GARCIA FERNANDEZ
11 épousa la fille de François Henriquez, et termina les travaux de la cour de justice de Lisbonne, d'après l'ordre par écrit du roi dom Emmanuel qui lui avait promis « s'il terminait cet ouvrage et « s'il épousait la fille du peintre décédé, de lui donner outre le reste du « paiement convenu, une somme pour les dépenses de son mariage, et « l'emploi de héraut d'armes. » Toutes ces choses sont mentionnées dans la pétition qu'il adressa au roi dom Jean III, et que nous transcrivons ici. Ce peintre travailla à Coimbre, à Leiria, à Montemor et au retable de l'église de Saint-Éloi à Lisboime.
Pétition de Garcia Fernandez.
« Garcia Fernandez expose que le roi voire père, que Dieu ait en sa « sainte gloire, commanda pour la cour de justice de grands travaux « de peinture. Désirant qu'ils fussent exécutés avec la plus grande « perfection, il chargea de cet ouvrage François Henriquez, parce qu'il « était le plus habile peintre qu'il y eût en ce temps. Ce fut en l'an- « née 18 ou 19, à l'époque oîi la peste se déclara dans cette ville de « Lisbonne. Ledit seigneur lui ordonna de ne pas quitter la ville, et de « continuer à travailler à cetouvrage ainsi qu'aux bannières qu'il faisait « faire pour la réception de la reine Eléonore, lui promettant que si « Dieu disposait de lui, Son Altesse se souviendrait toujours de sa « femme et de ses enfans, etleur accorderait grâce et protection, comme « de justice. C'est pourquoi ledit François Henriquez exécuta ses ordres « et resta dans la ville. En cette occasion périrent sept ou huit peintres « qu'il avait fait venir de Flandre pour l'assister dans ses travaux, ainsi « que sept esclaves et lui-même en dernier lieu. 11 avait à cette épo- « que déjà reçu tant d'argent à compte de ce qu'il devait recevoir pour « tout l'ouvrage, qu'il no se trouvait personne qui voulût l'achever pour « le restant de la somme convenue. En ciïet, ce que ledit FrançoisIIen- « riquez avait reçu de plus que la valeur de l'ouvrage déjà achevé, mon- « tait à 270 mille reis. Ledit seigneur étant informé que le |)eintreGar- « cia Fernandez aurait achevé cet ouvrage en perfection et voulant a secourir les enfans de François Henriquez selon l'obligation qu'il en
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« avait contractée, lui écrivit que s'il épousait unefilledudit Henriqucz « et se chargeait de terminer cet ouvrage pour le reste de la somme « convenue, Son Altesse lui accorderait l'emploi de héraut d'armes « vacant par la mort dudit lleiirlipiez, et une certaine somme pour ses « frais d'emménagement. Garcia Fcrnandcz se chargea de l'entreprise « et la termina en toute perfection, moins trois tableaux que le mari de « la nourrice de Votre Allcsse ne lui donna point à faire, disant que « Voire Altesse ne voulait point que l'on terminât celle œuvre. Il ex- « posa toutes ces circonstances dans une pétition, et Votre Altesse en « l'année 28, en parla à l'intendant. Cette pétition fut remise avec la « lettre du roi dom Emmanuel à Fernand d'Alvarez, ainsi que les infor- « mations qu'il prit de Garcia de Rezende et de l'intendant qui étaient au 0 fait de toutes ces circonstances. Peut-être Emmanuel de Moura en « garde-t-il encore le souvenir. Ensuite Votre Altesse le chargea de « plusieurs ouvrages à Coimbre, à Saint-François d'Evora, à Leiria, à « Montemor et pour l'Inde, ainsi que du retable de Saint-Éloi de Lis- * « bonne. Il ne put pas lui-même achever ce travail, mais il le fit ter- « miner par d'autres. Maintenant Fernand d'Alvarez convient que la « lettre a été égarée avec la requête , c'est pourquoi Garcia Fer- « nandez présente de nouveau celle-ci , parce qu'il a rempli toutes « ses obligations. Il doit ajouter qu'il a à sa charge neuf enfans de sa « femme, avec laquelle, au lieu de dot, on ne lui a donné, lors de son « mariage, que cette lettre de promesses. Il demande donc, en consi- « dération de ce qu'il expose ci-dessus, et de ce qu'aurait pu luirap- « porter ledit emploi depuis vingt-deux ans qu'il est marié, et des « frais de mariage à lui promis dans ladite lettre , comme il le « prouve par l'acte qu'il produit , que Votre Altesse lui accorde « la place de asselador de sal e pescados (inspecteur du sel et de la « pêche) de la douane de Lisbonne, laquelle est maintenant vacante « par la mort de Jean Alvarez : car l'emploi ou office de héraut d'armes « qu'il devait avoir a été donné à Antoine de Hollande, quoique la « lettre patente, accordée à tous les ouvriers en général qui se- « raient restés à Lisbonne à cette époque, leur promît pour leurs « enfans la continuation de leurs places s'ils mouraient de la peste ; et « on peut d'autant moins lui refuser cette justice que ledit Fr. Ilen- « riquez resta à Lisbonne pendant la peste, d'après un ordre spécial do « Son Altesse, et qu'il en mourut comme il a été dit, ainsi que tant « d'ouvriers et d'esclaves. En cela, Votre Altesse acquittera la con- « science du roi, son père, et la sienne; elle remplira le service do « Dieu; elle fera une charité et une grâce; elle soutiendra l'existence « du pétitionnaire et fera le bonheur de ses enfans. »
A celte requête se trouvent jointes les dépositions des personnes qui ( ortifienl la vérité des faits alléguée. Ces témoins furent Bolchior Vicenle, fils de Gil Vicenle, auquel Dieu fasse grâce, serviteur do la cha-
pelle du roi, notre Seigneur (1); Christophe do Figueiredo cl George Alphonse, tous deux peintres. La déposition des témoins porte la date du 16 avril 4540. Arch. roy., Corps chron,^ part. 3, paquet 15> doc.<3.