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LA SCIENCE

as- relief, marbre à fond doré, par l’auteur.

theque du château de Boulogne (appartenant à Madame la baronne James de Rothschild).

Gravure extraite de la Revue illustrée Y Art.

l’art

Bas-relief, marbre à fond doré, par l’auteur.

Fronton des portes de la Bibliothèque du château.de Boulogne (appartenant à Madame la baronne James

de Rothschild).

Gravure extraite de la Revue illustrée Y Art.

Pendant de longs siècles, l’homme s’est trouvé au milieu des splendeurs de la nature; il voyait, il était impressionné — quelques essais barbares en témoignent — et cependant l’art n’existait pas.

C’est que la matière et les procédés jouent dans l’art un rôle capital qui est loin d’être connu et suffisamment apprécié.

Les procédés nous rendent plus ou moins maîtres des matériaux;

Les procédés varient avec les outils;

Les outils varient suivant la civilisation ancienne ou moderne de chaque contrée.

Tel art existe dans tel pays, il y a été inventé, parce que ce pays possédait une carrière, une forêt, une mine.

Changez la qualité des matériaux de la carrière, l’essence de la forêt, les produits de la mine, et vous changez l'art.

La perfection plus ou moins grande de la forme dans la statuaire grecque résulte en partie de l’exploitation des marbres de ce pays.

La raideur de la statuaire égyptienne s’explique par l’adoption des granits travaillés à l’aide de silex appointés; l’incisif de la statuaire assyrienne par l’emploi des calcaires, des albâtres gypseux du centre de l’Asie.

Il a fallu des siècles, il a fallu toute une humanité de souffrances,

PRÉFACE

de dévouement, de superstition ou d’esclavage, pour lever, pousser, rouler tel bloc erratique; parfois, malgré l’effort d'un peuple entier on l’a abandonné; il a fallu des armées d’ouvriers pour cliver les silex qui devaient servir à l’équarrir, des années pour le polir, des migrations de race pour fournir le fer, l'outil qui permettra enfin à un seul homme de dompter la matière, de lui donner la vie.

D’abord, dans le principe, chaque pays cherche à créer un art issu de sa (iore et de ses matériaux.

Plus tard les échanges, les voyages, lui révèlent un art étranger qu’il imite grossièrement avec les moyens techniques dont il dispose jusqu’au moment où son outillage se perfectionne.

Le besoin de constructions durables oblige l’architecte de l’Égypte, de l’Inde, de la Chine, de l’Amérique, de la Grèce, à substituer au bois de l’abri primitif des matières éternelles.

C’est le moment où le peuple nomade, après s’être fixé au sol, après avoir abandonné la tente pour la cabane, quitte la forêt pour la carrière, le bois pour la pierre. Alors le tronc d’arbre devient la colonne, les branches le chapiteau, la traverse la frise; de la tente était née la pagode, la cabane forme le temple.

L’art est créé.

Partout l’ornement dérive de l imitation des produits naturels de la contrée. Exemple : le lotus en Egypte, le chèvrefeuille et l’acanthe en Grèce, le chardon en Allemagne.

La superposition des briques par les architectes primitifs produit les méandres, les zigzags, les bâtons rompus, etc.

La facilité que donne l’emploi du moule pour reproduire en terre ou en plâtre des figurations que l’on peut couper et multiplier, amène les Arabes aux mille combinaisons de leurs entrelacs.

En même temps que la nature fournit les matériaux, ceux-ci, par la différence de leurs qualités, modifient complètement l'idée et la forme dans tous les arts plastiques.

Si, primitivement, le bois permettait au sculpteur de fouiller, de détailler les figurations, le marbre lui offre les modelés, les nuances délicates; la terre, la cire, l’invention du moulage sur nature l’amènent à une facture minutieuse et au réalisme.

PRÉFACE

La mosaïque impose des contours affirmés et la franchise des tons, la fresque révèle la clarté et la finesse des valeurs, l’huile les profondeurs du clair-obscur. Avec chaque matière nouvelle, tapisserie, verrerie, broderie, émaux, apparaissent une qualité, un effet, un art nouveaux.

L’influence des procédés est aussi absolue.

Par la fonte, le métal le plus dur se transforme en figurines légères, sveltes, aériennes, impossibles à reproduire dans une autre substance.

Par le tour à graver, les pierres fines ou les pierres précieuses font resplendir les pétales d’une fleur artificielle, les ailes d’un oiseau inconnu, des mille leux de l’émeraude, des rubis ou des diamants.

Ne devons-nous pas à l’industrie les splendeurs harmoniques, la combinaison des timbres de la musique moderne ?

Chacun de ces arts, avant d’avoir atteint par l’amélioration des procédés l’expression qui lui est propre, passe de la période des tentatives et des tâtonnements à celle de l’apogée. Puis, grâce à l’exagération de ces mêmes procédés, portés jusqu’à la minutie ils arrivent à la période de décadence.

Ces diverses phases composent l’histoire de l’art.

