Les arts somptuaires
Voici un livre créé par l'aristocratie du talent, — au prix de quels efforts, de combien de veilles, d'expériences, de sacrifices, vous le saurez tout à l'heure, — pour ajouter une richesse il l'aristocratie de la fortune, de l'élégance et du goût.
Mais que dis-je? Cette œuvre est plus qu'un livre, plus que cent bibliothèques. C'est un monde retrouvé siècle à siècle: monde moins antique, je le veux bien, mais plus profond, plus complet , aussi mystérieux que les fouilles de Ninive, d'Herculanum et de Pompéia.
C'est un immense reliquaire historial, où la religion des grandes choses du passé et le génie patient du travail moderne ont enlîn reconstruit, pièce à pièce, pour les rendre par des mains françaises au commun trésor de l'avenir, mille débris d'art exhumés peu à peu du tombeau de treize siècles, et qui retombaient à la même heure au bord du chemin de l'ignorance ou sous l'épi taphft de nos musées solitaires.
Débris de races, débris de sciences, débris de monuments; — naufrage perpétuel de vérités et d'erreurs, d'étroites passions et de larges misères, de créations splendides et d'avortemenfs
monstrueux, tout cela poussé par l'infinie révolution des temps vers un abîme sans rive et sans fond; — poussières confuses de couronnes et de trophées, d'oripeaux et d'armures, de pourpre et de haillons, de cirques et do statues, de palais et de cliaumines, de livres et de tableaux , do vaniteuses défroques et d'ossements inconnus : — voilà le bilan du genre humain ; voilà ce qu'il recueille à l'agonie de chaque génération, pour en sauver ce qu'il peut de l'oubli, cette seconde mort de toute chose, et pour pétrir sans cesse, éternel Prométhée, l'éternel Univers.
Quand une époque est finie, son moule éclate, et il suffit à la Providence qu'il ne se puisse refaire; mais des fragments épars sur le champ de la Mort, n'en est-il pas quelques-uns de beaux à contempler?...
Tout ce (jui s'est appelé ici bas splendeur de la Forme ou gloire de l'Esprit, chef-d'œuvre de l'An ou soleil de la Pensée ; tout ce qui a élevé les grands hommes au-dessus des grands peuples, tout ce qui a resplendi comme l'éclair dans l'orageuse transformation des êtres disparus, n'aurait-il un moment percé la nuit des âges que pour se recoucher dans son ombre?...
Pourquoi le sublime Architecte dont nous sommes tonr à tour les ouvriers, frapperait-il nos œuvres d'une loi jalouse et fatale qui les voue tout entières aux gémonies du Néant? Et, si nos facultés bornées sont un reflet de son Verbe , n'esl-ce pas notre droit et notre devoir de reconstituer, de siècle en siècle , la synthèse de la vie à la surface d'un chaos déblayé?...
En un mot, pour évoquer une seule image au foyer des symboles sacrés, l'Ezéchiel des jours bibliques, restituant d'un souffle l'âme à des cendres humaines, n'est-il qu'un mythe oriental, ou fut-il le précurseur, divinement inspiré, d'une plus éloquente et plus vaste résurrection?...
Grave problème qui agile l'arcane de nos destinées , en roulant aux ténèbres des disputes savantes, et que les plus fortes intelligences poursuivent en vain, les unes dans l'Histoire, les autres dans la Science ; celles-ci dans la Politique, celles-là dans l'Industrie. Les systèmes pullulent au vent des controverses; mais leurs auteurs, de quelque autorité que les revête un grand nom, s'égarent tous en chemin vers les hauteurs de l'Absolu; tous retombent tour à tour, comme sous le rocher de Sysiphe, à leur point de départ.
Menteuse par ignorance ou par intérêt, par préjugés ou par senitude, l'Histoire n'est qu'un microscope appliqué aux infiniments petits (jne nous voyons si grands. Vous y cherchez un spectacle, et vous n'avez qu'une illusion d'optique.
La Science , qui creuse à perpétuité les mystères de la Nature , échappe sans cesse, comme le Protée antique , aux mains qui croyaient la fixer. Dans les divines mathématiques , c'est l'asymptote de l'orgueil humain.
En Politique, les théories bouillonnent et s'évaporent comme les métaux dans le creuset d'Hermès , et quand l'expérience , novatrice ou rétrograde , pense tenir un sceptre d'or, elle ne possède tout à coup qu'une verge de plomb.
L'Industrie, qui aspire à dominer le monde par la magie du capital et par l'audace des tentatives, l'Industrie n'a rien découvert qui ne fût la réminiscence d'un chef-d'œuvre perdu ; elle n'édifie rien dont le type n'appartienne au passé; elle ne pressent rien, dans ses contemplations, qui ne soit le n^flet d'une réalité d'autrefois.
Pour remettre en lumière les vérités historiques sur lesquelles repose et pivote la succession des êtres , il ne suffit donc pas de creuser sous l'éboulement de l'espace et du temps ,
1»RÉFACE. 3
puis de crior à tout lia^ard X Eurêka (l'Archimède. Il faut savoir mrsuror, comparer, rajuster et décrire les fragments les plus informes du scpieletle de chacpie siècle. Ces fragments sont les hiéroglyphes d'un livre sans commencement et sans fin , dont Dieu est la préface, l'Univers la matière, et l'Homme le metteur en pages. Pour déchiffrer ct^s caractères, pour leur assigner date probable, valeur certaine, et pour les dresser en jalons dans le labyrinthe des faits ensevelis, à quel maître irons-nous demander le flambeau qui éclaire, le fil qui dirige, le sentiment qui compare, la raison qui prononce?
Adressons-nous à l'Art, ce suprême organe de la mémoire humaine; à l'Art ([ui, parle trait, j)ar la couleur, par l'harmonie de l'idéal et du plastique, conserve ou renouvelle, multiplie et perpétue ce que j'oserais nonnncr l'essence des formes passagères de la vie.
Cet Art, qui fout embrasse, est contemporain de tous les mondes. On l'aperçoit au berceau des nations comme au penchant des empires. Tantôt créateur, tantôt copie , que selon les temps, les climats et le génie particulier des races qui l'enfantent, il soit architecte, sculpteur ou peintre; — qu'en Égypte il ait porté le bandeau royal, sous les noms de Mteris, d'Osymandias, de Chéops ou de Chéfrem, ces hommes dont la mémoire est colossale comme les pierres qu'ils ont remuées; — qu'il ait créé en Grèce les Ctésiphon, les Callimaque, les Phidias, les Polignote, les Zeuxis, les Praxitèle; — en Italie les Vitruve , les Diogène , les Cimabuë , les Giolto, les Bramante , les Léonard de Vinci, les Pérugin , les Raphat'l, les Michel-Ange, les Benvenuto Cellini, les Corrège, les Jules Romain, les Véronèse: — nulle part il n'apparaît plus haut, plus fécond , plus idéal et plus puissant que lorsqu'il s'est fait peuple au sein du moyen âge, pour lancer au-dessus des brumes du Nord ces flèches de pierre qui ne retomberont du ciel qu'au dernier jour du dernier homme. S'il n'enfante plus de pareils prodiges, ce n'est pas qu'il ait vieilli, ce n'est pas qu'il soit épuisé; c'est qu'il se recueille dans l'intuition des sommets qu'il a franchis; c'est qu'il mesure l'abîme de l'avenir, pour jeter à l'autre l)ord le pont qui distance les deux pôles de l'infini.
