‹ Les ascendants Savoyards de Madame de StaëlChapitre 1 sur 1 · PAR · texte numérisé non relu

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M. Eugène RITTER

Professeur à l'Université de Genève

Quand on considère l'arbre ascendantal de madame de Staël, on voit d'abord se détacher des branches bien distinctes, qui nous montrent ses ancêtres établis en Poméranie, dans le pays de Vaud, et dans quelques provinces du royaume de France.

En Poméranie, c'est la famille Necker, pour laquelle nous avons un arbre généalogique, qui a été établi en 1779 par un ecclésiastique de ce pays ; je l'ai publié dans mes Notes sur Madame de Staël, Genève, 1899. Mais cet arbre n'est qu'ébauché. Il est étonnant et regrettable que dans un pays comme l'Allemagne, où fleurissent les études généalogiques, on n'ait pas songé à reprendre ce vieux travail, pour le compléter et l'approfondir.

Dans le pays de Vaud, c'est la famille Gurchod, pour laquelle on possède en manuscrit un arbre généalogique, qui a été dressé il y a une centaine d'années. On l'a conti nué jusqu'à nos jours, en ce qui concerne la branche toujours verdoyante à laquelle se rattache Suzanne Gurchod,

cette personne illustre dont M. d'Haussonville a tracé le portrait dans son élégant ouvrage : Le Salon de madame Necker.

Madame de Staël avait des ancêtres nombreux dans le royaume de France : ce sont des familles qui en étaient sorties aux xvie, xvne et xvm9 siècles, pour venir se réfugier, ou simplement s'établir, dans la ville de Genève et le pays de Vaud ; je les ai énumérées dans un travail que j'ai soumis, le 20 mai 1905, à Paris, à l'Académie des sciences morales, et qui a été inséré dans son Compte rendu (numéro d'août 1905, pages 206 à 216 ; j'en ai fait faire un tirage à part). Mes recherches m'ont conduit à un résultat intéressant : j'ai pu démontrer qu'en dressant la liste des ancêtres de madame de Staël, on voit que plus de la moitié d'entre eux appartenaient au royaume de France.

Ces branches étant mises de côté, nous nous trouvons en présence d'un groupe de familles qui toutes étaient établies à Genève dans la. première moitié du xvie siècle. Pour quelques unes d'entre elles, on peut poursuivre la dichotomie généalogique plus haut et plus loin, en sorte qu'on arrive en définitive à une quarantaine de familles, qui appartiennent pour la plupart à l'ancien diocèse des évêques de Genève ; ce sont elles qu'il nous faut envisager de près.

A vrai dire, nous en sommes presque réduits à une source unique de renseignements : les trois premiers volumes des Notices généalogiques sur les familles genevoises, publiés en 1829, 1830 et 1836, par M. Jacques-Augustin Galiffe. Les généalogistes genevois qui lui ont succédé, ont presque entièrement négligé ces familles des temps épiscopaux, et ne se sont appliqués à débrouiller que des écheveauxde date plus récente.

Or M. Galiffe, nous le savons, et il serait facile de le prouver, a fait ce que nous faisons tous : il s'est fourvoyé quelquefois. Sur ce terrain difficile qu'il a été quasi seul à explorer, nous pouvons craindre qu'il se soit égaré de temps à autre, et nous courons le risque de nous égarer à sa suite, partout où nous ne pouvons pas vérifier ses dires.

Sous le bénéfice de cette réserve, je n'ai plus qu'à parcourir rapidement les résultats auxquels on arrive en compulsant les précieux volumes qu'il a publiés. J'ai parlé d'une quarantaine de familles : d'une quinzaine d'entre elles, nous ne connaissons que le nom, et nous ignorons l'origine. Une douzaine d'autres appartiennent, d'après Galiffe, au pays de Gex ; deux sont sorties de la Michaille, une ou deux du Valais, une du pays de Vaud, et une du Piémont. Enfin six sont venues de Savoie : je vais les énumérer dans Tordre du tableau ci-joint.

I. Le quartaïeul d'Etiennette Donzel, Nicod Donzel, vivait en 1390, dit Galiffe (I, 332). C'était un homme lige et noble, du mandement de Peney ; il épousa Catherine, fille de Noble Rolet de Scionzier, de la paroisse du Vernay. Je ne sais où était cette paroisse : il y a en Savoie plusieurs hameaux nommés le Vernay. Nous serons plus au clair peut-être, quand Y Armoriai du duché de Savoie sera arrivé à la lettre S. Quoi qu'il en soit, Scionzier est un village entre Bonneville et Cluses ; Catherine de Scionzier est de race savoyarde.

II. Aymoz Revilliod, fils de Pierre, de Cornières, près Ville-la-Grand, fut reçu bourgeois de Genève le 19 juillet 1538, et nommé en 1547 membre du Conseil des CC. Il appartenait à une famille villageoise qui existe encore à

Jussy, dans le canton de Genève, et dont la généalogie i fait l'objet d'un travail manuscrit exécuté par feu Léonarc Revilliod, lequel appartenait, lui, à une autre famille di même nom, originaire de Goudrée ; c'est cette dernier* seule qui a donné naissance à quelques hommes distin gués : notamment M. Gustave Revilliod, l'éditeur des Œuvres de Bonivard, de Froment, de Jeanne de Jussie, e le fondateur du musée de lAriana.