Mais c’est seulement en étudiant le détail de ces différents faits que l’on peut comprendre le rôle infiniment varié, curieux, imprévu, qu’ils ont joué partout et toujours. Même aujourd’hui, au degré supérieur de l'art, le sentiment et la matière sont encore intimement liés. N’est-il pas vrai que chaque effet delà matière a en lui-même sa poésie? La corde vibre, la couleur chante, le métal étincelle. L’artiste est celui qui, par force et travail, en modifiant, éteignant, opposant, réunissant plusieurs degrés de ces effets, les fait valoir et apprécier.

Souvent l’artiste n’est sensible qu’à l’effet même de la matière. Le sujet de son tableau, la forme de sa statue, la mélodie de sa symphonie ne sont que des prétextes, pour un Rembrandt de faire éclater un jaune dans un ensemble obscur, pour un Michel-Ange de développer une courbe, d’allonger une ligne, pour un Beethoven de faire triompher un accord.

Le son unique d’un métal, la qualité ou l’intensité d’une seule couleur, l’expression d’un ovale, pour l’artiste qui sait voir, sentir, entendre, suffisent pour l’enthousiasmer. Sa tâche est de nous faire

PREFACE

participer à son émotion, de nous faire admirer les effets qu’il n’a pas inventés, qu’il a su seulement présenter.

De là l’importance apportée par Van Eyck à la préparation des couleurs, par Delacroix à la composition de sa palette, par Berlioz au choix des instruments.

De là, la dette de l’Art à la Science, et les efforts immenses que fait l'humanité pour tirer du sein de la terre, et manier suivant ses désirs, les matériaux qui peuvent lui permettre de varier les notes, les couleurs, les courbes nécessaires à la manifestation et au développement de ses arts.

Certes l’esprit humain, la philosophie, la religion, la race ont la plus grande influence sur le choix des sujets, le symbole adopté, la manière de l’exécuter.

Mais le public et le critique prêtent trop souvent aux artistes, — et cela inutilement — des idées très spirituelles que ceux-ci n’ont jamais eues, et ne se rendent pas toujours bien compte du degré de beauté que toute chose porte en elle-même, et que la complication des sentiments abstraits, surtout dans les arts plastiques, ne peut que détruire.

Nous espérons que l’importance que nous attachons aux questions techniques et matérielles dans les choses de l’art ne nous fera pas accuser d’indifférence aux qualités personnelles, aux sentiments intimes, aux expansions de cœur des grands artistes, des grands poètes, des grands esprits. Si la foudre du ciel, de même que la brute, tue aveuglément l’innocent comme le coupable, au contraire les cris de colère du poète, terribles comme le flot, comme l’ouragan, délivrent parfois, un peuple entier, punissent les crimes, renversent les oppresseurs. Il y a autre chose qu’une froide combinaison de lignes dans le Jugement de Michel-Ange. Il n’y a pas qu’un adroit effet de lumière dans l’apparition du Christ de Rembrandt au milieu des déshérités. Il n’y a pas qu’un calcul mathématique dans les échos formidables des trompettes placées par Berlioz aux quatre angles de Notre-Dame au moment solennel du réveil des morts dans le Dics ira. Elles ne brilleront pas les couleurs éclatantes; ils ne chanteront pas les mots sonores; ils n’étincelleront pas les métaux précieux, à l’appel d’un artiste qui

PREFACE

n’aura pas en lui la force ou la sensibilité, l’amour ou l’enthousiasme. Il ne tirera aucun résultat des plus belles matières comme des plus beaux sujets; le soleil qu’il montre ne vivifiera pas, le diamant dans ses mains s’obscurcira. Le comédien qui n’ajoute pas à l’effet appris, au talent d’école, le sentiment personnel, quelque chose de son être même, peut réduire le poème le plus sublime en un fatigant récit.

Mais l’histoire de l'art n’est pas l’art lui-même, c’est le compte-rendu des efforts et des résultats; c’est pourquoi nous avons évité autant que possible les longues dissertations vagues et infécondes sur le vrai, le beau, le sublime, pour discuter des points historiques ignorés et essayer de mieux faire apprécier les mérites relatifs de certains arts méconnus.

CARTOUCH Z DE LIVRE

Composé et dessiné par Jean Cousin. Gravure extraite de la Galette des Idéaux-Arts,

LES ARTS .DITS INDUSTRIELS

es œuvres d'art de l’antiquité grecque et romaine sont dites antiquités classiques.

Ces œuvres appartiennent aux Beaux-Arts.

Pour les adeptes d’une certaine école encore trop puissante ce sont les seules productions supérieures du génie humain, les seules dignes d'inspirer les artistes.

Les arts égyptien et assyrien, hindou et cambodgien, persan et mauresque, mexicain et péruvien, chinois et japonais, les arts byzantin et lombard, roman et gothique ont pu laisser quelques œuvres intéressantes, mais qui ne peuvent être comparées — à leur avis — à la plus insignifiante Vénus grecque et au plus lourd des monuments romains1.

i. Depuis une trentaine d’années les découvertes des Botta et des Mariette en Assyrie et en Égypte ont forcé à élargir le cercle si étroit des soi-disant antiquités classiques.