A l'heure même où se détache de mes rêves cette fugitive étude, il opère tout près de moi, sous mes yeux, dans les limbes où la patience fait germer le génie. Voyageur universel, il a semé tour à tour ses richesses aux quatre points cardinaux du monde curieux (le plus vaste des mondes). Allez de Londres à Rome, de Vienne à Pétersbourg, de Madrid à Bruxelles, de Florence n Berlin, de Naples à Grenade, partout rayonne l'écrin de ses merveilles. L'admiration satisfaite croyait n'avoir plus à désirer que le repos : eh bien ! pendant que l'Europe se promène avec la paix parmi des gloires qui ne coûtent point de larmes , transportez-vous en pensée k l'horizon de Paris.
Laissons derrière nous ces palais nés d'hier comme des fleurs en serre chaude ; ces églises miniatures dont la dentelle , vierge encore des étreintes du temps , sourit au badigeon des vieilles nefs gothiques, et ces casernes cyclopéennes, dernier mot d'une fin de siècle. Gagnons à plein vol ce quartier de refuge où le bon Paris de nos aïeux, le Paris noble, le Paris studieux, le Paris cloîtré dort, travaille ou prie, loin du puissant marteau qui met au pilon la vieille
ville, cl loin du i)ruit vague, mais profond, qui roule au-delà des ponts de la Seine, connne l'avant-coureur d'un progrès inconnu.
Dans l'ombre que projettent là-bas les tours de Saint-Sulpice, après cette fontaine sculptée en baptistère, d'où quatre évèques de pierre semident bénir au passage les petits enfants du bon Dieu, longez à gauche l'enceinte du Séminaire, et quand vous toucherez, dans l'ancienne rue du Pot-de-Fer, l'ancien seuil de ce moderne édifice, tournez à droite : voici la rue Honorr- Cheualier, une petite rue sans écho et presque sans soleil. Ne me demandez pas d'où lui vient ce nom bizarre ; sa légende est allée depuis longtemps où s'en va toute chose, où va la feuille de rose et la feuille de laurier. Demandez-moi plutôt pourquoi je m'arrête.
Voyez donc. Mur déchaussé, blafard, marbré de moisissures, et tout las de compter les ans qui lui rongent le pied ; — maison haute , à charpente émaciée , et dont les pores exhalent une froidure monastique; — croisées longues et mornes, à peu près toujours closes au regard oisif du passant; — ^ porte basse, à plein cintre, étroite et discrète comme celle du Paradis.
Vous qui venez de l'Alhambra ou de Westminster, du Colisée ou du Rialto, de Schœnbrunii ou de Versailles, ou seulement de la tour Saint-Jacques et des cellules coquettes du dernier abbé de Cluny, vous reculez devant cette masure?
Ah! prenez garde , ne jugez pas le fruit sur l'écorce. Entrons ici avec respect: c'est un sanctuaire du Travail.
A gauche, au niveau du sol s'ouvre une carrière, meublée de pierres longues ou carrées, taillées et rangées symétriquement. Ne les heurtez pas, ces pierres : elles vivent ; n'effleurez pas leur immobilité, vous les sentiriez frissonner. C'est ici le premier mystère du lieu : ces pierres attendent le doigt du Maître pour éclore en prodiges.
Où donc est le Maître?...
Suivons, pour aller à lui, cette rampe de chêne qui ne sait plus son âge, et (pii pourtant vous guidera sans ti'embler.
Montons ces vieux degi'és dont le ciment a fléchi sous le poids des machines qui accomplissent, d'étage en étage, la volonté omniprésente d'un esprit sûr d'être obéi. Prêtez l'oreille à ces bruits de leviers ; leur va et vient résonne comme le grincement de la matière domptée. Le travail est sur vos tètes, à vos côtés, sous vos pieds; vous entendez sans voir, mais ce que vous entendez révèle une puissance.: vous sentez la forte vie de l'ouvrier qui se penche sur son œuvre pour l'animer, et vous avez hâte de saisir sur le fait la génération de prestiges que l'intelligence, cette substance primordiale de toute vraie création , peut obtenir à l'aide d'une pierre plus dure que le marbre et de quelques alliages colorants. Certes, une merveille qui coûte si peu de mise en scène vaut bien qu'on l'examine. Une porte vous en sépare à peine : frappez, et l'on vous ouvrira...
Tout à coup un frisson électrique vous saisit ; — l'aimant du Passé vous attire ; — le génie des visions secoue son aile empouri^rée sur la nuit des souvenirs, et, comme si la verge d'un
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iiiago dos Pharaons l'eût touchée, — la voûte qui vous enveloppe s'élarjj;!!, s'élève, s'illumine, et recule de quarante siècles!...
Vous vous croyez à Paris, nous sommes en pleine Egypte. — Aux bords de la Seine? Mais voilà le Nil. — Devant l'aiguille de Louqsor ou les momies anonymes qui sommeillent au {.ouvre? Saluez donc le> Pyramides, ces i)ornes de l'audace humaine escaladant les cieux!
L'Art vous accueille à l'entrée de ce monde qui n'a j)lus d'interprète; l'Art, ministre de Dieu, qui garde les archives des mondes évanouis (1).
Pour vous et par lui, Memi>his, la vieille cité sacrée, éclaire encore une fois la crypte où dorment ses grands-prêtres.
La royale Thébaïde réveille son ])euple de sphinx, et le range en splendides avenues, pour vous conduire à ses portiques géants.
De Syène et d'Éléphantine, de Sais et deDenderah, d'Héliopolis et de Méroti, de Péluse, de Ramsès et dePithom, du nome Thébaïque, de l'Hepfanomide et du Delta, voici venir, en procession spectrale, les vingl-six dynasties de ces rois sans histoire, qui sculptaient en granit l'énigme de leur règne.
Voyez, sous sa tiare d'or et son aube de lin, l'hiérophante d'Isis, d'Osiris et d'Horus, guider parmi les hymnes antiques la pompe des grandes Panégyries.
Culte ignoré, sciences perdues, symboles indéchiffrables, berceau palpitant d'un peuple dont nous ne savons qu'éventrer les sépulcres pour broyer ses cadavres sur la palette de nos peintres, — tout cela renaît, reprend la forme, la couleur, presque la vie!...
Mais faites un pas : — tout se fond, tout s'éteini , comme ces feux follets qui glissent en élé sur le champ du dernier sommeil. Vous n'êtes pas revenu de votre surprise que la scène a changé : du pied des Pyramides et du sommet des temps, nous voilà tombés dans Rome souterraine (2).
Aux fauves lueurs jaillies des colombes d'argile qui treniblottent, de distance en distance, comme les étoiles d'une nuit en deuil, acheminez-vous sans bruit le long de ces galeries peuplées d'ombres. Voici la catacombe de Saint-Cyriaque, sous la roule de Tibur ; — celle de Saint Calepodius, sous la voie Vitellienne; — celle de Saint-Zénon, près des soui'ces Salviennes ; — celle de Sainte-Priscille, sous la voie Salaria, et, — la plus vaste de toutes, celle de Calixte.
