Imprimerie Nationale
strophes enchaînées parmi lesquelles figure un Te Deum et Domine salvum chantés au Champ de Mars le 14 juillet 1790 à l'occasion des fêtes de la Fédération ; 4° les chœurs à motifs alternés parmi lesquels on trouve l'Hymne à la Raison, paroles de Marie-Joseph Chénier, musique de Méhul, chanté aux fêtes de la déesse Raison, en 1793 et — prudemment — publié à nouveau, en 1794, sous le titre moins compromettant à' Hymne 'patriotique. Cet ouvrage était établi en forme de trio et portait, à son en-tête, la mention : lent et religieux. Le cinquième groupe contient : les chœurs à strophes identiques, chantées alternativement à l'unisson par chaque voix, avec parties et accompagnementsemblables pour chaque strophe. Les œuvres de cette forme n'apparaissent guère avant Thermidor. La plus récente semble être VHymne à la Fraternité'^ de Chérubini, datée de 1794. Viennent ensuite les chœurs à strophes identiques, à plusieurs parties avec accompagnement unique. C'est sur ce mode que Marie-Joseph Chénier et Méhul conçurent, en 1797, le Chant du Retour, comme la contre-partie de l'impérissable chef-d'œuvre dû à leur collaboration en 1792. Cette œuvre n'en est qu'un vague et lointain ressouvenir. Le dernier groupe est catalogué par M. Constant Pierre sous la rubrique : chœurs à strophes et refrains identiques par voix alternées avec accompagnement différent à chaque strophe.
Le même auteur, au cours de ses études, s'est trouvé amené à bien connaître les conditions dans lesquelles les divers morceaux de musique furent conservés, recueillis, et enfin publiés, car ce ne fut qu'après une
longue expérience, qu'on en vint à imprimer ces divers morceaux, et, encore, les imprima-t-on tout autant dans Tintérêt particulier des musiciens qu'avec une pensée d'intérêt public.
Jusqu'à la célébration d^e la fête du 10 août 1793, les divers morceaux qui avaient été exécutés au cours des cérémonies décrétées entre 1790 et cette date, étaient demeurés pour la plupart inédits. On se contentait d'en faire exécuter autant de copies à la main, que besoin était pour le service de leur exécution. Pour la Fête de la Réunion iO août 1793}, un petit cahier fut imprimé, contenant la partie vocale des trois principaux morceaux exécutés au cours de celte fête et, de plus, fAtr des Marseillais, avec des paroles nouvelles. Cette première expérience, due à l'initiative d'un musicien nommé Imbault, ayant donné à celui-ci des résultats plutôt satisfaisants, Sarrette exposa au Comité d'Instrution publique (10 janvier 1794), ses vues sur les moyens de faire imprimer et d'envoyer promptement aux corps administratifs les hymnes patriotiques destinés à être chantés dans les Fêtes nationales. Le Comité arrêta qu'il serait fourni pour cet objet un local, dans les domaines nationaux, et chargea Guyton Morveau de se concerter, pour exécution, avec le Comité de Salut Public. A huit jours de là, Guyton faisait un rapport circonstancié. 11 s'agit d'aider, y expliquait-il, à la réussite d'une entreprise, faite en commun, par les professeurs de musique de la garde nationale « réunis en une société qui se propose « de donner, chaque mois, une livraison qui contiendra « une symphonie, un hymne patriotique, une marche « militaire, un rondeau ou pas redoublé et, au moins,
« un chant patriotique ». Le but que les artistes disent se proposer, et dont Guyton vante le mérite, est de mettre à la portée de tous, les chants qui permettent « d'entretenir l'esprit public, d'échauiïer le patriotisme « et de remplir utilement les jours périodiques de re- « pos d'une manière conforme à l'esprit de la Révo- « lution ». A ce mérite, s'ajoute l'espoir que tout en réduisant le prix d'abonnement à 60 livres par an, la Société des Artistes pourra obtenir un excédent de recettes et l'employer à secourir les veuves et les enfants des artistes.
A la suite de ce rapport, les musiciens se constituèrent en société, et proposèrent, au Comité de Salut Public, d'abonner, à leur journal, les cinq cent cinquante districts de la République. Moyennant un abonnement global de trente-trois mille livres, ils s'engagent « à « fournir pour chaque district, une livraison, le premier « de chaque mois, sans interruption ». Le Comité de Salut Public souscrivit à leur demande. Le premier numéro parut le 20 germinal, sous le titre : la Musique aux Fêtes Nationales. En l'absence de Sarrette, qui venait d'être arrêté, Gossec en présenta le premier exemplaire à la Convention.
La publication fournit les douze numéros de la première année, mais rien de plus, l'abonnement n'ayant pas été renouvelé. C'est dans ce recueil que fut imprimé, pour la première fois, le Chant du Départ.
L'Association des Musiciens ne s'en tint pas à cette première tentative. Elle offrit au Comité de Salut Public une série de cahiers, comportant seulement quatre chansons ou romances, et dont le prix d'abonnement, à rai-
son d'un cahier par mois, était de o livres à Paris et de 6 livres, franc de port, hors Paris. Contrairement à son habitude, le Comité fit attendre sa réponse, et ce fut seulement au bout de deux mois qu'il aboutit à un arrêté en vertu duqtiel :
« L'Association des Artistes musiciens composi- « leurs fera passer aux diverses armées de la Pvépu- « blique, soit de terre soit de mer, douze mille exem- « plaires des chants et hymnes patriotiques, propres à « propager l'esprit républicain et l'amour des vertus « publiques. » L'arrêté comportait le paiement d'avance, de l'abonnement. Le service des livraisons était placé sous le contrôle de l'autorité militaire.
Cette nouvelle opération comportait naturellement un service d'imprimerie et une manutention considérable, aussi l'administration de l'Association des Musiciens dut-elle abandonner le local qu'elle occupait rue Saint-Joseph, et le Comité de Salut Public, alors, lui donna à loyer une maison d'émigré, sise rue des Fossés- Montmartre 'actuellement rue d'Aboukir).
Avec des fortunes diverses l'Association des Musiciens, qui prit pour titre : « le Magasin de Musique », dura une dizaine d'années.