce n'est que dans le rapport de Barbosa Machado >ur le même livre qu'il en est parlé : mais ce rapport est de l'année 1731.
VI. Taborda en parle ; mais déjà on a été dans le cas de juger si ce qu'il dit et ce que j'ai extrait de son livre dans l'appendice précédent, est fondé en raison et s'il a lui-même une idée claire de ce qu'il avance. D'ailleurs son livre est do 1813, et je ne mets pas en doute que depuis 1730 la tradition relative àGran-Vasco n'ait été bien établie en Portugal.
V. Barbosa Machado dans sa Bibliothèque lusitanienne n'en fait pas mention ; mais il faut dire que dans ce livre il ne parle que des écrivains, ou s'il parle do quelques artistes il ne le fait que d'une manière incidente.
VI . Bormudez, dans son Dictionnaire hii^torique, cite plusieurs peintres portugais du xvi"" siècle; mais il ne dit pas un mot de Gran-Vasco.
418 SEPTIÈME LETTttE. — APPENDICE II.
VII. Sousa, comme nous l'avons vu, n'en parle pas ; mais il est vrai de dire qu'il ne s'occupe pas en général de noms d'artistes.
VIII. Vasari n'en dit rien ; mais il ne s'occupe guère du Portugal.
C'est sur la foi d'une personne qui a fait beaucoup de recherches sur l'histoire des arts de ce pays (l'abbé de Castro) que je citerai encore plusieurs ouvrages ayant rapport à ce sujet et dans lesquels il n'est pas fait mention de Gran-Vasco :
Felippe Nuûez (-1 61 5) (1 ) Arte de jnniura;
Francisco-Xavier Lobo (xviii" siècle) (2) Dialogos sobre a pintura;
Fr, Bernardo de Brito, Elogios dos reîs de Portugal, 1603; et Mo~ narchia lusitana, 1 597 ;
Les chroniques des rois Edouard, Alfonse V, Jean II, Manuel, Jean III, qui traitent de beaucoup de peintres, architectes, enlumineurs;
Les chroniques des couvens qui également traitent de beaucoup d'artistes. Il y a à dire relativement à ces dernières que Sousa ne nous apprend non plus rien qui serve à éclaircir la question relative aux arts de ce pays quoiqu'il parle beaucoup des objets d'art que renferment les couvens.
Le célèbre orateur Bento Varchi (1 549-1 590) (3) Liçoens sobre a pintura.
L'abbé de Teller (1827), Dictionnaire historique.
II faut dire que je ne trouve dans ce livre ni Coelho, ni Gaspar Diaz : il n'est pas étonnant par conséquent qu'il passe Vasco sous silence.
Nous avons vu d'ailleurs que M. Loureiro, directeur de l'Académie, qui s'est occupé avec tant de zèle d'éclaircir la question relative à Vasco, nous a dit que trois écrivains seulement parlent de lui, savoir : Emmanuel du Cénacle Villasboas 1776, François Diaz Gomez 1799, et Roland le Virloys 1770, sans qu'aucun des trois ail indiqué les sources auxquelles il a puisé (4). M. Loureiro dit que leurs opinions sont erronées en plusieurs points. La tradition ne me paraît bien établie ou plutôt ne me parait solidement faussée qu'à partir de 1750, et nous manquons de preuves et même d'indications suffisantes pour savoir quels Bont les ouvrages qu'on peut raisonnablement attribuer, non plus à
(1) C'cat en 1S91 qu'il a fait sa profession dans l'ordre des prédicateurs.
(2) Sur l'aulorilé de la même personne.
(3) La plus ancienne et la plus fraîche date de ses travaux.
(4) M. Loureiro ne semble pas mettre en ligne de compte Cyrillo et Taborda ; en cela je trouve (pi'il a parfaitement raison, quoique ce soient les seuls livres qui, à ma connaissance, traitent de l'iiisloire de l'ait en Portugal d'une manière détaillée, et avec l'intention apparente d'enil)rasser le sujet dans sou ensemble et dans ses détails.
l'enlumineur Vasco do 1155, mais à Vasco Fernandez do Casai. Je ne désespère pas de trouver là-dessus quelques édaircissemens à Vizeu. La personne qui m'a fourni les observations citées plus haut, prétend que le savantel classique écrivain François dom Manuel deMello(16H- 1 666 ) (1 ) aurait sans doute parlé de Graii-Vasco s'il en avait eu coiinaissance , puisqu'il a parié avec éloge de Manuel Canipello dans son dialogue intitulé : O Hospilal das Letras, fol. 456. Citer tous les auteurs qui auraient dû parler de Gran-Vasco et qui ne l'ont pas fait, nous mènerait trop loin. J'ai cité ceu.\ qui se sont présentés à mon esprit comme appelés par- dessus tous les autres à lui assigner une place dans leurs ouvrages, et qui ne l'ont pas fait.
APPENDICE 111
Extrait de la liste des tableaux tirés des coiweris supprimés et réunis dans le dépôt de V Académie des Beaux- Arts a Lisbonne. Cet extrait ne comprend que les tableaux attribués à Vasco ou à son école (2).
<2. G. V. L'entrée à Jérusalem; — sur bois; hauteur 4,02 mètres largeur 2,42 m. = Thomar. — Centurion.
43. G. V. La Résurrection; — sur bois et de la même dimension.
= Thomar. — Centurion.
1 4. Éc. DE G. V. Deux figures; — sur bois, très endommagées ; 42 centimètres sur 1 ,06 m.
40. G. V. La Résurrection de Lazare ; — sur bois; 4,02 m. sur 2,40 m. = Thomar. — Centurion.
44. G. V. Lé Christ et le Centurion; — sur bois; même dimension.
= Thomar. — Centurion.
(1) Année de sa naissance et de sa mort. {Notes de Cautcnrdrs lettres.)
(2) Dans cette liste, les tableaux attriliiiés à Vasco sont désignés par les lettres G. V, et ceux attribués à son école, par kc. de g. v. Les mots en i((iliqtte, à la suite, indirpient, l<s premiers l'origine, les autres la classification du tableau faite par l'auteur des lettres.
94. G. V. La Fuite en Égyple; — sior bois; 1,27 m. sur 1,82 m. =
Paraiso. — Prim (A brahamj,
95. Éc. DE G. V. Saint Jean-Baptiste ; — sur bois ; 1 ,39 m. sur 1 ,07 m.
96. G. V. La Présentation ; — sur bois; 1 ,77 m. sur 1 ,3Î. = S. Benlo.
— liento.
97. G. V. L'Adoration des mages; — sur bois; 1,54 m. sur 1,01 m.
= Evidemment du même Bento, mais en mauvais état.
98. Éc. DE G. V. Sainte Famille; — sur bois; 1 ,56 m. sur 88 c.
99. Éc DE G. V. Saint Thomas touchant les plaies du Sauveur ; — sur
bois; 52 c. sur 1,77 c.