C'est ici qu'il y a quinze siècles, quand la ville césarienne cuvait le sang des cirques et l'orgie des soupers, on voyait descendre, à pas lents, des chrétiens attardés par une mission redoutable. Ceux-là étaient des diacres qui, après avoir baisé les plaies des confesseurs sur le fumier des geôles, ne craignaient pas, sublimes voleurs, d'aller ravir leurs sacrées dépouilles aux gardiens de la voirie. L'évêque les attendait, en bénissant l'auge de pierre où devaient reposer ces hosties, puis il partageait aux assistants le pain du Ciel, pour les fortifier contre les périls du lendemain. Quand le silence et la solitude s'étaient refaits, un artiste inconnu venait furtivement sculpter ou peindre, sur les parois funèbres, la mémoire allégorique des saints combats et des divines espérances. Ne demandez pas à son œuvre les délicatesses de notre art ; souvenez-vous que le pinceau ou le burin durent vaciller sous son doigt, quand l'écho
(1) Voyez lc5 planches exécutées en lithochromie jiar M. Hangard-Maugi' , dans l'ouvrage intituli' : L'Ain
KOYPTIKN.
(2) Voyez les planches exécutées en lithochromie par M. Hangard-Maugé, dans l'ouvrage intitulé : Les Catacombes DE Rome.
des cryptes apporfait du dehors ce cri : « Les Chrétiens aux Hons! » Pensez que le salpêtre et la rouille des siècles ont rongé ses couleurs; n'oubliez pas surtout que le temps lui manquait pour achever son ébauche, mais que cet artiste inconnu se nommait Légion : — légion d'hommes de foi et d'amour qui remontaient signer de leur sang, au soleil de l'Empire, sur ses idoles brisées, le Te Deum laudamus qu'ils avaient crayonné dans les entrailles du Vieux-Monde.
A mesure que vous suivez le cierge vacillant el le pas caduque d'un pauvre moine, centenaire gardien des nécropoles mystiques , comptez , si vous le pouvez , ces calices , ces dyptiques , ces fioles où le sang est figé; ces triangles trinitaires, ces palmes, ces raisins, ces agneaux , ces colombes, ces poissons : monogrammes symboliques de la foi confirmée , du sacrifice accompli et du triomphe attendu.
Épelez ces sentences gravées au flanc des sarcophages , comme une lettre écrite parles souffrances du passé à la justice future.
Écoutez , au fond de cette nuit religieuse , le vivant Hosmmah que murmurent les saints morts; voyez se mouvoir fresques et bas-reliefs dans le pâle crépuscule qui argenté les ombres.
Toutes ces choses, qui ont dormi leur sommeil séculaire dans la majesté du trépas, en atlen dant l'heure de ressusciter pour rendre témoignage à une Révolution permanente, que leS aveugles nient sans cesser de la subir, et que les esprits rétrogrades n'arrêtent qu'en périssant ; tous ces débris du testament de la Chrétienté primitive sontles degrés du Thabor où la Croix, soulevée par les martyrs des temps nouveaux, monte plus haut de siècle en siècle , jusqu'à ce qu'on l'aperçoive de toute la terre. Constantin parait auprès d'elle et la porte à Byzance , pour attendre que Rome soit purifiée. Sur tous les chemins du Capitole condamné roule un océan d'hommes que nous appelons Barbares, qui se nommaient eux-mêmes tléaux de Dieu, et qui deviennent nos ancêtres. Après que ces ouvriers de la Mort ont sarclé la vieille Europe, en arrachant ses villes comme des herbes flétries, le monde chrétien, qui reconnaît en eux ses vengeurs, sort des cryptes romaines, l'Évangile à la main, pour semer les germes de l'avenir au milieu des tombeaux.
Quand le dernier écho de cette grande catastrophe s'est éteint dans l'espace, la pierre Mamertine devient la tribune du César éternel dont la dynastie sort des cieux. Au souffle de sa parole , les Barbares étonnés laissent tomber leurs glaives ; l'eau du baptême lave leurs mains sanglantes; les conciles, parlements de la vie spirituelle, pubhent le secret d'allier la liberté avec la grandeur ; et l'aurore du Soleil de Justice éclaire la floraison renaissante des idées et des œuvres qui vont peupler de proche en proche un nouvel ordre de merveilles.
Des Catacombes aux Basiliques, bien courte est la distance, tant fut puissante et féconde la jeune foi de cet autre Univers (pii a tout retrouvé , tout résumé , tout agrandi, et dont nous ne sommes que les compilateurs. Plus le moyen âge s'éloigne de nous , plus il nous remplit de ces pensées gigantesques qui finissent toujours par une réflexion sur le néant de l'homme et la brièveté de sa vie. Que peuvent donc opposer les arts de la Grèce et de Rome, qu'avons-
nous à comi)aror nous-mêmes à ces cathédrales de Chartres (1) ou de Cologne , de Reims ou (le Strasbourg, dont tout l'or d'un royaume ne paierait pas aujourd'hui la main-d'œuvre, et (]ue le treizième siècle érigeait aux frais communs des croyants?
On l'a dit avant moi et mieux (jue moi, les forêts furent les premiers temples de la Divinité, (!t les hommes y ont cherché de tout temps la première idée de l'architecture. Les Grecs ont tourné la colonne corinthienne avec son chapiteau de feuilles sur le modèle de l'acanthe. Les énormes piliers du vieux style égyptien rappellent le sycomore, le figuier d'Orient, le bananier, tous les arbres géants de l'Afrique et de l'Asie. Les forêts germaniques et gauloises, passant à leur tour dans les temples de nos pères, ont ainsi maintenu leur origine sacrée. Ces forêts de pierrt>, labyrinthes aux inille arcades qui se séparent ou s'enlacent en cerceaux, en trèfles, en méandres, en ogives, s'éclairent par des rosaces à jour, incrustées de vitraux peints, qui ressemblent à des soleils brillant de mille couleurs sous la feuillée. L'Art, non content de bâtir des forêts, a voulu, pour ainsi dire, en imitei" les murmures ; et au moyen de l'orgue et du bronze suspendu, il a attaché au temple gothique jusqu'au bruit des vents et des tonnerres qui grondent dans la profondeur des bois. Au dehors de son œuvre, la flèche épiscopale s'élance vers les cieux comme la prière, au-dessus d'un peuple de pyramides, d'aiguilles, de statues, prodiguées comme les fleurs d'une imagination libre et inépuisable. Autour du vaisseau cruciforme, des légions de figures ciselées ou peintes avec un amour qui les fait palpiter, s'échelonnent de la base au sommet, comme les anges de la mystérieuse échelle de Jacob. C'est un peuple tout entier qui semble prier encore avec ses descendants ; peuple sorti des sépulcres qui gisent à nos pieds, pour nous parler de la mort ou nous demander nos prières ; peuple de bienheureux qui rayonne sur nos têtes, en semant parmi nos misères les sourires de l'Espérance.
