CE QUE DEVINT LE PALAIS DE LUCQUES
Son aspect a bien changé depuis isii, cl aujourd'hui on l'a affecté à de nombreux offices, musée, préfecture, siège du conseil provincial, bureau des postes et télégraphes, tribunal, etc. ; aussi n'est-il plus que l'ombre de lui-même. La famille de Panne qui, depuis ISIT, était titulaire de la principauté de Lucques, étanl redevenue, d'après les contraventions du traité de Vienne, propriétaire du duché de Parme en 18i7, à la mort de l'archiduchesse Marie- Louise, ex-femme de Napoléon, le palais fut abandonné par Charles- Louis, le dernier duc de Lucques, et le pays passa à la Toscane. Jusque-là l'intérieur du palais d'Elisa était resté presque intact comme l'avait laissé la sœur de Napoléon en liSli; |e> Bourbons d'Étrurie-Parme qui l'habitaient, en ayant apprécié le bon goût à la fois sévère et somptueux, s'étaient contentés d'enlever systématiquement tous les attributs napoléoniens et d'y substituer leurs emblèmes, à tel point qu'un visiteur non au courant de l'histoire vraie est porté à l'aire honneur aux Bourbons des décorations et des
objets d'art qu'on y rencontre encore. Louis XVIII, <vn France, avait eu la même bonne fortune. Il avait trouvé, en 1814, des palais superbement meublés, et il n'eut qu'à changer les allégories décoratives rappelant son prédécesseur.
Mais, à partir de 1847, le pauvre palais d'Élisa commença à être dépecé. Ce fut surtout après la Révolution qui substitua les Italiens aux Archiducs autrichiens de Florence que cet édifice, trouvé inutile par le nouveau roi d'Italie Victor-Emmanuel, qui vint le visiter et y passer trois jours, fut cédé à la province de Lucques, y compris son contenu, pour servir de refuge aux administrations diverses qui l'occupent aujourd'hui. Une partie des meubles fut envoyée à Florence, l'autre partie vendue sur place et à bas prix. Les soieries furent, enlevées des murailles ; bref, le palais d'Élisa fut dénaturé et, on peut le dire, dépouillé de tout son luxe intérieur.
Il y avait là une quantité de meubles presque tous fournis par la fabrique lucquoise de Youf. Aujourd'hui, il reste les fresques sur les murailles, des cheminées, des portes ; tout cela paraît assez défraîchi. On a mis des papiers de tenture très ordinaires à la place des magnifiques soieries de Lyon ou de Lucques ; les bronzes ont disparu et sont allés s'enfouir dans quelque garde-meuble ou chez les brics-à-bracs. Le théâtre de cour n'existe plus, pas plus que les écuries de la place Napoléon. La préfecture s'est emparée des appartements particuliers d'Élisa et rien n'est plus laid à voir que les meubles modernes qui la parent. On a peint, sous prétexte de les rajeunir, les stucs délicats et les bas-reliefs, à l'encontrc de tout souci d'art.