CRAYONS EN PLOMB HISTORIE DU XIV« SIECLE, FACE ET REVERS. COLLECT. FORGEAIS

Presque tous les musées de l’Europe, à 1 exemple du Vatican, nous présentent des kilomètres de galeries remplies de copies et de pastiches, antiques il est vrai, mais sans aucun intérêt artistique, pendant que tous les autres arts n’ont obtenu jusqu'ici qu’une place dérisoire, comme étant incomparablement intérieurs aux arts dits classiques et a ceux de la Renaissance.

Après la classification des arts classiques, celle des arts

ENCRIER DE LA BAZOCHE, XVIe SIECLE, EN PLOMB AVEC LES ARMES DE FRANCE

Objets trouvés dans la Seine par A. Forgeais, tirés de sa collection.

dits industriels est encore un parti pris, dû aux limites dédaigneusement imposées à tout ce qui n'est pas sculpture sur un piédestal, peinture dans un cadre, architecture monumentale.

Les œuvres de l’art dit industriel ne sont pas admises dans les expositions des Beaux-Arts.

Les récentes recherches de MM. de Longpéricr, Perrot, Renan, de Vogué, de Saulcy Lenormant et Rayet, etc., ont montré que c’est dans ces contrées qu’il fallait chercher l’origine des principes de l’art classique, et ont amené l’étude de ces antiquités jusque-là dédaignées, même encore aujourd’hui, au point de vue de l’art.

LES ARTS DITS INDUSTRIELS

Ceux qui s'en occupent tiennent une place secondaire dans la hiérarchie sociale dont les Beaux-Arts forment le sommet.

Divisions arbitraires, toutes funestes aux arts, toutes établies par une ignorante et fausse appréciation de la variété, de la valeur et du mérite par lesquels l'esprit humain peut se manifester.

A l’époque de la Renaissance, il n'est pas nécessaire de remonter plus haut, cette séparation et ces dénominations factices des beaux-arts et d'arts industriels n’existaient pas, et les artistes de valeur ne dédaignaient pas de composer et d’exécuter des coffrets avec toutes les ressources et les richesses de l'art, de graver d’élégants sujets, de fines arabesques sur des coupes de cristal transparent, d’émailler des buires et de ciseler des armes. C’est l’époque où Benvenuto Cellini fait d'une salière une des œuvres principales de l’orfèvrerie, où Jean Goujon et Germain Pilon sculptent des lits

PROJET DE BUOU PAR B. CELLINI. — L’Art.

DESSIN D'UN FOURREAU DE DAGUE par Holbein. Musée de Bâle.

Grav. extr. du Ho]bein, par P. Mantz.

et des bahuts, où Rosso, Primatice et Holbein donnent les dessins de quantités d’objets usuels, où Bernard Palissy est nommé Inventeur des rustiques figulines du Roy , où les Penieaud et les Limosin sont désignés chronologiquement comme des souverains, et où Coldoré, par une faveur étrange, mais vivement ambitionnée alors, est nommé valet de chambre du roi, pour ses gravures en pierres fines.

Inclinons-nous devant les productions,, le goût, le bon sens de ces siècles si féconds en belles œuvres. Il serait difficile de faire croire au public d'aujourd’hui qu’un cadre peut avoir plus de mérite artistique que beaucoup de tableaux, dont la valeur est surfaite; et pourtant quelle merveille que le cadre de Bruges, où, parmi les rinceaux, courent et jouent les enfants sculptés sur bois par François Duquesnoy dit Flamand !

A cette époque, en admettant dans une exposition artistique, des panneaux sculptés, on n’aurait pas songé à exclure la porte dont ils étaient la décoration, et l'on n'eût certainement détaché ni les frontons ni les figurines destinés

LF.S ARTS DITS INDUSTRIELS

à une crédence ou à quelque autre meuble. Alors on n'eût pas considéré comme complète une exposition des Beaux-Arts, où l'on n’eût vu ni les modèles, ni l’exécution de ces riches orfèvreries de table ou d’autel, œuvres merveilleuses des Donatello, des Ghiberti, des Mino de Fiésole, lesquelles servirent de points de départ à la grande école de sculpture de la Renaissance italienne.

Du reste, le nom d'artisan était jadis l'appellation commune aux artistes de tout genre.

Tout le monde sait combien la diversité dans les aptitudes était admise au moyen âge et à la Renaissance. Personne ne trouvait ridicule que Michel-Ange, Raphaël, Léonard de Vinci, Salvator Rosa, etc., fussent en même temps architectes, peintres, sculpteurs, poètes, ingénieurs, musiciens, etc. Et, chose curieuse, ces hommes de génie surent exceller dans tous les genres à la fois.

Mais, comme l'a si jus-

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