Évoquerai-je maintenant la foule des légendes, fdles du temps et de la foi naïve, ces sœurs de l'Histoire, «assises au foyer des sociétés qui commencent? Faut-il vous les monti'er descendant le fleuve des siècles et survivant à tous les livi'es? Leur berceau se caclie à l'ombre du Calvaire. Chaque génération leur apportait, en passant, le tribut de son cœur ; l'Église leur ouvrait ses portiques hospitaliers : en retour, elles travaillaient de tous côtés , ici des joyaux de pierre vive, là des monuments d'une majesté surhumaine. A elles le grand jour et le chaud soleil qui diamantent la rose des hauts portails et les veri'ières de l'abside ; à elles les longues galeries du cloître, et les murs des cimetières, et les façades des maisons, ces vrais livres du moyen âge, ces Bibles populaires où l'Art voyageur venait sculpter et peindre les traditions glanées dans son pèlerinage. Ne les méprisons pas, ces légendes qui nous ont bercés ; elles ont encore une place dans toutes les œuvres du génie ; elles se tiennent comme des reines séculaires, mais toujours jeunes, sous la dentelle des niches gothiques ; elles descendent, avec la lumière du matin sur les dalles coloriées, pour se mêler à l'oraison catholique ; elles nous attirent encore, avec une puissance pleine de grâce, sur les sentiers où ne passe plus la Foi.
Splendide époque, après tout, et en dépit de nos philosophes bavards! Splendide panorama que ce moyen âge où la civilisation forgeait la cuirasse et le haume de ses hommes d'armes avec les chaînes brisées de l'antique esclavage ! Ère héroïque où tout flottait sur l'océan de
(1) Voyez les planches exécutées en lithochromie par M. Hangard-Maugé, pour l'ouvrage intitulé : Monograpiiif,
nE LA CaTIIÉDRALE DE CuARTBF.S.
l'Église; où, d'un côté du navire, se dressait la (our féodale, couronnée de ses blasons e( bannières déployées ; de l'autre, les beffrois du monastère sonnaient à pleine volée ; rois, ducs ou empereurs bissaient la voile ; le successeur de Pierre trônait au gouvernail, et le souffle de la Foi poussait la nef au port de l'Avenir.
Aujourd'hui qu'un invincible attrait nous ramène vers cette contemplation, et que, lassés des modcj vulgaires, du luxe étriqué, du goût bâtard de la moderne opulence, nous couvrons d'or tant de fausses antiquailles pour nous meubler d'équivoques débris, n'est-il pas temps de rendre hommage aux vrais savants qui ressuscitent pour nous les vrais modèles du costume, des habitations, et des richesses intimes de nos aïeux ?
Je vous ai montré l'Art ouvrant les Pyramides d"Égypte et les Catacombes de Rome, pour nous faire assister a la revue de leurs pompes décédées. Je pourrais vous montrer ce même Art multipliant, pour vos menus plaisirs, la délicieuse fantaisie moresque du l'oi Guillaume de Wurtemberg, et vous livrant tous les secrets du petit Alhambra que ce prince ne possède plus seul, car voir c'est jouir, et jouir c'est avoir : — or, à toute heure et partout, — grâce à la lithochromie, — on peut contempler, on peut tenir en sa main ce joyau d'Orient digne des Mille et une Nuits, la ravissante Wilhelma du roi Guillaume, pour laquelle, si j'étais roi, je troquerais ma couronne ( t ) .
Mais le temps me presse et l'espace va me manquer, et voici le maître de céans , l'artiste des pierres vives, qui monte de sa carrière en habit de travail, costume vénérable s'il en fut jamais, n'en déplaise à la pourpre augustale , ii l'hermine des reines et à la cotte armoriée des preux de nos croisades. Laissons maintenant tomber le rideau sur les prestiges de l'art, pour entrevoir 'l'Art en personne. Tâchons d'entrevoir les mystères de l'atelier où M. Hangard- 3Iaugé fond au même creuset la lumière et les ombres , pour verser sur une feuille de vélin les merveilleux mirages, les harmonies sans lin de ce jeu des formes et des couleurs (jui reflète, anime, éternise, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, tout ce que le travail antique a fait avec des siècles , tout ce que l'imagination peut saisir et fixer dans l'éclair doré du génie.
M. Hangard-Maugé est un de ces vrais ariisles qui ne font parler d'eux que par leurs œuvres, et ne songent qu'à bien mériter du temps à venir. Comme ces abeilles infatigables qu'on ne rencontre guère loin de la ruche du travail, il compte chaque jour par une tâche accomplie, chacune de ses veilles par ime conception que l'expérience du lendemain poursuit ou voit éclore. Ce qui le passionne, ce n^est ni la renommée ni la fortune: c'est un sentiment d'émulation nationale. 11 a vu l'incessant progrès des arts au delà du Rhin ; il ne veut pas que la France reste en arrière de ce mouvement dont l'Allemagne est aujourd'hui le plus radieux foyer.
(1) Voyez les plancliPS exécutées en lithochromie par M. Hangard-Maugé, pour l'ouvrage intitulé : DtscRinioN LE LA WiLiiEi.MA, palais de plaisance de S. M. le roi de Wurtemberg.
PRÉFACK. 9
(»n se soiiviciil (iu'à l'i'ixMnie de l'FAixisilion universelle qui cul lieu a Londres en 1851, l'Imprimerie impériale d'Autriche avait présenté, de l'aveu mèruc des jurés français, une foule de produits dont l'éclat causa une suriirisr ffriicrak. Accélérant l'essor (k; l'art par d'heureux essais en tous genres, cette si)lendide institution, qui n'a de rivale qu'à Paris, semblait s'être à jamais acquis le premier rang dans rintelligenle armée des travailleurs. La gravure et la fonte des caractères, le stéréotypage, soit par des moules en plâtre, soit au moyen de la galvanoplastie ; l'électro-métailurgie, la galvanograi)liie, la galvaiioglyphie, la chimitypie, toutes ces nouvelles applications de l'art et de la science (I) qui nous font entrevoir un avenir dont les bornes sont inconnues, se présentaient réunies à l'admiration de l'Europe; et la lithographie, cette sœur de la typographie, apparaissait avec ses récentes annexes, la chromotypie et lalithochromie. lUcn de plus beau, en particulier, que les ])roduits lUhochromujues de l' fm/irhuerie impériale d'Autriche, soit ([ue la vue s'arrête sur des fleurs et des fruits (pie la main voudrait cueillir, soit qu'elle passe d'une vivante scène d'intérieur aux perspectives aériennes d'un ravissant paysage, soit qu'elle étudie des mélaux, des pierreries, des étoffes, des meubles, des objets d'histoire naturelle, retracés avec une vérité de couleur ([ui fait illusion aux sens les plus exquis (2).
Voilà ce qui s écrivait en 1851. (le jugement, porté par M. .Vmbroise-Fn-min Didot, l'un des
(1) La description de ces dillui-ciits arts Ncrait un liors-d'œitvi c dans un si rapide aperçu ; mais puisque les modernes inventeurs nous condamnent à subir ce barbare accouplement de mots grecs qui ne signifie que la pauvreté de notre langue, plus d'un lecteur me sera peut-être obligé de lui rappeler en passant le sens de ces énigiTies.
On sait que le stéréotijpage consiste il mouler avec du plâtre pur, ou de l'albâtre, les pages composées en caractères ordinaires , puis à obtenir un relief diu'able en plongeant cl)at|ue moule dans une chaudière remplie d'alliage métallique en fusion.
