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CETTRE TIREE DE LA. BIBLE DE CHARLES LE CHAUVE

Bibliothèque nationale.

ix siècles de production d'une richesse et d'une variété sans égales; la période la plus brillante de l’art, pendant laquelle le monde, jusque-là écrasé par le génie d’une race privilégiée, s’émancipe soudain dans un effort suprême ; cette période glorieuse, — sacrifiée aux deux siècles qui suivent, et désignée sous le nom de moyen âge, — est encore, pour les historiens modernes, malgré les revendications de Victor Hugo, de Viollet-le-Duc, de Vitet et de tant d’autres, poètes ou artistes, une ère de transition, de ténèbres et de barbarie.

Les chroniqueurs sont d’accord pour enfermer le moyen âge entre la chute de l’empire d’Occident, au Ve siècle (476 après J.-C.), et la prise de Constantinople au xvc (iq53 après J.-C.). L’époque suivante, désignée sous le nom de Renaissance ! se termine au xviic siècle (?).

Ainsi que son nom l’indique, c’est elle qui est par excellence la période des arts et des lettres , celle du retour à l’étude des anciens et des classiques ; elle brille comme une lumière éclatante au milieu de la nuit; avec elle commence la civilisation.

Les grands écrivains de notre temps, les observateurs les mieux doués, les moins esclaves de la routine, sont encore aujourd'hui les victimes involontaires de ces opinions toutes faites. « Pendant le moyen âge, dit un des plus érudits1, les sciences et les arts se réfugièrent dans les cloîtres, et n'en sortirent que dix siècles plus tard (au xv1' siècle), pour refleurir avec la Renaissance. » « Durant cette période, ajoute un autre, la culture des lettres et des arts est comme suspendue. » Un troisième est plus affirmatif encore, si c'est possible. « Si Raphaël ou Phidias, dit-il, étaient venus au monde au ixe siècle, ils n’auraient été que des rustres grossiers ou des moines superstitieux. Leur goût même ne se serait pas développé, et non seulement ils n’auraient pas produit leurs chefs-d'œuvre, mais ils ne les auraient pas compris, si on les leur avait montrés. »

« A l'époque dont nous parlons, l'idée du beau ne pouvait pas exister dans les arts, parce qu’elle n'existait nulle part. Aucun lien ne rapprochait les hommes, pas même le lien du langage. »

Pour celui-ci, le style gothique « atteste la grande crise morale, à la fois maladive et sublime, qui pendant tout le moyen âge a exalté et détraqué l’esprit humain. »

Enfin, l’un des écrivains termine par cette déclaration : « Vers le milieu du xv° siècle, Byzance tombe sous les coups des musulmans ; le monde entier était devenu la proie des Barbares. « C’en était fait des lettres, des arts, et peut-être de la civi-

i. Quand nous combattons les assertions d’un auteur vivant, nous les donnons entre guillemets, mais sans le nommer, notre discussion ayant pour but de rechercher la vérité et non de susciter des polémiques personnelles et toujours désagréables ; nous prenons ces citations dans les livres de nos plus grands historiens modernes.

LES ARTS AU MOYEN AGE

lisation; mais dans le moment même où le fer et le feu détruisaient Byzance, deux hommes industrieux préludaient aux merveilles de l'imprimerie; l'imprimerie a sauvé les lettres, les arts et la civilisation. »

C’est ainsi qu'en se corroborant, les jugements portés sur une époque deviennent de plus en plus exclusifs et absolus. On attaque constamment encore aujourd'hui par habitude la mémoire de ceux à qui nous devons tous les germes de notre civilisation, et qui nous aident tous les jours à élever nos sentiments, nos idées en face des monuments admirables qu’ils ont construits dans tous les pays, dans nos villes, et jusque dans nos plus petits hameaux.

Aussi, sans entrer dans l’étude détaillée des choses du moyen âge, nous croyons nécessaire de rappeler brièvement les progrès sociaux et la variété brillante de» arts à cette époque, et nous espérons démontrer que c’est pendant le moyen âge que les différents peuples marquent de leur génie propre, et de leur empreinte individuelle, les monuments qu'ils construisent, les objets les plus usuels; l’époque enfin où la foi religieuse, la soif de liberté, l’enthousiasme juvénile, ont donné à tous l’instinct du beau et les principes du grand !

S’il fut jamais un peuple tombé dans la décrépitude, c’est bien le peuple romain de la décadence, également impuissant à se gouverner et à imiter les arts des siècles précédents.

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