L’ART ÉGYPTIEN
« O Grecs, vous n’étes que des enfants! » (Le grand prêtre de Sais h Solon.)
a Grèce a tout créé : l'art, la science, la philosophie ! » Telles sont les paroles éloquentes que nous apportait, il y a quelques mois, l'écho d’une réunion savante tenue de l’autre côté des Alpes.
Ce fut certainement dans un moment d'enthousiaste improvisation, que l'illustre savant M. Renan cédait au charmant poète dont il est doublé le droit d émettre cette importante assertion; ou plutôt, par cette affirmation: « La Grèce a tout créé », il est évident qu’il entendait dire qu’elle a tout développé jusqu’au sublime, car le célèbre archéo-
i . Ce travail publié à part en 1879 porte la dédicace suivante : « A M. Mariette- Bey, membre de l'Institut, commissaire général de l’Egypte h l’Exposition universelle de 1878. Hommage de profonde et respectueuse admiration. »
logue a démontré combien les éléments de toute civilisation, art, science, philosophie, ont été empruntés par les Grecs à leurs voisins les Égyptiens et les Assyriens.
Des travaux de l’érudition moderne il résulte, en effet d'une façon évidente, que l'Égypte et l'Assyrie ont été les grands peuples initiateurs de tous les progrès, dans l’art et dans l'industrie, que la Phénicie les exportait, et que la Grèce les perfectionnait.
L’Egypte s’impose principalement comme la nation créatrice par excellence; aussi dans ces trois divisions historiques : l'antiquité, le moyen âge et l’époque moderne, la première est celle que tout le monde cherche et étudie avec le plus d’intérêt. Et ceci s’explique d’autant mieux que les civilisations qui lui ont succédé ne sont pas nées sur son sol, et qu'élevées d'une manière factice sur ses ruines, elles n’ont jamais pu, étrangères et chétives, cacher sous leurs minces revêtements ni la grandeur des monuments de la civilisation pharaonique ni la majesté de ses souvenirs.
Tant que l’homme rendra justice à ceux qui travaillaient les premiers, à l'aurore des peuples, tant qu’il sera soucieux des errements comme des résultats obtenus par ses devanciers, il admirera l’Egypte, il vénérera « l’aïeule des nations » et sa race féconde, qui lui a donné les matériaux et les premiers principes de ses arts et de ses sciences.
Sans elle qui sait si Grecs et Romains ne seraient pas restés à jamais des enfants dont les facultés sublimes se seraient perdues, faute d’aliments ?
Telle a dû être la pensée de M. Mariette quand il a tracé le programme de la part de l’Égypte ancienne au Trocadéro. M. Mariette a parfaitement réussi, quoique l’exposition
l’art égyptien
envoyée des bords du Nil en 1878 n’ait eu ni la richesse, ni l’éclat de celle de 1867, quoique nous n’y ayons pas revu les merveilleuses grandes pièces, le Chephren, le Ra-em-Ké du musée de Boulaq, qu’il eût été inutile, après si peu de temps, d'exposer de nouveau à Paris. En revanche, il nous a été offert un ensemble bien complet et admirablement présenté, de l'état de la civilisation et de l’art si intéressants de l’antique royaume de Memphis, une réunion d'œuvres non seulement uniques par leur date reculée, mais aussi par l'art qui les a produites, celui de la première période dite de l’ancien empire.
Il est évident que le public n'a pas su apprécier à sa juste valeur une exposition aussi complète. Si l'Egypte n’a pas eu deux millions à dépenser en 1878 comme en 1867, elle a pourtant réussi à soumettre à notre examen des collections d'un immense intérêt.
Nous espérons démontrer que, plus que jamais, les questions posées par l'art égyptien, les exemples qu'il a présentés, méritaient l’examen approfondi de la science, en 1878 comme en 1867.
Nous examinerons les nouvelles découvertes que nous a présentées l’exhumateur du Serapeum, découvertes considérables pour l'étude de l’histoire, non seulement de l’art égyptien, mais de l’art de tous les peuples et nous les diviserons en quatre sections, pour les étudier séparément selon leur importance: i° art primitif, 20 pièces uniques, 3° problèmes, 4" allégories de la mort et de la résurrection.