La galvanoplastie est la reproduction d'un relief dont le moule, soumis à l'action d'une i)ile, galvanique, se couvre de plusieurs couclies de cuivre ipii forment une planche où reuipreintc voulue demeure gravée et solidifiée.
Dans la (jalvanographie, l'artiste charge une; planche de cuivre argenté de plusieurs couches d'une peinture composée soit d'un oxyde de fer, soit de terre de Sienne brûlée, broyés avec de l'huile de lin. L'épaisseur des couches varie selon le degré d'intensité donné aux ombres ou aux clairs. Cette planche est ensuite soumise à l'action de la pile galvanique, d'où résulte une autre planche de cuivre qui reproduit en creux toutes les aspérités de la peinture. On obtient ainsi une gravure imitant Vaqua-linta,
Pour exécuter une galranoybjphie, on grave d'abord à l'eau-forte un dessin sur une planche de zinc enduite de vernis. Un rouleau fin dépose ensuite sur ce vernis plusieurs couches d'encre siccative, qui laissent vides tous les creux taillés par le burin. La plaque ainsi préparée est soumise à une pile galvanique, dont l'action crée une plaque de cuivre qui reproduit en relief tous les creux de la gravure. Ce relief est plus ou moins élevé, selon le nombre et l'épaisseur des couches siccatives précédemment appliquées sur le zinc.
La chimitypie consiste à obtenir d'une gravure au burin une empreinte métallique en relief. On recouvre une plaque de zinc d'une couche de cire, et après avoir fait mordre à l'eau-forte le dessin exécuté au burin à travers la cire, on enlève avec soin cet enduit. Puis, à l'aide d'une lampe à esprit de vin, on fait chauffer le dessous de la plaque de zinc, sur laquelle on a déposé du métal fusible râpé. Dès que ce métal fondu a rempli toute la gravure et qu'il est refroidi, on le rabote jusqu'au niveau du zinc, de manière qu'il n'en reste que ce qui a rempli le creux de la gravure. La plaque de zinc, ainsi alliée au métal fusible, est alors soumise à l'action d'une solution d'acide muriatique; le zinc seul est mangé par l'acide, et le métal entré dans les creux de la gravure se dégage en relief tout prêt à passer sous la presse typographique.
(2) Voyez le Rapport du XVII' Jurij, présenté à l'Exposition universelle de 1851 par M. Ambroise-Firmin Didot, membre du Jury central de France.
membres les plus éminents du Jury international, était, à cette époque, plus qu'un acte d'impartiale justice ; il faisait appel aux généreux efforts du travail français pour égaler, sinon surpasser les modèles que lui offrait une industrie étrangère^ «outenue par les puissantes subventions d'un gouvernement protecteur.
M. Hangard-Maugé fut du petit nombre des hommes de foi qui acceptèrent ce noble défi. Riche d'une longue pratique de son art et d'un dévouement sans limites, il n'hésita pas à risquer toutes ses ressources du présent et de l'avenir sur l'enjeu de l'espérance.
Ce terrible i^ien de plus beau que les produits lilliochromiques de l'Imprimerie impériale d' Auiriclie, prononcé par une bouche française, avait retenti dans la pensée de M. Hangard-Maugé comme l'écho de la trompette qui sonnait au moyen âge l'ouverture des lices chevaleresques. Ce fut l'aiguillon qui ne laissa plus reposer l'ardente activité de ce courageux artiste. Son atelier devint le champ-clos oià il s'exerça pendant quatre ans à la plus honorable des luttes. Toutes ses aspirations tendaient à créer une œuvre qui fût sienne et par l'originalité du sujet et par l'imprévu du procédé. Il s'achemina vers ce but en repassant par toute la filière des expériences déjà connues, pour demander à chacune d'elles un secret qui eût peut-être échappé à ses devanciers.
Ces quatre années portèrent leurs fruits en 185.5. L'Empire français voulut avoir, à son tour, son palais de cristal, pour y convier les beaux-arts à une fête universelle. Tout le peuple artiste frémissait d'impatience, dans l'attente des noms heureux qu'allait couronner ce grand concours. Seul peut-être, M. Hangard-Maugé se défiait de ses forces; et s'il consentit à présenter ses produits, ce fut moins pour disputer une palme à ses rivaux que pour obéir aux instances des hommes de science et de goût qui l'avaient vu à l'œuvre. Il exposa donc les travaux dont ses presses avaient illustré quatre publications magnifiques : l'Art égyptien, — les Catacombes de Rome, — la Monographie de la cathédrale de Chartres, — la Description de la Wilhelma, — et les Arts sonipiuaires, histoire du cost'.une, de l'ameublement, et des arts et industries qui s'y rattachent.
Ces travaux furent soumis à la XXVI« classe du .lury international, chargée du déparlemeni de l'imprimerie.
Les membres de ce tribunal, investi du suprême honneur de décerner la gloire, étaient : MM. Louis Forsteiî, président, architecte de S. M. l'empereur d'Autriche, et professeur à l'Académie impériale des beaux-arts à Vienne ; Ambkoise-Firmin Didot, vice-président , membre des Jurys des Expositions de Paris
(1849) et de Londres (1851), imprimeur (France) ; Merlin, secrétaire, conservateur des livres et estampes au ministère d'État (France) ; Léon Felchére, membre du Jury de l'Exposition de Paris (1849), archilecte (France) ; A. Leches.ne, sculpteur ornemaniste (France); Remquet, imprimeur (France); Charles Kmght, éditeur (Royaume-Uni); Louis Ravené cadet, négociant à Berlin (Prusse) ; Thomas de la Rue, membre du Jury de 1851 (Royaume-Uni). Le décret organique du grand Jury international avait prescrit que les Jurys spéciaux seraient en outre distribués par groupes, représentant les industries liées entre elles par certains
PUÉFACE. 11
j)oints d'analogie ou de similitude ; que les décisions seraient prises à la majorité des voix, et (|u'ancune décision ne serait arrêtée par l'un des Jurys spéciaux qu'avec l'approbation du groupe amjuel il appartenait (t).
La XXVI'' classe appartenait au 7« groupe, présidé par lord Ashburton, un des vice-présidents du Jury de 1851 ; — vice-président, M. HiTTOitFF, membre de l'Académie des beaux-arts (France); — secrétaires, M. DU SoiiMERAUD, conservateur du musée de Cluny (France), et M. DiGBY-WiATT, architecte et secrétaire du comité exécutif à l'Exposition de 1851 (Royaume- Uni).
La décision de ce Jury décerna la médaille de première classe à M. Hangard-Maugé, dont les
IMPRESSIONS EN LITHOCHROMIE SURPASSENT DE FINESSE TOUTES CELLES CONNUES JUSQU'A CE JOUR (2).
Telles sont les ex})ressions de M. Louis Forsier, qui avait renoncé à ses droits d'exposant pour présider la XXV1>! classe, el prêter à cette portion du Jury le précieux concours de ses lumières en se chargeant du rapport sur la lithographie et les arts qui s'y rapportent (3). Je ne crois pas commettre une indiscrétion reprochable, en ajoutant qu'un des membres du Jury m'a fait l'honneur de me dire, il y a peu de jours, (jue les termes qui motivent la récompense obtenue par M. Hangard-Maugé sont l'exacte expression du sentiment unanime de ses juges. Cette personne se rappelait encore avec ravissement une vue intérieure de la Wilhcbna, dont l'exécution touche aux limites de la puissance arlisticpie.
