L'ARCHITECTE CELLERIER ET LA PRINCESSE A PROPOS OU THEATRE DE LUCQUES
A S. A. 1. Madame la princesse de Piombino, duchesse de Lucques 'sic .
Madame,
La nouvelle salle du théâtre 'le- Variétés, boulevard Montmartre, que Votre Altesse Impériale a jugée digne de son attention, d'après les rapports favorables des journalistes, a eu, en effet, quelques succès : mais l'accueil que le public a l'ail à celte nouvelle production esl peut-être dû à la difficulté qu'offrail l'irrégularité du terrain et le voisinage des propriétés environnantes.
Votre Utesse Impériale jugera, par la dispositi lu plan général i , des difficultés que j'ai eu à vaincre : le terrain lié- resserré et biais sur le boulevard, ne semblait pas permettre qu'on pûl trouver dans les distributions intérieures toutes
les commodités que coi amie i nument de ce genre; cependant, j'ai eu le
bonheur de satisfaire le public à cet égard, et j'ai pu lui donner dans un petit espace : un grand vestibule, un beau luxer public, de- escaliers facile-, une salle d'une dimension capable de contenir i.5oo pci>,>nne-, des loges commodes, un
(1) A cette lettre était joint l'envoi d'un plan [conservé aux archives de Lucques).
théâtre assez vaste et suffisamment machiné pour opérer tous les changements de décorations à vue et enfin un foyer et des loges d'acteurs.
Le genre de décoration que j'ai employé dans l'intérieur de la salle semblait devoir être proscrit comme ceux du Théâtre-Français et de Feydeau ; mais par la disposition que j'ai donnée aux loges, les colonnes très sveltes qui les décorent ne nuisent point aux spectateurs; on paraît également satisfait de l'harmonie des couleurs dans la décoration des devantures et fonds de loges; le dessin ne peut rendre qu'imparfaitement l'effet que produit le décor de ces loges et leurs tons de couleurs.
La salle a aussi le mérite d'être parfaitement éclairée par le moyen de petits réverbères paraboliques qui font réfléchir la lumière sur les loges, sur le parterre et même sur le théâtre. Le lustre qui les porte n'est cependant composé que de trente-trois lampes; il a la forme d'une demi-sphère. Le foyer public qui est une espèce de galerie est décoré de colonnes doriques portant des bustes, ce n'est que provisoirement qu'on y a mis des corbeilles de fleurs.
En m'occupant de la décoration intérieure et extérieure de la salle, je n'ai pas négligé, Madame, ce qui doit contribuer à la commodité et à la sûreté du public. Les issues sont multipliées et faciles; les précautions contre l'incendie y sont sévèrement observées; le corps de garde, où sont les pompes, est placé en dehors de la salle, de manière que les pompiers peuvent les faire manœuvrer sans danger jusqu'au dernier moment. Il serait à désirer que celle disposition fût la même dans toutes les malles de spectacles.
L'ouverture que j'ai laissée au fond du théâtre procure la facilité d'agrandir la scène et par le moyen d'une gaze qui la couvre, de donner de petits feux d'artifice ou des illuminations qui n'incommoderaient pas les spectateurs.
Telle est, Madame, la disposition de la petite salle dont vous avez désiré connaître les plans et les coupes. Ils sont sur une trop petite échelle pour que l'on puisse juger des détails de la décoration et des machines. Si Votre Altesse Impériale avait besoin de quelques autres détails, je la supplie de disposer de moi; je me trouverais trop heureux d avoir une occasion de faire ce qui peut lui être agréable; l'expérience que j'ai acquise dans cette partie difficile de l'architecture me donne peut-être quelques droits à sa confiance.
Je suis, avec respect, de Votre Altesse Impériale, le très humble cl 1res dévoué serviteur,
Cellerier (i).
2 Airh. Lucq. Lellere private m Principi, registre 201, lin 1807.