III. Péronette, fille de Noble Guillaume d'Entremonts épousa Noble et Egrège Jean Gallatin, secrétaire ducal Galiffe dit que le contrat de mariage, daté du 26 avril 1507 fut passé à Thônes par le notaire Guillaume Megex.

Cette Péronette n'appartenait pas, comme l'amiral< de Coligny, à la noble famille des Montbel d'Entremonts elle était de condition plus modeste. Un de ces laborieux ecclésiastiques que possède le clergé de Savoie, M. Pochât Baron, directeur du Collège de Thônes, a eu l'obligeanc( de me communiquer le résultat de ses recherches sur h famille des Tornier d'Entremonts, bourgeois de Thônes En feuilletant les vieux registres, il a rencontré un Jear Tornier d'Entremonts, notaire, mentionné en 1376, 1381 1392, 1394, 1399; - Pierre Tornier, alias d'Entremonts notaire, en 1409, 1422, 1427 ; — en 1431, deux frères Jean et Albert Tornier, alias d'Entremonts ; cet Albert, er 1448, est qualifié syndic de Thônes ; — un autre d'Entre monts, notaire à la fin du xve et au commencement di xvie siècle. A ce moment, ces d'Entremonts sont qualifié: nobles : Noble et Egrège Henri d'Entremonts, notaire 1530 ; noble Georges d'Entremonts, conseiller, 1534 noble Claude d'Entremonts, 1564, 1566, 1575, etc.

Le père de Péronette, Guillaume d'Entremonts, mouru sans enfants mâles. Ses biens en conséquence tombèren

en commise. Mais, par lettres datées d'Annecy, 6 mai 1533, Philippe, duc de Nemours et comte de Genevois, les accorda, en abergement perpétuel, aux petits-fils de Guillaume d'Entremonts : Nobles Pierre, Louis et Claude Gallatin, qu'il qualifie dilectos nostros '.

IV. Gaspard Villiet, syndic de Genève, était Parrièrepetit-fils de Jean Villiet, de Vers au mont de Sion, qui fut reçu bourgeois de Genève le 9 janvier 1478.

V. La mère de Gaspard Villiet était rarrière-petite-fille de Jeannette Bonivard, elle-même petite-fille de Jean Bonivard, syndic de Genève en 1372. Celui-ci et toute sa lignée ont-ils quelque parenté avec le prisonnier de Chillon, avec la noble famille, originaire de Chambéry, dont M. de Foras a dressé la généalogie? M. de Foras se le demande 2, et moi je n'en sais rien ; mais tout semble indiquer que, de ce côté encore, madame de Staël a des ancêtres savoyards3.

, VI. Enfin la femme de Gaspard Villiet, Gabrielle Vertier, était fille d'honorable Jean Vertier, de Rumilly en Albanais, marchand, reçu bourgeois de Genève en 1530.

En somme, nous voyons que madame de Staël se rattache à la Savoie, par une demi-douzaine de ses ascendants. Et si quelque généalogiste genevois se décide un jour à reprendre les recherches que M. Galiffe a poursuivies pendant vingt ans, de 1816 à 1836, il ne sera pas difficile, j'ima-

1 Communication de M. Francis de Gallatin.

8 Armoriai du duché de Savoie, tome premier.

3 Outre le prisonnier de Chillon, qui fut reçu bourgeois de Genève dans l'année qui suivit sa délivrance, sept autres individus du nom de Bonivard sont entrés dans la bourgeoisie de Genève, de 1486 à 1566 : ils sortaient tous de la paroisse de Vandœuvres, près Genève, à l'exception de deux, qui étaient originaires, l'un de Massongy en Chablais, et l'autre d'Annecy.

gine, d'ajouter quelques familles encore1 à ce groupe des ancêtres savoyards de madame de Staël.

Il est vrai que depuis l'époque où ils ont vécu, jusqu'au temps de l'auteur de Corinne, trois siècles ou davantage se sont écoulés. Et l'on se demande si des recherches qui s'étendent si loin, peuvent aboutir à autre chose qu'à des résultats de pure curiosité. Assurément, le bon sens exige, en pareil sujet, une réserve extrême. Mais on ne peut qu'être frappé de voir qu'en étudiant de tous les côtés la généalogie de madame de Staël, partout où on la peut poursuivre, on ne rencontre que des familles de race saine et de caractère solide.

1 Nous voyons, par exemple, que les beaux-frères et le tuteur de Pernette de la Corbière, née Grifferat, vendirent en 1589 (Jean Sachet, notaire à Genève, I, 81, 83) des propriétés patrimoniales qu'elle et ses sœurs possédaient à Yvoire et dans les environs. Elle a eu sans doute des ascendants originaires de ce joli village, au bord du lac Léman,

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