Cesi'randes assises de l'esprit humain ont encore une fois clos leur session ; mais c'est pour se reporter dans une autre capilale de la vieille Europe, où d'autres triomphes se préparent pour de nouveaux progrès en tous genres. C'est ainsi que se fonde et se propage la fraternité
(1) Décret impérial relatif au Règlement (jénéral de l'Exposition universelle de 'ISîiS, art. 67,68, 73.
(2) Rapports officiels du Junj mixte international, XXVI' classe, 7« groupe, page 1231, publiés sous la direction lie S. A. I. le prince Napoléon, jjrésideiit de la Commission impériale. — (Paris, Imprimerie impériale, 1856.)
(3) M. Louis FonsTER avait adressé à l'Exposition universelle de 1855 la collection du Journal universel de lu (]onslruclion, dont il est à la fois le rédacteur et l'éditeur, et qui forme aujourd'hui 20 volumes in-i» de texte et 20 volumes in-folio de planches.
Constamment tenu au courant de la science par son habile et infatigable éditeur, ce recueil périodique met chaque mois à la portée des architectes et des constructeurs des documents du plus haut intérêt. Les gravures qui y sont jointes sont exécutées sur zinc, par des procédés qui sont particuliers à M. Forster, et qui, tout en rendant cette gravure trfes-économique, permettent d'y donner à volonté la vigueur et la délicatesse de la gravure sur cuivre.
Le mérite de la publication de M. Forster, et l'importance de son procédé de gravure, qui donne au zinc une application dans laquelle on avait peu réussi jusqu'ici, assuraieiit au savant professeur et à l'habile artiste une haute récompense, s'il n'avait pas fait partie du Jury de la classe où ses produits devaient être jugés. En remerciant M. Forster du sacrifice auquel il a consenti pour leur faire l'honneur de présider la XXVI» classe, ses collègues lui exprimèrent le regret de n'avoir pu lui décerner la récompense qu'il méritait à si juste titre ; ils lui exprimèrent aussi le désir de le voir bientôt publier son journal en français comme en allemand. (Rapports officiels du Jury mixte international de l'Exposition universelle de 1855. — Paris, Imprimerie impériale, 1855.)
(les peuples, ce dernier problème des civilisations qui touchent à l'apogée. Vienne, Berlin, Pétershourg, Rome, Constantinople érigeront dans leur sein, comme Londres et Paris, ce trône consacré au génie de la Paix par le suffrage universel des héros du Travail. L'émulation féconde tend partout à prendre la place des rivalités ([ui détruisent. C'est l'heureux caractère qui signalera notre époque à la reconnaissance de l'avenir, et ce sera l'impérissable gloire des puissances qui maintiendront le repos si nécessaire à la vraie majesté des nations.
Cette espérance accompagnait la retraite des exposants. Yingt-cinq mille liommes, accourus . à Paris de tous les royaumes, venaient de comprendre qu'il n'y a plus de frontières pour l'intelligence, et que son centre est partout, comme l'infmie variété de ses aspirations. Chacun d'eux travaille, à cette heure, pour agrandir la moisson de ces progrès multiformes qui augmentent le bien-être ou la joie dans tous les foyers de la vie universelle. Aux uns les recherches de l'utile, aux autres les raffinements de l'agréable : — voilà le perpétuel équilibre des succès coni- J)inés par l'invention et la main-d'œuvre.
M. Hangard-Maugé poursuit la voie qu'il s'est tracée. Le jury de 1855 avait vu ses premières planches pour l'histoire des .4 rf.s .sw/)i^>fMa(>cs ; c'est à celte dernière publication que je dois m'arrèter.
Une Histoire du costume et de V ameublement au moyen à(jc avait été entreprise, il y a six ou sept ans, par un artiste de mérite, 31. Ferdinand Seré, qui s'était adjoint, pour écrire le texte, M. Charles Louandre, auteur de travaux éminents, parmi lesquels je n'ai pas besoin de rappeler son admirable traduction de Tacite, couronnée par l'Académie française.
Une mort prématurée enleva 3f. Seré, sans lui laisser le temps de léguer les plans et de mettre en ordre les noies qui pouvaient faciliter la continuation de son œuvre.
Bf. Hangard-Maugé, appréciant la haute importance historique et artistique de l'idée qui allait disparaître, ne craignit pas de risquer un sacrifice en acquérant les débris du travail que la mort de M. Seré semblait vouer à l'oubli.
Avec la puissance de volonté qui le caractérise, il résolut de suppléer à tous les éléments disparus. 11 s'agissait de fouiller les musées, les bibliothèques, les collections publiqu(!S ou particulières ; d'y recueillir toutes les richesses, toutes les curiosités qu'aucun livre n'avait encore décrites, et d'en reconstituer l'ensemble séculaire. Associant à son activité et au bon vouloir de M. Louandre le concours d'un peintre profondément initié aux études archéologiques, il recréa, en lui donnant une direction plus complète, l'histoire que M. Fei'dinand Seré n'avait peutêtre qu'entrevue. Le litre d'/l?75 .so)?i;;fwrt(Vc5, dominant le titre primitivement adopté, marqua aussitôt la route plus large que les nouveaux coUaboi ateurs allaient suivre avec un succès digne de leurs efforts réunis.
Comme l'a dit le savant écrivain auquel nous devons le texte historique : i Les planches
< lilhochromiques qui composent cet ouvrage n'offrent plus seulement des représentations do « personnages habillés suivant la mode des diverses époques que ce travail devait embrasser, î Ces personnages, depuis les bas siècles du moyen âge jusqu'au règne de Louis XIV, sont re- " placés dans le cadre même de leur temps, et le titre de l'œuvre, en reproduisant des scènes 1 complètes, donne, avec l'histoire du costume et toujours d'après les monuments eux-mêmes, 1 le tableau exact et fidèle de la vie intime de nos aïeux, en même temps qu'une histoire chrono-
< logique des arts du dessin. On y trouve ainsi, à partir des temps les plus reculés, les plus pré-
PRÉFACE. 13 « ciousosindications sur l'architecture civile etmililaire, l'anieubleinent, les costumes, le cérémot niai et les habitudes delà vieillesociétéchrétienne. Ilfautdonc,en examinant ces planches, qui t offi'ent toujours, pour les traits comme pour les couleurs, le calque rigoureux des modèles, « il faut s'attacher, non-seulement aux personnages, mais aux moindres accessoires, parce que » chacune d'elles renferme dans ses détails des révélations sur le passé, d'autant plus impor- « lanles que les peintures des manuscrits ont survécu à la plupart des monuments, et qu'on « y trouve ce qu'on chercherait en vain dans les livres ou dans les musées. »
Toutes les sources consultées pour ces planches ont été notées de manière à permettre la vérification des originaux. Le Musée des Souverains au Louvre, le Trésor impérial de Vienne, les magniliccnces amoncelées dans l'hôtel de Cluny, les bil)liothèques de France, de Belgique, d'Angleterre. d'Allemagne, les archives peintes ou écrites des églises et des vieilles abbayes, les galeries précieuses des plus riches antiquaires, ont tour à tour versé leur tribut dans cette grande entreprise. M. Ciappori peignait les fac simile, et M. Charles Louandre, écrivani l'histoire, s'est honoré par une modestie égaie à son profond savoir, en constatant plus d'une fois les services que lui ont rendus la grande expérience et les conseils de M. ('iappori eu ce qui concerne l'iconographie et le symbolisme des temps chrétiens, depuis l'époque byzantine jusqu'à la troisième Renaissance.
J'ai dit troisième Renaissance. L'expression n'est point inexacte, et je veux applaudir à ces libres penseurs qui voient plus haut et plus loin que nos vieilles écoles. M. Louandre et M. Ciappori, l'un par la plume, l'autre par le pinceau, donnent enfin le signal d'une révolution dans l'histoire des arts, et leur accord se fonde sur une vérité manifeste.
Longtemps avant la chute de l'empire d'Occident, les beaux-arts comme les mœurs n'exprimaient plus que l'épuisement des voluptés païennes. Quand on arrive, devant une si grande catastrophe, à ne rien savoir d'un dernier empereur, si ce n'est que sa parfaite beauté lui avait fait donner le nom caressant d'Augustuîc, que voulez-vous demander au chaos oîi disparaissent la pourpre qui fit un lange à sa faiblesse, et la couronne qui fut son hochet d'un jour? On dit qu'il acheva sa jeunesse et sa vie dans une captivité sans souffrance, indifférent à ce qu'il perdait, et sans se douter que son nom était l'épitaplie d'un monde. Rome tombait de plus haut que lui. Les Rarbares entassèrent dans sa ruine tous les chefs-d'œuvre dont elle avait dépouillé l'Orient ; ils y restèrent jusqu'au xvr siècle, en attendant le génie de Léon X, le Périclès chrétien.
Voilà ce que lout le monde sait. Mais ce qu'on ignore généralement, grâce aux routines de l'enseignement historique, c'est que Byzance, échappée pour dix siècles à ce déluge d'hommes nouveaux, Byzance, la seconde Athènes, avait sauvé dans son sein les traditions de l'Art, el que par ces traditions, l'Art devait aller refleurir peu à peu sur les ronces du vieil Occident. L'esprit sauvage, mais puissant, que nous nommons Charlemagne, fut l'auteur de cette première Renaissance, en même temps qu'il essayait de faire r(^vivre le fantôme des Césars. Il lui
fallait chercher au dehors les élémenl s du nouvel empire dont sou rêve héroïque entrevoyait le fuyant météore. Ce qui survivait de science et de lumière après le naufrage de Rome, s'était concentré dans les cloîtres; Charlemagne l'en lit sortir. Tout ce qui restait d'art avait reflué vers l'Asie, son berceau : Charlemagne le rappela sous l'abri de sa forte épée, et l'abbaye de Saint-Gall devint, au viir siècle, le principal foyer de l art nommé carîovingien pour consacrer son origine.
Malheureusement, Charlemagne avait passé comme un éclair dans un ciel ténébreux. Sa main s'était élendue de tous côtés pour pétrir les éléments d'une nouvelle unité; sa pensée aspirait à l'incarnation des Césars chrétiens : mais tout lui échappa, même la vieillesse. 11 n'avait été montré à la terre, sous la couronne impériale, que pour enseigner que les empires détruits par les décrets divins ne se refont pas de main d'homme. A peine défunt, il n'occupa plus dans le monde que la place de sa cendre. 11 avait cru fonder une dynastie, et ne laissa qu'un nom. La barbarie rejeta son linceul sur son œuvre ébauchée, jusqu'aux révolutions qui ouvrirent le xtii' siècle.
L'éphémère existence d'un empire français à Constantinople prépara la seconde Renaissance. L'empire tomba; — les croisades qui l'avaient précédé et suivi s'éclipsèrent dans son désastre; mais ces héroïques aventures ne furent point stériles, puisque nous leur devons l'initiation complète de l'Occident au génie byzantin, qui vint créer à Florence l'école mystique dont Cimabué et le Giotto commencèrent l'illustration.
L'époque carlovingienne avait donné aux monuments d'art qui nous en restent, l'empreinte sombre et grossière de sa nature dévastée.
La Renaissance du xin' siècle, illuminée par la transfiguration chevaleresque des esprits au moyen âge, enfanta les ravissements de l'art mystique, à l'image des hommes du Nord qui mettaient Dieu pour Irait d'union entre les charmes de la gloire et l'héroïsme de l'amour.
La troisième Renaissance, au xvr siècle, en relevant l'Art antique, par la main d'un pontife, à sa plus splendide apogée, dépassa peut-être son but. Vaste cimetière où dormait un peuple de marbre qu'avait submergé le monde barbare, tout le sol italique fut fouillé. L'Olympe païen sortit de ses catacombes Léon X, ouvrant l'ère de l'Europe moderne, emprunta ses clartés au passé d'Alexandre et d'Auguste, pour les réfléchir dans l'avenir sur le siècle de Louis XIV. Prenant pour courtisans tous les génies que fécondait sa pensée, il fut le père des intelligences comme le père des croyants. Mais quand on vit, sous le pinceau de Raphaël, les vierges chrétiennes devenir les rivales de beauté del'antique Aphrodite ; lorsque surtout Marie, la protectrice adorée des temps nouveaux, perdit le caractère immatériel que le moyen âge lui avait prêté, pour revêtir un corps que les Grâces n'eussent pas dédaigné; lorsque la pierre Mamertine attira moins de visiteurs que l'Apollon et l'Antinoiis exhumés; alors, entre le christianisme, rehgion de la douleur et de l'abnégation, d'une part, — et de l'autre, le génie de l'antiquité renaissante. Muse pleine de prestige, il y eut conflit. L'idéal sacré disparut des âmes, et le sensualisme y rentra : son règne dure encore.
Je recommande au lecteur les excellentes introductions que donne, pour chaque siècle, le Texte descriptif de M.Louandre.
Le symbolisme des trois Renaissances a inspiré à M. Ciappori deux charmantes allégories
placées en frontispices (I). A la lidèle image du style architectural et des costumes, cet artiste a joint le sentiment le plus élevé du caractère religieux de ce moyen âge dont il a pénétré tous
(1) PnEMiER FRO.NTiSPiCE. — L' AH puieii el l'Art chrétien.
Au centre, s'élôve un autel byzantin, avec l'Évangile ouvert. (Le type de cet autel existe dans un manuscrit du i\« siècle, contenant les œuvres de saint Grégoire de Nazianze.)
A droite, une femme païenne debout, revêtue de la chlamyde et le diadCnie au front, pose ses mains sur l'épaule d'un enfant qui tient une lyre (symbole de la poésie antique), et (jui couronne la croix que porte un enfant chrétien, présenté par sa mère au pied de l'autel. Le couronnement de cette croix indique l'Évangile triomphant par les générations de l'avenir.
Derrière la femme païenne, au second plan, un guerrier et un prêtre personnifient la société ancienne, les victimes de la guerre et le sacrifice idolâtrique. — Au premier plan, un poëte, ceint du laurier de Virgile et d'Horace, tient un rouleau de papyrus; près de lui, un philosophe porte en ses bras une lyre et une statuette de Minerve. A leurs pieds gisent les symboles de tous les arts. Une touffe de lauriers en fleurs encadre ces deux groupes, qui se détachent sur un fragment de portique corinthien, figure de l'antique sculpture monumentale.
A gauche de la composition, près de la mère chrétienne vêtue de la pourpre byzantine, apparaît la hiérarchie des premiers siècles chrétiens. — Au troisième plan, c'est le pasteur sacré, décoré du pallium, auprès d'un prêtre de la primitive Église grecque, portant un livre saint. — Devant eux, au second plan, un prince vêtu du costume carlovingien, rappelle Charlemagne et le point de départ de la première Renaissance artistique. — Au premier plan, un moine assis et enseignant à lire à un enfant, symbolise la science sauvée du naufrage de l'ancien inonde par les Ordres religieux. Ce groupe est encadré par des palmiers, dont les rameaux portent des colombes, symbole de la victoire des martyrs et de la pureté des anachorètes.
L'ensemble de la composition repose sur des marches ornées de dessins du vi'' siècle, et tirés d'un manuscrit de la Bibliothèque impériale de Vienne. — Elle est fermée au sommet par un ange aux ailes éployées, qui fait flotter une bandorolle avec cette inscription : Empire de Bij^fuice. La bandcrolle s'enroule aux palmiers et aux lauriers, pour signifier le trait d'union des deux mondes, entre la fin de l'empire romain et l'aurore du xm" siècle.
Deuxième frontispice. — Le Moyen Age el la Renaissance. Au centre, un ange sonnant de la trompette annonce le siècle nouveau. Il tient à sa droite le bras d'une femme figurant le Moyen Age, et qui donne sa main à la Renaissance. — La figure du Moyen Age est recueillie ; elle a pour attributs une petite cathédrale et l'encensoir, symboles des temps mystiques. A ses côtés, deux enfants portant un livre ouvert et une petite harpe, personnifient la musique sacrée, et les chants écrits dans les livres aux riches miniatures.
Derrière la figure du Moyen Age, un évOque en costume du xii'' siècle, un guerrier de la première croisade, un chevalier italien avec l'oriflamme, et, au dernier plan, un soldat du xve siècle, résument la haute société du moyen âge : clergé, noblesse, chevalerie.
Au fond, surgit un svelte clocheton de la fin du xiii» siècle, qui porte en niche une statue de Marie, et se relie par i,Mie voûte italienne du xiv« siècle à une colonne du xv siècle, de style français. — Au-delà de cette voûte apparaît un château dans les lointains, pour rappeler la féodalité.
La Renaissance, qui donne la main au Moyen Age, est en costume mythologique; sa chevelure est ruisselante de perles ; un petit Amour derrière elle l'enlace dans les nœuds d'un collier; c'est le symbole du sensualisme renaissant du tombeau de l'Art antique. Des meubles somptueux, des écrins, des aiguières sculptées, des vaisselles émaillées, rappellent les Benvenuto Cellini, les Bernard de Palissy, et les artistes coquets du siècle de François
Sur l'arrière-plan, des femmes en costumes capricieux, et un homme au feutre panaché, qui se détachent sur un fond d'architecture bâtarde, indiquent la rapide décadence du goût sévère et grandiose du moyen âge disparu.
L'ensemble delà composition a pour base un socle imité des miniatures du xvr' siècle. Du côté du Moyen Age, quatre écussons, soutenus par des arabesques du \v' siècle, rappellent que l'Italie, la France, l'Allemagne, furent les foyers du développement des Arts. — Du côté de la Renaissance, un encadrement de rosier fleuri fait rêver discrètement aux royales voluptés qui firent tomber en quenouille la monarchie française, entre les folies de la Régence et le dernier sourire de cette fameuse et trop infortunée Du Barry,qui fut belle comme Cléopâtre, mais qui ne sut pas comme elle mourir à temps.
les secrets. Ses compositions résument en deux brillanlps synthèses l'encyclopédie savante que M. Charles Louandre expose siècle par siècle.
Mais ce concours de deux intelligences, pour la réalisation d'un livre si précieux, n'était qu'une part du travail que nous avons sous les yeux. Les dernières (et permettez-moi de le dire avec un des grands maîtres de l'Art français, qui assista comme moi aux mystères de la lithochromie), les plus graves difficultés d'exécution se trouvaient réservées pour M. Hangard- Maugé, à qui incombait la tâche d'animer sur la pierre cette histoire de l'Art pendant treize siècles, et de perpétuer avec la couleur du temps, dans la plus exquise réalité de ses détails, ici les miniatures, là les monuments, plus loin les ivoires, les émaux, les bijoux, les étoffes, les incrustations, et tous les brillants caprices de ces artistes en tout genre (|ui ont emporté dans leur tombe la plupart de leurs procédés.
Je ne Unirais pas si je voulais énumérer les essais, les combinaisons, les tortures d'esprit qu'il a fallu s'imposer pour obtenir d'abord, pour simplifier ensuite, pour harmoniser satis cesse l'exécution de chacune de ces planches, dont les plus compliquées exigent l'emploi de quinze à dix-huit couleurs. Il faut savoir que chaque couleur se place au moyen d'un tirage sur une pierre différente, à laquelle s'impose la feuille de papier en s' ajustant à des points de repère. Phisieurs tons se composent par la fusion des teintes ; certaines couleurs sont appliquées en poudre, d'autres le sont au rouleau. Pour soutenir leur valeur relative et conserver au tirage mécanique k transparence qui fait le charme d'une délicate aquarelle, que de peines, que de précautions, que de calculs! et aussi quel désintéressement, quel amour de l'Art, quelle dignité sloïque dans l'imprimeur lithochrome qui refuse la publicité à des épreuves dispendieuses, pour peu qu'elles soient atteinte d'une si légère imperfection que lui seul la saurait indiquer !
Voilà ce que fait M. Hangard-3Iaugé, l'éditeur artiste, voilà ce qui lui a valu cet hommage européen, décerné dans le sein de l'Exposition universelle de 1855, par les reprétenlants de l'Autriche, de l'Angleterre, de la Prusse et de la France : « Vos impressions en lithochromie surpassent de finesse toutes celles connues jusqu'à ce jour! »
Je ne me sens ni le droit ni le pouvoir de rien ajouter à cet éloge officiel, dont la simplicité domine de si haut les vaines félicitations d'une préface ou d'un article de journal.
Le puissant travailleur est un homme libre qui ne relève que du jugement de ses pairs; el ce jugement est confirmé par la postérité pour tout le temps, pour toutes les œuvres qu'il consacre à la recherche d une plus haute perfection, car l'échelle de nos progrès est infinie comme celle des œuvres divines.
L'éternel Artiste nous appelle sans cesse à nous élever au-dessus de nous-mêmes pour arriver, en lui et par lui, à la Beauté absolue. But sublime, adorable idéal, toujours montré à nos efforts, à notre espérance, à notre foi, mais qu'il n'est peut-être pas permis à l'Homme d'atteindre en cette vie : — sa gloire est d'y marcher.